L’an cent de la république de Taïwan.

Dimanche 25 septembre 2011 // Le Monde

Le statut de Taïwan mérite d’être médité à l’heure où la question de l’Etat palestinien est soumise à l’assemblée générale des Nations-Unies.

Le calendrier officiel de Taïwan commence en 1911, an 1 de la république chinoise, datée du soulèvement qui allait conduire au renversement de l’Empereur (la République sera proclamée le 1e` janvier 1912 par Sun Yat-sen). Ne pas confondre avec ce que Pékin vient de célébrer en grande pompe en juillet, les 90 ans du parti communiste chinois, créé, en 1921. Après la défaite des « nationalistes » de Tchang Kaï-chek battus par les communistes de Mao Tse-toung en 1949— 1er octobre —, deux millions de Chinois du continent -se sont réfugiés sur l’île appelée alors Formose où leurs descendants constitues aujourd’hui 14% de la population totale. Depuis lors, la République de Taïwan se veut l’héritière de la première république chinoise.

Jusqu’en 1971, le siège de la Chine à l’ONU (y compris comme membre permanent du Conseil de sécurité) était tenu par Formose. L’assemblée générale, il y a tout juste quarante ans, a obligé le représentant de la république de Chine à céder la place au représentant de Pékin.

La fiction d’une seule Chine a été maintenue par les deux parties jusqu’à maintenant, sauf qu’en 2007 Taïwan a posé sa candidature à l’adhésion à l’ONU comme Etat indépendant, essuyant un refus. D’élection en élection, le débat continue aussi d’être vif parmi la population taïwanaise. Le parti nationaliste (le Guomindang) est revenu au pouvoir en 2008 après huit années de gouvernement par l’opposition démocrate qui, elle, favorise la renonciation à la fiction= de la seule Chine et l’indépendance limitée sous le nom de Taïwan.

L’idée d’une seule Chine, deux Etats, se heurtera toujours au veto de Pékin qui n’a jamais renoncé à réintégrer Taïwan. Pékin a pratiquement gagné la guerre diplomatique : en forçant les Etats à choisir d’entretenir des relations diplomatiques avec l’une à l’exclusion de l’autre, elle a rogné tous les soutiens de Taïwan qui ne compte plus que vingt-trois pays entretenant une ambassade (dont le Saint-Siège). Si la relation mutuelle est aujourd’hui plus pacifique, très économique (Taïwan est la 24e puissance économique du globe et possède un revenu par tête supérieur à celui de la France) et financière (Taiwan est le premier investisseur en Chine continentale), le détroit de Taïwan (150 km à son passage le plus étroit) reste un endroit dangereux, en état de surarmement, qui a connu plusieurs crises internationales majeures. Si les Etats-Unis ont politiquement lâché Taiwan pour Pékin en 1971, ils en restent les protecteurs naturels. Entre les deux a supërpuissances, le code est bien rodes Washington et Pékin, maîtrisent la situation qui peut leur servir à tout moment de variable d’ajustement dans leurs relations bilatérales.

La campagne électorale engagée à l’assemblée générale des Nations unies, intitulée « Palestine 194 » (le nombre d’Etats membres), rappelle les enjeux diplomatiques de la campagne entre les deux Chine. Comme Taïwan, Israël ne devrait pouvoir compter que sur moins d’une trentaine de délégations. Israël s’interroge sur la volonté à terme de la démocratie onusienne de marginaliser, faire suspendre avant d’exclure sa propre délégation ou de conférer à la représentation palestinienne le monopole du nom et de la compétence sur la Palestine qui, selon l’ONU, recouvre juridiquement l’ensemble du territoire mandataire de 1947.

Les Etats-Unis exercent une protection de facto sur la sécurité d’Israël comme sur celle de Taïwan. Mais le précédent taïwanais montre que Washington peut très bien, si ses intérêts l’exigent, découpler soutien sécuritaire et appui diplomatique. En outre, dans le cas de Taiwan, entre Washington et Pékin, on sait à qui l’on parle. La crise israélo-palestinienne manque d’interlocuteurs responsables : longtemps il y eut Washington et Le Caire. On se refuse à ce que ce soit Washington et Téhéran. Mais avec qui d’autre parler ? Ceci vaut autant pour Tel-Aviv : quel poids a Mahmoud Abbas, le Hamas, chacun des Etats voisins, ou Riyad ? Quelle garantie ? le « pays d’Onusie » n’est qu’un leurre.

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