OLIGARCHIE

L’arnaque du siècle.

Jeudi 9 juin 2011 // La France

Maire de Yerres dans l’Essonne depuis 1995 et député depuis 1997, Nicolas Dupont-Aignan est candidat à la présidence de la République et mène une campagne clairement située dans la tradition gaullienne. C’est pour préciser ses refus et son projet politique qu’il a publié un livre dénonçant. « L’arnaque du siècle » : promesses mensongères sur l’euro, racket organisé par les banques, scandale de France Trésor... Mais la France peut retrouver sa liberté d’action.

Dans L’arnaque du siècle, vous vous en prenez à l’euro, aux banquiers et à la mondialisation mais c’est surtout la monnaie unique que vous visez...

Nicolas Dupont-Aignan : L’euro est un tabou auquel il est interdit de toucher. Dès que quelqu’un évoque cette monnaie dans les médias, il est agressé et il ne peut pas aller jusqu’au bout de son explication. J’ai donc décidé d’écrire un livre pour démontrer que nous pouvons sortir de l’euro dans le calme, qu’il s’agit d’un choix économique pertinent et raisonnable.

L’euro est tabou parce qu’on dit que cette monnaie nous a protégés de la catastrophe en 2008-2009...

Nicolas Dupont-Aignan : Cette protection a été illusoire. L’euro ne marche pas pour deux raisons fondamentales qui se complètent l’une l’autre. La première, c’est qu’il a été mal géré : le grand paradoxe, c’est qu’on nous adit que l’euro allait apporter la croissance, l’emploi et somme toute le bonheur. Mais tous ceux qui nous avaient présenté l’euro comme une véritable révolution européenne s’en sont ensuite lavé les mains. Jean-Claude Trichet, qui a fait tant de mal à la France et à l’Europe, a totalement abandonné l’euro par de mauvaises décisions qui s’expliquent par son état de soumission psychologique aux Allemands. Aujourd’hui encore, le même se félicite que l’euro soit une monnaie forte, alors que c’est un suicide industriel pour tous les pays industriels - sauf l’Allemagne.

La deuxième raison, c’est que l’euro ne peut pas fonctionner. Pour que cette monnaie puisse fonctionner avec des économies différentes, il faudrait un pouvoir fédéral puissant et un budget commun à la zone euro - ce qui ne se réalisera pas. À partir du moment où les compétitivités des nations sont différentes, le système, loin de se corriger, se dérègle de plus en plus : l’Allemagneen crise démographique comprime ses coûts et accumule des excédents au détriment de ses voisins ; l’Espagne se livre à la spéculation immobilière jusqu’à l’éclatement de la bulle qui précipite le pays dans la situation désastreuse dont il n’est pas près de sortir...Tour à tour, les pays de la zone euro sont frappés par la crise parce qu’ils ont perdu leur liberté monétaire. Souvenez-vous : après la Libération, la France a pu développer ses investissements et bénéficier d’une forte croissance grâce aux dévaluations - dont on agite aujourd’hui le spectre. Avec l’euro, nous avons perdu cette liberté, qui nous permettait de préserver nos positions face à l’Allemagne.

Il y avait déjà la loi de 1973 qui nous entravait...

Nicolas Dupont-Aignan : C’est vrai ! Avant 1973, la Banque de France prêtait à taux zéro à l’État et nos investissements étaient financés par la création monétaire. Ensuite, à cause de la doctrine monétariste et parce que les banques voulaient s’approprier la créa-. tion monétaire, Giscard*ét Pompidou sont parvenus à faire passer une loi néfaste : désormais, ce sont les banques privées qui prêtent à l’État aux taux du marché. Or vous savez qu’aujourd’hui les banques privées empruntent à 1 % à la BCE et prêtent à un taux qui varie entre 3 et 7 %. C’est une gigantesque escroquerie, qui est la cause du déficit de nos finances publiques. L’euro consacre ce système et empêche tous les États de la zone de retrouver leur liberté d’action. Mais il ne faut pas s’en tenir à ce constat d’échec car les partisans de l’euro en tirent argument pour démontrer la nécessité de passer au stade supérieur - celui d’un fédéralisme autoritaire.

Comment cela ?

Nicolas Dupont-Aignan : Les ligarques veulent imposer un pouvoir supranational et défendre des intérêts précis. Les plans de sauvetage de l’euro ne sont pas faits pour sauver des États nationaux et des peuples mais pour sauver les banques. Vous savez qu’on impose aux gouvernements et aux peuples des plans de rigueur d’une extrême dureté, qui ne peuvent réduire l’endettement comme on le voit dans le cas de la Grèce : ces plans accroissent la récession, qui réduit les rentrées fiscales. Tout le monde sait que la Grèce, l’Irlande et le Portugal ne pourront jamais rembourser leurs dettes. Il faut donc que les gouvernements des pays les plus naufragés de la zone euro méditent l’exemple de l’Argentine qui a réussit à redresser son économie après la dévaluation de sa monnaie. J’ajoute que, même pour l’Allemagne, l’euro est un mauvais choix : les échanges commerciaux de ce pays sont déficitaires vis-à-vis du reste du monde à cause de la surévaluation de l’euro, mais elle se rattrape sur ses voisins de la zone euro. Si les Grecs et les Portugais pouvaient dévaluer fortement leur monnaie, si la France pouvait également dévaluer mais moins fortement, l’Allemagne perdrait tout - et c’est pour cela qu’elle est tellement attachée à l’euro. Je pense que l’Allemagne veut que les pays du Sud quittent la zone euro et si cela se produit, comme c’est probable, la France serait en grande difficulté car elle restera dans la zone euro et subira les dévaluations des pays qui auront retrouvé leur monnaie nationale. Notez aussi que les Allemands ne veulent pas payer pour les autres et qu’il y a des tensions internes qui vont beaucoup compliquer la politique d’Angela Merkel, qui n’a aucune vision de l’Europe. Mais le problème est beaucoup plus vaste que celui de l’Allemagne : c’est l’Union européenne qui est en train de mourir et il nous faut envisager une refondation de l’Europe.

Que pensez-vous du pacte de compétitivité ?

Nicolas Dupont-Aignan : Mieux vaut parler d’un pacte de récession et de régression sociale. Le peuple grec le refuse en manifestant dans la rue, le parlement portugais le refuse également mais pour Jean-Claude Trichet et Angela Merkel, cela n’a aucune importance : le pacte doit être imposé malgré l’opposition du peuple grec et en l’absence de gouvernement au Portugal. Cela signifie que la démocratie est tuée. Les dirigeants actuels de la zone euro iront jusqu’à la répression violente des manifestations parce que le pacte de compétitivité va dans le sens des intérêts des banquiers qui sont au cœur du système.

Vous consacrez un chapitre de votre livre à l’affaire France Trésor. De quoi s’agit-il ?

Nicolas Dupont-Aignan France Trésor est une agence de l’État qui est chargée, sous l’autorité du ministère des Finances, de placer la dette de la France sur les marchés internationaux. Or le comité stratégique de cette agence est composé de grands banquiers qui n’ont aucun intérêt à la diminution de notre dette publique.

Le président de ce comité est Jacques de Larosière, qui est en même temps conseiller du président de BNP Paribas. Parmi ses membres, on remarque Peter R. Fisher qui est coresponsable de la gestion obligataire du fonds spéculatif américain BlackRock, Emmanuel Hau, membre du directoire de la Compagnie financière Edmond de Rothschild ou encore Philipp Hildebrand, vice-président de la direction de la Banque nationale suisse... Nous sommes là devant des conflits d’intérêts et des arrangements parfaitement scandaleux.

Par exemple, le comité stratégique de France Trésor, composé de personnages que l’on suppose très compétents, a confié à BNP Paribas une étude destinée à une meilleure anticipation du marché des obligations ! Je donne dans mon livre de nombreuses précisions sur les gestionnaires de France Trésor, qui montrent que ces messieurs représentent en fait ceux qui prêtent à l’État et qui ne peuvent trouver que des avantages à l’endettement public et aux intérêts que l’État verse aux banques privées.

Dans le milieu politique, croit-on encore à l’euro ?

Nicolas Dupont-Aignan : Il y a à l’UMP des partisans convaincus de l’Union européenne telle qu’elle est aujourd’hui conçue et de la monnaie unique. Ce sont des croyants et ils n’envisagent pas l’explosion de la zone euro : c’est tout leur monde, tout leur système de pensée qui serait détruit. Beaucoup d’autres députés, qui se disent gaullistes, sont lucides sur les dangers de l’euro, approuvent mes discours mais estiment qu’ils seront plus utiles s’ils restent dans la ligne officielle - ou bien ils craignent les conséquences électorales d’une prise de position critique. Je maintiens quant à moi qu’on ne peut pas s’accommoder d’un système monétaire qui provoque la baisse des salaires, les délocalisations, le chômage et la baisse de nos exportations.

Comment faire pour sortir de l’euro ?

Nicolas Dupont-Aignan : Au cours de mes nombreux déplacements, j’ai pu constater que les Français n’avaient aucune confiance dans l’euro : ils ont compris qu’ils étaient victimes d’une arnaque. Mais beaucoup pensent qu’il est impossible de sortir du piège. Tel est bien l’idée que les dirigeants ont voulu faire passer - par exemple M. de Silguy, ancien commissaire européen, qui disait que l’euro est une autoroute sans sortie.

Il faut engager un combat pour montrer aux Français la porte de sortie de l’euro. Il peut y avoir une sortie dans le désordre et la faillite. Je propose quant à moi une sortie raisonnée et ordonnée : il faut retrouver une monnaie nationale, ce qui peut s’accorder avec une monnaie commune. Ce ne sera pas un retour en arrière, mais la reprise du bon chemin en matière de politique monétaire. Il nous faut une monnaie adaptée à notre économie. Je comprends que les Allemands qui sont sur la voie du suicide démographique, aient une monnaie forte qui est la monnaie des rentiers. Mais la France est en bonne santé dans le domaine démographique.

Or un tiers des jeunes sont déclassés et savent qu’ils vivront moins bien que leurs parents. C’est une situation insupportable. Face à la misère sociale, il faut montrer que nous pouvons retrouver la croissance, par un protectionnisme gradué, par la séparation des banques commerciales et des banques d’investissements, par le rétablissement du commissariat au plan. Il y a beaucoup à faire, mais on ne peut pas mener une politique de redressement national dans une période de récession. Nous allons au-devant d’une révolte de très grande ampleur. Il faut l’anticiper en présentant un projet cohérent et en redonnant aux Français le goût de vivre et d’espérer.

Propos recueillis par B. LA RICHARDAIS

91 Nicolas Dupont-Aignan -« L’Arnaque du siècle », éditions du Rocher, prix franco : 14,50€.

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