Crétinisme.

L’affaire Dexia.

Mercredi 2 novembre 2011, par Charles GUÉMÉNÉ // L’Europe

Dexia, la banque franco-belge, plombée par une gestion longtemps béjaune et hasardeuse ne se remettra pas de la crise de l’endettement des États. À maints égards, l’histoire que nous allons raconter nous explique la faillite de l’idéologie marquante des années 1980-2010.

Faisons simple. Dexia est le résultat de l’union du Crédit Communal de Belgique (CMB) et du Crédit Local de France. Ces deux organismes ont le même rôle de financement des collectivités locales. Le CMB est une vielle création (1886) et son influence n’a fait que s’étendre au cours des décennies avec, notons-le, un certain succès. Outre ses activités dans le domaine public, l’établissement donne aussi dans la banque de dépôt, avec, là encore, une réussite qui perdure. Le Crédit Local de France (CLF) est une création de la parenthèse ultra libéralo balladurienne pre mière manière de 1987. Auparavant, c’est la CAECL (Caisse d’Aide à l’Équipement des Collectivités Locales) qui se chargeait du financement, dans des conditions convenables, des collectivités locales. La mode passant par-là, on a offert - j’assume le terme - à un groupe d’amis, dénommé noyau-dur (souvenez-vous) un établissement plutôt juteux.

À compter de ce moment, tant le CMB que le CLF vont faire à tout crin du développement, mais surtout à l’externe, chacun reprenant ça et là tant en Italie, en Turquie qu’aux États-Unis divers établissements travaillant sur le même créneau. En outre, chacune des deux entités va être poussée à développer un secteur plus spéculatif (Asset Management). Notons toutefois que nos amis belges furent, partiellement, mieux inspirés que nous, notamment par l’achat d’une banque turque, Deniz Bank, dont le succès est remarquable et non sans importance sur la suite des événements.

En 1996, nouvelle mode, celle de la concentration. On va marier nos deux entités pour en faire un groupe binational nommé Dexia. La période est euphorique pour le secteur financier et le groupe va donc continuer à plus grande échelle la politique suivie autrefois séparément. Cela va durer dix ans. Tout y passe avec, semble-t’il une certaine cohérence. On acquiert tant en Italie, qu’en Israël ou aux Etats-Unis des établissements connexes, sans trop se poser de questions superflues. Arrêtons-nous un instant sur les deux derniers cas. Dexia a racheté à Tel Aviv une banque qui finance des installations de colonies - illégales au sens du droit international - en Cisjordanie. Aux États-Unis, l’achat porte sur FSA, organisme de rehaussement de crédit (subprime).

Le moins que l’on puisse dire est que tout cela ne s’est pas fait avec la plus grande clairvoyance. Dès avant la crise, il y a pire que cela. C’est que Dexia continue de financer les collectivités locales pour qui le recours à l’emprunt est absolument nécessairepour réaliser des investissements coûteux. C’est là que le mélange des genres commence à poser problème et que les communes et les départements vont entrer dans les difficultés. C’est que la nature des prêts accordés va changer. On va refiler à certaines collectivités, via des montages compliqués, des produits qui vont se révéler destructeurs. À priori, au global, les collectivités sont peu endettées (6 % du PIB en 2007), donc pas de souci. Là où les choses se gâtent, c’est quand certaines villes, à taille critique, ni trop petites, ni trop grandes, veulent financer un équipement d’ampleur qui, théoriquement, ne peut l’être avec un emprunt de type classique.

Qu’à cela ne tienne ! Dexia a la solution et refile sans vergogne des trucs gentiment dénommés emprunts structurés. Faisons bref. Le principe est le même que la titrisation. Vous empruntez à un taux n de départ et dès cet instant vos intérêts seront calculés par des têtes plates selon des modalités auxquelles vous ne comprendrez jamais rien, ceux qui vous en ont nantis pas plus et leurs créateurs, j’en doute. L’avantage immédiat c’est de pouvoir obtenir des fonds à un niveau que vous n’auriez pu prétendre sous une forme classique et de rendre ainsi tolérable, au départ, les remboursements pour vos comptes.

Mais la crise est survenue et patatras ! Les savants calculs de nos esthètes de la calculette occasionnent des surcoûts colossaux. Exemple : la ville de Saumur, emprunte 22 M d’euros. Le surcoût à verser par la commune va être de 7,8 M ! Autant dire la ruine. Et des emprunts comme ceux-là, il en traîne pour un total de 70 milliards jusque dans des micro-commune. Les actifs toxiques de la banque se montent à quelques 100 milliards d’euros. Autant dire la faillite. Notons qu’outre les joyeusetés décrites ci avant, les cadors se sont fait refiler des subprimes via FSA et ont même perdus 85 M chez l’inénarrable Madoff.

En juillet dernier, Dexia passait avec succès les stress-tests, mieux que la BNP ou la Société Générale et aujourd’hui Dexia est en faillite. En 2008 on a débarqué du staff de l’établissement les deux zozos responsables de ces brillants investissements. Rassurez-vous pour eux, ils ont retrouvé deux excellents jobs dans deux banques françaises...

Alors on va démanteler. Manque de chance, les parties belges de l’affaire sont en bien meilleur état que les parties françaises. La partie dépôt en Belgique se porte au mieux et la filiale turque est, dans un pays en pleine expansion, on ne peut plus florissante et extrêmement rentable. Comme d’habitude, on va coller les actifs pourris dans une structure ad hoc et le contribuable va payer. Le reste sera réparti dans d’autres banques susceptibles de payer.

On va renflouer, comme en 2009 où la plaisanterie avait coûté 6,4 milliards d’euros plus 150 de garanties étatiques. Pour quoi faire ? On se le demande encore... Mais il faut bien calmer les Saints Marchés peu désireux de prendre leur responsabilité dans ce fiasco. Quant aux collectivités locales victimes, alors là...

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