L’acharnement lsraélien contre la Palestine.

Un point de vue d’un chroniqueur israélien de gauche sur l’impasse de son pays.

Mercredi 5 octobre 2011, par Gideon Levy // Le Monde

Une maison vandalisée par les colons israéliens après embuscade palestinienne.

Un point de vue d’un chroniqueur israélien de gauche sur l’impasse de son pays.

Que dirons-nous aux Nations unies ? Que pourrions-nous dire ? Nous serons exposés dans toute notre nudité : Israël neveut pas d’un Etat palestinien, un point c’est tout. Et il n’a pas le moindre argument convaincant contre l’établissement et la reconnaissance internationale d’un tel Etat.

Quatre Premiers ministres, dont Benyamin Nétanyahou, ont déclaré qu’ils étaient pour et que cela devait se faire par la négociation, alors pourquoi ne l’avons-nous pas encore fait ? Sommes-nous contre parce que c’est une mesure unilatérale ? Mais qu’est-ce qui est plus unilatéral que les colonies [juives en Cisjordanie] que nous persistons à construire ? Avancerons-nous, comme la secrétaire d’Etat américaine, que la route vers un Etat palestinien passe par Ramallah et Jérusalem et non par New York ? Mais l’Etat d’Israël lui-même a été en partie créé par les Nations unies.

Cette semaine sera le moment de vérité pour Israël, ou plus exactement le moment où la tromperie sera révélée. Que ce soit le Premier ministre israélien ou l’ambassadeur aux Nations unies, même les plus grands intervenants seront incapables d’expliquer la logique israélienne aux représentants des pays du monde.

Il y a dix-huit ans, le Premier ministre israélien avait signé les accords d’Oslo [en 1993] par lesquels Israël entamait des pourparlers dans le but de parvenir à un accord final avec les Palestiniens dans les cinq ans, y compris sur les questions fondamentales. Cela n’a pas été le cas. La plupart des dispositions se sont effondrées - dans la plupart des cas à cause d’Israël. Israël a proclamé pendant des années que le seul obstacle à la paix avec les Palestiniens était Yasser Arafat. Arafat est mort [en 2004] -et il ne s’est rien passé. Israël a proclamé qu’une solution se dégagerait si le terrorisme cessait. Le terrorisme a cessé - et, une fois encore, rien. Les prétextes d’Israël sont devenus de plus en plus vides et la vérité brute est apparue de plus en plis clairement : Israël ne veut pas d’unaaccord de paix comprenant la création d’un Etat palestinien, Il ne pourra plus le dissimuler à l’ONU. Et qu’est-ce que l’Israël de Nétanyahou pense que les Palestiniens vont faire dans ce cas, une autre série de photos comme celles avec les différents dirigeants israéliens, qui n’avaient mené nulle part ?

La vérité, c’est que les Palestiniens n’ont que trois possibilités, pas quatre : capituler sans conditions et vivre sous occupation israélienne, lancer une troisième Intifada ou mobiliser le monde en leur faveur. Ils ont choisi la troisième option, qui est un moindre mal, même du point de vue israélien. Que peut dire Israël : que c’est une démarche unilatérale, comme il l’a déjà dit ? Mais il n’a pas accepté de mettre un terme à l’expansion des colonies, pourtant une démarche unilatérale s’il en est. Que reste-t-il aux Palestiniens ? L’arène internationale, et, si ça ne marche pas, un autre soulèvement populaire dans les Territoires.

Les Palestiniens de Cisjordanie, qui sont aujourd’hui 3,5 millions, ne vivront pas sans droits civils pendant encore des décennies. Le monde ne le tolérera pas. Shimon Pérès et Benyamin Nétanyahou peuvent-ils expliquer pourquoi les Palestiniens ne méritent pas d’avoir leur propre Etat ? Ont-ils le moindre argument ? Non. Et pourquoi ne le ferait-on pas maintenant ? Nous avons déjà vu, et encore récemment, que le nombre des solutions possibles dans la région s’épuise avec le temps, donc ce prétexte ne tient pas non plus.

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