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L’énigme de SM le Roi Louis XVI.

Lundi 30 avril 2007, par Paul Vaurs // L’Histoire

Reste-il encore à dire,à raconter, à comprendre deux cent treize ans après sa mort, sur le destin de Louis XVI ? Oui, à n’en pas douter,puisque deux biographe du Roi, ouvrages ma­jeurs l’un et l’autre, sont parues et quelques mois- Après celle, magis­trale lucide, implacable, synthèse remarquable d’intelligence du pro­fesseur de Viguerie (Le Rocher, 2004) voici celle de Jean-Christian Petitfils , non moins brillante, non moins précieuse, non moins forte, mais qui aborde l’homme, privé et public,, ainsi que la période, sous un autre angle et avec plus d’ampleur.

Impénétrable et déroutant.

Le fait est qu’il existe un mal­entendu profond, puis tragique au­tour de la personnalité du Roi-mar­tyr, et que ce malentendu, qui contri­bua à le conduire à sa perte, ne s’est nullement dissipé au fil du temps, même si l’historiographie tend désormais à lui rendre justice.

Louis XVI fut et demeure, pour ses proches, pour ses contempo­rains, pour la postérité, une irritante ou douloureuse énigme. IL existe un malaise flagrant autour de ce grand garçon maladroit et sans charme, que l‘ordre de succession ne desti­nait pas à régner, ou du moins pas si jeune. Son entourage, ses pa­rents, son grand-père louis XV, ses gouverneurs, la Cour, ce pays sans pitié, ne virent, pour la plupart, pas plus loin que les apparentes, et le jeune prince, condamné d’emblée sur la foi de son physique dénué de prestige, de sa maladresse et de sa timidité, ne se vit pas accorder la confiance et les soutiens dont il avait un cruel besoin. Quoi d’étonnant, alors, à ce que cet adolescent, dont Jean-Christian Petitfils souligne les hautes qualités et aptitudes intel­lectuelles, se soit replié sur lui-même et n’ait pas eu l’audace de révéler au grand jour une intelligence, et des capacités que les autres ne lui découvraient pas. ?

Le duc de Berry joua de mal­chance en ce domaine dès son en­fance. La beauté et la grâce de son aîné, le duc de Bourgogne, mort à dix ans de tuberculose, l’avaient éclipsé, et la disparition de son frère, au lieu de lui donner sa chance, prêta à des comparaisons pénibles. Les trépas rapprochés de ses pa­rents, en le livrant au désastreux éducateur que fut le duc de La Vau­guyon, fâcheux mélange d’ambition insatiable et de bigoterie effrénée, le privèrent de la formation dont il avait besoin ; Il tenta de pallier seul, par la suite, les lacunes criantes, et Petitfils souligne qu’en maints domaines, il y parvint brillamment. Ce rattrapage était loin d’être achevé lorsque la variole emporta Louis XV. Louis XVI, pas assez mûr encore, ni d’un caractère assez affirmé pour oser, connaissant ses failles, mettre en valeur ses forces. Ce n’est point anecdotique, car, ainsi que le sou­ligne le biographe, cette mauvaise image, fausse au demeurant, du jeune roi, lui colla à la peau jusqu’à la fin et lui aliéna les sympathies.

Ne pouvant montrer ce qu’il valait, Louis XVI s’enferma alors dans un personnage impénétrable et dérou­tant, comme il l’avoua à Male­sherbes « J’aime mieux laisser interpréter mes silences que mes paroles. » Ce choix d’introverti n’était pas le bon.

Apparence trompeuse.

L’un des axes du livre de Petit­fils est en effet cette dichotomie entre la vraie personnalité du roi, pour au­tant qu’il soit possible de l’appré­hender dans sa complexité et ses mystères, et l’image que les autres s’en font et qui est injustement très négative. Or, au bout d’un certain temps, Louis XVI, victime d’une es­pèce de dégoût, de dépression, ne cherchera plus à corriger cette apparence trompeuse. Manque de volonté, comme ses professeurs le lui reprochaient déjà en son enfance, que la fatigue aggrava au mauvais moment, le laissant désarmé face aux crises. Cependant, et c’est le pire, même au sommet de ses suc­cès, au lendemain de la victoire américaine, quand il devait être au faîte de sa popularité, le souverain ne sut pas, ou ne comprit pas, la nécessité de gérer son image, de s’imposer dans ce personnage de triomphateur qui l’aurait tant aidé.

Comme il ne sût ni ne pût, alors que son voyage à Cherbourg lui avait prouvé le lien persistant et puissant qui l’attachait encore au pays réel, à défaut du pays légal, se servir de cet amour du peuple et de sa facilité de communication avec les plus humbles pour redresser la situation en sa faveur.

A la différence des biographes qui l’ont précédé, Petitfils ne cède pas à la compassion, pas plus qu’il ne condamne abruptement tous ses faits et gestes royaux. Il les analyse, avec finesse et humanité, arrivant à un portrait aussi ambivalent, du reste, que toute la personnalité royale. Louis XVI, homme privé, apparaît admirable en bien des do­maines, attachant, plein de vertus profondes. Louis XVI, roi de France, en dépit de ses talents et de ses fa­cultés, se révèle toujours en des­sous de son rôle, bien qu’il soit tout à fait apte, à le remplir magnifiquement.

Contradictions.

De là procèdent les échecs successifs. Conscient des défis de l’heure, de l’urgente nécessité de moderniser, « à l’approche du XIX° siècle, les structures de l’État et de la monarchie », souvent d’une grande ampleur de vues qui ferait de lui, s’il réussissait, un réformateur prodigieux, Louis XVI, quand il ne veut passer à l’acte, ne sait imposer ni ses choix, ni ses idées, ni les hommes, qu’il a nommés pour les mettre en oeuvre. Il abandonne Turgot, puis Galonne, dont dépend pourtant l’ul­time espoir d’une « révolution royale » qui nous aurait épargné l’autre, se laisse imposer le lamen­table Loménie de Brienne, et court enfin à la catastrophe. En parallèle
des analyses psychologiques et des scènes d’intimité, Petitfils peint en ces chapitres-là une galerie de por­traits de ministres et de grands com­mis, parfois au vitriol, parfois tout en nuances, en même temps que de grands tableaux de la France, de l’Europe, de la société de l’époque, de l’évolution de la pen­sée et des mœurs d’une clarté parfaite.

Ces contradictions qui semblent faire partie intégrante de la per­sonnalité royale se retrouvent en­core dans l’attitude de Louis XVI face à la Révolution. Prêt à des concessions assez larges et assez nombreuses, qui dressent contre lui les partisans de la Contre-Révolu­tion immédiate, le roi s’y prend ce­pendant si mal qu’il incarne aux yeux de la gauche révolutionnaire, le défenseur de la réaction.. Ainsi se met-il tout le monde à dos par ses incertitudes, ses hésitations, ses revirements. Son attitude dans l’af­faire de la constitution civile du clergé en est l’illustration, qui lui aliène sans retour les ennemis de l’Église sans lui concilier les catho­liques échaudés en dépit de sa ré­tractation après avoir eu connais­sance de la condamnation romaine.
Au-delà de l’aspect politique, et des difficultés qu’une telle décision entraînerait auprès des autorités de la­ République, c’est bien cette pre­mière approbation de l’acte schis­matique qui, depuis la Restauration, a fait systématiquement écarter par Rome toute possibilité d’une béatification du roi, sa mort sur l’écha­faud ne semblant pas suffire à ef­facer une faute contraire à la vertu de force dans sa plénitude...

Quoi qu’il en soit des erreurs, des imperfections et des faiblesses du roi. Jean-Christian Petitfils, dans une conclusion argumentée, sou­ligne combien le malaise de la France vis-à-vis de Louis XVI, en deux siècles, ne s’est pas apaisé. Le crime du 21janvier n’a fait que l’amplifier. Nous n’avons pas fini d’en payer les conséquences.

Commissaire au Châtelet.

Le roman historique, par les libertés qu’il accorde, permet d’ap­profondir des aspects interdits à l’his­torien, et de brosser des tableaux de genre. Jean-François Parot excelle ainsi à faire revire la Cour et la ville des années 1770 à travers les enquêtes de Nicolas Le Floc’h, commissaire au Châtelet, et légitime héritier du marquisat breton de Ranreuil. Tandis qu’une précédente aventure du héros, « Le crime de l’hôtel Saint-Florentin », paraît en édition de poche, un nouveau volume, « Le sang des farines », vient de sortir en librairie. Toutes deux se déroulent au commencement du règne de Louis XVI. Dans la première, en mai 1774, Le Floc’h on mauvaise pos­ture depuis la mort du Bien-Aimé et la disgrâce inattendue de Sartine se voit prier d’enquêter, avec toute la discrétion requise, sur un crime épouvantable commis dans la propre demeure du duc de la Vrillière, nou­veau ministre. Or, tous les indices concordent pour faire porter les soupçons sur ce puissant seigneur. De quoi faire trembler le trône d’un roi de vingt ans éperdu de timidité envers lequel Le Floc’h se sent une tendresse quasi-paternelle.

Printemps 1775 : l’un des plus froids du siècle, venant après un hi­ver interminable qui a réveillé toutes les vieilles craintes populaires de famine, et ce alors que Louis XVI, régnant depuis un an, connaît déjà sa part de soucis. Les réformes de Turgot, en particulier son projet de libéralisation du commerce des grains, sont mal reçues et provo­quent des émotions dans les villes et les campagnes, peut-être dirigées en sous-main par l’Autriche, dont les bureaux semblent avoir cassé les codes du Secret du Roi... Seul Le Floc’h est assez fiable pour en­quêter sur ces diverses menées et démasquer leurs agents. Mais, aux pièges qu’on lui tend, aux fausses pistes multipliées autour de lui, aux périls incessants qui n’épargnent plus ses proches, Nicolas comprend qu’il a levé le plus gros lièvre de sa carrière, et que la sécurité même de la France et du trône, sont en jeu.

S’il convient de saluer, dans le travail de Parot, la talentueuse re­constitution de l’époque, et un éton­nant travail d’écriture, c’est au per­sonnage de Le Floc’h qu’il faut sur­tout s’attacher, car le romancier n’hésite pas à le peindre honnête homme, catholique fervent, et tout donné à son roi en sa fidélité constante. On a rarement si bien dit ce qu’était et ce que n’aurait jamais dû cesser d’être un Français.

Un fascicule, « Le Paris de Nicolas le Floc’h », accompagne le sang des farines, et propose plans de la capitale en 1770, recettes de cui­sine, glossaire et gravures.

LUS AUSSI.

Anne Pérry : À L’OMBRE DE LA GUILLOTINE.

17janvier 1793 : le procès de Louis XVI s’achève, la condam­nation à mort du roi ne fait plus de doute. Une nouvelle qui semble curieusement bouleverser la blan­chisseuse Celi Laurent, pourtant révolutionnaire de la première heure et membre d’un groupus­cule extrémiste clandestin. Ses amis, se sont en effet donnés pour objectif d’empêcher à tout prix un régicide porteur, à leurs yeux, de trop de périls pour l’avenir de la République. Quitte à faire évader l’infortuné monarque avant la date fatidique.

Mais ces républicains purs et durs sont-ils ce qu’ils prétendent être ? n’est-elle pas com­plice d’un tout autre complot ? Des questions que la jeune femme est obligée de se poser lorsque le chef du groupe est retrouvé assassiné et que la police commence à fureter avec trop d’insistance.

L’on pouvait s’attendre à pire, les Anglo-Saxon, lorsqu’ils s’at­taquent à l’histoire des autres na­tions, étant, en général, dénués du moindre scrupule. Cependant, le roman d’Aime Perry tient de­bout et se laisse lire, en dépit d’une psychologie des person­nages revue à l’aune de celle de notre temps, et d’une vision sim­pliste de l’Ancien RégIme, de la Révolution, de la France et des Français en général.

l0-l8. 415 p. 10 euros (65,60 F)

Ann Dukthas : EN MÉMOIRE D’UN PRINCE.
C’est bien au pire, en revanche, que Paul Doherty, éminent universitaire et médiéviste adepte des pseudonymes variés, invite son malheureux lecteur fran­çais avec cette version, très in­novante, il faut l’avouer, de l’affaire Louis XVII. Passons encore sur le fil même de la série les ré­vélations à répétition faites à l’histoire Ann Dukthas par le mystérieux Nicholas Segalla, qui tel Cagliostro, prétend avoir traversé les siècles, et les millénaires, témoin immortel détenant la réponse à toutes les énigmes historique.

Mais que dire de l’idée infime d’un duc de Normandie échangé, avant la Révolution, à la demanda de Marie-Antoinette, avec l’enfant né du viol d’une dame anglaise par le comte de Provence sous prétexte d’empêcher son assas­sinat par ses oncles ! Que dire d’un couple royal se prêtant à cette machination ? Que dire d’une res­tauration condamnée d’avance du fait même de la survie d’un roi lé­gitime caché depuis trente ans en Angleterre ? Ce tissu d’absurdi­tés brochant sur quelques scènes bienvenues et une connaissance moyennement satisfaisante de l’emprisonnement de la famille royale au Temple, passera hélas auprès des ignorants.

10-l. 285 p., 9,30 euros (61 F )

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