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LE PÉRIL CLIMATIQUE A LAISSÉ PLACE AU BUSINESS CLIMATIQUE.

Jeudi 19 janvier 2012 // L’Europe

 
Le sommet sur le climat qui s’est tenu à Durban en Afrique du Sud s’est terminé le 10 décembre 2011. En saluant l’accord conclu entre les 200 pays qui y participaient comme un nouveau pacte mondial devant entrer en vigueur en 2020, ce Sommet a « touché le fond » pour l’association « Les Amis de la Terre ».

Afin de pouvoir rendre compte de la signification de cet accord a minima, il convient de replacer les décisions prises à Durban dans la perspective des engagements pris lors des précédentes conférences internationales de Copenhague en 2009 et de Cancun en 2010 Cette lecture en perspective montre comment le péril climatique à l’échelle planétaire n’est plus une priorité pour la diplomatie climatique, mais qu’elle a laissé la place au business climatique.

Un rappel

La Conférence de Copenhague (décembre 2009) avait suscité un espoir, renforçant la prise de conscience du risque climatique à l’échelle planétaire. Mais elle aboutissait au final à un profond sentiment d’échec par l’absence de prise de décisions fortes. Rappelons-nous l’interpellation du président vénézuélien, Hugo Chàvez, à Copenhague : « si le climat était une banque, on l’aurait déjà sauvé ». Suite à cet échec, la Déclaration de Cochabamba, clôturant la Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre mère, tenue en Bolivie en avril 2010, pointait la responsabilité des pays industrialisés. Elle mettait en cause le capitalisme qui impose une politique de concurrence et de croissance illimitée, sépare l’humain de la nature et transforme toute chose en marchandise. La Déclaration de Cochabamba relevait les aspects non traités à la Conférence de Copenhague : la dette climatique des pays du Nord, la question de l’agriculture et de l’alimentation, les migrants climatiques, le respect des engagements internationaux, le droit des peuples indigènes, les causes politiques de la crise écologique.

La Conférence de Cancun en décembre 2010 n’a modifié en rien la trajectoire adoptée à Copenhague. Si l’objectif politique affiché est toujours de ne pas dépasser une augmentation de la température de +2°C par rapport à l’ère pré-industrielle et « si possible de + 1,5°C  », la plupart des grandes décisions attendues est renvoyée à l’année suivante. C’était donc à la Conférence de Durban de ces questions devaient être traitées : engagement des pays pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), reconduite du Protocole de Kyoto dans une forme juridiquement contraignante, mise en place du Fonds vert pour le climat pour aider les pays vulnérables à s’adapter aux conséquences du changement climatique. En même temps, le business climatique est consolidé, le marché du carbone est confirmé, la capture et le stockage du carbone devient éligible aux Mécanismes du développement propre (MDP). Ceci permet d’obtenir des crédits carbone à bon compte, la lutte contre la déforestation du programme Redd [2] ». considère les forêts comme des puits de carbone permettant de financer des projets de protection des forêts (avec à la clé une rémunération en crédits carbone). Si le business climatique est conforté, l’agriculture qui représente plus de 10% des émissions de GES et constitue un facteur clé du développement et de lutte contre la pauvreté est totalement ignorée. Le commerce international libre-échangiste reste toujours le grand tabou des négociations.

Que retenir de la Conférence de Durban ?

Rien n’était à attendre de la Conférence de Durban. Elle est dans la suite logique des deux précédentes conférences de Cancun et de Copenhague. Les vraies décisions vont se jouer au Sommet de la Terre à Rio en juin 2012 (Rio + 20). On les connaît déjà dans les grandes lignes. Après le concept du « développement durable » promu il y a 20 ans, ce sera celui de « l’économie verte » et l’implication des fonds privés qui sera mis en avant comme futur sauveur de la planète par rapport à la crise écologique (climat, bio diversité). La réalité sera bien évidemment tout autre : ne pas toucher à un système économique qui dégrade l’environnement parce que cette dégradation constitue en même temps de formidables et nouvelles sources de profits. À l’issue de la conférence de Durban, plusieurs points méritent d’être soulignés sur la dérive climatique elle-même, les engagements internationaux, les mécanismes financiers au service du business climatique, le Fonds vert d’adaptation pour les pays du Sud.

La dérive climatique

La réalité des faits a fini par contredire les engagements pris par les Etats. Le seuil critique de +2°C adopté à Copenhague n’est plus qu’un vœu pieux. L’emballement climatique va devenir une réalité. Le seuil de +2°C, jugé indépassable il y a deux ans parce que critique pour la planète , va l’être très prochainement, et c’est vers une augmentation de 3 à 6°C qu’il faut probablement raisonner si l’on veut évaluer les conséquences du changement climatique. La trajectoire des émissions de gaz à effet de serre (GES) conduit à un réchauffement entre 2,5 et 5°C selon les Nations Unies (PNUE). De son côté l’Agence internationale de l’énergie (AIE) met en garde contre le risque d’une hausse des températures de 6°C. Les négociations climatiques apparaissent totalement déconnectées des réalités du monde, ignorant ce qui se passe dehors, la récurrence des sécheresses, les inondations, les tempêtes extrêmes. La dénonciation par les petits Etats insulaires et les pays vulnérables au changement climatique de « l’irresponsabilité  » des grands pays pollueurs n’a en rien modifié les décisions finales.

Les engagements internationaux

La stabilisation du réchauffement climatique implique l’effort de tous. Pour mémoire, le plan d’action élaboré et adopté à Bali en 2007, prévoyait une réduction de 25 à 40% des émissions pour les pays industrialisés (pays de l’annexe 1 du protocole de Kyoto). Il prévoyait aussi une « diminution substantielle » des émissions de carbone des autres pays (Amérique latine, Asie centrale et orientale, Moyen Orient). À l’horizon 2050, la réduction des émissions devra être de 80 à 90% pour les pays de l’OCDE et toujours une « réduction substantielle » pour les autres pays. Les décisions attendues sont renvoyées une nouvelle fois à plus tard. La Conférence de Durban prévoit d’établir d’ici 2015 un nouveau cadre d’engagement, cette fois un pacte global de réduction des émissions de GES à l’origine du réchauffement climatique. Cet accord devra entrer en vigueur en 2020 (!). Il concernera pour la première fois tous les grands pays émetteurs (pays occidentaux, pays émergents), ainsi que les pays en développement. L’accord devra avoir une force légale, mais ne sera pas juridiquement contraignant (!).

Cet accord global de réduction des émissions de GES finit par nier la responsabilité historique des pays industrialisés dans la crise du réchauffement climatique qui était clairement stipulée dans la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) adoptée en 1992. Ceci constitue une victoire incontestable pour le représentant du gouvernement des Etats-Unis. L’accord renvoyé en 2020 pour une réduction « légale » mais « non contraignante » des émissions de carbone, alors que le seuil de 2°C est en passe d’être dépassé, illustre bien la non prise en compte de la réalité dans les négociations climatiques par les nations les plus puissantes.

Le Protocole de Kyoto et les mécanismes financiers au service du business climatique

Bafoué et renié par ses signataires, le protocole de Kyoto se voit accorder malgré tout un sursis. Alors que sa première période d’engagement s’achève fin 2012, le texte signé en 1997 est prorogé. Plus exactement, il est accordé une seconde période d’engagement jusqu’en 2018. Cette seconde période permet en réalité de maintenir en état la « boite à outils » de Kyoto, c’est-à-dire les mécanismes financiers. il s’agit du marché du carbone à travers les échanges des quotas nationaux et les mécanismes de flexibilité (mécanisme de développement propre, mise en œuvre conjointe….) pour le plus grand bonheur des entreprises. Celles-ci pourront continuer à gagner des crédits d’émissions sans avoir à réduire leurs propres émissions de GES. On livre par ailleurs les forêts et l’agriculture à la spéculation financière (programme Redd+) aux dépens des humains les plus vulnérables.

Le Fonds vert d’adaptation adopté à Copenhague

L’engagement pris à Copenhague de créer un Fonds vert pour le climat destiné à aider les pays pauvres à faire face au réchauffement climatique (100 milliards de dollars par an à partir de 2020) est maintenu (toujours) à l’état de promesse. Son conseil d’administration n’est pas encore constitué, il devrait l’être avant l’été prochain. Et il ne reste plus qu’à régler un dernier détail : le financement. Comment les pays riches feront-ils pour l’abonder en période de crise économique et financière ? L’idée de taxer le transport maritime international a été torpillée par la Chine et l’Inde. La gestion de ce fonds est prévue depuis Cancun par la Banque mondiale. Or, la vision de la Banque mondiale sur le climat est bien connue : le climat est un facteur important pour le renouvellement de l’économie mondiale, l’idée d’un nouveau marché vert (Green New Deal) fait son chemin. De plus la Banque mondiale n’est pas du tout opposée aux expérimentations en matière géo-ingénierie [4].

Revenir à des engagements fondamentaux

Rien n’est à attendre de telles conférences internationales de Copenhague ou Durban. La diplomatie climatique internationale joue à présent sur la complexité (infinité de groupes de travail techniques), comme la finance joue sur la complexité et l’opacité des produits dérivés. La conférence de Durban s’est tenue dans l’ombre de ce que sera la grande conférence mondiale sur l’environnement à Rio en juin 2012.

Pour le M’PEP, il est absolument nécessaire de redonner un sens à l’action politique pour incarner l’intérêt collectif. Ceci passe par la sortie du libre-échange et des règles de l’OMC, et par l’instauration d’un nouvel ordre commercial international incarné par les principes de La Charte de La Havane [5] de 1948. Un second texte des Nations Unies mis en avant au lendemain de la première Conférence mondiale sur l’environnement de Stockholm en 1972 fut la Déclaration de Cocoyoc [6] par les puissances occidentales, notamment par l’Administration américaine (H. Kissinger, Secrétaire d’Etat), elles constituent un socle toujours actuel pour la protection de l’environnement et le développement. Ce texte est à faire connaître pour le prochain Sommet de la Terre de Rio en juin 2012.

Pour James Hansen, climatologue américain.

Directeur du principal laboratoire d’études climatiques de la NASA, se basant sur une reconstitution de l’évolution des températures au cours des 5 millions d’années écoulées, le seuil de 2°C ne permet pas de protéger les sociétés et représente un désastre sur le long terme. Selon ce chercheur, pour conserver un climat qui ressemble à celui qui correspond au développement de la civilisation, la concentration du CO2 dans l’atmosphère doit être sous les 350 parties par million [ppm]. Cette concentration était de 270 ppm au 19ème siècle, elle est aujourd’hui de 390 ppm. Pour amorcer la baisse, il faudrait réduire les émissions de GES de 6% par an, dès l’an prochain (Le Monde, 9 décembre 2011)

[4] La géo-ingénierie consiste à promouvoir des solutions technologiques pour lutter contre le réchauffement climatique, diffusion de millions de tonnes de sulfate dans l’atmosphère, mise en place de miroirs géants dans le ciel, déversement de fer dans les océans pour accélérer la productivité du plancton… Parmi les mécènes de cette approche technologique, on trouve Bill Gates et Richard Branson (patron du groupe Virgin).

[6] Voir l’article d’Aurélien Bernier dans Le Monde Diplomatique de décembre 2011 : http://www.m-pep.org/spip.php?article2470] ]. Cette déclaration, qui résulte d’un colloque de l’ONU qui s’est tenu à Cocoyoc en 1974 au Mexique pour débattre « l’utilisation des ressources, de l’environnement et des stratégies de développement  », fut la déclaration la plus radicale sur l’environnement. Elle formulait une critique essentielle du « développement », du modèle libre-échangiste et des rapports Nord-Sud. Si les conclusions de la Déclaration de Cocoyoc furent vite enterrées [[Le concept « d’écodéveloppement » mis en avant en 1972 à Stockholm devra céder la place ensuite à celui du « développement durable » promu vingt ans plus tard à Rio.

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