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L’épopée glorieuse de la Monarchie Française.

Mercredi 16 mai 2007, par Paul Vaurs // L’Histoire

Cette dynastie royale a régné en France de 987 à 1792. On appelait autrefois ces souverains les rois de la « troisième race », venus après les Mérovingiens et les Carolingiens. Les Capétiens de ligne directe régnèrent jusqu’en 1328. Des branches collatérales leur succédèrent. Les Capétiens-Valois de 1328 à 1498 ; les Valois-Orléans de 1498 à 1515 ; les Valois-Angoulême de 1515 à 1589 ; les Bourbons de 1589 à 1792. Le surnom de Capet fait sa première apparition vers 1030 dans la chronique d’Adémar de Chabanne, il s’applique alors au père d’Hugues Capet, le duc Hugues Ier. Il ne qualifie Hugues Capet qu’au début du XIIe siècle et le terme « capétien » apparaît pour la première fois chez le chroniqueur anglais Raoul de Diceto (mort en 1202). Les révolutionnaires le donnèrent par dérision à Louis XVI détrôné (le « citoyen Capet ») et à sa famille. Le surnom vient du mot cappa, « chape », et désigne le porteur d’un petit manteau. Peut-être fait-il allusion à la chape abbatiale, Hugues et son père étant abbés laïques de nombreuses abbayes. Au XII° siècle, la chape étant devenue un chaperon ou chapeau, Hugues Capet fut considéré comme « l’homme au chapeau » et la légende, appuyée sur cette fausse étymologie, naquit, selon laquelle il n’avait pas pu ou voulu recevoir la couronne.

On ne citera ici que les Capétiens directs (987-1328) et les Capétiens-Valois (1328-1498) et on laissera également de côté les branches capétiennes qui ont été à la tête de principautés et seigneuries en France (par exemple en Bourgogne) et celles qui ont occupé des trônes étrangers (à Constantinople, à Naples, en Navarre, en Hongrie aux XIII°-XIV° siècles).

Les premiers Capétiens et la féodalité (987-1180) 
Élaboration de la dynastie. 

Lorsque, à la mort du Carolingien Louis V ; Hugues Capet, duc des Francs, fut élu roi de France (on disait alors « roi des Francs ») à Senlis par une assemblée de grands, laïques et ecclésiastiques, qui le préféra à un concurrent carolingien, Charles de Basse-Lorraine, oncle du roi défunt, puis sacré à Noyon le 1er juin ou le 3 juillet 987, la longévité et la puissance de sa postérité n’étaient pas prévisibles. Certes, sa famille avait joué un grand rôle politique depuis son arrière-grand-père Robert le Fort, d’origine inconnue, qui détint sous Charles le Chauve de grands pouvoirs, entre Seine et Loire, sur la Neustrie en voie de s’appeler France, et plus tard Île-de-France. Son grand-oncle Eudes, fils de Robert, avait été déjà élu roi après la mort de Charles le Gros, en 888, et avait régné dix ans (888-898) et son propre père Hugues 1er le Grand, duc de France de 923 à 956, avait été le tuteur de Louis IV d’Outremer (936-954) et le véritable maître du royaume.

Mais le nouveau roi et ses successeurs allaient accomplir une tâche énorme : assurer la continuité dynastique, affermir le pouvoir royal face aux grands seigneurs dont beaucoup étaient aussi puissants qu’eux (le comte de Périgord à qui Hugues Capet et son fils Robert demandent : « Qui t’a fait comte ? » réplique : « Qui vous a faits rois ? »), donner une base économique et administrative à la royauté, faire progresser le pouvoir monarchique et la puissance nationale dans le Midi et les défendre contre l’Empire à l’est et contre l’Angleterre dans l’ouest même du royaume, acquérir un prestige national et international, devenir des rois « très chrétiens ».
 
L’essentiel de ce programme, qui ne fut sans doute pas conçu clairement ni systématiquement par les souverains et leur entourage, fut réalisé en deux siècles, lente évolution ponctuée de succès et d’échecs sur laquelle les documents parvenus jusqu’à nous nous renseignent mal. La continuité dynastique fut due d’abord à la chance qui assura à tous les Capétiens des héritiers mâles (jusqu’en 1314), mais aussi à une politique persévérante qui choisit la primogéniture (la reine Constance, troisième femme de Robert le Pieux, chercha pourtant à imposer le cadet Robert contre l’aîné Henri) et imposa la succession dynastique. En effet, l’élection du roi par les grands subsista jusqu’en 1179, mais chaque souverain fit, de son vivant, élire et couronner son fils aîné : Robert le Pieux dès 988, en 1017 Hugues (mort en 1025), puis Henri Ier en 1027, Philippe 1er en 1059, Louis VI à une date indéterminée, Philippe (mort en 1130) en 1129, puis Louis VII en 1131 et Philippe II Auguste en 1179.

Le domaine royal . 

La base territoriale et économique de la puissance des premiers Capétiens, c’est le domaine royal. Au sens strict, le domaine royal est composé d’un ensemble de biens matériels (châteaux, terres, moulins), de droits et de redevances, de vassaux directs et de rapports privilégiés avec certains évêchés, monastères et églises ; mais, comme ces ressources sont surtout concentrées dans certaines régions où le roi exerce un pouvoir direct, il est concrètement, sinon juridiquement, permis d’évaluer le domaine en termes territoriaux. Le domaine, essentiellement composé en 987 des biens patrimoniaux des Robertiens, ancêtres d’Hugues Capet, comprenait, autour du grand axe Paris-Orléans, de la Seine à la Loire, voies économiques de premier ordre, des terres fertiles qui connurent un défrichement énergiquement mené et une forte poussée démographique. Les principales acquisitions de la période (il y eut aussi des pertes : mouvance du Vendômois, comté de Dreux) furent Sens, Bourges, le Vexin français, le Gâtinais, la mouvance du Forez. Mais, outre les défrichements et l’équipement rural, les rois créèrent des « villeneuves » et favorisèrent la puissance économique des villes de leur royaume - foires et marchés -, notamment à Paris. Louis VI crée sur la rive droite le marché neuf des Champeaux, noyau du quartier des Halles. Sur ces domaines, les Capétiens installent au XI° siècle des agents domaniaux, les prévôts, chargés de percevoir droits et redevances.

Face aux grands féodaux, le roi sut user non seulement de ses droits de seigneur sur ses vassaux directs, mais il se refusa à prêter l’hommage pour les fiefs qui faisaient de lui un vassal (par exemple, vassalité de l’abbaye de Saint-Denis pour le Vexin) et, au cours du XII° siècle, chercha à imposer en théorie et en pratique la suzeraineté royale à tous les seigneurs du royaume. Dans ce domaine, les Capétiens - notamment Louis VI le Gros - réduisirent les châtelains brigands (Hugues de Puiset, Bouchard de Montmorency, Thomas de Marle), occupèrent ou détruisirent leurs donjons (Montlhéry, 1104 ; Le Puiset, 1112 ; Coucy, 1130), et assurèrent la tranquillité et la prospérité des églises, des paysans et des marchands. Les premiers Capétiens favorisèrent aussi en général l’essor urbain et le mouvement communal, qu’il s’agisse de communes rurales (coutumes de Lorris octroyées par Louis VI) ou de véritables villes (Louis VII aurait tenté de faire reconnaître l’appartenance de toutes les villes communales du royaume au domaine royal).

Si Robert le Pieux alla tenir une cour à Toulouse, les liens du Midi avec les Capétiens se distendirent pourtant encore dans la seconde moitié du XI° siècle. Louis VII ne se contenta pas d’intervenir en Auvergne et de séjourner en Languedoc. En épousant, en 1137, Aliénor, fille et héritière de Guillaume X d’Aquitaine, il parut étendre le domaine royal et la puissance capétienne vers le sud d’une façon décisive ; mais, en 1152, il divorça et Aliénor se remaria avec Henri Plantagenêt. Pis encore, Henri Plantagenêt devint en 1154 roi d’Angleterre et la menace qui pesait sur la monarchie capétienne depuis qu’en 1066 le duc de Normandie était devenu roi d’Angleterre et que le Capétien avait ainsi en Normandie un vassal, roi aussi et plus puissant que lui, devint plus précise et plus grave. L’empire Plantagenêt, outre l’Angleterre, comprenait en France la Normandie, l’Anjou, l’Aquitaine, presque tout l’Ouest, en dehors de la Bretagne, pratiquement indépendante. À l’est, face à l’empereur, les Capétiens avaient remporté un succès de prestige en 1124. L’empereur Henri V menaçant de détruire Reims, Louis VI appela à l’ost royal, en tant que suzerain, des contingents de tous les seigneurs ecclésiastiques et laïques, n’essuya aucun refus et Henri V, intimidé, n’insista pas. Cet épisode fut, dès l’époque, considéré comme une manifestation d’unité nationale autour du roi capétien.

Un caractère sacré. 

C’est surtout dans le domaine religieux que les Capétiens connurent de grands succès de prestige. Déjà Hugues Capet avait dû beaucoup à l’Église : à l’évêque Adalbéron de Reims son intervention décisive à Compiègne, aux abbayes royales un soutien efficace. Les abbayes de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire), puis de Saint-Denis jouèrent un rôle décisif dans l’établissement d’une historiographie capétienne - où une généalogie imaginaire rattachait d’ailleurs Hugues Capet à Charlemagne, source de tout prestige monarchique - et d’une mystique monarchique. En même temps, l’idée d’une division de la société en trois catégories : clercs, chevaliers, travailleurs, faisait du roi capétien le guide nécessaire de cette « troïka » (poème au roi Robert le Pieux de l’évêque Adalbéron de Laon). Des clercs furent les conseillers efficaces des rois qui, en retour, comblaient de dons et de privilèges églises et abbayes. Le plus célèbre de ces « ministres » fut Suger, abbé de Saint-Denis, conseiller de Louis VI et de Louis VII, régent pendant la II° croisade (mort en 1151). Louis VII dut un grand prestige à sa participation, avec l’empereur, à cette IIe°croisade (1147-1149) et à son pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle (1154). Les rois capétiens acquirent, sur deux plans en particulier, une auréole sacrée.

Malgré certains épisodes de leur vie privée, plusieurs d’entre eux, aidés par les écrivains ecclésiastiques, firent figure de dévots, sinon de saints : à Robert le Pieux, le moine Helgaud de Fleury consacre une véritable hagiographie ; Suger décrit la mort de Louis VI comme celle d’un saint ; Aliénor reproche à Louis VII de vivre comme un moine. Et surtout, le roi capétien prend un caractère sacré à cause du sacre et de son pouvoir miraculeux. Lors de la cérémonie qui se déroule à Reims au cours du XIe siècle, le Capétien est oint du chrême qui tend à l’assimiler à un évêque et lui confère une auréole d’autant plus grande que, selon la légende, le chrême aurait été apporté à saint Remi par une colombe pour le baptême de Clovis. Enfin, dès Robert le Pieux, le roi avait la réputation de guérir certains malades en les touchant et, sous Philippe Ier, la croyance s’instaura qu’il guérissait par simple toucher les écrouelles ou scrofules (adénite tuberculeuse).

Les grands Capétiens et l’unité territoriale (1180-1314) 

De Philippe II Auguste (1180-1223) à Philippe IV le Bel (1285-1314), cinq souverains d’envergure, dont trois ont un règne d’une longueur et d’une importance exceptionnelles (Philippe Auguste, Louis IX et Philippe le Bel), règnent sur un pays qui devient le plus prospère, le plus puissant et le plus prestigieux de la chrétienté. Les Capétiens recouvrent la plus grande partie des domaines passés sous domination anglaise, étendent l’influence de la monarchie aux régions touchées par le commerce maritime, en Méditerranée, dans l’Atlantique et la Manche, en mer du Nord. Ils rattachent solidement au royaume et au domaine royal le midi de la France et renforcent la « centralisation » monarchique. Mais, dès la fin du règne de Saint Louis (1226-1270), apparaissent des difficultés liées aux transformations de l’économie, en particulier au développement du secteur monétaire et à la crise des revenus seigneuriaux ainsi qu’aux luttes sociales dans les villes.

L’essor économique

Au début du XIV° siècle, le roi de France est réputé le plus puissant de la chrétienté parce que la population de son royaume est la plus nombreuse (vingt millions environ contre quatorze à l’Allemagne, quatre à l’Angleterre). Le développement des échanges extérieurs et intérieurs a entraîné, à peu près au même moment qu’à Gênes, Florence et Venise et avant les autres États européens, la reprise de la frappe de l’or (écu de Saint Louis, 1263) et l’émission de gros d’argent. Les défrichements ont continué en beaucoup de régions et les rendements se sont élevés, notamment sur certains domaines bien gérés aux terres fertiles, en Artois notamment.

Deux produits ont pris au XIII° siècle une grande importance dans les exportations françaises : le vin et le sel. Les revenus du roi de France lui permettent de mener une politique d’achat de fidélités, surtout de part et d’autre des frontières du royaume, dans le Nord-Est et l’Est, en bordure de l’Empire, en distribuant des « fiefs de bourse » ou « fiefs-rentes ». Paris devient, grâce à la présence habituelle du roi capétien et de ses services, une capitale prospère et forte (Halles et murailles de Philippe Auguste, réglementation des corporations sous Saint Louis conservée dans le Livre des métiers du prévôt Étienne Boileau), peuplée (200 000 habitants au début du XIV° siècle, de loin la plus populeuse de la chrétienté), rayonnant par son Université (statuts de 1215 et de 1231 - on dit que l’Italie a le pape, l’Allemagne l’empereur, la France l’Université), son art (Notre-Dame de Paris, Sainte-Chapelle, ateliers de miniatures et d’ivoires). Louis IX fournit à la chrétienté le modèle vivant du roi chrétien, et sa canonisation en 1297 rehausse le prestige de la dynastie capétienne et du royaume de France.

Le roi, « empereur en son royaume. »  

Dès 1190, la chancellerie royale emploie parfois à la place de rex Francorum, « roi des Francs », le titre de rex Francie, « roi de France », attestant l’unification du royaume. L’expression devient usuelle en 1204 et le terme de regnum Francie, royaume de France, apparaît en 1205. Le terme de couronne, de plus en plus usité, reflète la croyance en une idée et une réalité monarchique transcendant la personne du roi. Celui-ci devient « empereur en son royaume », ce que le pape Innocent III reconnaît de facto dans la lettre Per venerabilem (1202). À la fin de la période, une violente querelle entre Philippe IV le Bel et le pape Boniface VIII se termina par l’affirmation de l’entière souveraineté du Capétien au temporel : il récusait aussi bien l’ingérence du pape au nom des « deux glaives » que celle de l’empereur. À cette époque, les conseillers du roi, formés dans les facultés de droit (à Orléans, Toulouse ou Montpellier, car Paris n’avait pas de faculté de droit civil) et nommés pour cette raison les « légistes », mirent au point la théorie du roi non seulement « empereur en son royaume », mais aussi supérieur aux lois, rex solutus legibus.

L’extension du domaine royal.  

Cependant, les grands Capétiens avaient soutenu contre les rois d’Angleterre des luttes où ils remportèrent des succès décisifs qui accrurent considérablement le domaine royal malgré l’amputation répétée de certains grands fiefs donnés en apanage à des frères ou à des fils de roi. Entre 1203 et 1205, le roi d’Angleterre Jean sans Terre ayant été condamné par la cour de France à la perte de ses domaines français pour félonie (1202), Philippe Auguste conquit la Normandie, le Maine, l’Anjou, la Touraine, le nord du Poitou et de la Saintonge. En 1214, la victoire remportée à Bouvines par Philippe Auguste sur l’empereur et le comte de Flandre alliés à l’Angleterre fit du Capétien le plus puissant seigneur de son royaume et d’Europe. En 1224, Louis VIII soumit l’ensemble du Poitou et de la Saintonge et prit La Rochelle, grand port du vin, au roi d’Angleterre qui ne conservait que la Guyenne avec Bordeaux. Saint Louis, après avoir repoussé une attaque d’Henri III, fit renoncer le roi d’Angleterre à ses droits sur les territoires perdus et lui fit prêter hommage pour la Guyenne et divers domaines dans le Sud-Ouest (traité de Paris, 1258).

Les Capétiens mirent aussi la main, outre diverses acquisitions secondaires, sur le comté de Mâcon, sur la Champagne et la Brie (dont l’annexion définitive au domaine royal ne se fit qu’en 1361), et Philippe le Bel fit entrer dans la mouvance française une partie du Barrois, la châtellenie de Tournai et Lyon. Surtout, les Capétiens firent au XIII° siècle des progrès décisifs dans le Midi à la faveur de la croisade contre les Albigeois. L’intervention de Louis VIII puis de Saint Louis, sous la régence de Blanche de Castille, valut au Capétien, au traité de Paris (1229), le Bas-Languedoc (futures sénéchaussées de Beaucaire-Nîmes et de Carcassonne-Béziers) et l’expectative du reste des domaines du comte de Toulouse (Toulousain, Albigeois, Rouergue, Quercy et Agenais) pour son frère, Alphonse de Poitiers, et sa femme, Jeanne de Toulouse.

L’influence capétienne, forte à travers Alphonse à partir de 1249, se transforma en possession à la mort d’Alphonse et de Jeanne en 1270. Inaugurée par Simon de Montfort au début du siècle, la pénétration française (par les coutumes du Nord, le droit romain et les lents progrès de la langue d’oïl) se développa avec les fonctionnaires capétiens. La solution des problèmes territoriaux dans le Midi fut complétée par le traité de 1258 avec le roi d’Aragon (renoncement du Capétien au Roussillon et à la Catalogne, de l’Aragonais au Languedoc), l’entrée de Montpellier dans la mouvance française (1293) et l’acquisition du comté de Bigorre en 1293. Mais la Navarre ne fut que provisoirement réunie à la Couronne (1314-1316).
 
 Ainsi les Capétiens s’installaient solidement sur les façades maritimes où renaissait le commerce international, en Méditerranée où était fondée Aigues-Mortes, dans l’Atlantique d’où les « rôles d’Oléron » définissant à la fin du XII° siècle le droit maritime pour les bateaux transporteurs de sel se diffusèrent en Flandre, en Angleterre et dans la Baltique, dans la Manche où la conquête de la Normandie fut complétée par l’acquisition du port de Honfleur (1281), dans la mer du Nord enfin où les « affaires de Flandre » prirent une importance capitale sous Philippe le Bel qui y connut des fortunes diverses.

La « centralisation » monarchique.

Une fois leur domaine dilaté et leur royaume affermi, les grands Capétiens consolidèrent leur pouvoir grâce au développement d’une administration centralisée. Dans le domaine apparaissent sous Philippe Auguste des fonctionnaires royaux, représentants du roi et de ses prérogatives, les baillis, qui se stabilisèrent au cours du XIII° siècle dans des circonscriptions territoriales ou bailliages (dans certaines provinces, ces officiers et leur ressort gardèrent, dans leurs fonctions nouvelles, le vieux terme de sénéchal et de sénéchaussée). Des « enquêteurs royaux » allèrent, à partir de Saint Louis, contrôler l’action des fonctionnaires royaux, réparer les torts éventuels des monarques et rétablir les droits que baillis et sénéchaux avaient pu laisser usurper ou bafouer. La domesticité du roi se développa et constitua un « hôtel » qu’une série d’ordonnances organisèrent à partir de 1261. Sur le plan financier, Philippe le Bel retira en 1295 son Trésor du Temple et le confia à une Chambre ou Cour des comptes. Sous Saint Louis, l’appel à la justice royale personnelle (image du roi rendant la justice sous un chêne à Vincennes) ou institutionnelle se développa au point que la Cour du roi fut débordée. Aussi une juridiction spéciale, le Parlement, s’instaura peu à peu ; elle était pratiquement constituée à la fin du règne de Philippe le Bel. Mais en 1307, le règlement qui l’organisa reçut encore le nom d’« ordonnance des parlements » au pluriel.

Vers 1280, le bailli Philippe de Beaumanoir, rédacteur et commentateur des Coutumes de Beauvaisis, déclare que le roi, « ministre de Dieu pour le bien » et « souverain par-dessus tous », peut faire « tous établissements pour le commun profit ». Mais il doit les faire à une triple condition : 1. « par grand conseil » après consultation de son entourage et des grands ; 2. « pour le profit commun » ; 3. « conformément aux lois divines et humaines ». Ainsi s’établissait une nouvelle image du roi et du pouvoir royal, alliant la tradition féodale, les nouvelles théories des canonistes et des légistes, l’idéal religieux transformé qui, sous l’influence notamment des ordres mendiants (Dominicains et Franciscains) auxquels Saint Louis était très favorable, insistait sur la pratique des vertus et des œuvres plus que sur le respect des rites. En même temps, la royauté devenait aussi nationale par la langue. En 1274, les Grandes Chroniques de France, à la gloire de la dynastie capétienne, rédigées en latin à Saint-Denis, furent traduites en français par le moine Primat.

Enfin Philippe le Bel innova dans les rapports de la monarchie avec la nation en convoquant des assemblées de barons, prélats et représentants des villes pour en recevoir des avis en 1302, 1303, 1308 et, limitées semble-t-il à des délégués de certaines villes, en 1309 et 1314. Mais ces assemblées issues de la tradition féodale du « conseil » n’avaient aucun droit à contrôler la royauté, elles n’avaient rien de « parlementaire » au sens moderne du terme. Elles étaient appelées simplement à donner des avis ou même à accepter des demandes royales et à entériner des décisions du monarque. Il reste que cet embryon de représentation nationale - des historiens y ont vu les premiers « états généraux » - était né à l’occasion de difficultés rencontrées par la monarchie : en 1302 et 1303 à propos du conflit avec la papauté, en 1308 au sujet de l’affaire des Templiers et des problèmes monétaires, en 1314 sur la question des monnaies et la levée d’un subside pour la guerre.

Difficultés économiques et monétaires. 

Dès la fin du XIII° siècle, l’écroulement des voûtes de la nef de la cathédrale de Beauvais élevées à 64 mètres fut le symbole d’une limite technique atteinte. L’essor économique de la France capétienne s’était essoufflé. Les défrichements s’étaient ici et là arrêtés et les essarts avaient même parfois reculé. La moyenne et petite noblesse avait éprouvé des difficultés croissantes qui avaient frappé châtelains puis simples chevaliers, parfois, comme en Mâconnais, dès la première moitié du XIII° siècle. Ceux-ci, de plus en plus endettés, accensaient des parties de plus en plus étendues de la « réserve » domaniale pour lesquelles ils recevaient des cens en argent - qui lui-même se dépréciait - et s’appauvrissaient sans cesse. Les tenures paysannes de leur côté se fractionnaient et se rétrécissaient continuellement. Le fossé, dans les villes, s’élargissait entre riches et pauvres. Grèves et conflits du travail éclatèrent, surtout dans les villes drapantes, à Douai dès 1245, à Paris en 1270, 1277 et 1279, puis à partir de 1280 à Ypres, Bruges, Douai, Tournai, Provins, Rouen, Caen, Orléans, Reims, Béziers, Toulouse. Les difficultés de l’économie se manifestèrent aussi dans le domaine monétaire : l’insuffisance des signes monétaires, les intrigues des marchands italiens qui étaient les principaux conseillers du roi en la matière, le désir de la monarchie de se procurer des ressources en manipulant les monnaies conduisirent à des « mutations » monétaires qui furent en général l’équivalent de nos dévaluations.
 
Une réévaluation en 1306 provoqua une émeute des ouvriers et artisans parisiens qui fut durement réprimée : Philippe le Bel fit pendre les meneurs et supprima les corporations. En 1314, la monarchie était devenue très impopulaire et le royaume était au bord de la révolte.

La mise en place d’un État moderne (1314-1498).  

Plus que du changement de branche dynastique en 1328, c’est de la mort de Philippe le Bel que datent aussi bien les signes manifestes de crise de la monarchie que les efforts d’adaptation du gouvernement royal à la gestion d’un État moderne. Alimenter régulièrement les finances par la levée d’impôts permanents, organiser le gouvernement et l’administration (notamment, en matière de justice, par la consolidation du Parlement), défendre le royaume grâce à une armée régulière, associer l’élite sociale du pays à l’action de la Couronne, surtout en période de difficultés, tel fut le programme de plus en plus conscient et systématique des rois capétiens et de leurs conseillers.
 
Mais ils se heurtèrent à une triple série de difficultés. La crise économique du XIV° siècle et les conséquences de la Grande Peste affaiblirent le potentiel matériel et démographique du royaume. Les luttes sociales (réaction seigneuriale, jacquerie, émeutes urbaines) entravèrent l’établissement de l’absolutisme royal. La guerre réveillée avec l’Angleterre prit la forme d’un duel engageant l’existence de la dynastie et l’indépendance de la couronne de France.
 
Ce n’est que dans la seconde moitié du XV° siècle que la dynastie put surmonter ces épreuves : liquider à son profit la guerre de Cent Ans, vaincre les dernières résistances intérieures, favoriser la reprise économique et démographique et même, en se lançant dans l’aventure des guerres d’Italie, pénétrer du même coup dans le monde de la Renaissance.

L’action de la monarchie. 

Le premier problème qui se pose de façon urgente aux Capétiens après 1314, c’est celui de trouver de l’argent pour subvenir à un train royal de plus en plus fastueux, pour rémunérer fonctionnaires et soldats, de plus en plus nombreux. Entre 1332 et 1344, les recettes royales augmentent de 158 000 livres et les dépenses de 440 000 livres. Pour faire face à cet accroissement, pour financer la guerre, les Capétiens du bas Moyen Âge cherchent à remplacer l’impôt féodal extraordinaire par un impôt permanent. C’est ce que Philippe V cherche à obtenir dès 1321 d’une assemblée de barons, prélats et représentants des villes. Ces efforts se heurtèrent à la résistance opiniâtre des trois « ordres » de la société et de leurs représentants aux assemblées. De nombreux essais échouèrent entre 1315 et 1356, par exemple celui de la gabelle sur le sel, instituée en 1341, abolie à la demande des états de Paris (pour la langue d’oïl) et de Toulouse (pour la langue d’oc) en 1346. Cependant, la Chambre des comptes était organisée par l’ordonnance de Vivier-en-Brie (1320). La guerre de Cent Ans fournit à la royauté l’occasion décisive d’établir l’impôt. Ce fut fait entre 1356 et 1370 : impôts « directs » (le fouage et la taille) et « indirects » (les aides, parmi lesquelles la gabelle sur le sel reprise en 1355-1356, définitive à partir de 1383).

Ce processus ne s’accomplit cependant pas sans difficultés ni sans abandons, même de la part de la monarchie. Charles V abolit sur son lit de mort (16 sept. 1380) tous les fouages, qui ne furent rétablis qu’en 1388. En 1417, Jean sans Peur supprima également les aides dans les pays de langue d’oïl, à l’exception de ses domaines ; Charles VII les rétablit en 1436. La levée de ces impôts entraîna la création de nouveaux fonctionnaires et de nouvelles institutions : les « élus » chargés de lever les aides, les greniers à sel pour la gabelle (89 entre 1355 et 1422, 139 sous Charles VII), les « généraux » chargés d’organiser les aides et de surveiller les élus (4 à la fin du règne de Charles VII, à Tours, Montpellier, Paris et Rouen), la Chambre ou Cour des aides organisée à la fin du XIV° siècle.

Le Parlement, d’où les clercs furent exclus en 1319, fut définitivement organisé par l’ordonnance du 11 mars 1345 avec ses trois Chambres : Grand-Chambre ou Chambre des plaids, Chambre des enquêtes et Chambre des requêtes. Parallèlement à la justice, les rois organisent la police de Paris, confiée au prévôt qui siégeait au Châtelet, prison et cour de justice criminelle qui, au cours du XVe siècle, étendit largement son action hors de Paris.
 
 Le Parlement, ainsi que les justices du Châtelet et des bailliages et sénéchaussées, engendra toute une société nouvelle de gens de loi dépendant de la monarchie : parlementaires (de plus en plus laïques et roturiers, mais constituant bientôt de puissantes familles), procureurs (se formant en confrérie de Saint-Nicolas et Sainte-Catherine en 1342), avocats (organisés en corporation en 1340-1345), greffiers (confrérie en 1351), notaires (confrérie en 1351), huissiers, sergents, clercs de la basoche.

Dans le domaine militaire, l’engagement de plus en plus important de combattants soudoyés amènera l’apparition, vers la fin du règne de Philippe VI, de véritables entrepreneurs militaires se faisant appeler capitaines (semblables aux condottieri italiens qui offraient aux princes les services de leur « route » ou « compagnie »). Bientôt apparut le danger de certaines de ces bandes, les Grandes Compagnies. Charles V tenta d’organiser les « routiers » par des ordonnances de 1373 et 1374, mais celles-ci restèrent lettre morte. Il fallut attendre 1445 pour que des progrès décisifs soient réalisés dans ce domaine.

Aux XIV° et XV° siècles, les rois de France multiplièrent la convocation d’assemblées, sur le modèle de celles qu’avait réunies Philippe le Bel. Mais, plus que l’aide qu’ils en attendaient, ces assemblées leur causèrent des difficultés, soit en repoussant leurs demandes, soit en cherchant à contrôler l’administration royale. Il est vrai que les souverains et une partie de leur entourage n’étaient pas disposés à accepter une sorte de monarchie constitutionnelle et que, s’ils s’éloignèrent de formes monarchiques proprement féodales, ce fut pour affirmer leur supériorité à partir de la théorie des droits régaliens d’une part, du caractère sacré de la Couronne de l’autre.

En matière régalienne, les souverains affirmèrent et firent respecter leur monopole de frappe de la monnaie, de contrôle des poids et mesures, de levée de l’impôt. Dans le domaine du sentiment, ils développèrent un faste et un rituel monarchiques destinés à impressionner (Cour, cérémonies publiques : baptêmes, mariages, funérailles, entrées solennelles dans les villes) ; ils tendirent à faire de la famille royale tout entière une sorte de famille « sacrée », celle des « princes du sang ».
Charles V donna une impulsion décisive à cette évolution en favorisant d’une part les écrits de conseillers traitant de la monarchie sacrée (l’auteur anonyme du Songe du verger ; Jean Golein, avec sa traduction en 1372 du Rational des divins offices de Guillaume Durand où il inséra un Traité du sacre), d’autre part en faisant traduire (les principaux traducteurs sont ses conseillers Nicolas Oresme et Raoul de Presles) des œuvres de l’Antiquité païenne et chrétienne (saint Augustin et surtout Aristote) où puiser une théorie et une pratique de la monarchie « rationnelle » et « de droit divin ». C’est alors que se charge d’un sens spécial l’expression de roi « très chrétien » dont l’exclusivité est réclamée pour le roi de France. Il faut replacer dans ce climat l’importance exceptionnelle du sacre de Charles VII à Reims pour le succès de la cause de Jeanne d’Arc et du roi de Bourges. Enfin, le sentiment monarchique fut renforcé par la création de l’ordre chevaleresque de l’Étoile par Jean le Bon en 1351.

Les obstacles.

Mais l’action monarchique se heurta d’abord à la crise économique et à la mortalité effroyable de la Grande Peste. Une famine générale consécutive à des intempéries reparut en 1315-1317. Les revenus seigneuriaux s’amenuisèrent. Le commerce de luxe traditionnel (étoffes de prix) recula devant la production et l’exportation de produits de prix et qualité moindres. La Peste noire, à partir de 1348, fit périr un tiers de la population du royaume. Les souverains en mal d’argent aggravèrent ces difficultés par de nouvelles dévaluations monétaires. De 1336 à 1355, les mutations reprirent dans de grandes proportions, surtout pendant la période 1337-1343 ; mais ces mesures, défavorables pour les « rentiers », c’est-à-dire les seigneurs, aidaient débiteurs et locataires. Inversement, la stabilisation de la monnaie, sous Charles V, à partir de 1360, consacra les privilèges des possédants et le mécontentement des salariés s’accrut d’autant plus que, dès 1350, le roi Jean le Bon avait freiné par ordonnance royale la hausse des salaires consécutive aux ravages de la Peste noire. Les mutations, sous la pression des besoins militaires, reprirent à la fin du règne de Charles VI et au début de celui de Charles VII.
 
Les mécontentements divers et contradictoires amenèrent des réactions qui se tournèrent souvent contre la monarchie et ses prétentions fiscales et administratives. En 1315 éclata le soulèvement qui couvait sous Philippe le Bel et qui prit souvent un aspect régional derrière lequel se camouflaient les intérêts des privilégiés seigneuriaux, mais également toutes sortes de revendications. Louis X (1314-1316) dut concéder des chartes à presque toutes les provinces. Cependant, ces concessions étaient disparates, souvent de pure forme, et elles avaient été arrachées en ordre dispersé, sans que la masse se fût émue. Si elles retardèrent les progrès de l’autorité monarchique, elles ne l’empêchèrent pas.

En 1355, des états généraux consentirent à Jean le Bon la levée d’un impôt, mais lui imposèrent un strict contrôle de son emploi. Réunis à nouveau à Paris en octobre 1356 (il s’agit toujours des états de langue d’oïl, ceux de langue d’oc, assemblés à Toulouse, se montrant beaucoup plus dociles), après le désastre de Poitiers, ils voulurent sous la conduite de l’évêque de Laon, Robert Lecoq, et d’un riche drapier parisien, Étienne Marcel, prévôt des marchands, imposer au régent Charles de Normandie un véritable régime de monarchie « constitutionnelle » : une commission de réforme de quatre-vingts membres, des représentants en province pour contrôler les fonctionnaires royaux, un conseil de vingt-huit délégués (quatre prélats, douze chevaliers et douze bourgeois), « lesquels conseillers auraient la puissance de tout faire et ordonner dans le royaume comme le roi ». Pendant deux ans, les états et plus particulièrement le conseil, dominé par les partisans d’Étienne Marcel, gouvernèrent pratiquement la France du Nord. Nobles et prélats se rapprochèrent peu à peu du régent qui louvoyait.
 Les états de février 1358 limitèrent encore le pouvoir royal ; une émeute populaire se déchaîna, massacra les conseillers du régent en sa présence et Charles dut admettre au conseil Étienne Marcel et ses partisans. Mais, fin avril, il s’enfuit de Paris et organisa la reprise du pouvoir, tandis qu’Étienne Marcel, paraissant malgré lui compromis avec le bas peuple, les paysans révoltés, les Jacques, et même avec le roi de Navarre, Charles le Mauvais, qui intriguait avec les Anglais, perdait l’appui de la bourgeoisie parisienne. Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, Étienne Marcel était assassiné. La révolution parisienne était finie et la France avait perdu sa meilleure occasion d’instaurer une monarchie constitutionnelle. Le régent, bientôt roi, reprit habilement celles des mesures de 1356-1358 qui pouvaient servir à la monarchie ; mais il s’agissait de réformes octroyées et, si le pays pouvait conseiller, il lui était interdit de contrôler.

Au début du règne de Charles VI, une série d’émeutes urbaines, dont la plus spectaculaire fut celle des Maillotins à Paris (1382), révéla le malaise social qui se manifestait contre les agents du roi. Une tentative plus profonde eut lieu en 1413. Des représentants de l’Université et de la bourgeoisie présentèrent aux princes en février 1413 un programme de réformes très proches de celles prônées un demi-siècle plus tôt par Étienne Marcel. Les princes tergiversant, une violente émeute populaire dirigée par la corporation des bouchers, riches comme les grands bourgeois mais méprisés par eux et rejetés vers le peuple, imposa à la Cour une ordonnance de réforme, l’« ordonnance cabochienne », du nom du chef des bouchers, Caboche, qui instaurait un contrôle efficace de l’administration royale et qui a été définie comme « le plus beau programme de réformes qu’ait connu un État au Moyen Âge » (R. Fawtier). Elle fut abolie dès septembre 1413 par la Cour royale qui dirigea une féroce répression dans Paris. Cette attitude traditionnelle de la monarchie à l’égard du peuple parisien jeta la capitale dans les bras du duc de Bourgogne et même dans une certaine « collaboration » avec les Anglais. C’est de ceux-ci que vint le plus mortel péril pour la monarchie capétienne aux XIV° et XV° siècles.

En 1316, le problème de la succession royale se pose pour la première fois depuis 987. Louis X, à sa mort, le 5 juin 1316, ne laissait qu’une fille de quatre ans, mais la reine était enceinte. Le fils qui naquit le 15 novembre mourut quatre jours après. La couronne fut donnée par une assemblée de grands au frère de Louis X, Philippe, à qui avait été confiée la régence. En 1322, même situation à la mort de Philippe V : une fille et la reine enceinte. Même résultat ; le nouveau-né étant une fille, le troisième fils de Philippe le Bel prit la couronne. Même situation encore à la mort de Charles IV en 1328, mais il n’y avait plus de fils de Philippe le Bel et le régent à désigner avait toutes les chances, si le nouveau-né était une fille ou ne survivait pas, d’être le prochain roi. L’assemblée de grands et de notables, qui avait à choisir entre le roi d’Angleterre, Édouard III, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, Philippe, comte de Valois, petit-fils de Philippe III par son père, et Philippe, comte d’Évreux, petit-fils également de Philippe III et mari de la fille de Louis X le Hutin, n’hésita guère.

Les décisions de 1316 et de 1322 avaient déjà écarté les femmes du trône et, par conséquent, de la transmission du droit de succession (la loi dite salique ne fut invoquée par des juristes qu’à l’époque moderne) ; ce qui semble avoir été déterminant, c’est que l’action du sacre était une sorte d’ordination et que l’Église n’ordonnait pas des femmes. En ce qui concernait Édouard III, sa jeunesse et surtout le fait qu’il était étranger contribuèrent à sa disqualification. Philippe de Valois devint Philippe VI.

Tout sembla alors réglé. Édouard III prêta hommage à Philippe VI pour la Guyenne en 1329. Mais, lorsque le conflit pour la possession de la Guyenne entraîna en 1337 une rupture qui était le commencement de la guerre de Cent Ans, Édouard revendiqua publiquement, le 7 octobre 1337 à Westminster, la couronne de France. Pourtant, si les désastres de la guerre de Cent Ans mutilèrent pratiquement la France d’un tiers environ de son territoire au traité de Brétigny (1360), il n’y eut pas de véritable menace dynastique anglaise, même quand, après Poitiers (1356), Jean le Bon fut prisonnier d’Édouard III à Londres. En revanche, après Azincourt (1415), le traité de Troyes (1420) faisait du roi d’Angleterre Henri V le successeur de Charles VI et, à sa mort, les deux couronnes devaient rester unies à jamais sous lui et ses successeurs. Mais le dauphin Charles n’accepta pas son déshéritement. Ses partisans (Jean de Terre-Rouge dans le Traité de la succession à la Couronne et les Droits du Dauphin) invoquèrent la nullité juridique des clauses dynastiques du traité de Troyes, une succession au trône ne pouvant être assimilée à une succession privée comme l’avait déjà dit le Songe du verger. La résistance du « roi de Bourges », les succès de Jeanne d’Arc, le sacre de Reims (1429), les victoires des armées de Charles VII sur celles d’Henri VI, « roi d’Angleterre et de France », rendirent définitivement couronne et royaume à la dynastie.

Les succès et leurs causes.  

Au milieu de terribles épreuves, la lutte contre l’étranger a apporté à la monarchie un soutien inappréciable, celui du sentiment national. La remontée démographique et économique qui s’amorçait permit alors à Charles VII et à son fils et successeur Louis XI (1461-1483) d’accélérer le retour aux progrès monarchiques. L’unité territoriale de la France et l’agrandissement du domaine royal s’accomplirent d’abord par la récupération de toutes les possessions anglaises, y compris la Guyenne, perdue depuis le milieu du XII° siècle, et excepté Calais. Cette récupération fut effective en 1453. Ces apports au domaine furent complétés par les annexions du XIVe siècle (le Dauphiné et Montpellier sous Philippe VI) et les acquisitions de Louis XI : la Cerdagne et le Roussillon conquis en 1463, rendus par Charles VIII en 1482, le duché de Bourgogne et la Picardie, après la mort de Charles le Téméraire (1477), l’Anjou, le Barrois et la Provence par héritage de Charles du Maine (1481). Charles VIII épousait enfin en 1491 Anne, héritière du duché de Bretagne. La monarchie française avait repris l’Ouest et débordé, à l’est et surtout au sud-est, jusqu’aux Alpes et à la Méditerranée.
 
 L’autorité monarchique fut restaurée et renforcée. Charles VII créa enfin une armée permanente par une série d’ordonnances de 1445 à 1448 qui réorganisèrent le service des nobles, réglementèrent le service des communes, créèrent des unités de cavaliers (compagnies d’ordonnances) et de fantassins (francs-archers et arbalétriers). Louis XI recruta surtout son infanterie parmi des mercenaires étrangers : les Suisses.
 
 Depuis longtemps, sous Philippe le Bel en tout cas et davantage encore à l’époque du Grand Schisme (1378-1417), une partie du haut clergé français avait pris ses distances vis-à-vis de la papauté. La Pragmatique Sanction de Bourges (1438) sembla sanctionner ce gallicanisme en faisant désigner les évêques et abbés par élection et en limitant considérablement les droits du Saint-Siège en matière de bénéfice, d’appel et de taxes. Mais, plus que l’existence d’une Église nationale, ce qui intéressait le roi, c’était la nomination des évêques, et Louis XI pensa qu’il était plus commode de s’entendre à ce sujet avec le pape. Malgré les vives protestations du Parlement, il abolit la Pragmatique Sanction dès 1461 ; mais un concordat entre la royauté et la papauté ne fut signé qu’en 1516.

Les souverains surent enfin utiliser les états généraux au profit de leur politique. Charles VII obtint d’eux les subsides nécessaires pour achever la guerre de Cent Ans. Louis XI ne les réunit qu’une fois, en 1468, pour se faire relever de la promesse de constituer la Normandie en apanage pour son frère Charles. Au début du règne de Charles VIII, les régents convoquèrent les états généraux en 1484. Pour la première fois nationaux (toutes les provinces étaient représentées, pays d’oc comme pays d’oïl), illustrés par l’éloquence et le sérieux des délégués du tiers état, ils cherchèrent de nouveau à imposer leur contrôle à la monarchie. Mais l’égoïsme de la noblesse et du clergé, l’hostilité sournoise de la Cour en firent une manifestation qui n’eut d’autre lendemain que la crainte qu’elle laissa au pouvoir monarchique et aux privilégiés.
 
Charles VIII meurt sans héritier en 1498, à la fin du Moyen Âge. Il laisse la couronne à une autre branche capétienne, celle des Valois-Orléans représentée par son cousin Louis d’Orléans. La dynastie capétienne a alors solidement affermi son pouvoir en France, mais en laissant une assez large autonomie aux parlements provinciaux qui combinent loyalisme monarchique et particularisme. Les distances, la difficulté de maîtriser l’espace demeurent la principale limitation au pouvoir royal. Si l’on ne croit plus que la valeur individuelle des rois (la plupart d’entre eux n’ont été ni des guerriers valeureux, ni des politiques intelligents, mais des hommes faibles et parfois malades) ait bâti la monarchie et fait la France, les causes qui ont assuré le triomphe de l’idée monarchique restent mal élucidées. La tradition jacobine leur a conservé le mérite de l’unité nationale (territoriale, centralisatrice, sentimentale).
 
 Les rapports de la Couronne avec les féodaux, l’Église, la bourgeoisie montante, le peuple étaient ambigus et demeurent obscurs. S’il faut accorder à l’entourage royal - qui a socialement et intellectuellement changé, des grands officiers du XI° siècle aux juges, aux légistes, aux conseillers « bourgeois » - une grande importance dans l’œuvre capétienne, il n’est pas sûr qu’ils aient eu d’une politique systématique une conception beaucoup plus claire que celle des souverains (attitudes à l’égard des apanages, des monnaies, de l’Église). Si les Capétiens ont joué et bénéficié du sentiment national, ils n’ont pas eu, et ils l’ont montré face aux assemblées et aux états généraux, la volonté d’associer vraiment une représentation nationale à leur pouvoir. S’ils ont eu le sens de la supériorité de la Couronne sur leur personne, ils n’ont pas eu celui d’une responsabilité envers la nation, mais envers Dieu, se réservant jalousement à partir du XIV° siècle l’expression : « par la grâce de Dieu ».

Les Bourbons.

La plus célèbre des maisons souveraines ne fut pendant longtemps que l’une des multiples branches du tronc capétien ; la mort sans héritier mâle des trois derniers Valois devait pourtant donner la couronne aux Bourbons à la fin du XVI° siècle. Leurs règnes allaient coïncider, au XVII° siècle et au début du XVIII°, avec l’apogée de la monarchie absolue et la prépondérance française en Europe. Ils s’identifient également avec le triomphe d’une civilisation française que les hommes de l’époque ne pouvaient concevoir indépendamment de la personne du souverain. Le XVIII° siècle, s’il connaît l’affaiblissement de la monarchie absolue, est aussi le temps où la famille de Bourbon occupe les trônes de France, d’Espagne, de Parme et des Deux-Siciles, étendant la puissance de cette maison des Philippines à l’Italie et de l’Inde au Canada.

La maison de Bourbon avant 1589. 

Appartenant, pour parler comme les historiens anciens, aux « rois de France de la troisième race », la dernière des familles royales françaises est issue de Robert de Clermont, sixième fils de Saint Louis et de Marguerite de Provence. Il vécut de 1256 à 1317 et épousa Béatrice, fille unique d’Agnès de Bourbon et de Jean de Bourgogne, seigneur de Charolais. Par ce mariage, il acquit la seigneurie de Bourbon que Charles le Bel érigea en duché pour Louis Ier de Bourbon en 1327.

Louis II de Bourbon (1337-1410) fut fidèle au roi de France pendant la captivité de Jean le Bon en Angleterre. Son mariage avec Anne d’Auvergne en 1371 accrut les possessions de la famille du comté de Clermont-en-Auvergne, du Forez et de la seigneurie de Mercœur. Son fils Jean 1er (1381-1434), chef du parti armagnac, fut l’un des prisonniers de marque que firent les Anglais à Azincourt. Marie de Berry lui avait apporté en dot le duché d’Auvergne et le comté de Montpensier. Jean II (1426-1488), moins dévoué au souverain, participa à la Ligue du bien public et à la Guerre folle. Il mourut sans héritier mâle, mais une branche de Bourbon-la-Marche était sortie du tronc principal. Elle venait de Jacques Ier, troisième fils de Louis Ier duc de Bourbon, qui avait échangé en 1327 le comté de la Marche contre celui de Clermont-en-Beauvaisis. Jacques Ier eut plusieurs enfants, dont Jean Ier de Bourbon, comte de la Marche et de Vendôme (mort en 1393), qui laissa Louis de Bourbon (mort en 1446), époux de Jeanne de Laval. Ces derniers eurent pour fils Jean II de Bourbon-Vendôme (1429-1477) qui épousa Isabelle de Beauvau.

Au milieu du XV° siècle, la maison de Bourbon était donc divisée en trois branches : la branche ducale qui tenait les duchés de Bourbon et d’Auvergne, les comtés de Clermont-en-Beauvaisis, Forez, Beaujolais, la seigneurie de Château-Chinon et, hors le royaume, les Dombes. La branche de Montpensier avait, outre la terre dont elle portait le nom, le dauphiné d’Auvergne et le comté de Sancerre. La branche de Vendôme possédait le comté de Vendôme et la principauté de La Roche-sur-Yon.
 
De Jean II naquit François de Bourbon, comte de Vendôme, de Marle, de Saint-Paul, de Soissons, vicomte de Meaux (1470-1495), époux de Marie de Luxembourg et père de Charles de Bourbon (1489-1537). Celui-ci, comte puis duc de Vendôme, épousa en mai 1513 Françoise d’Alençon, veuve de François Ier d’Orléans, duc de Longueville. Ils eurent treize enfants, parmi lesquels le quatrième, Antoine (1518-1562), épousa en 1548 Jeanne d’Albret, reine de Navarre, Charles (1523-1590), frère d’Antoine et cardinal-archevêque de Rouen, fut proclamé roi par la Ligue, sous le nom de Charles X, pour faire pièce à son parent Henri de Navarre.

La trahison du connétable

Charles de Bourbon, comte de Vendôme, avait été élevé à la pairie en février 1515 et, pour son attachement à la Couronne, François 1er l’avait nommé lieutenant général à Paris. La maison de Bourbon allait souffrir quelques années plus tard de la trahison de son chef, le connétable de Bourbon (1490-1527). Après la mort de celui-ci devant Rome, le duc de Vendôme devint le plus proche parent de la famille royale, le premier prince du sang. Mais il n’hérita pas des grands domaines du connétable qui avait réuni les terres de la branche ducale et de la branche de Bourbon-Montpensier : duchés de Bourbonnais, d’Auvergne, comtés de Clermont-en-Beauvaisis, de Montpensier, de Forez, de Beaujolais, de la Marche, de Gien, dauphiné d’Auvergne, vicomtés de Carlat, Châtellereault, Murat, seigneurie de Mercœur, principauté de Dombes, etc. Confisqués en 1523 au moment où le connétable fit défection, ces biens allaient être partagés à sa mort entre le roi, sa mère Louise de Savoie, la duchesse de Lorraine et la famille des princes de La Roche-sur-Yon. En revanche, les domaines de la branche de Bourbon-Vendôme allaient s’accroître considérablement par le mariage d’Antoine de Bourbon avec Jeanne d’Albret le 2 octobre 1548.

L’ascension de la maison de Navarre. 

En 1484, la maison d’Albret avait acquis le royaume de Navarre par le mariage de Jean d’Albret avec Catherine de Foix, héritière de cette couronne. À dire vrai, ce royaume était réduit à la Basse-Navarre, située au nord des Pyrénées. La vicomté d’Albret avait été érigée en duché en 1550. Antoine apportait en mariage le duché de Vendôme, le comté de Marle et la châtellenie de La Fère (entre l’Aisne et l’Oise). Quant à Jeanne, elle possédait le royaume de Navarre, les comtés de Foix et de Bigorre, les vicomtés de Béarn, Marsan, Jussan et Nabasan. Elle était héritière des duchés d’Albret et de Beaumont, des comtés d’Armagnac, de Rodez, de Châteauneuf-en-Thimerais et de Champrond.
 
Henri II avait favorisé ce mariage pour éviter de voir ces terres tomber aux mains de François de Lorraine de la maison de Guise ou de Philippe II d’Espagne, tous deux prétendants à la main de Jeanne d’Albret. Fils d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret, Henri de Navarre, avant de monter sur le trône de France, allait encore accroître ces possessions du duché d’Alençon que Henri III, son beau-frère, lui donna en 1584, après la mort de François d’Alençon, frère du roi de France.
 
 Ainsi, les domaines de la maison de Bourbon-Navarre à l’avènement d’Henri IV comprenaient entre Pyrénées et Garonne les héritages d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret : sur le Tarn et le Lot, le comté de Rodez ; au centre, le comté de Périgord et la vicomté de Limoges ; sur le Loir, la Sarthe et l’Eure, les duchés de Vendôme, d’Alençon et de Beaumont ; entre Noyon et Laon, les comtés de Marle, La Fère et Soissons. Ce ne fut d’ailleurs qu’en juillet 1607 que le roi accorda la réunion à la Couronne des possessions de la famille de Bourbon, à la sollicitation du Parlement toujours fidèle à l’idée que le roi de France ne devait rien posséder en propre. C’était aussi la disparition des derniers grands États féodaux.

L’avènement d’Henri IV et le problème de la légitimité. 

Le 1er août 1589, le couteau du dominicain Jacques Clément met fin à la dynastie des Valois. La dévolution de la couronne est prévue par les lois fondamentales du royaume qui forment la constitution coutumière de l’État. Guy Coquille dans son Institution au droit des Français (1607) les définit ainsi : « Cette monarchie donc, établie par les anciens rois français saxons, a esté gouvernée par certaines lois qui, pour la plupart, n’ont esté écrites, pour ce que les anciens Français, grands guerriers et bons politiques, s’adonnaient plus à faire et à bien faire, que à dire ny à escrire. Aucunes [certaines] des dictes lois se trouvent escrites ès constitutions anciennes de nos roys. Les autres se trouvent aussy escrites ès livres coutumiers des provinces... »

Assassinat de Henri III 

Le moine Jacques Clément met fin à la dynastie des Valois en assassinant le roi de France Henri III (1551-1589). 

Le problème de la légitimité. Les Français du XVII° siècle ne conçoivent pas l’État comme une réalité abstraite, mais comme un tout organique, comme un corps vivant : un corps mystique. Le même Guy Coquille écrit que « le roy est le chef et le peuple des trois ordres sont les membres et tous ensemble font le corps politique et mystique, dont la liaison et union est individue et inséparable et ne peut une partie souffrir mal que le reste ne s’en sente et souffre douleur... »

Cette idée du corps mystique de la société et de l’État s’accompagne d’un principe général présidant à l’ordre du cosmos. L’univers est construit selon le principe d’inégalité et de hiérarchie. « Nature a voulu en chacune espèce une prééminence : aux astres, le Soleil ; entre les éléments, le feu ; entre les métaux, l’or ; entre les animaux à quatre pieds, le lyon ; entre les oiseaux, l’aigle » (Poisson de la Bodinière, Traité de la majesté royale en France, 1597). Cette hiérarchie culmine à Dieu dans l’ordre surnaturel et à la personne royale dans la société terrestre. Monarchie absolue ne signifie d’ailleurs pas despotisme. Bien au contraire. La France possède une « monarchie royale » où le souverain n’a pas la propriété des biens ni des personnes de ses sujets, à l’inverse des pays d’Orient soumis à la tyrannie des « monarchies seigneuriales » où l’on ne connaît pas de sujets, mais des esclaves. En France, la puissance du souverain est limitée de trois manières : par les lois de Dieu, par celles de la justice naturelle et par les lois fondamentales de l’État. Il faut y joindre les « libertés », c’est-à-dire les privilèges des corps et communautés.

Le roi ne peut modifier ces lois fondamentales. Elles consistent d’abord dans le mode de dévolution de la couronne, qui doit se faire de mâle en mâle par ordre de primogéniture, les parents par les femmes étant exclus de la succession. Depuis la fin du XIV° siècle, la loi salique est invoquée pour légitimer cette forme de transmission. En fait, chez les Germains, cette loi ne valait que pour les biens ordinaires et non pour la couronne, mais elle avait permis, à l’époque de la guerre de Cent Ans, d’expliquer le rejet des candidatures anglaises au trône de France. Comme on disait encore, la monarchie française était « une souveraineté parfaite, à laquelle les états [généraux] n’ont aucune part ; successive, non élective, non héréditaire purement, ni communiquée aux femmes, mais déférée au plus proche mâle, par la loi fondamentale de l’État ».
 
Le roi, par ailleurs, ne peut disposer librement de sa couronne. Il n’a pas la propriété de la monarchie. Il n’en a que l’administration sa vie durant. Et ce roi, enfin, doit être catholique. C’est en quelque sorte une conséquence de la notion de corps mystique de la communauté française : le roi est le chef, la tête ; il est un exemple, un modèle ; il règle et assure le bon ordre de tout l’organisme et l’on ne peut concevoir un roi hérétique pour tenir cette fonction capitale. Avec un roi non catholique ou excommunié, c’est tout le corps social qui risque d’être corrompu. Pour remplir les exigences de la loi salique, Henri III en mourant laissait le trône à Henri de Bourbon, roi de Navarre, son cousin au vingt-deuxième degré.

La conversion d’Henri de Navarre. 

Certains pensaient qu’il aurait mieux valu recourir à l’élection d’un souverain par les états généraux, tant le prétendant était éloigné du dernier roi ; d’autres soutenaient que les Guises avaient plus de droits que les Bourbons puisqu’ils descendaient de Charlemagne et non d’un usurpateur comme Hugues Capet. La bénédiction du pape, pour les champions des princes lorrains, avait été donnée à Charlemagne et à ses descendants, et à eux seuls.Le respect du principe de catholicité posait un autre problème. Henri de Navarre était chef du parti huguenot et qu’il s’engageât à respecter la religion romaine n’était point suffisant pour lui attacher la masse des catholiques. Bien des anciens fidèles d’Henri III, et à plus forte raison tous les ligueurs, repoussaient avec horreur l’idée d’un roi hérétique. On pouvait d’ailleurs douter de la sincérité des engagements du Béarnais, puisque après la Saint-Barthélemy (1572) il avait par crainte abjuré la Réforme pour revenir ensuite à l’hérésie une fois hors de danger. Les papes Sixte-Quint et Grégoire XIV, le légat Cajétan et la Sorbonne bénissaient la Sainte-Ligue dressée contre Henri de Navarre, que l’on excommuniait avec ses alliés.
 
Tout cela, joint aux difficultés rencontrées à prendre Paris, conduisit le roi à abjurer une nouvelle fois à Saint-Denis, le 25 juillet 1593. Cette abjuration, le sacre de Chartres en février 1594, l’absolution de Clément VIII en septembre 1595, avec le soutien des Jésuites et les signes non équivoques de la pratique du catholicisme par Henri IV permettaient la réduction et la soumission des citadelles et des provinces encore ligueuses. Le 9 mai 1590, était mort prisonnier à Fontenay-le-Comte l’oncle d’Henri de Navarre, le cardinal Charles de Bourbon, proclamé roi par les ligueurs sous le nom de Charles X. La disparition du roi-prêtre et le ralliement de ses partisans à Henri IV, nouveau converti, créaient les conditions de la pacification dans le respect de l’hérédité masculine et de la monarchie catholique.
 
Ces lois traditionnelles qui réglaient la dévolution de la couronne avaient été solennellement rappelées par le Parlement de Paris en juin 1593 (arrêt du président Lemaistre). Elles restèrent les fondements de la monarchie d’Ancien Régime, de la monarchie absolue, jusqu’à sa disparition en France.

Les Bourbons de France aux XVII° et XVIII° siècles.

L’histoire intérieure du royaume est marquée pendant ces deux siècles par le développement de la monarchie absolue, dont le règne de Louis XIV constitue l’apogée, et par les crises qui modifient au XVIII° siècle le fonctionnement de ce système de gouvernement.
 
Les juristes du XVII° siècle ont défini cette monarchie absolue ou « monarchie royale ». Le roi possède la puissance parfaite et entière, sans limitation de temps, de personne ou de chose. « Comme la couronne ne peut être si son cercle n’est entier, ainsi la souveraineté n’est point si quelque chose y défaut » (Loyseau). Ce mode de souveraineté, bien qu’étranger au despotisme, n’exige pas moins l’obéissance de tous les sujets, sans que les droits du roi puissent être diminués par l’intervention du pape (gallicanisme), des parlements ou des grands. Le souverain en France affirme tenir son pouvoir directement de Dieu, en refusant les médiations de toute espèce. L’historien officiel André Duchesne considère, en 1609, les rois de France comme des « terrestres divinitez » et Godeau, dans son Cathéchisme royal (1659), propose à Louis XIV de se souvenir à tout instant qu’il est un « vice-Dieu » sur la terre. Si la souveraineté n’est pas plus « divisible que le point en géométrie » (Le Bret, 1632), il reste à en convaincre tous les Français. Et les opposants subsistent nombreux dans les deux premiers tiers du XVII° siècle.

La monarchie absolue est en effet une réponse à la grande crise du siècle. La France est presque constamment en guerre extérieure et intérieure, en proie aux révoltes populaires comme aux invasions espagnoles et impériales. Le roi demande un effort fiscal toujours plus lourd, qui suscite les soulèvements des contribuables. Pour conduire et rétablir l’ordre, les deux cardinaux ministres (Richelieu et Mazarin), qui se font les défenseurs de la monarchie absolue, ont recours à des moyens de gouvernement qui apparaissent à beaucoup comme des nouveautés insupportables. Le roi gouverne de plus en plus par un Conseil réduit à des commissaires recrutés parmi ses fidèles ou ceux des premiers ministres : conseillers d’État, maîtres des requêtes, intendants et commis. Les princes du sang sont progressivement éloignés du Conseil.

Le cardinal Mazarin
Le cardinal Jules Mazarin (1602-1661), nommé Premier ministre par la régente Anne d’Autriche en 1643. Or il était admis que le roi devait gouverner par grand Conseil avec l’avis des membres de la famille royale. Maintenant, il n’y a plus en présence que le roi et ses sujets, sans l’intermédiaire et l’arbitrage des princes du sang. On comprend alors les raisons qui, après la mort d’Henri IV ou pendant la Fronde, font se coaliser momentanément les grands, les princes et les parlementaires dépossédés d’une partie de leurs attributions traditionnelles par le Conseil du roi, les officiers qui ont l’impression que les commissaires les supplantent et les rentiers que la politique financière de Mazarin appauvrit.

Tout cela explique les prises de position de la famille royale au XVII° siècle. Les princes sont nombreux à se dresser contre la politique du roi et de ses ministres. Ils rééditent l’hostilité à la Couronne des apanagistes du Moyen Âge. Il est vrai qu’ils n’utilisent plus le système féodal pour recruter des vassaux contre le roi, mais le XVII° siècle connaît un autre type de lien d’homme à homme : les clientèles et les fidélités. De haut en bas de la pyramide sociale, des hommes se donnent à d’autres plus puissants, dont ils sont les « dévoués » ou les « domestiques ». Les « maîtres » procurent des avantages à leurs dévoués, des places, des gouvernements, des pensions. Ils les marient et les dotent, protègent leur lignage, tandis que les dévoués conseillent leurs protecteurs, les aident militairement, constituent leur garde d’honneur. Les domestiques peuvent d’ailleurs changer de dépendance si le maître les néglige, mais il est de nombreux cas de fidélités durables. Puységur refuse, par exemple, de suivre le comte de Soissons, un Bourbon révolté contre le roi en 1641, parce qu’il connaît l’affection que lui porte le roi et veut s’en montrer digne. C’est qu’en effet le souverain et ses ministres, non seulement ne détruisent point les clientèles, mais ils en possèdent eux-mêmes ; ils en utilisent contre celles des grands, des princes et des membres de la grande robe.

Une famille nombreuse.

Au XVII° siècle, la famille royale se compose surtout des reines Marie de Médicis (1573-1642) et Anne d’Autriche (1601-1666) ; la première malhabile pendant la minorité de Louis XIII à défendre les droits du roi, la seconde, comme la première, au cœur de tous les complots du vivant de Louis XIII et de Richelieu, mais contribuant avec Mazarin, pendant la Fronde et au-delà, à l’affermissement de la monarchie absolue. Marie-Thérèse, l’épouse de Louis XIV (1638-1683), ne fut jamais au premier plan. La famille royale comprenait encore Gaston d’Orléans (1608-1660), frère de Louis XIII, et les princes du sang. Henri II de Condé (1588-1646) était petit-fils de Louis 1er de Condé (1530-1569), lui-même fils de Charles de Bourbon, grand-père d’Henri IV ; Henri II de Condé eut pour fils Louis II (1621-1686), le Grand Condé, connu d’abord sous le nom de duc d’Enghien. Louis II fut père d’Henri Jules de Condé (1643-1709), l’époux de la princesse Palatine. Louis III (1668-1710), fils d’Henri Jules, fut gouverneur de Bourgogne et de Bresse et homme de guerre. Son fils, Louis Henri, « Monsieur le Duc » (1692-1740), dirigea le Conseil de régence après la mort de Louis XIV et fut Premier ministre de 1723 à 1726.

Armand de Bourbon, prince de Conti (1629-1668), frère puîné du Grand Condé (1629-1668), commença une carrière ecclésiastique, puis participa à la Fronde. Réconcilié avec Mazarin, il épousa une nièce du cardinal. Son fils, Louis Armand (1661-1685), épousa Mlle de Blois, fille de Louis XIV et de Mlle de La Vallière. Il fit la campagne de Hongrie contre les Turcs en 1683. François Louis (1664-1709), son frère, combattit à Fleurus, Steinkerque et Neerwinden. Élu roi de Pologne, il ne parvint jamais à conquérir son trône.

Chez les Soissons, Charles de Bourbon, comte de Soissons (1566-1612), fils de Louis Ier de Condé, était fort médiocre. Il passa de la Ligue au parti d’Henri de Navarre, puis à celui d’Henri III, avant de se rallier à Henri IV. Sur la fin de sa vie, il gouverna la Normandie. Son fils, Louis (1604-1641), fut grand maître de France et gouverneur du Dauphiné. Hostile à Richelieu, il participa au complot de Chalais (1626), puis fit campagne à La Rochelle. En 1641, il mourut au bois de la Marfée lors d’une prise d’armes organisée aux frontières de la Champagne avec l’appui des Espagnols.

Les Longueville formaient une branche de la maison royale issue de Jean d’Orléans, comte de Dunois, fils naturel de Louis 1er Henri II de Longueville (1595-1663) fut gouverneur de Picardie, puis de Normandie (1619). Lui aussi conspira contre Richelieu en 1626. Pardonné, il combattit en Italie et en Allemagne, avant de négocier pour la France à Münster (traité de Westphalie, 1648). Son épouse, sœur de Condé et de Conti, le poussa dans la Fronde, ce qui lui valut d’être emprisonné avec les princes en 1650.

Les Vendôme étaient représentés par César de Bourbon, duc de Vendôme (1594-1665), fils de Gabrielle d’Estrées et de Henri IV. Il fut légitimé en 1595 et nommé gouverneur de Bretagne en 1598. Il épousa la fille du duc de Mercœur et cette alliance consacra le retour des princes lorrains dans le service du roi. En 1610, César de Vendôme prenait rang après les princes du sang. Il participa, comme les autres, aux troubles de la Régence (1614-1616), à la conspiration de Chalais et à la cabale des Importants (1643). Mais, fidèle à Mazarin pendant la Fronde, il maria son fils Louis, duc de Mercœur (1612-1669), à Laure Mancini, nièce du cardinal. Un autre fils, François, duc de Beaufort (1616-1669), fut de presque tous les soulèvements et complots du règne de Louis XIII.

Ces révoltes des princes du sang et de la famille royale sont d’autant plus graves qu’elles s’accompagnent d’accords conclus avec l’ennemi espagnol sous forme de véritables traités, comme celui de Gaston d’Orléans en 1632, ou celui du Grand Condé en 1652-1653. La Cour traite également avec eux comme avec des puissances : en 1614, le prince de Condé, les ducs de Nevers, de Mayenne, de Bouillon et de Longueville se sont enfuis en Champagne et exigent la convocation des états généraux. On voit les mandataires de la régente signer avec eux le traité de Sainte-Menehould, le 15 mai 1614. Un autre traité met fin en 1619 à la « guerre de la mère et du fils » (Louis XIII et Marie de Médicis).
 
 Si les opérations ou les complots tournent mal, les princes s’enfuient à l’étranger : Gaston d’Orléans gagne la Lorraine après l’échec de son mariage avec Marie de Mantoue et court à Bruxelles après la défaite de ses amis à Castelnaudary (1631-1632). Condé passe dans les rangs espagnols en 1652 et dirige l’armée d’invasion étrangère. Il ne regagne la France qu’à la paix des Pyrénées en 1659. Vendôme, après la conspiration de Chalais, s’enfuit en Angleterre (1626) et le comte de Soissons en Italie. Beaufort également se réfugie outre-Manche après l’échec du complot de Cinq-Mars, et ne rentre en France qu’à la mort de Richelieu. Le comte de Soissons, les ducs de Guise et de Bouillon utilisent Sedan comme base de leurs intrigues en 1640-1641. Tous veulent revenir à un état ancien du gouvernement, où ils pourraient librement diriger les provinces dont ils sont souvent les gouverneurs quasi héréditaires. Il s’agit pour eux de « remettre toutes choses en leurs places anciennes ».
 
Marie de Médicis et Gaston d’Orléans sont les deux pivots de ces multiples complots. « Monsieur » est un faible, un lâche, toujours prompt à abandonner les amis qu’il a compromis. On a vainement tenté de le réhabiliter. Il participe à presque toutes les révoltes. En 1626, il est du complot de Chalais ; en 1631-1632, il intrigue en Lorraine, négocie avec l’Espagne, entraîne le duc de Montmorency à soulever le Languedoc et s’enfuit aux Pays-Bas après 1632. Il y rejoint sa mère. En 1634, il se soumet, mais deux ans plus tard, on le trouve dans un complot du comte de Soissons contre Richelieu ; en 1642, il pousse Cinq-Mars en avant, puis l’abandonne, et obtient le pardon du roi. La Fronde lui permet de s’agiter à nouveau et de quitter un parti pour l’autre. Après la restauration de l’ordre royal, cet éternel comploteur terminera sa vie dans l’exil de Blois.

Il reste à souligner le rôle des femmes dans ces crises de croissance de la monarchie absolue, Marie de Médicis ou la duchesse de Longueville, sœur aînée du Grand Condé et du prince de Conti, qui participe même au traité conclu en mars 1649 entre la Cour et la Fronde. Elle tente de soulever la Normandie dont son époux est gouverneur, pousse Turenne à rejoindre les rangs espagnols, avant de finir dans le jansénisme et la vie conventuelle. Les familles princières ne versent pas tout entières dans le même parti. Si César de Vendôme et son fils, François, duc de Beaufort, participent ensemble à la cabale des Importants, le père reste fidèle à Mazarin pendant la Fronde, ce qui lui vaut le gouvernement de Bourgogne en 1650, alors que Beaufort se jette dans la révolte et soulève le petit peuple parisien (« le roi des Halles »). Henri II de Condé complote sous la régence de Marie de Médicis, mais se fait courtisan de Richelieu, tandis que son fils, le Grand Condé, qu’il a marié à une nièce du cardinal, devient l’un des plus farouches adversaires de Mazarin et des armées royales. Cependant, après la Fronde et surtout après la prise du pouvoir par Louis XIV (1661), les soulèvements des princes sont terminés.

Conti, qui a épousé une nièce de Mazarin, commande pour le roi en Catalogne et en Italie. Son frère, le Grand Condé, rentré en grâce et candidat malheureux au trône de Pologne, conquiert pour Louis XIV la Franche-Comté (1668) et dirige les armées en Hollande (1672-1674). Il termine sa vie au château de Chantilly. Longueville vit dans son gouvernement de Normandie jusqu’à sa mort en 1663. La génération des princes frondeurs, insurgés contre le chef de la maison royale, s’éteint avec eux. Le nouveau duc d’Orléans (1640-1701), Philippe, frère de Louis XIV, ne peut gêner beaucoup le roi qui l’éloigne de ses conseils, comme il en écarte la reine mère Anne d’Autriche. Les légitimés, fils du roi et de Mme de Montespan, le duc du Maine (1670-1736) et le comte de Toulouse (1678-1737), seront de très fidèles sujets. Ils verront pleuvoir sur eux les grandes charges. Le premier sera colonel général des Suisses, gouverneur du Languedoc, général des Galères, grand maître de l’Artillerie ; le second, amiral de France (1683), gouverneur de Guyenne, puis de Bretagne (1695).

Famille royale et princes du sang.

À la mort de Louis XIV, en 1715, le trône échoit à un enfant de cinq ans. Louis XV (1710-1774) est arrière-petit-fils du dernier roi, petit-fils du Grand Dauphin (1661-1711) et fils du duc de Bourgogne (1682-1712). Le régent est Philippe d’Orléans (1674-1723). Pour la troisième fois, comme après la mort d’Henri IV et celle de Louis XIII, le Parlement de Paris est appelé à casser le testament d’un souverain pour attribuer la régence sans aucune limitation de pouvoir au plus proche parent du nouveau roi. La grande robe reprend ainsi la puissance dont Louis XIV l’avait momentanément privée, et le XVIII° siècle sera plein de l’opposition des parlements à la volonté royale. Ce dernier siècle de l’Ancien Régime voit aussi renaître le désaccord des princes du sang avec la politique du souverain.
 
C’est d’abord, dès la Régence, le complot de Cellamare ourdi par Philippe V d’Espagne et dans lequel trempe le duc du Maine frustré par le régent du rôle que lui donnait le testament du défunt roi dans l’éducation de Louis XV et ramené du rang de prince du sang à celui de pair de France. C’est surtout, à la fin du règne, l’entente des princes et des parlements contre la politique de réforme financière et judiciaire de Maupeou. Un seul soutiendra les désirs du roi et de ses ministres : Louis François Joseph de Conti (1734-1814), alors que son père Louis François (1717-1776), après avoir servi la politique secrète de Louis XV, prend violemment parti pour les cours souveraines.
 
Au XVIII° siècle, on prend l’habitude de diviser la maison de France en « famille royale » (les enfants, frères, sœurs, oncles et tantes du souverain régnant) et « princes du sang » (familles d’Orléans, de Condé, de Conti et légitimés de France). Ces derniers l’emportent en dignité sur les « princes étrangers établis en France » (Lorraine, Bouillon, Rohan). La cour est souvent le lieu de querelles de préséances, moins futiles qu’il pourrait le paraître, car la société d’Ancien Régime est encore à cette époque et dans ces milieux une société de dignité. Le rang attribue non seulement la considération, mais les charges et les revenus. Les princes étrangers cherchent à égaler les légitimés et la famille de Lorraine veut se voir reconnaître un statut particulier comme descendant de la race carolingienne et parente de l’Empereur. À un degré inférieur, certains ducs et pairs refusent aux Rohan un rang privilégié.

L’avènement des Orléans.

Plusieurs branches de la famille de Bourbon s’éteignent au XVIII° siècle : les Vendôme, notamment avec Philippe, prieur de Vendôme (1655-1727), qui achève au Temple une vie scandaleuse. Les Longueville et les Soissons ne sont plus représentés. Reste la famille d’Orléans, avec Louis (1703-1752) qui vit retiré à l’abbaye Sainte-Geneviève, Louis Philippe, son fils, lieutenant général et gouverneur du Dauphiné (1725-1785), et Louis Philippe Joseph, le futur « Philippe Égalité » (1747-1793). Ce dernier est l’un des plus actifs dirigeants de l’opposition libérale pendant le règne de Louis XVI et au début de la Révolution.

Les Condé disparaissent au début du XIX° siècle avec Louis Joseph de Condé (1736-1818), qui commande l’armée des émigrés pendant la Révolution ; et son fils sans talents Louis Henri Joseph (1756-1830), dont la mort laissera le duc d’Aumale, fils de Louis-Philippe, héritier d’une grande fortune, puisque le duc d’Enghien, fils du dernier des Condé, est mort fusillé dans les fossés de Vincennes en 1804 et qu’avec lui la famille se trouve éteinte dans sa descendance masculine. Ce n’est point le lieu d’exposer ici dans le détail la fin de la branche aînée. Rappelons que la société d’ordres, battue en brèche dans la seconde moitié du XVIII° siècle, disparut officiellement au début de la Révolution. La capitulation de Louis XVI en juin 1789 devant les demandes du Tiers, la reconnaissance d’une Assemblée nationale, la suppression des privilèges dans la nuit du 4 août 1789, la mise en place de la Constitution de 1791 sanctionnèrent la disparition d’une société fondée sur la dignité et la personnalité d’ordres distincts et hiérarchisés. La suspension du roi le 10 août 1792, sa mort le 21 janvier 1793, celle de la reine au mois d’octobre de la même année, la disparition du dauphin au Temple scellaient la fin de la monarchie d’Ancien Régime. La dynastie des Bourbons devait se terminer en France après une Restauration qui ne dura que de 1814 à 1830 (règnes de Louis XVIII, 1814-1824, et de Charles X, 1824-1830), et par la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe de 1830 à 1848, qui fit monter sur le trône la branche cadette d’Orléans.

Assez curieusement, c’était par les règnes de trois frères que s’achevait la branche aînée, comme jadis au temps des Valois et des Capétiens directs, tandis que, dans une société et sous des institutions totalement différentes de celles du XVII° siècle, se poursuivait en plein XIX° siècle la rivalité des diverses familles de la maison de France.

Les Bourbons hors de France. 
Philippe V et les Bourbons d’Espagne. 

La succession de Charles II d’Espagne en 1700 permit à Philippe d’Anjou (1683-1746), petit-fils de Louis XIV, de monter sur le trône de Madrid. Charles II, sans descendant direct, laissait un héritage difficile. Tous deux étant fils et époux d’infantes espagnoles, Louis XIV comme l’empereur Léopold 1er de Habsbourg pouvaient y prétendre. Par les traités de l’automne de 1698 et de mars 1700, le roi de France consentit à ce que le royaume d’Espagne revint au prince électeur de Bavière ou à l’archiduc Charles de Habsbourg, à condition que le Dauphin reçût Naples, la Sicile, le Milanais et le Guipuzcoa, monnaies d’échange pour agrandir la France de la Lorraine, de la Savoie et de Nice. La cour d’Espagne allait faire échouer ce projet. Les Espagnols refusèrent de morceler leur empire, et le testament de Charles II appela à la couronne Philippe, duc d’Anjou, second fils du Grand Dauphin, frère cadet du duc de Bourgogne. Le roi mourut le 1er novembre 1700, et l’acceptation du testament par Louis XIV provoqua la grande alliance de 1701 contre la France et l’Espagne. Après une guerre difficile, les traités d’Utrecht (avril 1713) et de Rastatt (mars 1714) amputèrent l’État espagnol de ses possessions italiennes et des Pays-Bas attribués à l’empereur Charles VI et à Victor-Amédée de Savoie, mais l’Espagne conserva son roi Bourbon.

Les maisons de Parme et des Deux-Siciles. 

Philippe V eut de ses deux mariages, avec Marie-Louise de Savoie et Élisabeth Farnèse, Louis, à qui il abandonna le trône en 1724 pour le reprendre la même année, Ferdinand VI, qui régna de 1745 à 1759, Charles, d’abord roi des Deux-Siciles de 1744 à 1759, puis d’Espagne de 1759 à 1788, et Philippe, duc de Parme et de Plaisance de 1748 à 1765.

Au XVIII° siècle, la maison de Bourbon gagna en effet de nouvelles couronnes. Le traité de Vienne (1731) assura à Charles le duché de Parme, qu’il devait échanger en 1738 (paix de Vienne) contre le royaume de Naples et de Sicile. À la paix d’Aix-la-Chapelle (1748), après la guerre de Succession d’Autriche, le second fils de Philippe V, don Philippe, reçut les duchés de Parme et de Plaisance cédés par Marie-Thérèse d’Autriche. L’union des cours de la maison de Bourbon allait se concrétiser par le « Pacte de famille » entre Versailles, Parme, Naples et Madrid en 1761, œuvre de Choiseul pour aider à terminer la guerre de Sept Ans.

À Naples devaient se succéder Ferdinand 1er (1759-1825), troisième fils de Charles III d’Espagne, François 1er (1825-1830), Ferdinand II (1830-1859) et François II (1859-1860). En 1860, l’unification de l’Italie au profit du Piémont ruina les monarchies bourboniennes de la péninsule. Il en fut à Naples comme à Parme, où Robert qui régnait depuis 1854 fut renversé. Il était fils de Charles III (1849-1854), lui-même fils de Charles-Louis (roi d’Étrurie en 1803, duc de Lucques en 1815, de Parme en 1847). Le père de Charles-Louis, Louis de Bourbon (1773-1830), avait été un moment roi d’Étrurie par la grâce de Napoléon. Louis était fils de Ferdinand (1765-1802), petit-fils de don Philippe (1748-1765), le bénéficiaire de la paix d’Aix-la-Chapelle.
 
 À Madrid, le destin des Bourbons fut très inégal. Au règne éclairé de Charles III (1759-1788), succéda celui de Charles IV qui dut abdiquer en 1808 en faveur de Joseph Bonaparte. Après la guerre d’indépendance, la couronne revint à son fils Ferdinand VII (1814-1833) qui restaura l’absolutisme, mais ne put empêcher l’effondrement de l’empire colonial espagnol. Isabelle II, sa fille, régna de 1833 à 1868. L’Espagne fut alors troublée par les révoltes carlistes de 1833 à 1840 avec de nouvelles flambées en 1847 et en 1870-1875 : le frère cadet de Ferdinand VII, don Carlos, essaya de prendre la couronne à sa nièce, en excipant de la loi salique. Le carlisme, cousin du légitimisme français, recrutait ses partisans dans le nord-est de l’Espagne, Navarre et Pays basque.
 
Une révolution chassa Isabelle II en 1868 et le trône fut offert à Amédée de Savoie. Mais une situation anarchique, suivie d’une dictature militaire, permit la restauration des Bourbons en la personne d’Alphonse XII (1875). Son successeur, Alphonse XIII (1886-1931), s’inclina devant la proclamation de la République (14 avril 1931) et les Bourbons perdirent leur trône jusqu’en 1975, date de l’accession du petit-fils d’Alphonse XIII, Juan Carlos 1er .

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