L’avenir de l’histoire ?

Mardi 21 décembre 2010, par Philippe Lamarque // L’Histoire

« hic et nunc » !

Quand le « ebook » se met à son service...

« Il aborde l’histoire sans préjugé, si ce n’est celui de s’incliner devant le talent et l’expérience des anciens en admettant que la tradition se trouve « hic et nunc », que la transmission est la condition même de la vie, que la matière est un des états multiples de la spiritualité, que l’histoire se joue aujourd’hui.

Comme le dit Jean Tulard de l’Institut : « L’historien est au service de la vérité et non de la morale ».

Les éditions du Gui relève le défi !

Une grande mise en bouche que nous vous présentons en trois « éditions » : « La genèse de l’histoire », par Philippe Lamarque et le colonel Mamadou Lamdou Touré...

A petit « prix ». Découvrir le « ebook ». Il ouvre bien des portes sans remplacer nos doctes ouvrages...

LA GENÈSE DE L’HISTOIRE

Cette science étudie et analyse les événements passés. Elle se présente sous la forme narratrice, construisant une image de faits révolus.

Philippe Lamarque - Le colonel Mamadou Lamdou Touré de l’Académie internationale d’héraldique

AVERTISSEMENT

L’histoire est vaste et sujette à interprétations. Nous ne souhaitons pas nous aventurer à l’excès dans ce maquis. Notre but est de mettre en évidence les faits principaux, connus et généralement admis. Notre volonté est de mettre à la disposition des lecteurs, les éléments clefs d’un sujet, ainsi qu’une interprétation, de nature à permettre la compréhension. Cela rend le sujet intéressant et permet d’alimenter la réflexion du lecteur. A noter que le présent livre numérique, comme tous les autres, a bénéficié d’une rédaction nouvelle, par un historien ayant une bonne connaissance du sujet traité.

La chronologie romaine commence en 753

La chronologie chinoise sort du mythe depuis 4000 ans et commence en 825

L’Estoire de la guerre sainte, premier essai d’histoire écrit en français.

Le 9 août 1564, par l’Édit de Roussillon, le roi Charles IX impose le 1er janvier comme point de départ obligatoire de chaque année, le jour de la circoncision de N.-S.J.-C. remplaçant Pâques.


Charles IX a alors 14 ans...

« Voulons et ordonnons qu’en tous actes, registres, instruments, contracts, ordonnances, édicts, tant patentes que missives, et toute escripture privé, l’année commence doresénavant et soit comptée du premier jour de ce moys de janvier. Donné à Roussillon, le neufiesme lour d’aoust, l’an de grace mil cinq cens soixante-quatre. Et de notre règne de quatriesme. Ainsi signé le Roy en son Conseil »

Nous lui devons aussi le brin de muguet du 1er mai... Ayant reçu un brin de muguet en guise de porte-bonheur un 1er mai, il officialisa la chose en 1561 où il décida d’en offrir chaque année à cette même date aux Dames de la cour... Sans oublier que les facéties du 1er Avril s’ancrèrent à cette époque...

Cet acte de guerre culturelle l’oppose à l’Empire des Habsbourg de Madrid et de Vienne, Sa Majesté très catholique et Sa Majesté apostolique. Roussillon se trouve sur la frontière du royaume et de l’empire, dans le fief d’une branche de la maison de Bourbon.


Roussillon - Isère

L’an I de la république commence à la négociation de Valmy habillée en victoire au prix d’une canonnade de façade le 22 septembre 1792.

La république s’arroge la plus longue mémoire le 21 juillet 1798 par l’apostrophe apocryphe : « Du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent ».

De même, « les ânes et les savants au milieu du carré » évoquent l’urbs quadrata tracée par le sillon de Romulus au sommet du Capitole.

Romulus fait tracer à la charrue les frontières de Rome en jurant que personne ne les aurait dépassées sans son consentement. La légende raconte que son frère Remus les traversa par défi et fut tué par Romulus. Fresque du Cavalier d’Arpino, salle des Horaces et des Curiaces, Musée Capitolin, Rome

Un régime totalitaire fonde son an I lors de la marche sur Rome de 1922.

Tous les régimes qui prétendent à l’hégémonie universelle veulent dominer d’abord l’espace, puis le temps : le site du 11 septembre 2001 s’appelle « ground zero ».

INTRODUCTION

Cette science étudie et analyse les événements passés. Elle se présente sous la forme narratrice, construisant une image de faits révolus. Ces trois notions impliquent une même nécessité :

  • l’écriture détermine la méthode, tant pour les sources que dans la forme d’expression.
  • l’image veut refléter la réalité et non l’utopie d’un passé reconstruit selon une grille de lecture conventionnelle. Un historien par définition obéit à la projection du réel d’Aristote et non aux idées de Platon. Un historien platonicien propagerait des supercheries. La forme imagée projette le réel autant dans le passé que dans le futur.

les faits sont révolus, étymologiquement soumis à une boucle, donc à un schéma d’esprit rotatif, selon un esprit de méthode, voire d’expression algébrique et géométrique au nom de la racine sémantique définie par le nombre régulateur π. La science historique s’arroge le droit d’utiliser les ressources des autres sciences. De la même manière, l’Église entre dans l’histoire depuis que « Lapis revolutus est ». (Alleluia de Pâques)

DÉVELOPPEMENT

Depuis sa naissance, cette science à la fois affranchie du dogme et du mythe se fixe le but de lire le passé sans limitation chronologique. Comme toute construction humaine, elle est sujette aux abus, ce qui à l’époque du positivisme laisse Louis Blanc prétendre : « L’histoire ne commence et ne finit nulle part. » La distinction entre le dogme et le mythe tient dans la civilisation européenne à l’origine moyen-orientale de l’une et indo-européenne de l’autre. Cependant, l’un comme l’autre n’a besoin ni d’appareil critique ni de sources, puisque le Livre autant que les légendes immémoriales considèrent le temps et l’espace comme de simples contingences sans valeur ontologique.

Une source a besoin d’être située dans son univers spatio-temporel, parce qu’elle est soumise au principe de causalité. Or, dans la tradition chrétienne, le royaume de Dieu n’est pas de ce monde ; de même, dans l’univers mental et spirituel décrit par Georges Dumézil, l’intemporalité des récits fondateurs sert d’exemple éternel, tout en s’enracinant dans un sol qui est aussi celui des Dieux.


Georges Dumézil

Le mythe et le Livre incitent le croyant à développer son intuition pour parvenir à la contemplation par la prière et l’illumination ; a contrario, l’historien refuse tout ce qui échappe à son raisonnement rationnel. Suivant l’exemple d’une enquête de police rassemblant des indices, le scientifique s’astreint au syllogisme et se soumet aux limites imposées par cet outil de la raison « raisonnante », au point que ce qui n’est pas identifiable par des sources est considéré comme nul et non avenu. La méthode du discours cartésien s’appelle l’historiographie, consistant à rédiger l’histoire de l’écriture de l’histoire, ce qui rend souvent l’historien prisonnier du réductionnisme, voire du minimalisme, au nom de l’insuffisance des sources. Cependant, l’historien peut faire appel à un arsenal de sciences auxiliaires de l’histoire, propos implicitement réducteur qui obère la pertinence des spécialistes, mais complète souvent une démonstration. Ce serait une illusion de considérer que l’histoire est une science exacte, puisqu’elle reflète les schémas mentaux de l’époque de sa rédaction. Il appert que l’histoire ressemble plus à son temps qu’à la vérité historique. Les abus consistent à juger le passé à l’aune du présent, voire à juger des actions présentes à la lumière d’enseignements présumés irréprochables et irrévocables ; parmi les dérives sectaires de cette méthode, il faut citer l’intervention législative contemporaine dans l’appréciation du passé, ce qui conduit de jure à prononcer des condamnations pour des opinions et en vertu d’une rétroactivité injuste.

Étymologiquement, l’histoire vient du grec ancien historia, qui se traduit par « l’enquête », décliné de « ïστωρ, hístōr  : la sagesse, le juge.

Hérodote est considéré comme le premier historien.

Le mot est introduit en français au début du XIIe siècle par Robert Wace et Nicolas Oresme, tous deux Normands, l’un étant de souche scandinave, l’autre un descendant d’auxiliaire alémanique des légions romaines en garnison au gué d’Allemagne-sur-Orne. Le premier introduit la notion d’événement d’un règne et de chronique d’un peuple ; le second traduisant Aristote en français invente d’autres mots, comme la politique et l’économie. Pierre Lemangeur (Petrus Comestor) rédige une Histoire scholastique entre 1140 et 1150 : cette Historia Scholastica propose un précis de tous les livres de la Bible destiné à fournir des arguments imparables aux prédicateurs.


Pierre le Mangeur enseignant. Petrus Comestor, Bible historiale trad. Guiart des Moulins
vers 1415-1420 Paris, Bibl. Mazarine, ms. 313, f. 1

Cette période correspond exactement à la croisade prêchée par saint Bernard de Clairvaux en 1146, démontrant que toute opération militaire a besoin d’asseoir sa légitimé sur des précédents historiques et juridiques.


Saint-Bernard prêchant la 2e croisade, à Vézelay, en 1146.

Après la conquête de Constantinople par la IVe croisade en 1204, de nombreux savants et lettrés exportent en Italie la patrologie et la philosophie grecques, suscitant des vocations comme celle de Bruneto Latini, un Florentin, futur maître du jeune Dante, qui rédige le Livre dou Trésor et façonne l’histoire comme un récit.

Au moyen âge, le mot s’écrit Estoire, avec une racine imitant la troisième personne du singulier du verbe être et un suffixe ressemblant à l’infinitif du verbe croire, sans doute par respect à l’égard des Saintes Écritures : « je suis celui qui suis » (Exode, 3,14). Avec la Renaissance et les poètes de la Pléiade revient la graphique antique de l’histoire. Plusieurs dérives sémantiques apparaissent, comme le verbe « historier » utilisé comme participe passé désignant des sculptures figuratives au XIVes., l’adjectif « historique » au milieu du XVe s, la préhistoire en 1872. Ces jeux philologiques émaillent l’histoire de la francophonie : par exemple, l’Académie française n’a admis l’adjectif « satanique » qu’en 1798 et celui de « satané » en 1878 seulement. Illustration de la doctrine républicaine nominaliste : s’emparer du substantif afin de manipuler des adverbes, des adjectifs, des locutions alambiquées, voire des verbes, comme « diaboliser ». Dévergondage de l’intelligentsia : l’adjectif « satanique » et le participe passé « satané » procèdent d’un verbe qui n’existe pas. L’histoire sert parfois de rendez-vous à des illusionnistes qui laissent croire au grand public qu’ils font partie des hommes providentiels.

Une opération de sidération collective

Depuis la révolution et ses avatars positivistes, il se produit un phénomène pervers de la science historique, consistant à diaboliser certaines facettes du passé et à en magnifier d’autres sous prétexte de bons sentiments. Parmi les arguments invoqués, il s’agit de conjurer le sort selon la formule consacrée du « plus jamais çà », comme si un récit pouvait arrêter l’élan de forces fatales aussi irrésistibles que les mouvements de plaques tectoniques. Guidés par un humanisme doctrinal, certains historiens agissent en démiurge, tout en se défendant d’une telle incantation, parce qu’ils prétendent se délivrer du passé. Ils préfèrent en général parler de libération que de délivrance, parce qu’ils font implicitement référence à la captivité à Babylone : Gueoula, la libération, qui met fin à galaoud, l’exil. C’est pourtant un jurisconsulte éminent, et non un historien, qui a diffusé la libération au point de faire tomber la délivrance en désuétude : il s’agit de René Cassin, qui a appliqué le « ex tunc » à la notion de rétroactivité des lois, a puisé dans le procès de Louis XVI la jurisprudence du concept de crime contre l’humanité et a rédigé la Déclaration universelle de droits de l’homme.


René Cassin, juriste et diplomate français (principal auteur de la déclaration universelle des droits de l’homme en 1948)

Il demeure une irréductible école de matérialistes historiques qui prétendent que les faits du passé furent longtemps transmis par la tradition orale, attendant l’invention de l’écriture pour fixer le récit historique, traitant ainsi le mythe comme une forme prototype, maladroite et naïve de la science. Naturellement, ces matérialistes balayent du revers de la main toute dimension métaphysique ; ce sont les mêmes qui jugent le Livre à l’aune de leur dictature chronologique, ignorant les « H’rukim », ce mot araméen qui se traduit par des paraboles, mais qu’il vaudrait mieux considérer comme des lois célestes incompréhensibles à l’entendement humain, que N.-S.J.-C. Traduites pour tous, aussi bien les docteurs que le commun.

Les historiens antiques


Charlemagne roi des Francs (768-814). Charlemagne étudie avec Alcuin (savant anglo-saxon qui enseigna à la cour de Charlemagne à partir de 781). Paris, coll. Particulière. Crédit : akg-images.

Il a longtemps été admis que l’histoire était née en Mésopotamie, tout d’abord sous forme de chroniques au IIIe millénaire puis de récits de règnes établissant des listes. De nos jours, d’autres continents voient surgir de fouilles archéologiques des documents qui tendent à retirer son antériorité à la Mésopotamie, traduisant dans les faits une intuition énoncée par René Guénon, apôtre de la Tradition primordiale et de la religio perennis. C’est seulement à partir de la césure du Ve siècle qu’il est possible de parler d’histoire dans un sens aussi objectif que possible, si tant est que l’objectivité soit voulue. Les changements de civilisation qui interviennent cinq siècles avant l’Incarnation n’ont jamais été réellement évalués dans leur perspective métaphysique, mais c’est justement à cette époque que vivent Hérodote et Thucydide. Le premier visite l’Égypte et Babylone, puis narre les guerres médiques ; le second cherche autant la vérité que la mémoire dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse.


Thucydide

Il y détecte plus l’action humaine que l’intervention divine. Quelques rares fragments d’auteurs hellénistiques traversent les siècles comme le Timée d’Ephore de Cumes en -340 ou ceux de Polybe en -150. Celui-ci prend la peine de recueillir les témoignages des vétérans qui ont survécu aux événements. Dans le contexte des guerres puniques s’achevant à la chute de Carthage en -146, Tite-Live et Salluste mettent leur talent au service de l’imperium et de son destin universel : l’exemple des grands hommes doit s’imposer jusqu’au simple citoyen légionnaire et aux familles. Lucien de Samosate rédige Comment l’on écrit l’histoire, s’attachant à décrire les faits sans fard, sans rhétorique, de façon ordonnée à défaut d’atteindre l’objectivité. Lorsque le christianisme convertit l’empire, les théologiens considèrent l’histoire comme une discipline capable de conjuguer la foi et la raison, selon l’intention de saint Augustin. Aussi, lorsque l’empire romain d’Occident traverse la crise du Ve siècle et qu’ Odoacre, roi des Hérules germaniques, dépose le dernier empereur Romulus Augustule, l’histoire survit.


Odoacre entre dans Rome et l’empereur Romulus Augustule capitule : cet événement marque la fin de l’empire romain d’Occident et l’entrée dans le Moyen-Age.

Lorsque Charlemagne rétablit l’imperium au IXe siècle, entouré par trois fins lettrés, Théodulfe, Alcuin et surtout Eginhard, ceux-ci s’inscrivent dans une tradition historiographique qu’ils doivent à Eusèbe de Césarée, Isidore de Séville et Bède le Vénérable.


Alcuin montrant sa bible à Charlemagne

Leur vision historique couvre la religion, la guerre, la politique, l’économie et la société. À partir de l’école du palais d’Aix-la-Chapelle, l’histoire est appelée à inspirer les travaux d’une longue suite de plumes prestigieuses. Pendant douze siècles de civilisation européenne et chrétienne, une suite ininterrompue de chercheurs éminents, dont la sensibilité et le talent les conduit à se heurter parfois de la manière la plus vigoureuse, laisse des ouvrages incontournables et célébrissimes. Les autres continents adoptent ces méthodes, y compris les aires de civilisation védique ou confucéenne. Une rupture fondamentale se produit à cause de la Grande Guerre. Ce cataclysme métaphysique bouleverse la civilisation jusque dans ses fondements que tous croyaient intangibles. Dans le cadre de la recherche historique, les doctrinaires plus extrémistes de la fameuse formule « plus jamais çà » inventent l’École des Annales. Ceux-ci prétendent que l’état des sources étant disparate d’une époque à une autre, il convient de récuser l’histoire événementielle, les frontières nationales et surtout ceux jusqu’alors considérés comme les agents d’une providence, d’un hasard ou de leur propre volonté de puissance. Pour cette école, il n’y a plus de grands hommes et encore moins de guide spirituel ou moral, mais seulement de vastes mouvements lents dans lesquels l’héroïsme n’a qu’une incidence marginale. Naturellement, l’athlète de la foi (alias le futur saint ou le bienheureux) disparaît de son champ d’investigation, mais aussi le chef ou le guerrier qui se sacrifie ; c’est avec réticence que l’on accorde encore une image d’Épinal au chercheur mort pour la science, puisque sa découverte est considérée comme inévitable par lui ou un autre. Cette école a rapidement trouvé ses limites pour quatre raisons :
au nom des sources, elle s’interdit d’explorer les périodes antérieures à l’écriture, comme la préhistoire, contournant la difficulté en créant un glacis de rencontre avec la protohistoire. Des chercheurs indépendants explorent la protohistoire, dont Hermann Wirth chez les germanophones et André Leroi-Gourhan chez les francophones, bien que ce dernier ait toujours refusé d’être rattaché à l’École des Annales.

Leroi-Gourhan (1911-1986), ethnologue et préhistorien, fut un membre éminent de la communauté scientifique.

Professeur à la Sorbonne à l’âge de quarante-cinq ans, co-directeur de l’Institut d’ethnologie en 1963, il succéda à l’abbé Breuil comme titulaire de la chaire de préhistoire au Collège de France en 1969, avant d’être élu à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres en 1980.

Dans ses différentes fonctions, il a formé plusieurs générations de chercheurs et marqué de son empreinte tous les pans de la recherche préhistorique française : avec sa « Préhistoire de l’art occidental » il renouvela l’approche de l’art pariétal paléolithique, proposant une explication qui, pour être discutée aujourd’hui, n’en est pas moins admise dans ses grandes lignes par tous.

Elle a rendu l’histoire aride et découragé de nombreuses vocations qui eussent été séduites en leur âge tendre par une narration épique et un certain sens du spectacle. Contemporaine de la musique dodécaphonique et sérielle, elle ne s’intéresse qu’à la construction savante et dédaigne l’esthétique.

Les récentes découvertes d’autres sciences dites « dures » comme la chimie permettent aujourd’hui de rendre éloquentes des traces qui autrefois étaient laissées pour compte et exclues des sources. La chute du mur en 1989 a démasqué la collusion entre certains chercheurs de l’École des Annales et le matérialisme dialectique, démontrant le caractère doctrinal des fondateurs.

Il est abusif de parler d’école là où n’existe qu’un groupe de mécontents rassemblés par leur commun désir de mettre fin aux pratiques traditionnelles, sans pour autant dépasser le stade des individualités dévorées d’ambitions éditoriales.

Désormais, les équipes d’études et de recherches réunissent des spécialistes parmi lesquels les philologues et paléographes n’ont plus l’exclusivité. Paradoxalement, l’historiographie germanique avait découvert cette méthode à l’époque de la fin du régime de Weimar ; elle était donc contemporaine des Annales. Grâce à l’élargissement de la notion de sources, la « persona non grata » du saint, du chef ou du héros retrouve une place dans la perspective de l’histoire universelle. Toute source d’information est désormais admise, quitte à remettre en cause la méthode d’approche. Au nom de cet aggiornamento, le savoir tout entier se trouve bouleversé, et pas seulement les humanités, mais aussi l’Église, au point de provoquer un concile qui veut faire entrer de force l’Eternité dans le siècle.

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