L’annonce était claire…

Mercredi 3 juin 2009 // L’Histoire

« Soirée exceptionnelle le 19 octobre !… »

« Le Prince Jean de France, Dauphin des Orléans sera notre invité… »

Maladroite diront les puristes grognons… Nous étions en Dauphiné.

A l’invitation de Valéry Muggéo, président du « Rotary » de Grenoble-Ouest.

Pour le duc de Vendôme, un séjour dense !

Nos amis de l’Alliance Royaliste du Dauphiné avaient veillé à ce que le prince Jean se souvienne de son séjour…

Et autant dire que Valéry Muggéo avait plus d’un atout en main ! L’invitation annonçait la « couleur » :

Valéry Muggéo

GRENOBLE OUEST ACCUEILLE L’HERITIER DE LA COURONNE DE FRANCE.

« Le Prince Jean de France, Dauphin des Orléans sera notre invité, la soirée commencera par un exposé de notre ami Jean-Louis Coppéré sur l’héritage de l’Orléanisme dans la vie politique Française. Ensuite, le Dauphin prendra la parole et répondra à nos questions dans le cadre d’un débat animé par Jean-Louis. Une rencontre avec 1500 ans d’histoire ! »

Jean-Louis Coppéré ?

Proviseur du Lycée Champollion de Grenoble, agrégé d’histoire, ancien élève de Cachan, le Proviseur était à son aise…

Rendez-vous était donné au « Grand Hôtel Mercure Président », au 11 bd Général Mangin… Une telle adresse influencerait-elle le cours de la soirée ?...

Nous étions fins prêts !

Et les plaisirs de la table n’étaient pas négligés. Le Chef François Pont entendaient nous mettre tous d’accord, sur au moins un point, la qualité de sa table : Verrine des Alpes composée d’une savante harmonie de caviar d’aubergines, de tapenade, de tomates et gressins…

Gigolette de volaille farcie sauce Forestière

Tarte aux poires à la Bourdaloue

Le cardinal, « roi des prédicateurs prédicateurs des rois » viendrait-il à la rescousse du Dauphin ? Il fut étranger à la tarte qui porte son nom, mais fait toujours figure de père de l’éloquence chrétienne en France…et reste un des plus parfait modèle du style français !

Devions-nous y voir un « signe » ?

Présentations, apéritifs, mise en bouche… les conversations allaient bon train !

Et Monsieur le Proviseur de prendre place au pupitre :

L’orléanisme par Jean-Louis COPPÉRÉ

Il était de tradition dans la monarchie française de donner au deuxième fils du roi à sa naissance le duché d’Orléans ; la branche cadette entrait ainsi dans la répartition des rôles sous l’Ancien Régime. A elle de tenter de faire sa place dans l’espace exigu que laissait l’absolutisme royal de plus en plus affirmé, surtout au XVII° siècle, soit en tentant une opposition ouverte (ce fut un temps, sous la Fronde) soit en ralliant de grands seigneurs autour d’un discours plus ouvert, nous dirions plus libéral, que celui du trône.

Ce fut particulièrement visible lors de deux épisodes du XVIII° siècle : la Régence d’abord, quand Philippe d’Orléans (Philippe Noiret dans le film « que la Fête commence ») régent au nom du petit Louis XV incarna une rupture avec le règne de Louis XIV, tant dans la politique extérieure plus anglophile que dans l’affichage de moeurs fort peu religieuses.

Philippe d’Orléans : Le Régent

Autre caractéristique de la branche cadette, les liens avec les grands milieux d’affaires (c’est l’époque de Law), liens qui ne se démentiront jamais.

John Law

Deuxième tentative, les années de la pré-révolution et des débuts de cette période : autour du duc, le futur Philippe Egalité, se pressèrent des personnages de valeur, lassés de Louis XVI mais désireux de concilier monarchie et idées nouvelles du siècle des Lumières (Sieyès, Mirabeau, Choderlos de Laclos, Dumouriez voire Danton).


Le duc d’Orléans : Philippe Egalité…

L’affaire échoua mais perdura l’espoir au début du XIX° siècle de concilier l’héritage révolutionnaire et la forme monarchique.

En 1830, avec Louis Philippe roi des Français, ce but sembla atteint.

Louis-Philippe

Mais le plus important pour l’histoire de notre pays est la confirmation de cette pensée politique, l’orléanisme, qui marque encore la France, entre légitimistes et républicains, le régime se voulait « le juste milieu », par son refus des extrêmes et sa volonté de réconcilier tous les héritages de la France. Il s’attacha aussi à gérer dans des conditions économiques difficiles l’Etat en « bon père de famille ». On a pu écrire : « l’orléanisme n’est pas un parti, c’est un état d’esprit » ; disons un gouvernement des élites (par l’union des élites de naissance – la noblesse libérale – de la fortune – la haute bourgeoisie d’un Casimir-Perier - et de l’intelligence – comme Thiers et Guizot), un gouvernement attaché au parlementarisme et aux débats (dans les Chambres, dans la presse, à l’université), un gouvernement pratiquant un libéralisme discret, tolérant et éclairé.

Certes, par son indifférence envers les masses, il tomba en 1848, mais son idéal était désormais inscrit dans notre patrimoine idéologique. Après 1871 et l’adhésion de Thiers à la République, puis 1893 et le ralliement des catholiques, l’aspect monarchique disparut peu à peu (pour ce courant, il n’avait d’ailleurs jamais pris un attachement très fort) mais un lien passa des Orléanistes à la République conservatrice, de Guizot et Thiers à Waldeck- Rousseau, puis Poincaré, René Coty et plus près de nous V. Giscard d’Estaing.



Du ralliement des catholiques, de l’ « Union sacrée »…
Un « acteur » oublié : Denys Cochin »…

La droite libérale est bien l’héritière des orléanistes.

Par droite libérale nous entendons d’abord un libéralisme philosophique et politique.

Face aux dogmatismes c’est la primauté des droits de l’esprit critique et du libre examen. En politique, c’est le refus de tout régime autoritaire et, au contraire, le principe d’un Etat garantissant les libertés publiques et protégeant les libertés individuelles. Car la droite libérale voit dans la liberté un droit fondamental de l’individu et le moyen, voire la condition, de la vie en société et du progrès. C’est pourquoi, héritière de

Montesquieu et se méfiant du pouvoir, elle soutient les deux Chambres, le Parlement garantissant la pluralité des opinions et la qualité des délibérations. Elle soutient de même la décentralisation. C’est pourquoi aussi elle privilégie l’initiative privée à l’intervention de la puissance publique, et là le libéralisme prend un sens économique.

Pas le plus petit bruit de fourchette…

Du juste milieu de Louis Philippe au « gouverner au centre » de V. Giscard d’Estaing, au slogan de l’actuel président « ensemble tout devient possible » l’héritage de l’orléanisme est incorporé à la politique française.
P.S. Pour en savoir plus, en particulier sur les distinctions entre ce courant et
le gaullisme, nous recommandons l’un des derniers ouvrages du grand historien René Rémond, « les droites aujourd’hui », éditions Louis Audibert, 2005.

 

Merci Monsieur le Proviseur !

Un « exposé » concis qui mettait en exergue certaines « fondations » de peut-être bien de nos misères… ouvrant à des réflexions qui ne sont pas prêtes de se tarir : le « juste milieu » ?
Pourquoi dérape-t-il toujours au profit des mêmes ?...

Le juste milieu ne demande-t-il pas une main de justice forte et indépendante des puissances d’argent ? Combien de crimes au nom d’un « libéralisme discret, tolérant et éclairé » ?

Des questions qui ne manquent jamais d’alimenter les débats…

Nous étions tout attentif dans l’attente de la « réponse » du Dauphin…

Et nous n’eûmes pas long à patienter !


Le prince Jean prenait place au pupitre…

Liberté politique et bien commun

Discours au Rotary -
Vendredi 19 octobre 2007

 
Monsieur le Président, Madame,

Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie de fond du cœur pour cette invitation de ce soir. Figurez-vous qu’au mois de juin dernier, je parlais au Rotary Club de Toulouse. Ainsi c’est une habitude qui est tout à l’honneur de votre hospitalité et de votre goût pour les libres discussions qui sont la preuve de la liberté de l’esprit pourvu que soit respectée la courtoisie. Oui, merci.

Je m’exprimais tout à l’heure devant le Conseil général et j’ai eu l’occasion de m’entretenir devant les Maires de Grenoble, de Moirans et d’Echirolles. J’aime bien aller ainsi rencontrer les élus locaux. C’est là dans son principe que se trouve la première expression de la liberté politique. Votre pays de l’Isère, du Dauphiné, y est historiquement attaché.

Comment concilier liberté politique et bien commun ? C’est la grande question qui a agité notre histoire et qui l’agite encore tant elle est difficile à résoudre. Et pourtant il n’y a pas d’antinomies entre les deux termes.

La liberté s’exerce en vue du bien, singulièrement du bien commun : c’est notre dignité d’homme. De même, réciproquement, sans bien commun, sans intérêt collectif, sans sécurité garantie pour la société et pour chacun de ses membres, il n’est plus possible d’exercer ses libertés, singulièrement sa liberté politique.

Voilà pour la théorie et je crois que personne n’en disconviendra. Ni totalitarisme, ni libertarisme excessif qui irait à la destruction de tout, tel est le difficile chemin que les expériences cruelles du XIXe siècle et particulièrement du XXe siècle nous indiquent suffisamment comme la voie à rechercher encore pour demain.

Et c’est là que l’histoire est instructive.

La place particulière tenue par la famille d’Orléans dans la France monarchique – M. Coppéré l’a souligné tout à fait à juste titre et je l’en remercie – a conduit au développement d’un courant politique très présent dans notre pays. Il n’a pas été seulement dû aux ambitions d’une branche cadette de la famille royale. Il a avant tout été la manifestation spontanée de l’inquiétude de ces princes devant les mutations sans précédent que la France a connu à partir du XVIIe siècle, dès qu’elle eut recouvré son unité après les guerres de religion et la Fronde. Reprenant une formule du général de Gaulle, je dirai que la France de cette époque, avançant dans la modernité, n’a pas eu à « épouser son siècle » : première puissance européenne, c’est elle qui « faisait » le siècle.

D’abord, en prenant conscience d’elle-même et de son unité. Et du coup, en ressentant que tous ses éléments – géographiques (provinces et ville) ou sociaux (noblesse, clergé, bourgeoisie, population des villes et des campagnes) – étaient liés par un « intérêt commun », par quelque chose qu’on ne peut appeler autrement qu’un « sentiment national ».

Simultanément, une autre conscience grandissait. La France était alors, comme on l’a dit, un pays « hérissé de libertés » : au fil des siècles, à travers tout le territoire, innombrables étaient les franchises et privilèges qui avaient été reconnus par le pouvoir royal, et non seulement reconnus, mais garantis par lui. Ce sentiment, ce besoin de libertés (j’emploie le pluriel, c’étaient des libertés très concrètes) ne pouvait qu’entrer en concurrence avec celui de l’intérêt commun à préserver, besoin tout aussi nécessaire et ressenti d’une manière tout aussi impérieuse. 

Dans une telle situation, la fonction du pouvoir royal apparaissait clairement : elle était de maintenir l’équilibre, d’assurer à la fois le bien commun et le respect des libertés. Tâche rendue difficile par la profondeur des transformations économiques et sociales du pays. Rendue difficile aussi par la séduction croissante d’idéologies prétendant expliquer et maîtriser les évolutions en cours. On sait, notamment depuis François Furet, comment la philosophie des Lumières, qui ne prônait que le bonheur pour tous, a pu, elle aussi, déraper jusqu’aux grands crimes collectifs de notre époque.

Louis XVI a échoué, à ses dépens, et à ceux de la France. Depuis cet échec, notre pays ne cesse de rechercher ce qui apparaît comme un impossible équilibre : le XIXe et le XX° siècles ont été une longue suite de crises : crises politiques, guerres, occupations du territoire par des troupes étrangères, crises dramatiques de la conscience nationale notamment après 1940 ou à l’occasion des conflits coloniaux.

Les Orléans, avant d’être appelés à assumer eux-mêmes la légitimité dynastique, n’ont cessé, dans des conditions souvent très difficiles, d’interroger les évènements, de proposer des remèdes. Certains ont pu se tromper : Philippe-Egalité en est l’exemple le plus tragique, ayant payé ses errements au prix du sang.

Exécution de Louis Philippe Joseph, duc d’Orléans, dit Philippe-Egalité (1747-1793), le 6 novembre 1793. Gravure allemande. B.N.

Les événements de 1830 ont conduit mon aïeul Louis-Philippe à tenter de remettre la France sur ses rails : malgré les résultats obtenus, il n’est pas parvenu à redonner durablement à l’esprit public ce sens profond de l’équilibre capétien entre le bien commun et les libertés individuelles et collectives.

Aujourd’hui, ma famille, et moi-même, comme d’ailleurs tous les Français, nous pouvons ou plutôt nous devons tirer la leçon de tout ce qui s’est passé au cours des trois derniers siècles, c’est-à-dire depuis que la France est entrée dans ce que nous appelons la modernité.

La défense des libertés publiques, notamment des libertés économiques, est nécessaire : tous les abus de l’étatisme sous toutes ses formes sont là pour nous le rappeler. Elle doit cependant savoir reconnaître le point où elle risque de remettre en cause le bien commun de la collectivité. Or, depuis la chute du communisme, il semble que la classe dirigeante ait, à cet égard, perdu tout repère, s’abandonnant à un libéralisme sans frein. C’est un risque où la société elle-même peut se dissoudre.

Sur le plan de ses institutions, notre pays ne cesse de rechercher quel modèle lui convient le mieux. L’équilibre des pouvoirs est un principe, à bon droit, généralement admis. Mais de quels pouvoirs parle-t-on ?

L’exécutif, le législatif et le judiciaire ?



De l’illusion des trois pouvoirs ?

Mais où placer les institutions supranationales telles que nous les connaissons actuellement ? Et à l’heure de la mondialisation, où placer les pouvoirs détenus par des entreprises ou des entités financières qui ignorent les frontières ? Les débats constitutionnels en cours prennent-ils vraiment en compte l’essentiel, c’est-à-dire l’assurance pour les Français de disposer d’institutions indépendantes des intérêts particuliers et des groupes de pression, capables de légiférer dans le plein respect de la justice sociale et des libertés politiques, et disposant de la durée nécessaire pour pouvoir garantir la paix civile et la souveraineté nationale ?

A ceux qui ne verraient là que vaines paroles et bons sentiments, je redirai à quel point il me paraît important de réfléchir sans cesse à ce que notre peuple a vécu au cours des derniers siècles, non par simple goût de la culture historique, mais parce que, au-delà des transformations les plus profondes de la société, les hommes restent les hommes, et que, dans l’avenir inconnu, leurs comportements restent prévisibles. L’histoire de ma famille, qui a constamment été au plus proche de ces évènements, offre, de ce point de vue, quelques leçons à méditer.

Toujours des leçons à méditer…

Et dénoncer bien des illusions : la Révolution ? Fille des Lumières ? Dérapage ou suite « naturelle » ?

Une vision de l’homme réductrice, une absence de volonté et de liberté en l’être humain, un assujettissement quasi mécanique à l’égoïsme… Dans l’héritage des Lumières existe-t-il une place pour le Bien commun ?

Lire et relire les travaux du professeur Xavier Martin !

Des leçons à méditer…

Allions-nous plonger le nez dans nos assiettes ?

Quelques questions ne demandaient qu’à solliciter nos « conférenciers »…

L’état de la France, le rôle de l’Etat, le pouvoir…

Le Proviseur : « Il n’y a plus de légitimité judiciaire et de vrai pouvoir judiciaire : de la « potesta » »…

A des bien timides questions, le prince Jean d’avancer : « Le rôle de l’Etat ne serait pas de s’occuper de tout, mais de mettre en place un cadre… Légitimité d’en bas, l’expression populaire, ou légitimité d’en haut ? »

« Il n’y a pas de cadre permettant la mise en place d’un libéralisme modéré… »

La France ? « Elle ne saurait tourner le dos aux exigences du marché »

Mais ne pas négliger « l’exigence de la loi, l’exigence du cadre social… »

Et de nous rappeler le souci de Feu le comte de Paris…
« Le développement social est la condition de la vie sociale », précisant que « il n’y a pas de régime idéal. Il y a des situations »

Un prince ? Un roi ?Un homme délivré de l’obsession de l’homme politique : « Vous n’avez pas à penser à la prochaine élection »

Paroles de Dauphin ? Simple et oh ! combien réaliste constat de deux grands routiers de la politique alors qu’ils croisaient Son Altesse Royale le Duc de Vendôme non loin de l’ Assemblée nationale…

Et plus d’un de sourire…

La France.

« Beaucoup de forces vives, beaucoup de générosité et le tissu associatif est là pour l’attester. Ses difficultés ? De mauvaises structures (fiscalité…). L’espace public est accaparé par ceux qui détiennent la force et le pouvoir. La France est viciée structurellement…

Pas de cohésion, pas de grands projets, un système éducatif qui ne remplit plus son rôle autant qu’il le devrait… »

Un constat qui ne cesse de se renforcer au fil du temps…

Et l’heure de tourner !

Prendre la mesure de cette journée du 19 octobre 2007 : visite à « Centralp », visite de Moirans, rencontres à la mairie. Rencontre à la mairie de Grenoble, visite à la mairie d’Echirolles. Visite de Vizille… et in fine « une rencontre avec 1500 ans d’histoire »…

Des constats qui sont dressés et la pensée du prince Jean qui s’esquisse auprès de ses interlocuteurs…

Des leçons à méditer…

Avec un grand merci pour l’accueil qui nous a été réservé et toujours le « service » bien huilé de l’Alliance Royaliste du Dauphiné !

 

Valéry Muggéo : Présentations…

Mise en bouche…

Le Proviseur maître de son sujet…

Le Dauphin à l’écoute du Proviseur…

Le Général et le Proviseur

Le général Pichot-Duclos pensif : « le temps où la France faisait le siècle… »

Le temps des Lumières ? Beaucoup à dire…

Vous avez dit « Lumières » ?

Des « questions »…

Quelques leçons à méditer…

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