L’homme invité à plus de modestie et d’humilité.

Mardi 11 mai 2010 // L’Europe

Plus de sept millions de passagers bloqués dans le monde. 63 des tour-opérateurs dont certains se voient déjà en faillite ou qui paniquent devant le coût des nuitées d’hôtels et des repas imprévus qu’ils vont devoir débourser. Des assureurs qui refusent de dédommager un phénomène naturel qui, pour une fois, ne peut même pas être attribué au réchauffement climatique. Un milliard d’euros de pertes pour les compagnies aériennes dont au moins cinq sont en train de déposer le bilan. Les États qui refusent de supporter l’addition, etc.

Le clou du désastre : de très nombreux chefs d’État, à commencer par l’Américain Barack Obama en passant par l’Allemande Angela Merkel et le Français Nicolas Sarkozy, qui n’ont pu assister, dimanche 18 avril, en Pologne, aux funérailles de leur ami et président Lech Kaczynski et de la première dame, Maria Kaczynski, morts dans un accident d’avion, le 10 avril, à Smolensk, en Russie. La cause ? La plupart des pays européens avaient hermétiquement fermé leur espace aérien après le réveil du volcan Eyjafjôll d’Islande.

Il y a pourtant une bonne nouvelle, et une leçon, à retenir de ce triste événement qui a plongé le monde dans l’incertitude. La bonne nouvelle, c’est qu’en cinq jours d’immobilisation de l’espace aérien européen, la planète a pu faire l’économie de 1,3 million de tonnes de rejet de carbone dans l’atmosphère.

Cette économie correspond à de ce qu’une ville de 500 000 habitants, dans un pays industrialisé, produit comme déchets pendant toute une année. En effet, les avions qui traversent ou atterrissent en Europe rejettent un tiers des émissions de carbone de l’aviation mondiale, soit l’équivalent de 2% des rejets de la planète. Ce n’est pas rien, mais de là à souhaiter que ce volcan islandais continue de cracher ses cendres et particules et que les avions soient cloués au sol plus longtemps encore ; il n’y a qu’un pas que même les écologistes les plus radicaux ne souhaitaient pas même si certains d’entre eux, pendant cette crise, a fortement appelé à la mise en place de solutions alternatives à l’avion, sans que le monde s’arrête de tourner.

La leçon à retenir, après ces cinq jours d’immobilisation des avions devant desservir l’espace aérien européen, c’est la nécessité pour l’homme de retrouver quelques valeurs fondamentales de la vie comme la modestie et l’humilité, qui sont sorties de son vocabulaire usuel depuis qu’il affiche sa toute puissance dans tous les domaines de la vie. À force de repousser, sans cesse, avec succès, les limites de la science et de la connaissance, l’homme a fini par perdre les repères de l’existence. On a vu, par exemple, comment s’est effectuée la conquête de l’espace où certains pays comptent déjà se lancer dans des vols commerciaux. Plus proche de nous, la téléphonie mobile et internet ont rapproché les hommes à moindre coût. La science permet même de cloner les animaux, et si tel n’est pas encore le cas pour l’homme, c’est tout simplement parce que se dressent quelque part sur son chemin, des organes de surveillance chargés de veiller à la bonne préservation de l’éthique. Mais malgré son armada d’appareils scientifiques et technologiques, voilà que quelques petites fumées du volcan Eyjafjôll viennent de montrer sa vulnérabilité et son incapacité à pouvoir dompter la nature. L’éruption du volcan Eyjafjôll face à l’impuissance de l’homme, l’invite à plus d’humilité et de modestie dans tous ses comportements. La création du monde et de ce qui y vit, restera un mystère divin, pour tous ceux qui prétendent maîtriser toutes les lois de la nature.

L’immobilisation pendant cinq jours des avions devant desservir l’espace aérien européen avec des conséquences qui s’en sont découlés, montre l’urgence pour les 27 pays européens à mettre sur pied un ciel unique » en Europe dans de très brefs délais. Mais il ne s’agit pas d’une méthode de contournement au cas où Eyjafjôl se mettrait à nouveau à cracher des cendres et particules qui rendraient noir le ciel européen. Le « ciel unique » européen permettrait simplement aux 27 de confier la gestion de leur espace aérien à un organisme central, qui faciliterait beaucoup la prise de plusieurs décisions. Aujourd’hui, celle-ci relève encore de chaque direction nationale de l’aviation civile.

Cela dit, la question de fond est de savoir comment « dompter », au moins momentanément, quand la nécessité se fait sentir, cette force de la nature qu’est le volcan Eyjafjôll, pour que le transport aérien ne se retrouve plus prisonnier de ses cendres et particules qu’il crache dans le ciel ?

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