L’année 2011 sera-t-elle moins mouvementée que 2010 ?

Jeudi 13 janvier 2011 // L’Afrique

L’année 2010 se termine de façon fort tragique en Afrique. Pour s’être accroché au pouvoir de façon tout à fait illégitime, le président du Niger, Mamadou Tandja, a été évincé par ses camarades d’armes qui, après une transition d’une année, remettront le pouvoir à un président démocratiquement élu, le 1er mars prochain.

En Côte d’Ivoire, l’entêtement d’un homme, Laurent Gbagbo, qui est prêt à tout, pour conserver le pouvoir qu’il a, logiquement, perdu dans les urnes, est en train de replonger le pays dans une nouvelle guerre civile. Cette fois-ci, personne ne sait quand la Côte d’ivoire en sortira, une fois les hostilités déclenchées. Tout compte fait, ce pays risque d’être, tout au long de 2011, le véritable point noir du continent.

Si 2010 a été une année électorale pour bon nombre de pays, l’année 2011 connaîtra, également, des échéances importantes dans plusieurs autres. Il en est, par exemple, du Niger et de la République centrafricaine, qui ambitionnent d’organiser une élection présidentielle ce mois de janvier. Le Nigeria qui préside la CEDEAO dont la responsabilité de dégager Laurent Gbagbo du pouvoir, si besoin par la force, est engagée - devra, aussi, se chercher son chef d’Etat entre mars et juin. En avril, c’est le Bénin qui se choisira démocratiquement son président de la République, tandis que les Tchadiens iront aux urnes en mai pour reconduire Idriss Déby Itno ou le sanctionner.

 La République démocratique du Congo organisera, aussi, un scrutin présidentiel en juin, soit quelque cinq mois, avant le Cameroun, qui tiendra le sien en octobre. Il reste la Grande Ile de Madagascar où le président de la transition et les grands leaders du pays devront préalablement s’accorder sur les modalités de l’élection présidentielle, avant son organisation en 2011. Si le suspense est garanti aux élections du Niger, du Bénin et du Nigeria, toute possibilité de surprise est, par contre, à écarter dans les scrutins qui se dérouleront en République démocratique du Congo, au Tchad et au Cameroun, Madagascar restant la seule grosse inconnue. Autre scrutin à ne pas perdre de vue : le Gabon organisera des élections législatives en décembre 2011. Le camp présidentiel y partira avec quelques longueurs d’avance même si, au sein de l’opposition incarnée par l’Union nationale, on refuse de l’entendre de cette oreille.

Sauf cas de force majeure, toutes ces élections se dérouleront dans un minimum de calme, et rien de fondamental ne viendra bouleverser le paysage politique continental. Sur ce plan, il y a de fortes chances que 2011 se termine comme 2010 la révolution ne se produira nulle part. Alassane Ouattara s’installera dans le fauteuil laissé par Laurent Gbagbo dans la douleur. Il n’aura droit à aucune erreur et personne ne lui pardonnera aucun impair. Robert Mugabe sera toujours aussi intouchable, tout comme Mwai Kibaki, qui a réussi ce que Laurent Gbagbo a échoué à faire à Abidjan : se faire battre à la présidentielle et s’accrocher au pouvoir au point de faire du vainqueur de l’élection son premier ministre. Omar El Béchir sera toujours autant soutenu par l’Union africaine et aucun dirigeant du continent n’osera le livrer à la Cour pénale internationale. Bref, à moins de vivre le décès d’un chef d’Etat en exercice, ce qui n’est pas exclu au regard des âges et des pathologies de plusieurs d’entre eux, 2011 sera une année où il y aura RAS (rien à signaler).

Le danger, si danger il a - viendrait des terroristes d’Aqmi (Al Qâida au Maghreb islamique) qui sème la désolation dans toute la bande sahélo-saharienne, de l’Algérie au Tchad en passant par le Niger, le Mali et la Mauritanie. Interdite au tourisme, cette bande aussi large que l’Europe est devenue une zone de non droit où règnent les trafiquants de toutes sortes.

L’autre danger de tous les instants qui guette les pays d’Afrique, c’est la misère et la pauvreté, accentuées par l’exploitation de l’homme par l’homme. Cette exploitation organisée aussi bien sur le plan national par des Africains que par des réseaux internationaux d’intérêts et d’affaires, ne peut plus durer longtemps sans donner lieu à une explosion sociale. Je ne sais ni quand ni comment une telle explosion pourra survenir. Je sais cependant qu’elle est inévitable et pourrait surprendre à tout moment. Elle sera d’autant plus dangereuse qu’elle pourrait être contagieuse : une émeute de la faim, par exemple, qui éclaterait dans un pays A gagnerait aussi le pays B, à la faveur des images de télévision et d’internet, sans que les deux pays n’aient un lien organique quelconque.

Quand on circule dans les métropoles africaines, on est frappé par le chômage de masse qui déstructure les couches sociales des pays concernés. On se dit alors que le jour où ça pétera, aucune garde présidentielle si « professionnelle » soit-elle, ne pourra arrêter ces émeutiers. A mon avis, c’est à ce niveau que peut se situer le risque en 2011. Un danger qui guette, sans exception, tous les pays africains.

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