L’adultère piraté par la technologie.

Vendredi 30 octobre 2009 // Controverses

COMPORTEMENT

Consoles de jeu, cartes mémoire, logiciels spécialisés : les moyens de surveiller son prochain se multiplient. Résultat : une double vie sans laisser de traces devient impossible.

Les investissements se sont fortement redressés, à la faveur d’un taux de change bas, même si le pays était budgétairement en difficulté et même si la demande étrangère n’augmentait que modérément Les économies ouvertes comme celle du Royaume-Uni bénéficie d’une grande capacité d’adaptation et, si le secteur manufacturier devient plus compétitif, le Royaume-Uni peut voir sa production commencer à croître plus rapidement qu’on ne le pense généralement. Nul ne prétend, en -ce qui concerne les industries traditionnelles, que le pays soit sur le point de rétablir les positions qu’il perd depuis trente ans au profit des concurrents. Mais, dans le domaine des nouvelles technologies et des services, il conserve toutes ses chances de succès, à condition que le taux de change plus favorable soit complété par des transformations indispensables de notre économie. C’est ce que souhaitent des personnalités comme Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, et Martin Weale, le directeur de l’Institut national de la recherche sociale et économique.

LES VACANCES À L’ÉTRANGER SERONT MOINS ABORDABLES.

Le premier changement qui se fera sentir est une réduction durable de la consommation. Car un éventuel retour à un excédent des paiements courants dépend d’une augmentation des exportations et, plus important encore, d’une réduction des importations. Les vacances à l’étranger vont devenir moins abordables, et celles passées à la maison non plus la punition d’un seul été mais un fait permanent. Ceux qui ont joué les marchés des changes en achetant une résidence secondaire en Europe continentale lorsque la livre valait encore 1,40 euro et plus risquent d’avoir quelques soucis à se faire. En revanche, l’épargne devra être beaucoup plus élevée, pour représenter peut-être jusqu’à 10 % du PIB, selon Martin Weale, contré 4 % en moyenne tout au plus depuis vingt ans. En conclusion, dans les années à venir, le Royaume-Uni ressemblera probablement davantage aux grands pays excédentaires. Nous produirons et épargnerons plus, mais consommerons moins. Nombreux seront ceux qui regretteront le passé, sans doute, mais cette situation ne pouvait pas durer.

Le cyberespace comme autant de traces ADN disséminées sur les draps d’un lit. Elles n’attendent que l’occasion de nous trahir. Dans cet environnement quasi omniscient, les liaisons extraconjugales n’ont pas la moindre chance de succès. Il est désormais impossible de les tenir secrètes. Les histoires de double vie, classiques dans les années 1970 et 1980, sont en voie de disparition. Avec la marche du progrès technologique, on peut prédire sans crainte que d’ici dix ans les liaisons traditionnelles - celles qui durent, qui exigent de l’organisation et de la logistique, appartiendront définitivement au passé.

LA TECHNOLOGIE FACILITE LES RENCONTRES.

Les preuves s’accumulent déjà. L’adultère est de moins en moins cité comme motif de divorce. Entre 2005 et 2006, le nombre de divorces prononcés au Royaume-Uni a diminué de 4,5 %, passant de 155 052 à 148 141, en baisse pour la deuxième année d’affilée portant ainsi le nombre de divorces à son plus bas niveau depuis 1977. Et, en 2007, seuls 29 % des divorces étaient la conséquence directe d’une infidélité, soit 3 % de moins que l’année précédente. Le nombre de divorces chez les jeunes mariés a même diminué. La raison en est simple : si la technologie facilite les rencontres et la communication avec les autres, elle est en revanche incompatible avec le secret nécessaire à la conduite de toute liaison durable. Il est tout simplement trop facile de se faire pincer, et les technophiles le savent. A l’époque où, pour mener sa double vie, il suffisait de passer un coup de fil depuis une cabine anonyme pour se fixer rendez-vous dans un endroit secret, il y avait peu de traces à effacer ; mais, aujourd’hui, il est presque impossible de faire quoi que ce soit en secret.

Imaginons que vous travailliez à Londres et utilisiez les transports publics. Comme 5 millions de Londoniens, vous possédez une carte Oyster, la smart card prépayée introduite par l’ancien maire, Ken Livingstone, en 2003. La carte Oyster enregistre tous les trajets du détenteur avec l’heure à laquelle ils sont effectués, et il suffit d’entrer le numéro de série sur un site Internet [dont l’accès est en principe interdit au public, mais qui est assez mal protégé] pour avoir accès aux données des dix dernières semaines. Si vous mentez à votre femme et lui dites que vous avez travaillé tard le jeudi précédent, elle pourra facilement vérifier que vous dites la vérité. « Une carte Oyster ne vous dira pas si un mari trompe sa femme, mais elle pourra vous dire s’il était dans tel quartier de la ville à un moment où il n’était pas censé y être, explique un détective privé. Ensuite, il est facile de demander à l’intéressé de s’expliquer. Vous n’avez pas encore l’air trop inquisiteur. » ( Le système Navigo de la RATP, à Paris, pourrait se prêter à des détournements similaires.)

Les cartes Oyster ne sont que la partie émergée de l’iceberg. N’importe quelle personne ayant un minimum de connaissances en informatique pourra savoir quels sites Internet vous avez visités, en parcourant votre historique ; Vos fichiers temporaires et vos fichiers cachés. Rien de plus facile que de regarder les messages reçus et les appels passés sur un téléphone portable. En outre, le sentiment d’insécurité de certaines personnes alimente tout un secteur d’entreprises qui se font fort d’aider leurs clients à savoir si leur partenaire les trompe. Certains logiciels peuvent secrètement enregistrer toutes les actions et les touches de clavier utilisées sur un ordinateur personnel, permettant aux indiscrets de surveiller les courriers électroniques, les sites visités et les documents créés par leur conjoint. Vous pouvez également vous procurer divers gadgets permettant de lire les cartes SIM des téléphones portables et de récupérer des messages effacés, le tout pour quelques euros. Sur Internet, vous pouvez même acheter des kits de détection de sperme. Le fabricant recommande d’ailleurs de ne pas seulement vérifier les sous-vêtements, mais également les chaussettes et les draps de lit.

UN ZÈLE PURITAIN SEMBLE S’EMPARER DE LA SOCIÉTÉ.

Les spécialistes et les conseillers matrimoniaux observent une évolution des comportements infidèles, liée à l’inexorable marche du progrès technologique. « S’il est facile de commencer une liaison extraconjugale, il est devenu presque impossible de la poursuivre au-delà d’un certain temps, écrit le psychologue Andrew Marshall. Auparavant, j’avais régulièrement affaire à des couples dont l’un des partenaires avait eu une liaison pendant plus de trois ans. Aujourd’hui, les gens cherchent des preuves de l’infidélité de leur partenaire et le font avouer. Résultat : la durée des liaisons a radicalement diminué. Il semble que ce soit bientôt la fin des adultères. »

Une seule catégorie de population résiste encore — et même de mieux en mieux - à la tendance : les baby- boomers. Il semble que les membres de la génération d’après-guerre ont eu tout loisir de se tromper en toute impunité et qu’ils n’ont pas l’intention de renoncer à ce mode°de vie. Une étude effectuée par des chercheurs de l’université du New Hampshire montre que c’est désormais à 55 ans qu’un homme a le plus de chances d’avoir une liaison. Ces spécimens d’une génération plus âgée, moins férue de technologie, laissent moins de traces derrière eux quand ils sont infidèles et courent donc moins le risque de se faire démasquer. Pour eux, la double vie est encore une option possible.

De fait, alors qu’à la fin du siècle dernier les histoires d’amants et de maîtresses étaient considérées comme des péchés véniels sources de situations comiques dans bon nombre de films et de feuilletons télévisés, l’infidélité est aujourd’hui fortement condamnée moralement et un zèle puritain semble s’emparer de la société. Il y a quelques mois, Mira Kirshenbaum, directrice d’un centre de recherche et de thérapie de couple, a suscité l’indignation en suggérant dans son dernier livre que des gens bien pouvaient eux aussi être infidèles et que, dans certains cas, cela pouvait même être bénéfique à leur mariage. Pour avoir laissé entendre que les adultères méritaient parfois notre compréhension, elle a été vivement critiquée par ses pairs. Selon l’un de ses détracteurs, « les personnes adultères ne sont ni bonnes ni gentilles. Comment peut-on se montrer compréhensif.? Quelqu’un de bien ne trahit pas les êtres qu’il aime. »

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