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LES JUIFS AMÉRICAINS.

Jeudi 1er mai 2008 // Le Monde

On a rarement lu un livre aussi fin et aussi intelligent sur le sujet.

Professeur à la Sorbonne, André Kaspi a réussi avec ce livre un coup de maître. Son sujet est délicat : est-il exact que les Juifs contrôlent la politique, l’écono­mie et la culture aux États-Unis ? L’auteur apporte des éléments précis et chiffrés très nombreux et brosse un tableau objectif et nuancé de la réalité : pour lui, « depuis 1945, on est dans une période heureuse dans l’histoire des Juifs américains. On pourrait évoquer un âge d’or qui, soixante ans plus tard, n’a rien perdu de son éclat ». Réussite économique d’abord : le revenu par tête est de 27 500 dollars pour les juifs contre 14 100 dollars pour la moyenne nationale. Les Américains anglo-saxons sont à 17 000, les Asiatiques à 14 776, les Hispaniques (Mexicains en majorité) 10 590 et les noirs américains à 9 424.

En matière culturelle, le succès est encore plus grand. Avec 3% de la population, les juifs représentent 20% des élèves et 25% des professeurs dans une université presti­gieuse comme Princeton. 62% entrent dans une université contre 27% des jeunes en moyenne nationale. Leur réussite est patente dans la presse, le cinéma et la télévision. En général, ils défendent plutôt des idées « libérales » au sens américain du terme, donc de gauche, mais ils sont nombreux aussi dans les milieux néo-conservateurs qui soutiennent Georges Bush. Ils sont parfaitement intégrés dans la vie améri­caine : il faut dire aussi que l’Amérique converge avec eux, en raison de la lecture de la Bible si importante chez les protestants américains. De plus, l’auteur note l’im­portance qu’a prise la mémoire de la Shoah chez tous les Américains (grand succès des films sur le sujet et construction de grands musées sur la persécution des Juifs pendant la Deuxième guerre mondiale).

D’après l’auteur, leur influence politique, la plus controversée, est relativement faible : leur nombre au Parlement n’est pas très élevé en définitive et il n’y a jamais eu de président juif aux USA. D’opinions variées, ils soutiennent tous Israël ou presque, ce qui est logique. C’est sur ce point que l’on peut parler de « lobby » juif, ce qui chez l’auteur, n’a aucunement un sens péjoratif : Les lobbies font partie de la culture politique américaine depuis toujours.

André Kaspi montre la diversité de la communauté juive, souvent ignorée : il y a les orthodoxes très religieux, les « réfor­més » aux idées assez à gauche et laïques et les conservateurs qui seraient un juste milieu entre les deux. Il montre aussi que la communauté, riche et influente, (il ne le nie pas), à ses faiblesses. Le nombre des ménages mixtes (de l’ordre de 50%) menace la survie de l’identité juive et les ortho­doxes font tout pour combattre cette évolu­tion mais avec peu de succès. La démographie n’est pas bonne car les Juifs américains font peu d’enfants (sauf les orthodoxes). On voit d’ailleurs l’impor­tance de la religion pour la survie de toute communauté, n’en déplaise aux Juifs « laïcs ».

Les Juifs non ou peu religieux jouent d’ailleurs d’après l’auteur un rôle majeur dans des courants comme la défense du laxisme sexuel ou le féminisme. D’après André Kaspi, « les intellectuels juifs occupent une place particulière. Ils déchristianisent la vie intellec­tuelle aux États-Unis (...), ils ouvrent la voie au pluralisme et deviennent des agents princi­paux du changement culturel. Ils laïcisent la pensée américaine, (..) tiennent un rôle capital puisque dans les universités, dans les revues, dans la littérature, ils apportent une dimension universelle qui manquait jusqu’alors ».

L’auteur revient souvent sur ce sujet fréquem­ment : « Quoi qu’il en soit, les Juifs sont plus à l’aise dans les milieux libéraux (la gauche américaine) que dans les milieux conservateurs. Ils y craignent moins des accès d’antisémitisme. Ils savent que ce n’est pas là que surgira une proposition de faire des États-Unis une nation chrétienne ».

L’auteur a consacré un intéressant chapitre à l’antisémitisme pour montrer que celui-ci est très faible, relève surtout de marginaux et qu’il a diminué. Une exception serait certains milieux de la communauté des noirs américains car les Juifs sont perçus comme des blancs et donc censés être « dominateurs ». Des groupes comme celui de Farrakhan, noir musulman, accusent les Juifs d’avoir joué un grand rôle dans le commerce des esclaves noirs. Le cinéaste Spike Lee a présenté des patrons de night clubs juifs comme des exploiteurs des pauvres noirs. Mais globalement, la situa­tion est satisfaisante pour la communauté juive qui dispose d’associations de vigi­lance très puissantes et très actives contre l’antisémitisme.

L’auteur dresse donc le bilan d’une commu­nauté dynamique et instruite qui a remar­quablement réussi mais sa note finale est pourtant pessimiste : les Juifs, par la faible natalité et les mariages mixtes risquent de disparaître peu à peu. « Dans cinquante ans, les Juifs américains n’occuperont plus la place qu’ils occupent. Qu’on s’en désole ou qu’on s’en réjouisse, peu importe. C’est une évidence à laquelle il n’est pas possible d’échapper. » Mais qui peut vraiment prévoir l’avenir ?

On a rarement lu un livre aussi fin et aussi intelligent sur ce sujet.

André Kaspi.
Éd Plon. 322 pages 23 euros.

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