Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

Environnement.

L’éternel renoncement.

Jeudi 19 août 2010 // Divers

Dans l’avalanche de projets, programmes, assises, états généraux, lois et décrets qui nous submerge, le Grenelle de l’Environnement représentait un cas tout à fait remarquable, à la fois par le large consensus qu’il suscitait et par ce qu’il apportait de vue à long terme, de projet politique structurant majeur et d’aide à la prise de conscience sur les bouleversements écologiques futurs, auxquels le pays allait devoir s’adapter.

Nous avions nous-mêmes signalé dans nos colonnes tout le bien que nous en pensions ; Avec l’inquiétude toutefois que les concepts colbertiens à la base de ces lois soient vite en contradiction avec l’idéologie sarkozienne. Mais pendant un an et demi les choses ont avancé dans le bon sens. Et puis il y a eu l’échec de Copenhague, la contre-offensive des climato-sceptiques - merci Claude Allègre -, la découverte que ces lois écologiques, détestées par le milieu affairiste où baigne Nicolas Sarkozy, n’apportaient pas de bénéfice électoral, et le discours sur la politique écologique est passé de « C’est un changement complet dans la logique de décision gouvernementale. C’est une révolution dans la méthode » en novembre 2007, à « Toutes ces questions d’environnement, ça commence à bien faire » (2) en mars 2009. La défaite aux élections régionales a fermé la parenthèse et on est revenu vers la logique gouvernementale antérieure : copinage et ultra-libéralisme.

Alors, ce désintérêt pour l’écologie politique : procès d’intention ou réalité ? Plusieurs remarques peuvent être faites. La première, c’est que la loi dite Grenelle 1 qui a tracé les grandes lignes de la politique écologique que doit mener la France, n’est pas abrogée, et que même si elle peut donner lieu à des critiques (on lui reproche d’être souvent un catalogue de bonnes intentions sans applicabilité précise), elle est toujours en vigueur et reste une loi.

La deuxième, c’est que la construction du ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer (MEEDEM) s’est faite sur le ministère de l’Environnement, et si cette construction nouvelle présente de nombreuses avancées et permet une appréhension plus globale des problèmes de l’environnement, elle a abouti au démantèlement des structures antérieures, comme les Directions Régionales de l’Environnement (DIREN) et de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (DRIRE). Cette disparition d’administrations au rôle régional capital devait être accompagnée de reconstructions sous une forme améliorée ; or on n’a rien vu venir. Paradoxalement, la création du MEEDEM a réduit à la portion congrue la partie spécifiquement écologique, dévolue à un secrétariat d’État.

La troisième, c’est que la loi Grenelle 2 réduit, voire anéantit presque partout l’effet de la précédente : on peut en trouver des analyses détaillées sur la Toile, mais pour l’essentiel les restrictions les plus graves couvrent les champs des transports, de l’énergie, des OGM, du développement urbain, de la charge de la preuve en cas de pollution (le principe pollueur-payeur est abandonné), de la biodiversité (la fameuse trame verte destinée à sauvegarder les espèces rares n’est plus qu’un souvenir), de l’agriculture intensive, etc. Partout les changements entre le Grenelle 1 et le Grenelle 2 vont dans le sens d’une reculade.

Enfin le symbole de la démission de l’État reste la fameuse taxe carbone (3). Très démonstrative, elle mérite que l’on s’y arrête un instant. L’objectif de cette taxe est bien résumé par Nicolas Hulot : « 70 à 80 % de nos prélèvements obligatoires portent sur le travail. Ce qu’il faut pénaliser, ce n’est pas l’emploi. Ce qu’il faut réguler ce sont les impacts environnementaux, les prélèvements énergétiques, que l’on bascule progressivement l’ensemble de notre fiscalité, qui repose sur le travail, vers les prélèvements énergétiques et les impacts environnementaux ». Dans cette philosophie, chaque augmentation de la taxe carbone devait être liée à une baisse équivalente des taxes sur le travail. Le bilan était nul pour le citoyen et l’entrepreneur, mais poussait l’entreprise à respecter l’environnement, l’activité polluante devenant trop chère.

Cette taxe, populaire au départ, a donné lieu à une véritable campagne de désinformation, qui l’a dépeinte comme un impôt supplémentaire : tout ce qu’il faut pour en dégoûter le citoyen, ainsi que de l’écologie, assimilée alors à une dégringolade sévère du pouvoir d’achat. Le plus surprenant, c’est que le gouvernement ait été incapable de démentir cette affirmation mensongère et de faire preuve de pédagogie, ce qui aurait pourtant été facile. On ne peut que supposer une fois de plus qu’il s’est soumis aux groupes financiers et économiques dont il est débiteur, au mépris de la population tout entière.

En bilan, on craignait en 2007 que Nicolas Sarkozy n’ait pas le courage de maintenir le cap : on en a maintenant la certitude. Tout n’est pas encore perdu, mais il faut exiger du gouvernement qu’il respecte les engagements du Grenelle 1, corrige le Grenelle 2 et relance sa politique écologique, dont la taxe carbone. Sinon, de renoncements en renoncements, la belle idée qui avait mené au MEEDEM sera définitivement abandonnée sous la pression de groupes de pression et d’intérêts électoraux. D’ailleurs, peut-être n’y a-t-il pas besoin de pression : connaissant notre président, on peut même imaginer une vengeance infantile vis-à-vis des vilains écologistes qui ne lui ont pas donné leurs voix. Avec lui tout est possible, même un comportement de cour de récréation...

Répondre à cet article