L’impardonnable Massacre des tirailleurs Sénégalais.

Lundi 9 juin 2008 // L’Afrique

Livre écrit par Raffael Scheck.

En l’absence d’un ordre formel de tuer les prisonniers de guerre noirs, les massacres d’Africains reçurent une double autorisation : La stigmatisation traditionnelle des noirs en usage dans le discours public allemand d’une part, le déferlement de la propagande raciste dans les médias nazis au cours de la campagne 39-40 (l’autre part).

Alors qu’il était étudiant Raffael Scheck, universitaire allemand, enseignant l’histoire de l’Europe moderne aux Etats-Unis, découvre qu’un massacre de soldats noirs était intervenu aux environs de Lyon en 1940. Quelques années plus tard, il enquête sur cet épisode, découvre l’ampleur des tueries quasi systématiques de tirailleurs sénégalais capturés, d’où le vouloir d’écrire un livre très documenté qui décrit avec rigueur et objectivité une des pages Les plus sinistres de L’HISTOIRE de l’armée allemande qui, pourtant, n’en manque pas.

Tragique rituel, répété des dizaines et des dizaines de fois avec, au terme, des milliers de soldats lâchement exécutés, des blessés ignoblement achevés.

Exemple

Nous sommes le 7 juin 1940 Airaines (Somme), après quarante-huit heures de résistance acharnée, l’héroïque capitaine N’Tchoréré à court de munitions se rend avec cinq tirailleurs, il est aussitôt abattu d’une balle dans la nuque, tous ses tirailleurs fusillés le Lendemain. A qui attribuer cet exploit ? Non pas à une horde de SS mais à une unité régulière de la Wehrmacht, la 7° panzer dont le chef est le célèbre Rommel, ce « modèle » qu’année après année l’histoire fort abusivement, transforme en adversaire chevaleresque et dont on a eu l’impudeur de titrer ses carnets La guerre sans haine. Or la 7° panzer parmi d’autres a laissé derrière son passage un Sillon le sang.

Comment ces unités ont-elles pu arriver à ces horreurs ?. Comment s’explique la nazifîcation et la barbarisation de l’armée allemande ? Scheck en trouve l’origine, dans les rapports entre l’Afrique et l’Allemagne, puissance coloniale de 1884 à 1918 dans le sud-ouest africain. Période marquée par une série de soulèvements écrasés dans le sang par le général Lothar von Trotha « un boucher en uniforme » qui a vu l’anéantissement des peuples hereros, namas, maji-maji.

De nouvelles confrontations eurent lieu lors de la guerre 14-18 contre des tirailleurs régulièrement enrégimentés. Rapidement un mythe se crée selon lequel les soldats allemands auraient été victimes de cruautés « qui n’avaient été vues jusque là que dans des combats contre les nègres. »

Battue, l’Allemagne est contrainte d’accepter l’occupation de la Rhénanie, où la présence de soldats coloniaux d’occupation révulse la population et déclenche un battage médiatique haineux. Cette campagne de la Honte Noire ouvrait la voie dès 1933 à une propagande insensée, qui ne connu plus de bornes avec Goebbels en 39-40.

Les tirailleurs sénégalais » animaux noir vêtus de kaki, à peine au-dessus du gorille » ces bêtes noires doivent être abattues dès leur capture. Et cette directive du haut commandement déclarait qu’il était honorable de fleurir les tombes des soldats tombés au champ d’honneur mais qu’il était interdit, sous peine de sanction, de faire de même avec celles de tirailleurs lorsqu’elles existent.

Considéré comme un sous-homme, le tirailleur devient un combattant illégitime, non protégé par la convention de Genève. « Les massacres de 1940 furent donc autorisés non par des normes juridiques ou des ordres précis, mais par un préjugé racial. » Pas un officier de la Wehrmacht n’ignorait ces appels au meurtre, y compris Rommel ancien commandant de la garde personnelle du Führer. L’enquête impose de préciser que certains officiers allemands eurent le courage de résister à cette folie se conduisant avec honneur devant l’adversaire de fait, fut-il noir.

Bilan 17 000 tirailleurs tués en deux mois sur 40 000 engagés sur le front. Après tant de souffrance quelle reconnaissance la France eut-elle envers ses coloniaux.? De multiples procès furent engagés contre les Allemands du fait de leurs exactions. S’agissant de victimes blanches les procédures suivaient leur cours. S’agissant de tirailleurs pas une seule n’alla jusqu’à son terme. Les promesses faites à nos soldats d’outre-mer ne furent généralement pas tenues d’où la grande révolte du camp de Thiaroye près de Dakar en novembre 1944. Les soldats français tirent, de nombreux morts, des centaines de blessés.
Merci la France.

Enfin la fameuse loi de cristallisation, la loi ségrégationniste, qui réduisait à la portion congrue les pensions de retraite et l’invalidité des soldats de couleur. Celte discrimination était ainsi justifiée, il y a peu encore, par un ministre Républicain qui n’était pas de droite « Etablir l’égalité des droits, serait bouleverser l’économie de l’Afrique. On ne sait si cette horreur relève du cynisme, du racisme ou de l’imbécillité. Sans doute des trois ! Il fallut attendre, la sortie du filme Indigènes pour que justice soit enfin pleinement rendue aux survivants.

Il est très important qu’un livre ait été écrit, surtout par un Allemand. Il est tout aussi important qu’il soit lu, enfin de ne pas oublier.

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