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ALDRIC BOULGANGE

« L’école Rupublicaine paie aujourd’hui très cher son équivocité »

Jeudi 23 février 2012 // La France

Politique magazine continue d’explorer les thèmes majeurs de la campagne présidentielle. Ce mois-ci : l’Éducation où nous payons encore 200 ans de centralisation napoléonienne.

Quelle est la place de l’Éducation dans la campagne présidentielle ?

Il est très difficile de répondre à une telle question surtout dans une période caractérisée par la peur de l’avenir. Et l’avenir justement, c’est l’éducation de nos enfants et la formation des élites. Toutefois, on peut faire confiance aux candidats à l’élection présidentielle pour présenter des solutions inopérantes ou impossibles à tenir. Si l’on s’en tient aux quatre favoris dans les sondages, on peut prévoir que François Hollande nous expliquera que l’Éducation nationale manque de moyens. Avec Nicolas Sarkozy, il faudra continuer dans la voie tracée depuis 2007, c’est-à-dire appliquer la personnalisation de l’enseignement dans le cadre de la massification scolaire. Marine Le Pen nous servira la république à l’école matin, midi et soir. Quant à François Bayrou, il conviendra de se boucher les oreilles car lorsque celui-ci occupait le poste de ministre de l’Éducation au sein du gouvernement Balladur, sa « prudente » politique a surtout donner raison à François d’Orcival qui écrivait dans Valeurs actuelles que « l’Éducation nationale est un système cogéré par un pouvoir transitoire, celui du gouvernement, et un pouvoir permanent, celui des gros syndicats. »

Quelles sont les causes véritables de la situation actuelle de l’Éducation nationale dont tout le monde convient de s’affliger ? Depuis plus de quarante ans, notre système d’enseignement vit une crise aussi préoccupante que banalement connue. Public massif et hétérogène, pédagogie délétère, baisse générale du niveau des élèves et des maîtres diplômes dévalués, incurie liée aux intérêts catégorie établissements ingérables, universités dépotoirs, sélection hypocrite, telle est la situation. Je crois fermement que l’incapacité à y remédier tient avant tout au rapport pathologique que les Français entretiennent avec l’institution scolaire. L’origine s’en trouve dans le double caractère, politique et étatique, de l’organisation de l’enseignement en France depuis la fin du XVIII° siècle.

En quoi le pédagogisme et les méthodes dites " modernes " aggravé et précipité le processus de décomposition ?

Il est indéniable que les « pédagogistes » qui s’inspire de théories nées principalement aux Etats-Unis et des conclusions du sociologue Pierre Bourdieu en France sur la « reproduction sociale », ont activement contribué à la destruction de l’école après mai 1968.

Mais ne confondons pas les hommes et les méthodes elles-mêmes. Car les « pédagogistes » ont surtout aggravé le processus de décomposition de l’école en poussant à la mise en oeuvre des recommandations égalitaires du plan Langevin-Wallon, d’inspiration communiste. Concernant les méthodes modernes, c’est leur point d’application qui a été et reste la faute majeure. La pédagogie documentaire par exemple est très riche et exigeante. Elle vise en effet à l’éveil de la curiosité intellectuelle par l’adaptation à la sensibilité des jeunes, l’éducation du raisonnement, la formation et le développement de l’aptitude à réfléchir, à interroger, à comprendre et à formuler. Sa pratique consiste dans le contraire de la sèche transmission d’un savoir achevé, et vise à faire découvrir, analyser, confronter, critiquer les informations, à en élaborer une synthèse, puis, d’après cette dernière, à construire un exposé rationnel et instructif. Qui peut nier l’intérêt d’une telle démarche ? Seulement, on s’aperçoit, avec consternation, que cette pédagogie censée profiter aux élèves issus de milieux modestes ou faibles, ne profite avant tout et surtout qu’aux enfants doués pendant que leurs condisciples pataugent littéralement. Pendant ce temps, l’échec scolaire demeure, s’aggrave même, brisant un nombre toujours plus grand de jeunes.

Donc, d’après vous, tout ne se réduit pas au pédagogisme. Où se situe la véritable difficulté ?

Comme l’écrit si bien Yves Morel, la crise de notre système éducatif ne tient pas à l’entreprise de destruction des « pédagogistes » mais à la constitution d’une institution scolaire d’État monopolistique de fait et centralisée (nonobstant les lois de décentralisation de 1982 et 1983). Lorsqu’on crée une Université centralisée, uniforme et monopolistique pour la formation de l’élite, et, de fait, réservée aux fils de celle-ci (Napoléon), puis, vingt ans plus tard, sous la même tutelle ministérielle, une école élémentaire pour la domestication du peuple animé par des instituteurs d’extraction plébéienne à la fois instruits et médiocrement rémunérés et considérés (Guizot), il ne faut pas s’étonner si ces derniers deviennent des contestataires et si se développe, dans une fraction de la classe politique et de la société, la revendication d’une instruction ouverte à tous pour l’émancipation et la promotion des enfants du peuple. Et enfin, lorsqu’on promet cette émancipation et cette promotion par l’instruction et qu’on présente l’école comme en étant l’instrument - tout en maintenant le peuple à l’écart de l’Université par l’argent, l’héritage culturel et la connivence (Ferry et les républicains) - il ne faut pas s’étonner si les parents de condition modeste ou très moyenne demandent pour leurs enfants l’accès aux études les plus prestigieuses et l’accès au statut qu’elles offrent censément. Meirieu et les « pédagogistes » ne cherchent, après tout, qu’à obliger l’école « républicaine » à appliquer son principe de reconnaissance de l’égalité morale foncière de tous les hommes et à tenir ses promesses d’émancipation et de promotion des enfants du peuple même si l’application de leurs théories aboutit à l’opposé du but visé. Du reste, on ne voit pas, dans le contexte français, comment la République pourrait renoncer à la démocratie ou éviter de tirer les conséquences des principes démocratiques et égalitaires qui la fondent. Tout ce qui a suivi n’a donc rien que de très logique, et la solution à la crise actuelle ne saurait en rien découler de quelque retour aux « fondamentaux ». L’école « républicaine » paie aujourd’hui très cher son équivocité. Cette école kafkaïenne qui fait souffrir les jeunes et leurs maîtres, est le résultat de tous ses acteurs, non de certains d’entre eux seulement, et découle de la logique morale et historique de l’institution scolaire.

Pour vous, sur quels principes faudrait-il se fonder pour avoir des perspectives d’avenir ?

La solution devrait donc logiquement consister à : favoriser, chez les jeunes et leurs parents, la prise de conscience de possibilités de réussite professionnelle et sociale en dehors des études les plus longues et les plus prestigieuses, ce qui, compte tenu du marasme scolaire et universitaire ambiant et de l’importance de l’échec de très nombreux jeunes n’ayant pas obtenu le diplôme qu’ils convoitaient ou détenteurs de titres dépréciés sur le marché de l’emploi, ne devrait pas être trop difficile. - désétatiser, décentraliser et diversifier résolument et au maximum l’enseignement public et y encourager les initiatives propres à favoriser le meilleur parcours scolaire et la meilleure insertion sociale possibles pour les élèves, stimuler résolument le développement de l’enseignement privé.

POUR APPROFONDIR LE SUJET...

La fatale perversion du système scolaire français, d’Yves Morel, Via Romana, 319 p., 24 euros.

La crise de l’Éducation révèle aujourd’hui les limites de l’organisation par l’État républicain des écoles, collèges, lycées et universités. Mais cette crise est-elle le fruit d’une infidélité. à l’esprit des pères fondateurs du système scolaire français, ou l’aboutissement de principes idéologiques et politiques surgis après la destruction en France de l’enseignement traditionnel, confessionnel et décentralisé ? La longue expérience d’Yves Morel en milieu éducatif et académique nourrit cette réflexion sans langue de bois sur les origines, les acteurs et les enjeux des perversions multiformes du mammouth républicain.

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