Libéralisme

L’imposture des retraites par capitalisation.

Dimanche 23 novembre 2008 // La France

Nos libéraux grands partisans des fonds de pension à la française seraient-ils devenus timides à force de discrétion ? Nous leur rendons la parole, injustement confisquée par l’actualité des marchés financiers.

Nous combattons depuis plusieurs années, avec constance, le capitalisme boursier paradis proclamé de nos retraites futures. La montée des cours de Bourse qui semblait structurelle, bien que remise en cause lors des crises de 1987 et de 2002, servait de support rationnel aux libéraux. Le meilleur platement dans la durée est, nous disent-ils, celui dans les actions, validant le principe qu’en dehors de la Bourse, rien ne tient. Le combat pour privatiser nos régimes de retraite, nous le savons, se poursuivait.

Le sénateur UMP, libéral, Philippe Marini, rapporteur général de la Commission des Finances, qui fut candidat à la présidence du Sénat, est ainsi l’un des ardents promoteurs des retraites par capitalisation par l’aménagement fiscal des plans d’épargne retraite PERCO et autres PERP.

La crise des subprimes, initiative d’une crise financière dont nous ne mesurons pas encore toute l’importance a ruiné le mantra libéral des peupliers qui montent jusqu’au ciel. Pire, encore, cette crise révèle la misère du schéma de société véhiculé par le libéralisme sur le thème de nos retraites.

Pour reprendre le bon mot de Keynes, « à long terme nous sommes tous morts » Enron, MCI, Lehman Brothers également étaient condamnés à mourir. Ces entreprises sont mortes à court terme en ruinant les fonds de pension de leurs cotisants travailleurs. À long terme, l’État, la Nation, peuvent mourir. Mais la probabilité de la mort d’une nation avant le terme de l’espérance de vie d’un citoyen est peu probable.

Au fond, trois systèmes sont envisageables pour la retraite.

  1. Le système éprouvé de la natalité c’est celui que la France a connu jusqu’à une très récente époque. Les parents étaient assurés qu’au moins un de leurs enfants, par exemple en reprenant la ferme, ne les abandonnerait pas. Ce système prévaut dans les pays en voie de développement comme la Chine et l’Inde.
  2. Le régime public de la retraite par répartition. Qu’il soit nécessaire de l’adapter en tenant compte du rallongement de la durée de vie est une évidence. Mais faut-il pour autant l’abandonner au seul bénéfice des fonctionnaires comme en Angleterre, pour imposer aux autres celui des retraites par capitalisation ?
  3. La rente. Être rentier ne nourrit-il pas nos fantasmes quotidiens ? Que bonheur si j’étais de profession propriétairecomme se déclaraient certains privilégiés au début du XX° siècle. Disposer d’un capital qui produit des revenus permettant de vivre dans le confort sans aliéner la propriété est encore le lot de familles riches.

Le libéralisme nous promet ce paradis de rentiers. Par quels subterfuges entend-il nous séduire ? Le constat des libéraux est que l’État étant condamné à la faillite ne pourra donc payer les retraites. En outre, la propagande libérale prétend que l’Etat gère mal. Il a en effet des visées de très long terme qui dépassent de loin les prises de position au jour le jour des traders. Seule une prise en charge par des organismes financiers privés, connaisseurs et gourous des marchés boursiers, permettrait aux populations actives de s’assurer d’un niveau de retraite contractuellement défini. L’employeur, l’employé cotisent dans des fonds de pension qu’ils soient captifs de l’entreprise, investis dans les actions de celle-ci, ou bien dans des fonds d’investissement, enBourse, dans des produits spéculatifs destinés à accroître la valeur des capitaux placés.

Les exigences de rentabilité qui datent de l’ère Reagan Thatcher, sont très élevées avec un minimum de 15 % de rendement des capitaux investis. Cela se traduit en Bourse par des distributions de dividendes et des rachats d’actions appauvrissant les entreprises et leurs salariés. Prises à grande échelle, ces exigences de rentabilité sont irréelles. En effet, le taux de croissance annuel moyeu composé mondial du PIB de 1820 à1998 s’est élevé à 2,1 %. Parvenir à un taux supérieur à 15% a donc imposé l’externalisation des outils de production vers les pays à main d’oeuvre moins chère, non, regardants sur les normes environnementales et de santé de leurs populations. L’application systématisée d’une telle exigence de rente financière sur la durée a alors favorisé la destruction de notre tissu industriel, la hausse du nombre de chômeurs, l’accroissement de la dette publique (moins de recettes et plus de dépenses) et alimenté le déséquilibre de la balance commerciale (substitution des productions détruites par les importations). Ces néfastes exigences prévalent toujours.

Pis encore. l’effondrement des fonds de pension qui perdent des milliards de dollars tous les mois, la précarisation des retraites contraignant des retraités à reprendre le chemin du travail, les manipulations de marché (où est la transparence tant réclamée quand les hedge funds élisent domicile dans les obscurs paradis fiscaux ?, sanctionne l’échec économique d’un système.

Enfin, exiger de jouer au casino la retraite de ses citoyens est profondément antisocial.

L’État, complice dans la mise en oeuvre fiscale d’un système de retraite par capitalisation, se trouve déjà dans les pays anglo-saxons sommé en dernier ressort de cautionner les faillites desfonds de pension. Cette idéologie de la personnification sur quelques individus des richesses par la paupérisation de la masse porte en elle-même les germes de la destruction de notre société. Condamner les retraités à vivre dans la précarité leurs dernières années de vieest le résultat logique du libéral système de retraite par capitalisation.

Il convient de combattre.

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