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L’échec du modèle français.

Jeudi 26 août 2010, par John Hobenman // La France

Washington

En août 1936, peu après les quatre médailles d’or remportées par l’Africain-Américain Jesse Owens aux Jeux olympiques de Berlin, Jacques Goddet, le directeur de l’Auto, principal magazine sportif français, appela les autorités à aller chercher dans les colonies de jeunes Africains noirs doués pour le sport, et capables de représenter dignement la race française lors des compétitions internationales. Les athlètes français avaient fait piètre figure à Berlin et leur échec sous les yeux du monde avait été considéré comme une humiliation nationale.

Le 3 décembre 1937, un groupe de recherche financé par le magazine partit donc de Bordeaux pour aller étudier le potentiel sportif des habitants de l’Afrique occidentale française. Résultat de cette chasse aux talents : les explorateurs s’aperçurent qu’ils n’avaient rien compris aux relations entre le sport et leurs sujets colonisés.

Les Africains, contrairement aux Africains-Américains, ne montraient que peu d’aptitude pour le sport. Ces gens pauvres et sous-alimentés en avaient en revanche besoin pour recouvrer la santé. On renonça à chercher des enfants susceptibles de devenir des athlètes.

Un demi-siècle plus tard, les sensibilités raciales ont évolué, mais agents et entraîneurs européens sont toujours à la recherche de talents noirs et, comme le montre la sélection, en majorité africaine, que la France a alignée au Mondial 2010, certains d’entre eux ont réussi. Cependant, après une performance terne qui a vu une mobilisation politique et médiatique l’équipe de France, du rentrer à la maison au milieu d’un tourbillon de scandales et d’accusations, la relation complexe qui existe entre la race et le sport a refait surface dans le discours public — et de fort vilaine façon. La tempête a commencé quand l’ensemble de l’équipe a refusé de s’entraîner après l’expulsion d’un de ses membres, Nicolas Anelka, qui avait hurlé des obscénités à Raymond Domenech, l’entraîneur, pendant la mi-temps du match contre le Mexique que la France avait perdu (2 à 0) le 17 juin.

Les médias français qualifièrent ce refus de grève et de mutinerie, et l’incident se transforma en crise qui prit une dimension Politique. On était en plein drame postcolonial : des talents noirs indispensables s’opposaient à l’autorité blanche, qui avait pour mission de les garder sous contrôle. L’extrême droite française se plaît depuis des années à dénigrer les sportifs français issus d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne.

Jean-Marie Le Pen, le fondateur du Front national (FN), avait déclaré en 1996 que l’équipe nationale de football était inacceptable pour des raisons patriotiques, à cause du nombre d’étrangers, c’est-à-dire de non-Blancs - qui avaient été sélectionnés pour représenter la France. Le refus de certains joueurs de chanter l’hymne national devint un sujet délicat qui continue de poser problème. Depuis que l’équipe de France à majorité noire s’est opposée à ses dirigeants blancs en Afrique du Sud, les propos racistes de Le Pen sur le sport multiracial sont entrés en force dans le discours Politique républicain.

Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports française, a qualifié les anciens de J’équipe de "chefs de gang" qui tyrannisaient des `gamins apeurés". Pendant les années 1990, seule l’extrême droite tournait en ridicule l’idée que le sport multiracial Puisse faciliter l’intégration. Aujourd’hui tout le spectre Politique dénonce l’indiscipline d’une équipe noire et l’échec implicite du sport à intégrer les immigrés dans la société française. Peu importe que Domenech soit considéré par tous comme un bouffon incompétent. Le choc psycho-politique provoqué par le scandale a généré un concert extraordinaire de critiques et d’insultes de la part de la quasi-totalité de la classe politique française. Est-ce que cela va ternir l’image de la France ? s’est interrogé Bernard Kouchner. Comment voulez-vous que des jeunes respectent leur professeur s’ils voient Anelka insulter son entraîneur ? a demandé Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur.

Les réactions des médias français ont été encore pires, un mélange de paternalisme colonialiste et de condamnation furieuse. Les joueurs ont été traités de gangsters, de racailles, de voyous et de petits merdeux des cités.

Le président Sarkozy a considéré l’effondrement de la discipline de l’équipe comme une crise nationale et appelé à la constitution d’une commission d’enquête. Quand la star Thierry Henry est revenue en France après la débâcle de l’Afrique du Sud, Sarkozy a retardé une réunion préparatoire du sommet du G20 de Toronto pour lui accorder une heure de son temps à l’Elysée. Le fait que l’équipe de France de football soit devenue un symbole des divisions de la société est particulièrement malheureux, car, en 1998, celle qui avait gagné la Coupe du monde était considérée comme la réussite de la politique officielle d’intégration. Zinédine Zidane, son joueur vedette, né de parents algériens, jouait un rôle important à la fois comme sportif et comme citoyen qui semblait incarner la réussite du modèle français d’intégration — une doctrine qui rejette le multiculturalisme et considère que la couleur de la peau et la race n’ont rien à voir avec le fait d’être français.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le triomphe des Blacks, Blancs, Beurs a été salué comme le signe que la société française était imperméable aux tensions interraciales. L’euphorie nationale était perçue comme un` répit bienvenu au milieu des angoisses que les conséquences sociales et culturelles d’une immigration à grande échelle et de l’arrivée massive de populations musulmanes dans toute l’Europe suscitaient dans le pays. La débâcle de la présente Coupe du monde a tué de façon spectaculaire les rêves utopistes de 1998. Le comportement inconvenant de ces Français racialement marginaux a dû rappeler à Sarkozy le traumatisme des émeutes dévastatrices et prolongées des jeunes immigrés nord-africains des cités défavorisées du nord de Paris en 2005.

Le scandale du football a en outre donné lieu à des comparaisons démoralisantes avec d’autres échecs institutionnels que le professeur François Galichet avait qualifiés de formes d’analphabétisme social. Tout dysfonctionnement administratif qui sentait la négligence flagrante fut mis sur un pied d’égalité avec l’accumulation de défaillances qui a fini dans la honte au Mondial. Les analyses rétrospectives de l’avant Coupe du monde révélèrent, comme il se doit, des négligences et des manquements énormes. Nombre de Français avaient des sentiments ambivalents quant à la présence de la France à la phase finale : tout le monde savait qu’elle s’était retrouvée en Afrique du Sud à la faveur d’une faute flagrante (la main de Thierry Henry contre l’Irlande en match de qualification pour le Mondial).

L’énorme écho que ce scandale français a trouvé dans les médias montre également son importance symbolique dans l’ensemble de l’Europe de l’Ouest. De fait, l’omniprésence, et la gravité — des tensions ethniques et religieuses dans les Etats providences prospères de l’Union européenne est devenue un élément de la situation de l’Europe. Paradoxalement, si ce sont les performances d’un sprinter africain américain aux Jeux olympiques de 1936 qui avaient poussé pour la première fois la France à rechercher le multiculturalisme sportif, le pays qui illustre le mieux celui-ci est peut-être celui qui avait accueilli les Jeux à cette époque : l’Allemagne.

L’équipe nationale de football allemande n’avait jamais compté autant de joueurs d’origine étrangère, issus de familles immigrées ou de familles allemandes jadis exilées en Europe de l’Est. Comme ses voisins européens, l’Allemagne subit une pression intense pour intégrer ses immigrés dans son tissu social. Les Allemands ont montré un grand intérêt pour l’origine de leurs représentants à la Coupe du monde, mais les choses demeurent encore sous contrôle. Les inhibitions qu’éprouve le pays vis-à-vis du racisme depuis la Deuxième Guerre mondiale excluent les insultes officielles à la française.

Le président de la Fédération allemande de football a cependant incité les responsables politiques à transposer l’harmonie multiethnique de l’équipe nationale dans le tissu social ; l’Allemagne a autant besoin de paix sociale que le reste de l’Europe. Bien entendu, si l’équipe allemande semble atténuer la xénophobie alors que l’équipe de France la renforce, c’est entre autres parce qu’elle gagne. Mais comme la France l’a appris au cours de la dernière décennie, l’euphorie nationale provoquée par une victoire à la Coupe du monde n’est que passagère. Il n’est certes pas facile de rapporter le trophée doré à la maison. Mais c’est un jeu d’enfants comparé au fait d’apaiser les tensions raciales de l’Europe.

John Hobenman

 

Vu du monde Arabe : Une simple question de racisme.

Le principal argument pour l’organisation du Mondial 2010 en Afrique du Sud était que ce pays avait réalisé l’une des plus importantes transformations pacifiques du XX° siècle, le passage d’un régime de ségrégation raciale à une société pluraliste, tolérante et ouverte à toutes ses composantes. Cela dit, le racisme a bel et bien été présent pendant la compétition, mais là où l’on ne l’attendait pas, à savoir dans l’équipe du pays des droits de l’homme et de la Révolution, qui a proclamé l’égalité, en a fait un de ses principes et l’a diffusé à travers le monde : la France. En effet, le scandale qui a entouré l’équipe des Bleus avait un fond raciste. Il est l’expression d’une hostilité interethnique qui n’a cessé d’enfler jusqu’à éclater soudainement, précisément sur le sol de l’Afrique du Sud, le pays qui a aboli la discrimination raciale.

Ce qui s’est passé ressemble à une révolte de joueurs noirs contre la direction blanche de la Fédération et du sélectionneur. Le fait est que le problème des Noirs en France n’a cessé de s’aggraver ces dernières années, dans le silence assourdissant de la classe médiatico politique. Or depuis l’accession de Barack Obama à la présidence des États-Unis, les Noirs de France ont l’impression qu’ils devraient s’organiser afin de défendre leurs intérêts au même titre que les Arabes et les Juifs. Comme ils ne disposent pas de personnalité politique ou d’intellectuel pour parier en leur nom, ni de grande organisation pour porter leurs aspirations, ce sont des vedettes du sport, des chanteurs de rap ou un certain humoriste qui s’emparent de leurs rancœurs.

Sous la présidence de Jacques Chirac, le Parlement avait voté une résolution qualifiant la traite des Noirs de crime contre l’humanité, mais il s’était gardé d’évoquer la responsabilité particulière de la France et l’idée d’une compensation financière. Les demandes des Noirs ont soulevé une vague de désapprobation de la part des associations juives, qui n’aiment pas que l’on compare les victimes de la colonisation à celles de l’Holocauste. Aussi faut-il parler des polémiques qui entourent le comique le plus connu du pays, Dieudonné, condamné plus d’une fois pour antisémitisme à la suite de divagations dans lesquelles il persiste à comparer le sort des Noirs à celui des Juifs. Or ses spectacles attirent depuis des années un nombre considérable de Noirs qui témoignent ainsi leur adhésion à ses idées.

La France est un des rares pays dont le gouvernement ne compte pas de membres noirs, si ce n’est une secrétaire d’Etat chargée des Sports. Aucune des instances de la haute administration et aucune grande entreprise n’est dirigée par un Noir. C’est pour cela que l’élection de Barack Obama a été un moment charnière. Rappelant les effets de la discrimination positive aux Etats-Unis, beaucoup de Noirs estiment que le gouvernement ferait bien de lutter contre la persistance des discriminations à leur égard plutôt que de voter des lois sur la parité homme-femme.

Or la virulence des déclarations qu’on entend de la part des intellectuels et des politiques de droite montre que le pouvoir ne semble pas près d’aller dans ce sens. La République française, qui estime avoir diffusé à travers le monde un message de fraternité et d’égalité, n’arrive pas à reconnaître son propre problème de racisme. Faudra-t-il attendre l’organisation de la Coupe d’Europe des nations en France, en 2016, pour voir la solution ?

Mohamed Al-Haddad, Al-Hayat (extraits),
Londres
2010

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