L’austérité gagne, tant pis pour vous !

Mardi 27 juillet 2010 // Le Monde

Les grands dirigeants de la planète renoncent déjà à leur politique de relance. Au risque de faire exploser le chômage.

THE WASHINGTON POST.

Bien que les difficultés économiques ne soient pas encore derrière nous, d’un bout à l’autre du monde, les gouvernants passent déjà à la phase suivante. Après avoir utilisé pendant deux ans pratiquement tous les outils à leur disposition pour lutter contre la crise, ils font désormais le pari que la reprise est assez solide pour durer et qu’il est donc temps de renoncer aux politiques publiques de soutien. Cette logique s’impose avec d’autant plus de force que ces dirigeants cherchent à échapper à la menace d’une crise de la dette ou à l’inflation. S’il s’avère qu’ils ont bien choisi leur moment, ils auront fait preuve d’une prévoyance telle qu’on en a rarement vu dans l’histoire financière. Si, en revanche, ils se trompent et suppriment trop tôt les mesures de relance, ils condamneront au chômage des dizaines de millions de personnes dans le monde.
Les détails et l’ampleur de ce retrait sont variables d’un pays à l’autre. En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a proposé le 6 juin d’économiser 80 milliards d’euros sur les dépenses publiques, et d’instaurer de nouvelles taxes. La même semaine, de hauts responsables britanniques, étudiaient eux aussi des coupes budgétaires massives.

Le nouveau Premier ministre Japonais, Naoto Kan, déclarait pour sa part que l’une de ses priorités serait de réduire la dette publique du pays et confiait le portefeuille des Finances à un faucon du déficit. Bien que les responsables de l’administration Obama se soient montrés plus réticents que leurs homologues étrangers à amorcer ce grand virage, la Maison- Blanche a ordonné le 8 juin aux patrons des agences fédérales de trouver le moyen de rogner leur budget de 5 %. Quant aux démocrates centristes du Congrès, ils ont réclamé fin mai la révision à la baisse d’un projet de loi de soutien à l’emploi. Ce changement de politique est toutefois risqué. Un rapport alarmant publié début juin par le gouvernement montre en effet que la création d’emplois dans le secteur privé aux Etats-Unis s’est totalement arrêtée en mai.

Aujourd’hui, presque tous les grands pays se concentrent sur la nécessité de réduire leur déficit ; expliquait le 7 juin le Premier ministre britannique, David Cameron. D’un bout à l’autre de la planète, les citoyens et leurs gouvernements sont en train de prendre conscience des dangers qu’il y aurait à ne pas régler leur problème d’endettement. C’est effectivement la position officielle adoptée le 5 juin par les ministres des Finances du G20. Les récents remous sur les marchés financiers européens, ont-ils expliqué dans une déclaration commune, soulignent la nécessité pour nos pays de mettre en place des mesures crédibles, favorables à la croissance, afin d’assurer une viabilité budgétaire. Il s’agit là d’une véritable volte-face. En novembre 2008, au plus fort de la crise financière, les mêmes pays assuraient en effet qu’ils allaient recourir à des mesures budgétaires pour stimuler rapidement la demande intérieure.

L’Espagne et le Portugal, qui risquent à très court terme d’avoir à affronter une crise budgétaire, taillent dans leurs dépenses sous la pression des marchés financiers, qui leur font payer très cher leurs nouveaux emprunts obligataires. Mais, en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne (et dans certains secteurs aux Etats-Unis), cet appel à la rigueur relève davantage de la frappe préventive et vise à empêcher une dégradation alarmante des finances nationales.

Pour Washington, la question de savoir à quel moment il conviendra de freiner les dépenses ou d’augmenter les impôts peut sembler moins urgente. Car la crise européenne de l’endettement a permis aux Etats-Unis de gagner du temps. En renforçant l’attractivité des marchés américains pour les investisseurs internationaux, elle contribue à maintenir de faibles taux d’intérêt aux Etats-Unis. Mais les sentiments des investisseurs peuvent changer rapidement.

Nous ne savons pas quand les marchés financiers se retourneront pour nous mordre, confie Carmen Reinhart, économiste à l’université du Maryland et coauteur d’une histoire des crises financières. Cela peut se produire d’un moment à l’autre. Nous ne devons pas lancer prématurément notre propre plan d’austérité, mais, en même temps, il est très important de commencer à convaincre tout le monde que nous n’aurons pas, dans un avenir prévisible, de dettes et de déficits galopants. La décision de tailler dans les budgets se paie toutefois au prix fort. Dans une grande partie du monde, le marché de l’emploi ne s’améliore que très lentement. De nouvelles coupes claires dans les dépenses publiques risqueraient d’aggraver encore le problème et pourraient même faire dérailler la reprise mondiale. Cette peur constante de la dette et du déficit pousse ces pays à s’engager sur la voie de la prudence budgétaire, alors qu’aucun besoin économique pressant ne le justifie, affirme Tim Duy, économiste à l’université de l’Oregon. Il en veut pour preuve la relative faiblesse des taux d’intérêt observée aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne et dans d’autres pays qui adoptent aujourd’hui des plans de rigueur.

"Démarrer trop tôt aura un immense coût humain, en termes de hausse du chômage et de baisse de la production", ajoute-t-il.

De son côté, le Fonds monétaire international (FMI) préconise des mesures budgétaires favorables à la croissance. Cette expression sous-entend des politiques qui prévoient la mise en œuvre ultérieure de restrictions budgétaires, sans brider l’activité économique à court terme. L’idée est de donner aux marchés financiers l’assurance qu’à terme le robinet des fonds publics sera fermé, tout en le laissant ouvert en attendant que l’économie reprenne des forces.

La rigueur ne passera pas !

C’est maintenant ou jamais ! C’est à nous de réagir et à personne d’autre. Depuis la présentation du plan de. Rigueur du gouvernement Merkel, le premier devoir du citoyen est de descendre dans la rue. Pas contre l’assainissement du budget il n’y a pas d’alternative, mais contre le diktat de la rigueur imposé par la coalition chrétienne-démocrate [CDU-CSU] et libérale [FDP] au pouvoir. Ce plan, vise avant tout, les plus démunis. Ce sont ceux qui possèdent le moins qui vont devoir renoncer au plus grand nombre de choses. Merkel et Wester-welle, peuvent bien parler d’équité et d’égalité ils mentent. Pis encore, ils le savent. Car le gouvernement peut s’attaquer immédiatement aux chômeurs, mais, pour les entreprises, rien n’est encore décidé. Les taxes sur les carburants et les transactions financières étant des projets complexes, on ignore quand elles seront mises en oeuvre, à supposer qu’elles le soient. De plus, elles ne touchent pas directement les riches mais les grands groupes, qui les répercuteront allégrement sur leurs clients. Seuls les possédants n’ont aucune raison de se plaindre. Ils sont tellement épargnés, que même, le représentant des milieux économiques de la CDU en est embarrassé.

Par égard pour le FDP son partenaire de coalition, la chancelière a renoncé à augmenter les impôts sur les plus gros revenus et à imposer des restrictions générales aux cadeaux de l’État que sont les subventions. Et elle n’a aucun principe directeur pour mettre en œuvre cette frénésie d’économies. Au lieu de profiter de la crise pour poursuivre une politique guidée par des idées, elle semble s’inspirer des forces mêmes qui profitent de la division de la société et du FDF leur représentation politique.

Il ne faut pas que Merkel parvienne à faire passer ce plan par des considérations internes à la coalition. La classe moyenne, qui est pourtant largement épargnée, doit elle aussi s’y opposer. Car ceux qui en font partie aujourd’hui, peuvent perdre leur emploi demain, et la spirale descendante s’accélérera de manière fatale pour eux aussi. La CDU n’a aucune considération pour la classe moyenne ni même pour les principes qui guidaient encore récemment son action : la réduction des allocations familiales, qui touche également les ménages aisés, en est la preuve. L’essentiel, c’est que ceux qui sont tout en haut soient préservés. Voilà des raisons suffisantes pour que ceux qui sont tout en bas, et ceux qui sont au milieu - crient leur mécontentement dans la rue : ils sont en effet immédiatement ou potentiellement concernés. Mieux encore : il faut qu’ils défendent la paix sociale, dont cette coalition se moque éperdument.

Comment ? Ça ne servira à rien ? Il ne tient qu’à vous que les choses bougent.

Quand le chômage mène à la prostitution.

La principale industrie exportatrice du royaume khmer, la confection textile, est en train de péricliter. Résultat, nombre de « petites mains » n’ont d’autre choix que de vendre leur corps.

À l’entrée d’un « beergarden » restaurant en plein air, où ont généralement lieu des concerts de l’arrondissement detuol Kork, à Phnom Penh, des jeunes femmes attendent, assises en rang, la venue des clients. Vêtues de robes courtes, elles sont maquillées et coiffées avec soin. Certaines d’entre elles comme d’ailleurs dans quantité d’autres établissements font leurs premiers pas dans l’industrie du divertissement. D’après le ministère du commerce, entre septembre 2008 et octobre 2009, la crise financière mondiale a fait perdre au Cambodge plus de 75 000 emplois [sur 350 000] dans le secteur de la confection textile. Les ouvrières licenciées se débattent alors pour retrouver un travail. Et certaines finissent par accepter un emploi d’hôtesse ou, comme on les appelle ici, « de lanceuse de bière » [elles sont chargées d’inciter les clients à boire et sont rémunérées à la commission par la marque de bière]. Ainsi prospère le commerce du sexe de manière informelle et au vu de tous.

C’est là qu’a débarqué Huon Chetra, 26 ans, après la fermeture de son usine, à la fin de l’année dernière. N’entrevoyant guère d’autre possibilité, elle s’est très vite retrouvée à Tuol Kork. « Il ne m’a pas fallu une semaine pour prendre toute la mesure du comportement de ces hommes. Ils ont les mains baladeuses, surtout quand ils sont ivres », explique Huon Chetra, qui, dit-elle, n’a d’autre choix que de supporter ces tripotages. « Si j’empêche un homme de me toucher, il se met en colère et peut devenir agressif, poursuit-elle. Et c’est une autre fille qui prendra ma place. C’est pareil pour toutes les femmes qui travaillent dans les beer gardens. Chetra est consciente des dangers du sida de la nécessité de protéger, mais ce n’est pas toujours facile, soyez pas surpris ! Les clients veulent s’amuser, les hommes qui boivent veulent pouvoir peloter le et coucher avec elles. Nous ne devons pas gâcher leur plaisir. S’ils sont contents, ils reviendront et le beer garden restera ouvert.

Combien d’anciennes ouvrières du textile comme Huon Chetra se sont reconverties dans cette « industrie du divertissement » ? Difficile à dire. A en croire un rapport d’une agence de l’ONU sur le trafic des êtres humains, qui a enquêté auprès de 357 jeunes femmes de ce secteur, une sur six était auparavant employée par une usine de confection. « Les salaires baissent et le nombre d’heures augmente, souligne le rapport. Cette situation conduit les femmes à quitter leur emploi [dans la confection] et à en chercher un autre, mieux payé et avec de meilleures conditions de travail, en particulier dans l’industrie du divertissement. » C’est ainsi que Bopha, 25 ans, est devenue hôtesse dans la capitale. Son usine amis la clé sous la porte et elle s’est retrouvée sans le sou. Mais, aujourd’hui, la jeune femme assure préférer le beer garden à son ancienne usine, où la journée de travail était interminable et les tâches extrêmement pénibles. Je ne regrette pas, proclame-le. Je suis plus heureuse qu’à l’usine ; « Et je suis libre de décider de couches avec un client ou non. » Bopha n’ose cependant pas avouer à ses parents la nature son nouveau travail. « Ils seraient furieux !Aux yeux de beaucoup, les « lanceuses de bière » ne sont rien d’autre que des prostituées.

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