L’administration Obama rechigne à soutenir ouvertement les droits de l’homme.

Samedi 22 janvier 2011 // Le Monde

L’administration Obama rechigne à soutenir ouvertement les droits de l’homme et la démocratie, et privilégie une approche plus subtile, s’inquiètent des défenseurs des droits de l’homme. D’après eux, le président cherche actuellement à renouer avec ses alliés et à tendre la main à ses ennemis, faisant passer les droits de l’homme au second plan. Bien qu’Obama se soit empressé d’annoncer la fermeture du centre de détention de Guantanamo, une mesure saluée par les défenseurs des droits de l’homme, son gouvernement a également affiché d’autres positions troublantes, estiment-ils. Certains responsables proposent en effet d’alléger les sanctions contre le Myanmar et le Soudan des pays parias au regard des droits de l’homme , de faire passer la question du réchauffement climatique avant le sort que la Chine réserve aux Tibétains et à ses dissidents, et d’accorder à nouveau au gouvernement autocratique d’Egypte un droit de veto sur le versement de fonds américains à des organisations non gouvernementales locales.

Il faut qu’ils fassent attention à ne pas s’enfermer dans un modèle qu’ils regretteront plus tard, confie Jennifer Windsor, ancien membre du gouvernement Clinton qui dirige aujourd’hui Freedom House, une organisation de promotion de la démocratie. Le gouvernement compte en son sein des personnes honnêtes, mais renonce automatiquement à tout ce que défendait le président Bush n’est pas une bonne idée.

 Le gouvernement reconnaît qu’il aborde la question des droits de l’homme différemment, mais conteste toute diminution de son engagement. Il cherche en premier lieu, insistent ses membres, en reconnaissant les échecs du passé, afin de faire pression, dans un second temps, pour faire progresser les droits de l’homme et la démocratie. Lors d’un discours qu’il a prononcé à Istanbul le mois dernier, le président Obama a notamment confirmé sa décision au sujet de Guantanamo et rappelé le fait que, jusqu’à il y a peu, les gens qui avaient la même tête que lui, avaient du mal à voter aux Etats-Unis. Puis il a pressé les autorités turques de défendre l’État de droit et de rouvrir un séminaire grec orthodoxe.

L’ancien président George W. Bush avait fait de la "défense de la liberté" et de la "suppression de la tyrannie" dans le monde l’un des thèmes centraux de ses deux mandats. De l’avis des conseillers d’Obama, il a cependant ruiné ses efforts en employant un ton souvent trop brutal et en manquant de cohérence dans l’application de ce programme. Les défenseurs des droits de l’homme craignent aujourd’hui que le balancier ne reparte trop loin dans l’autre sens, et la droite est particulièrement critique vis-à-vis d’Obama.

"La chose la plus frappante, dans les premières mesures prises par le nouveau gouvernement en matière de politique étrangère, c’est qu’elles tournent brutalement lé, dos à la question des droits de l’homme et de la démocratie", confie Joshua Muravchik, dont le livre Exporting Democracy [Exporter la démocratie, éd. AEI Press, 1991, non traduit en français] a servi de base à la politique néoconservatrice des huit dernières années. Pour lui, comme pour d’autres, Obama et sa secrétaire d’État Hillary Clinton font de gros efforts pour minimiser les inquiétudes à propos des droits de l’homme et des mouvements démocratiques, préférant mettre l’accent sur la coopération internationale dans des questions comme les ambitions nucléaires de l’Iran.

Juste avant de se rendre à Pékin en février pour sa première visite officielle à l’étranger, Hillary Clinton avait déclaré que les pressions sur la Chine à propos des droits de l’homme ne devaient pas interférer avec (le traitement) de la crise économique mondiale, de la crise du réchauffement climatique et de la crise de la sécurité. Lors de sa tournée au Moyen-Orient, en mars, elle a minimisé les problèmes de droits de l’homme en Turquie et en Egypte, Madame Clinton a ensuite essayé de réparer les dégâts en déclarant qu’un engagement mutuel et collectif en faveur des droits de l’homme était aussi important pour l’amélioration de notre monde que nos efforts en matière de sécurité, d’économie, d’énergie, de changement climatique et autres questions pressantes.

Une main tendue à Castro, Chavez et Moubarak.

Lorne W. Craner, qui était chargé des droits de l’homme au sein du gouvernement Bush, se dit également surpris par les premières mesures prises par le gouvernement. Il trouve qu’il se montre très réactif, mais peu créatif. On ne peut pas se contenter de donner de l’espoir à Castro, Chàvez et Moubarak, précise-t-il. Il faut donner de l’espoir aux autres c’est-à-dire à ceux qui se battent pour une plus grande liberté dans ces pays. Le gouvernement répond qu’il sait comment mettre en avant les droits de l’homme sur la scène internationale, c’est-à-dire, entre autres, en abordant des questions difficiles, mais d’une manière plus respectueuse et moins théorique.

Lors d’un débat au cours de la campagne électorale, Obama avait souligné avec éloquence que la sécurité des Etats-Unis n’était pas plus importante « que les droits de l’homme » et que ces deux objectifs étaient "complémentaires". "Il faut comprendre que, si nous soutenons des pratiques antidémocratiques, nous entretenons l’impression que les Etats-Unis ne se soucient que d’eux-mêmes et que notre destin n’est pas lié à celui des autres peuples", avait-il déclaré. Les militants ont cependant du mal à percevoir l’équilibre revendiqué, du moins pour le moment. Nombre d’entre eux sont scandalisés que le gouvernement soit prêt à envisager un allégement des sanctions contre le Myanmar et le Soudan. L’envoyé spécial pour le Soudan nommé par Obama, Scott Gration, a inquiété les militants en leur déclarant en privé qu’il songeait à relâcher les sanctions imposées par Bush et se demandait s’il ne fallait pas retirer le Soudan de la liste des États qui soutiennent le terrorisme. ( Il pense que continuer à taper sur Khartoum n’est pas la bonne méthode), explique Omar Ismail, un réfugié du Darfour et militant politique qui a rencontré Scott Gration à trois reprises "lia dit qu’il.
voulait nouer des rapports avec le gouvernement soudanais. D’après Eric Reeves, un autre militant qui suit le Soudan de près, la situation empire sur le terrain. L’entourage d’Obama ne peut l’ignorer, ce qui rend sa démarche de conciliation encore plus surprenante.

Un bon petit soldat nommé Hillary

Hillary Clinton affirme que la transition entre son rôle de rivale de Barack Obama lors des primaires démocrates et celui de secrétaire d’état du nouveau gouvernement américain s’est faite sans heurts, rapporte The New York Times York Times. Sur cet aspect, au moins, on n’a aucun mal à la croire, souligne le quotidien, elle continue de se démener aujourd’hui comme si elle était toujours candidate à la présidence des Etats-Unis. Mais, à bien d’autres égards, Mme Clinton s’est débarrassée de sa peau de candidate malheureuse. Depuis sa prise de fonctions, elle a tout fait pour se présenter comme un bon soldat du gouvernement Obama. Elle a ainsi parcouru pas moins de 120 000 kilomètres et visité quelque 22 pays lors de ses cent premiers jours à la tête de la diplomatie américaine. Elle a également réussi à développer « un bon rapport avec le président, et fait autorité dans les débats au sein du gouvernement sur les grandes questions internationales du moment, notamment sur l’Afghanistan et le Pakistan ». Enfin, elle a su mettre à profit sa célébrité et son aura sur la scène internationale, en particulier lors de ses visites officielles en Corée en Sud et en Turquie.

Hillary Clinton a, en revanche, eu davantage de mal à mettre de l’ordre au sein du ministère des Affaires étrangères, tempère le quotidien. Celui-ci rappelle que la secrétaire d’état a eu, tout au long de sa carrière, des difficultés avec la gestion de ses équipes.

Néanmoins, elle a fait des progrès dans ce domaine au cours des dernières semaines. Elle affirme aujourd’hui apprécier ses fonctions, qu’elle compare à celles « d’un maire d’une petite ville de taille respectable ». Le seul risque qui la guette c’est, selon le New York Times, le fait que son influence ne soit ternie par son choix d’assigner, aux points les plus chauds du globe, des émissaires très expérimentés comme Richard Holbrooke, représentant spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan, et son homologue George Mitchell au Moyen-Orient. Pour marquer les esprits en tant que secrétaire d’état, il faut parfois ne pas hésiter à se jeter dans la mêlée, conclut le quotidien.

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