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Moyen-orient - TURQUIE.

L’inquiétante montée de l’intolérance.

Jeudi 22 octobre 2009 // Le Monde

L’antisémitisme progresse avec, en toile de fond, la situation au Moyen-Orient. Mais les Juifs du pays ne sont pas les seuls à être victimes de ce désamour turc. Toutes les minorités sont concernées.

Un sondage financé par l’Union européenne, intitulé « La perception du regard sur la judéité et les identités différentes », vient d’être rendu public lors d’une conférence organisée par le centre culturel de la synagogue,de Neve Shalom, dans le quartier de Beyoglu, à Istanbul. Bien que la présence juive dans ce quartier remonte à plus de cinq siècles, on ne peut que constater l’érosion démographique qui frappe la communauté juive vivant dans cette ville. Celle-ci connaît, notamment pour des raisons de sécurité, un repli sur elle-même. Pour les hommes et les femmes qui ont connu le génocide, Istanbul a incarné un lieu sûr où pouvaient se réfugier les Juifs fuyant l’Allemagne nazie.

Cependant, la violence de la politique israélienne à l’encontre des Palestiniens a suscité en Turquie une réaction qui se traduit désormais par une hausse perceptible de l’antisémitisme. Cette étude sur la « perception de la judéité » permet de mesurer le changement à l’oeuvre dans la société turque. L’enquête a été réalisée par téléphone entre le 18 mai et le 18 juin 2009 dans l’ensemble de la Turquie sur un échantillon de 1 108 personnes. Tant l’offensive israélienne sur Gaza en décembre 2008 et janvier 2009 que le « One minute » du Premier ministre Erdogan à Davos [où il a eu une altercation publique avec le président israélien Shimon Pérès] ont pesé sur cette enquête d’opinion. Par ailleurs, ce sondage confirme la baisse du seuil de tolérance de la population turque à l’égard de l’autre, déjà misent en lumière par une autre étude sur les valeurs effectuée par plusieurs universités turques. On constate que les Turcs expriment un rejet même à l’égard d’identités à propos desquelles ils n’ont pourtant aucune information ! Alors que 75 % des personnes interrogées admettent ne rien savoir des Juifs, des Grecs et des Arméniens, 42 % déclarent qu’elles préféreraient ne pas avoir de Juifs comme voisins. Ce taux est de 35 % s’il s’agit de membres des minorités chrétiennes (et de 52 % s’il s’agit d’athées).

Il en ressort donc qu’environ un tiers des Turcs ne souhaitent pas vivre aux côtés d’individus appartenant à des minorités. A la question : ( Selon vous, les, juifs de Turquie se sentent-ils liés à la République turque ?) seuls 15 % des sondés ont répondu par l’affirmative, tandis que 48 % ont répondu non. Les sondés se sont également vu proposer un tableau leur permettant d’évaluer les citoyens turcs appartenant à diverses obédiences religieuses sur une échelle allant de 0 à 10. Les Juifs ont été notés de la façon suivante : 3,6 pour la fiabilité, 6,8 pour l’assiduité au travail et 4,7 pour le respect accordé à l’être humain. Les musulmans sont mieux perçus, avec respectivement 7,5, 6,7 et 7,6.

UNE HOSTILITÉ QUI MÈNE À LA DIABOLISATION.

L’intolérance à l’égard des minorités enregistre une augmentation inquiétante. Selon la sociologue Niliifer Narli, « le danger de ces préjugés, que l’on constate en particulier dans le cas de l’antisémitisme ; c’est qu’ils suscitent une hostilité qui confine de plus en plus à la diabolisation d’un groupe précis. Ce groupe endosse tous les défauts et se trouve alors complètement déshumanisé ». HakanYilmaz, de l’université de Bogaziçi (Istanbul), estime que, au lieu de vivre sur le mythe voulant que la Turquie ait été tolérante au temps de l’Empire ottoman, le pays ferait mieux de regarder en face ses problèmes de discrimination ». Akile Gürsoy, de l’université de Yeditepe, explique pour sa part que, pendant les vingt-cinq premières années de la République, dix-sept députés appartenant à des minorités ont siégé à l’Assemblée nationale turque, mais qu’au cours des soixante années suivantes ce chiffre a spectaculairement baissé, pour aboutir à une sous-représentation parlementaire flagrante des minorités en Turquie.

IMPASSE Dialogue de sourds avec les Kurdes.

Les chances qu’ait lieu un règlement de la question kurde s’éloignent. Les deux parties campent sur leurs positions, et un compromis semble désormais difficile à atteindre.
Le vent d’optimisme suscité au mois d’août par le changement d’attitude du gouvernement turc à l’égard de la question kurde, avec la rencontre [inédite] entre le Premier ministre Erdogan et le leader du DTP [prokurde], Ahmet Türk, semble retomber. Les propos du ministre de l’Intérieur, qui a rejeté l’idée d’une révision constitutionnelle pour faire du kurde une langue d’enseignement officielle, ont provoqué des réactions négatives du côté du DTP. « La montagne n’a même pas accouché d’une souris », a déclaré Ahmet Türk. Lors d’une réunion organisé le 1ER septembre à Diyarbakir [ville du Kurdistan turc], il a défini ses positions sur le sujet, soulignant les divergences de vues importantes qui l’opposent au gouvernement turc.

En premier lieu, le désaccord à propos d’Abdullah Ôcalan, le leader emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Le DTP insiste pour qu’il soit partie prenante dans le processus de négociation. En déclarant que ceux qui ont sacrifié leur vie pour combattre doivent participer à la négociation, Ahmet Türk a clairement fait allusion au chef du PKK. Or ce dernier ne fait pas partie des plans du gouvernement. Sur cette question, le DTP n’est donc pas du tout sur la même longueur d’onde que les autorités. La modification éventuelle de la Constitution constitue une autre pierre d’achoppement entre les deux parties.

Le ministre de l’Intérieur veut maintenir le chapitre III de la Constitution « établissant le turc comme langue officielle », ce qui signifie : qu’une révision constitutionnelle n’est pas à l’ordre du jour. Or le DTP ne manque jamais une occasion de rappeler que, sans cette révision, une solution à la question kurde n’est pas envisageable. Le parti veut donner à l’identité kurde une reconnaissance constitutionnelle et insiste fortement pour que le chapitre de la Constitution définissant la notion de « turcité » soit amendé. L’enseignement du kurde est le troisième point de désaccord. Ahmet Türk réclame en effet que le kurde devienne une langue d’enseignement officielle, tandis que l’AKP ( le parti islamiste turc au pouvoir) préfère le cantonner au statut d’ « option ». Par ailleurs, dans le domaine de l’audiovisuel, il défend le principe de chaînes de télévision kurdes privées.

Actuellement, le DTP est incapable d’agir indépendamment du PKK et d’Ôcalan. Cette réalité a été maintes fois rappelée par Ahmet Türk. En répétant : « Nous ne sommes pas assez forts, prenez Ôcalan comme interlocuteur » les porte-parole du DTP ont posé leurs limites. Compte tenu de ces blocages, la perspective que le front kurde accepte un compromis semble peu probable. Tous les conseils suggérant au DTP de « prendre ses distances avec le PKK » n’ont aucune prise sur cette formation, qui ne cesse de démontrer sa dépendance à l’égard du PKK et d’Ôcalan. Voilà pourquoi il faut admettre que le problème kurde ne se réglera pas par une simple poignée de main sanctionnant une réconciliation. Les revendications qui émanent du front DTP-PKK traduisent leur volonté de se définir « comme une nation kurde à part entière avec à la clé la reconnaissance et la proclamation de cette reconnaissance au niveau constitutionnel ».

 Il s’agit donc pour le DTP de passer à un système fédéral. Il n’en parle pas ouvertement de cette manière, préférant une « autonomie démocratique ». Quant au gouvernement AKP il doit comprendre que, sans une évolution de la structure unitaire actuelle vers un système, fédéral binational, sans la désignation du kurde comme langue d’enseignement officielle, sans la participation d’Ocalan et sans une amnistie générale pour les militants du PKK, il ne pourra pas compter sur le soutien du DTP ni espérer que le PKK abandonne le maquis dans un geste de bonne volonté.

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