L’hypocrisie n’a pas de frontières.

Samedi 11 septembre 2010 // L’Europe

Les Roms bulgares et roumains posent à la France les mêmes problèmes au sujet desquels Paris a I’habitude de critiquer nos deux pays lorsque nous ne parvenons pas à les résoudre de façon convenable. La France a choisi de les résoudre, elle, de la façon la plus simple qui soit : en renvoyant chez elles les personnes qui les posent.

Impossible de ne pas parler d’hypocrisie, car les questions qu’induisent les Roms sont
tout ce qu’il y a de plus prosaïque. Or lorsque les autorités s’attaquent au sujet, elles se disent le plus souvent motivées par des principes hautement humanistes. C’est le cas en Bulgarie et en Roumanie, c’est aussi le cas en France. Voici comment le porte-parole du Quai d’Orsay, Bernard Valero, a expliqué aux médias bulgares la démarche française : "Nous avons pris des mesures énergiques contre les trafiquants d’êtres humains et les délinquants qui utilisent la communauté rom pour enfreindre la loi. C’est pour cela que, avec nos partenaires bulgares, nous faisons tout pour améliorer le sort de la population rom et pour combattre ceux qui abusent d’elle."En d’autres termes, si la France expulse des Roms, c’est pour mieux les protéger. Si vous avez du mal à le croire, voici encore quelques arguments français en faveur de l’expulsion : « Nous ne pouvons pas rester les bras croisés lorsque nous voyons que des mineures sont contraintes de se prostituer, lorsque des enfants sont obligés de voler dans les rues, lorsque des bébés sont utilisés comme prétextes à la mendicité... C’est un grave problème, d’un point de vue à la fois humanitaire et légal », poursuit le représentant du ministère des Affaires étrangères français, pour qui les Roms sont des « victimes » en France.

Et, donc, afin que les Roms ne soient plus des victimes en France, il faudrait les renvoyer en Bulgarie et en Roumanie pour qu’ils y vivent dans la joie et l’insouciance, au grand bonheur des humanistes français ? Dans des déclarations moins hypocrites, les autorités françaises précisent que seuls seront expulsés ceux qui ont enfreint la loi. Ce qui semble plus honnête et presque logique. Mais est-ce que la France expulse ses propres citoyens lorsqu’ils ont commis un délit ?

LES ROMS, DES CITOYENS EUROPÉENS PAS COMME LES AUTRES

En termes d’hypocrisie, la Bulgarie n’a rien à envier à la France. La nouvelle de l’expulsion de Roms de France a été accueillie avec une étonnante bienveillance de la part des autorités de Sofia. Et leur hypocrisie n’était rien en comparaison de celle des organisations de défense des droits de l’homme. Ces mêmes ONG qui font des déclarations fracassantes à l’occasion d’une gifle policière ou d’un mot de travers sont restées muettes. Le comble de l’hypocrisie teintée d’opportunisme a même été atteint avec les déclarations du chef du parti représentant les Roms, Euroroma, Tsvetelin Kantchev, qui a bruyamment manifesté sa joie à l’idée du rapatriement de ses concitoyens. N’est-il pas offensé, surpris, inquiet de la mesure française ? Aucunement. Son parti "soutient pleinement la France". Il est même persuadé qu’il est capable, à lui tout seul, de régler « 70 % des problèmes » des Roms s’il devient un jour ministre.

Entre-temps, de violentes critiques se sont abattues sur la France et l’Union européenne, accusées de pratiquer la politique du deux poids, deux mesures face aux Roms, selon qu’ils résident dans l’Ouest ou dans l’est du continent. Car la France n’est pas la seule à expulser sans ménagement, loin s’en faut. Récemment, la municipalité de Copenhague a demandé l’aide de l’État pour expulser quelque 400 Roms. En Belgique, 700 d’entre eux ont été chassés de Flandre vers la Wallonie. En Italie, cette politique a cours depuis des années. L’Allemagne expulse de jeunes Roms vers le Kosovo, même s’ils sont nés sur le sol allemand et ne parlent que la langue de Goethe. Le problème des Roms se pose désormais à l’échelle du continent tout entier, alors que l’on en est encore à débattre de leur nombre exact : sont-ils neuf ou 16 millions ?

Seul un vrai débat paneuropéen sur un problème qui devient de plus en plus paneuropéen pourrait permettre d’identifier les solutions qui fonctionnent dans les différents pays, de mettre en commun les ressources et d’instaurer une nouvelle politique, porteuse de vraies solutions. Sinon, rien ne changera. Nous envoyons les Roms en Europe et l’Europe nous les renvoie. « Djelem,-djelem »... en voyage,_en voyage, comme dit la chanson tsigane. Le problème est que ce voyage ne mène nulle part.

Vous avez confondu les formulaires. Recommencez, s’il vous plaît. Je ne comprends pas comment vous pouvez vous tromper sur des choses aussi simples. C’est la première fois que vous venez chez nous ? En ce début des années 1950, le fonctionnaire français ne cache pas son irritation contre le vacancier américain. La réplique ne tarde pas : Je suis déjà venu en France, une seule fois. Sur la plage d’Omaha, lors du Débarquement. Et il n’y avait pas de fonctionnaires français pour m’apprendre à remplir vos formulaires !

Les autorités françaises viennent de se découvrir un problème ennuyeux car très médiatisé : celui des citoyens roumains, roms pour la plupart. Pierre Lellouche, le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, brandit le spectre d’un, châtiment politique (une non-adhésion à l’espace Schengen) si le gouvernement roumain ne prend pas de mesures immédiates pour résoudre le problème des Roms qui ont atterri en France. Ce sont des citoyens roumains, faites quelque chose, disent les Français. Ils sont citoyens européens, nous ne pouvons pas restreindre leur droit à la libre circulation, répond Bucarest.

En fin de compte, nous assistons à une dispute classique. Les citoyens roumains (et donc européens) qui posent problème dans l’espace français (et européen) sont pauvres, sans éducation, avec très peu de chances de se trouver un emploi légal. Il faut donc beaucoup d’imagination et d’argent, pour redresser la situation. Or les programmes français à destination des minorités défavorisées ne sont pas vraiment une réussite. Une preuve en est la régularité avec laquelle des automobiles flambent dans les banlieues françaises, zones peuplées de citoyens Français d’origine maghrébine. La Roumanie n’a guère plus de succès. À ce titre, tenter de régler le problème au niveau communautaire semblerait justifié. Le malheur est qu’alors intervient une bataille d’image. Comment serait-il possible de reconnaître l’échec de l’administration (pour les Français) ou des politiques sociaux nationale (pour les Roumains) ? En outre, il est tellement plus tentant, en ces temps de grisaille budgétaire, de s’en prendre à l’étranger... Il est juste de dire que les Tsiganes-citoyens roumains vivants en France représentent une dépense supplémentaire pour le contribuable français (assistance sociale, médicale, frais de justice, places dans les prisons, affectation des policiers...), mais ce ne sont pas leurs campements de fortune qui ont provoqué le désarroi budgétaire dans lequel se trouve Paris. La France s’est retrouvé, à certains moments de son histoire, en mauvaise posture. Elle a été aidée par des pays plus riches et plus puissante. Il serait bienséant qu’elle retourne le geste.

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