L’été, le temps des vacances, le temps du rosé…

Lundi 13 juillet 2009 // Divers

Bien frais, mais point trop pour un vrai rosé qui doit rappeler qu’il s’agit d’un vrai vin…

Avec modération comme il se doit !

Qu’il s’agisse du rosé comme de l’Europe, pour éviter de se réveiller avec la gueule de bois, revenons vite à nos bonnes traditions…

Ce n’est pas notre frère d’armes Bernard Lhôte qui nous contredira…

 « Bibine et gueule de bois »…

On s’est étonné, on s’est indigné, on s’est moqué de la tentative de « Bruxelles » de nous pondre une directive autorisant la « fabrication » de vin rosé à partir d’un simple mélange de vin blanc et de vin rouge.
Cette directive a été repoussée. Soit. En sera-t-il de même avec cette tentative qu’avec certains référendums ?

Pourtant cette infâme mixture était conforme à la nature d’une union européenne qui mélange tout. N’est-elle pas elle-même une imbuvable bibine composée de schnaps, de chianti, d’ouzo, de champagne, de porto, de whisky, de vodka, de bière, de rioja, et cætera ?...

On accuse les français d’être moroses. Comment n’aurions-nous pas la gueule de bois, forcés que nous sommes d’absorber toujours plus d’infâmes « breuvages » distillés par la Grosse Commission et ses satellites ?

Il n’y a pas que nous d’ailleurs… L’abstention générale qui s’est manifestée lors des dernières élections prouve que les corps électoraux de tous les pays, saoulés d’Europe, la dégueulent !

Marianne Fischer Boel

En janvier dernier les 27 États membres de l’Union européenne ont voté un projet de directive autorisant le mélange de vin rouge et de vin blanc dans l’élaboration du rosé.

Le texte en question a été envoyé à l’Organisation Mondiale du Commerce pour approbation et sera soumis à un vote final au sein de la Commission européenne le 27 avril prochain. L’adoption de la réforme sur le coupage rentre dans le cadre du plan de réforme du secteur du vin européen déjà adopté par les pays de l’UE fin 2007. Michael Mann, porte parole de Marianne Fischer Boel, commissaire européen pour l’agriculture et le développement rural, prétend que l’objectif d’une telle décision vise à favoriser les exportations des vins européens, notamment vers la Chine, en se libérant des “entraves œnologiques” pesant sur ce commerce. Il insiste qu’une telle mesure contribuerait à l’amélioration de la qualité et de l’image du vin européen en permettant l’augmentation de ses parts de marchés à l’étranger.

Et pourquoi pas y rajouter du lait pour faire du Danao… ?

Ce n’est pas la première fois que les fonctionnaires européens se préoccupent, à l’exemple des responsables politiques nationaux, de notre « bien », notamment de celui de nos assiettes, sans prendre soin de nous demander préalablement notre avis. Le regretté Philippe Muray avait, sur cette question, écrit des pages mémorables. Pendant une dizaine d’années, il fallut lutter pour préserver les fromages au lait cru, présentés à tort comme nuisibles à la santé. Le prince Charles d’Angleterre apporta aux producteurs un soutien précieux pour empêcher les groupes de pression industriels et hygiénistes de mener à terme leur coupable projet de pasteurisation généralisée. Plus récemment, une directive autorisa l’utilisation de graisses végétales en lieu et place du beurre de cacao dans l’élaboration du chocolat, dans le but louable d’en réduire le prix de revient, donc de favoriser théoriquement les consommateurs.

Quel en est le résultat ? Les prix de vente du chocolat n’ont guère diminué, la qualité, si. Le sociologue britannique Theodor Zeldin, qui connaît parfaitement la France, avait un jour noté : « la gastronomie est l’art d’utiliser la nourriture pour créer le bonheur. » La Commission ne perdrait pas son temps à méditer cette pensée.

Car c’est toujours au nom de l’intérêt du consommateur (non pas gastronomique, mais a priori financier) et d’une meilleure compétitivité internationale qu’on voudrait autoriser ce qui relève encore aujourd’hui de la « carambouille », ce mélange d’un peu de rouge dans une grande quantité de blanc. Les yeux pourraient peut-être s’en satisfaire, les palais, certainement pas. Chacun peut tenter l’expérience dans sa cuisine. Comme l’avait écrit Pierre Dac dans le recueil de ses Pensées : « Qu’on le veuille ou non, qu’on l’admette ou pas, pisser rouge dans un verre de blanc ne donne pas pour autant du vin rosé. »

Les arguments avancés par la Commission en faveur de cette pratique sont de deux ordres : les Australiens, les Californiens, les Africains du sud y ont recours, les rejoindre nous mettrait sur un pied d’égalité, nous libérerait des « entraves œnologiques » - une expression lourde de sens. Cette promotion du nivellement par le bas ne saurait pourtant constituer un avantage concurrentiel, s’agissant des vins français et d’autres pays européens dont les viticulteurs se sont orientés depuis des années vers la qualité. Seuls les « industriels du vin » y trouveraient probablement leur compte. En outre, on avance que cette « technique » permettrait de conquérir de nouveaux marchés, dont celui de la Chine. Voilà qui est significatif de l’ignorance du marché chinois du vin par la Commission, et d’un singulier mépris des consommateurs locaux, sensés se contenter d’un simple ersatz, alors que la nouvelle bourgeoisie chinoise recherche plutôt la qualité, soit par goût ou attrait pour la notoriété de tel ou tel vin, soit pour une question de « face », dans le cadre d’une consommation sociale ou festive. Les intéressés, donc, apprécieront…

Si l’on se reporte à l’excellent Dictionnaire de la langue du vin de Martine Coutier CNRS Editions, 476 pages, 30 €), dont j’ai déjà rendu compte ici, rosé est le « qualificatif générique désignant des vins de teinte rouge clair, issus de raisins rouges, élaborés par une macération courte ou par un lent pressurage. » Cette linguiste, spécialiste du domaine, en a relevé dans la littérature œnologique des traces attestées depuis le XIVe siècle. Les vins rosés trouvent donc leurs singularités dans des techniques subtiles de vinification et les cépages dont ils sont issus. Qui n’a dégusté un Coteaux du Vendômois gris ne peut se faire une idée des saveurs de fruits rouges discrètement poivrées que donne le pineau d’Aunis, un cépage déjà évoqué par Rabelais. On pourrait aussi parler du Tavel, apprécié par Philippe le Bel, issu d’un assemblage d’une dizaine de cépages, du Bandol, pâle et tout en rondeur, des rosés corses, élaborés à partir de cépages endémiques, du vin de Brem, frais et typé – et de bien d’autres encore qui échappent avec bonheur à toute standardisation…

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