Un Exemple de Perversion Technocratique ; Ou comment le gouvernement déguise l’inflation à défaut de pouvoir corriger les dépenses publiques.

LA T.I.P.P

Lundi 4 février 2008 // La France

Les marins pécheurs se sont révoltés contre l’envolée du prix du pétrole. Le gouvernement vole au secours de ces producteurs en proposant une hausse de la TVA. Dans ce drame qui devient commun en France, on n’a aucune chance de trouver une solution à défaut de bien poser les problèmes. Normalement, toute entreprise qui veut s’adapter à une progression de ses coûts de production doit innover, sachant qu’il lui est pratiquement impossible de répercuter dans le prix de vente la progression de ses coûts de production. Dans l’Hexagone, on brûle des pneus et, on bloque des ports.

Au moment où l’on se félicite, à l’occasion du Grenelle de l’environnement, de l’adoption d’une taxe carbone destinée à modifier les comportements des acteurs économiques, notamment en matière de consommation d’énergies fossiles jugées polluantes, on ne voit pas pourquoi il faudrait s’inquiéter d’une augmentation du prix du pétrole. Car toute taxe a pour effet d’accroître le prix final. On ne peut pas diminuer d’un côté ce que l’on augmente de l’autre côté. Mais c’est plutôt aux pays producteurs de s’inquiéter de la montée du prix du pétrole un jour inévitable, les pays consommateurs trouveront des substituts comme ils l’ont déjà fait par le passé avec le charbon. La prospérité économique ne provient pas de l’exploitation d’une rente, mais de la capacité à s’adapter en innovant.

La T.I.P.P est l’illustration de la perversion qu’entraîne tout prélèvement rendu indolore. Qu’on le veuille ou non, un prélèvement indolore est un impôt que l’on déguise au contribuable. Et si l’on cache le prélèvement, alors il perd aussi une grande partie de sa légitimité car un impôt déguisé est toujours un aveu de non-maîtrise des finances publiques. Dans ce processus de maquillage, on perd aussi le sens des mots et lorsque les mots perdent leur fonction cognitive, on finit par ne plus appréhender correctement la réalité qui nous entoure, et notamment la réalité économique. Dans ce contexte, il devient difficile de dénouer les crises et d’apporter des solutions durables.

Des producteurs-percepteurs.

Lorsque nous payons 1 euro à la pompe, nous payons en fait 80 centimes au Trésor public. Partant de ce constat on nous explique que la TIPP représente 80 o/o du prix de l’essence. Imaginons que nous ayons à payer le véritable prix de l’essence à la pompe, soit 20 centimes. Puis, à la sortie de la station-service, le percepteur nous attend dans sa guérite, nous demandant de déclarer notre consommation. Il nous demandera 80 centimes (la T.I.P.P) par litre d’essence acheté. Dans ce cas, il sautera immédiatement aux yeux du consommateur que le percepteur, lui demande le quadruple (80 % cts) du prix de l’essence (20 cts) : pour un bien que j’ai payé 20 centimes, je dois débourser au fisc 80 centimes. Si le percepteur demandait vraiment 80 % du prix de l’essence, le consommateur aurait alors déboursé 16 centimes de taxes (80 % de 20 centimes), ce qui porterait le prix TTC de l’essence à 36 centimes.

On est bien loin d’un euro payé.

En intégrant la taxe dans le prix de vente des produits (à l’instar de la TVA d’une manière générale), l’État fait de tous les producteurs des percepteurs, ce qui lui permet de déguiser délibérément l’inflation qu’il provoque. Dans ce contexte, le gouvernement se permet même de convoquer les pétroliers alors qu’à défaut de maîtriser ses propres dépenses, il est sans doute celui qui participe le plus à la hausse artificielle des prix à la consommation.

La légitimité de l’impôt, provient du fait que impôt doit normalement financer le bien public dont nous tirons tous une utilité par le jeu de ce que les économistes appellent les externalités (retombées) positives. Mais la perte de légitimité se produit à partir du moment où les gens ont le sentiment que les efforts qu’on leur demande de faire entant que contribuable servent à payer des professeurs qui n’ont plus d’étudiants, des étudiants qui ne viennent pas en cours, des chercheurs qui ne sont pas dans les labos, des agriculteurs qui ne sont plus aux champs... et toutes sortes de rentes de situations qui sont devenues de nouveaux privilèges.

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