L’Ossétie du Sud

Reconnaissance par la Russie de l’indépendance de l’Ossétie du Sud…

Dimanche 31 août 2008 // Le Monde

« Fin des vacances. »

Les députés russes ont reçu l’ordre d’être présents à la Douma le 26 août 2008 afin d’examiner la question de la reconnaissance par la Russie de l’indépendance de l’Ossétie du Sud…

Les armoiries d'Etat de la Fédération de Russie
Les armoiries d’Etat de la Fédération de Russie

Si une colonne de blindés russes a bien quitté la ville de Gori, les troupes prennent leur temps.Edouard Kokoity, président de l’Ossétie du Sud, a demandé à la Russie d’y installer une base militaire « permanente »…

Rappelons qu’en mars 2006, le président Kokoity souhaitait que la Cour constitutionnelle russe reconnaisse l’Ossétie du Sud comme partie intégrante de la Russie.

A Vladikavkaz, capitale de l’Ossétie du Nord il avait déclaré devant des journalistes :
« Prochainement, nous projetons de déposer une demande auprès de la Cour constitutionnelle russe. Il y a un document sur l’adhésion de l’Ossétie à l’Empire russe en 1774, mais il n’y a pas de document sur la sécession de l’Ossétie du Sud ni de l’Empire russe, ni de la Fédération de Russie. Pourquoi devrions-nous aujourd’hui soulever la question de notre adhésion à la Fédération de Russie si nous n’en sommes jamais sortis ? » .

Une issue se dessinerait-elle au cessez le feu de novembre 1992 ? Bon nombre de Français découvre l’existence de l’Ossétie…

Comprendre le Caucase.

Pour les deux peuples de Géorgie, l’indépendance ou la sécession est une question de survie. Dans le Caucase du Sud, la situation se dégrade. Les conflits sont loin d’être gelés. Ce qui est bloqué, ce sont les processus de règlement des conflits. On considère souvent ces affrontements comme faisant partie de combats géopolitiques plus vastes, et on laisse de côté leur logique interne. Le problème crucial, en Abkhazie comme en Ossétie du Sud, est d’ordre démographique. C’est le sentiment que la population est ethniquement menacée qui sous-tend les poussées séparatistes de ces entités. Lors du dernier recensement soviétique, celui de 1989, l’Abkhazie comptait environ 500 000 habitants. Ils ne seraient aujourd’hui qu’un peu plus de 200 000 : un tiers d’Abkhazes, un tiers d’Arméniens et un petit tiers de Géorgiens (surtout concentrés dans le secteur de Gali.)

En Ossétie, la situation démographique est encore plus complexe. Avant la guerre, l’Ossétie abritait environ 100 000 personnes. On n’y trouverait plus désormais que 35 000 à 40 000 Ossètes et 20 000 à 22 000 Géorgiens. En fait, personne ne connaît les chiffres réels. En outre, l’exode se poursuit. Selon Vakhtang Djikaev, conseiller du président d’Ossétie du Sud, “en sortant du lycée, un jeune a deux solutions : soit il entre dans l’administration, soit il part pour l’Ossétie du Nord [république de la Fédération de Russie]. Ceux qui veulent travailler doivent émigrer.”

Pareille chute de la population limite les possibilités de développement des républiques non reconnues. Pour que l’Abkhazie redevienne un jour un grand centre touristique ou un point de passage par lequel la Russie pourrait commercer avec le sud du Caucase, l’Iran et la Turquie, il faudra du monde. Or, les Abkhazes sont déjà une minorité et, si quelque chose est entrepris pour accroître la population, ils verront forcément diminuer leur part dans le total. A terme, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud seront contraintes de choisir entre l’assimilation à d’autres peuples de la Fédération de Russie et la création d’un Etat décentralisé avec la Géorgie.

Il est impossible, dans une telle région, que de si petites entités conservent une totale indépendance.

Jusqu’à présent, l’”exception ethnique” était à la base de la volonté séparatiste de celles-ci. Elles avaient défini leur démarche comme étant avant tout une lutte contre les Géorgiens. L’Abkhazie ne s’est prise en charge qu’après le départ de plus de 200 000 Géorgiens craignant pour leur sécurité. La volonté séparatiste de l’Ossétie du Sud signifiait elle aussi une exclusion de la population géorgienne. Finalement, deux régimes ethnocratiques se sont mis en place : ils représentent un peuple, mais pas l’ensemble de la population de ces territoires.

C’est surtout en Abkhazie que l’on ressent la domination d’un groupe unique, car même les Arméniens et les Russes qui vivent sur place et soutiennent l’indépendance sont presque totalement absents de l’administration. Ainsi, les Abkhazes sont devenus la “minorité dominante”. Malgré un certain pluralisme politique et de vrais éléments de démocratie, ce caractère ethnocratique gâche les arguments de la république d’Abkhazie en faveur de son autodétermination.

La volonté des Abkhazes d’obtenir leur indépendance les dresse certes contre les Géorgiens, mais rend ambiguës leurs relations avec la Russie. D’ailleurs, les objectifs de l’Abkhazie et de la Russie sont très différents. Pour l’Abkhazie, c’est l’indépendance ; la Russie, elle, désire renforcer son influence dans le Caucase du Sud. En Abkhazie comme en Ossétie du Sud, on a des doutes quant aux motivations géopolitiques réelles de la Russie, qui pourrait bien, si cela est nécessaire pour accroître son influence, s’entendre avec la Géorgie aux dépens des républiques autoproclamées.

La tentation de s’intégrer dans la Fédération de Russie

La méfiance abkhaze est encore renforcée par la crainte de l’avenir démographique. Il est facile de voir qu’au sein de la Fédération de Russie [à peu près 140 millions d’habitants] les quelques dizaines de milliers d’Abkhazes ne pourraient que se dissoudre rapidement. Le problème des cousins d’Adyguée, territoire autonome enclavé que l’on veut unir à la région de Krasnodar, a marqué les esprits. En Abkhazie, on estime que, pour préserver les Abkhazes en tant que groupe ethnique, la république « a besoin de son indépendance, mais sans intégration à la Fédération de Russie ». On aime aussi à souligner qu’il ne s’agit pas de devenir un morceau de Russie, que le but est d’établir des « relations d’association » sans être « membre associé. ».

A l’inverse, le souci de faire perdurer leur nation pousse les Ossètes du Sud à une plus grande fusion avec la Russie. Pour eux, l’union avec la Fédération signifierait une union avec l’Ossétie du Nord, démarche considérée comme seule à même d’assurer la préservation des Ossètes.

Ce que veulent surtout l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, c’est une reconnaissance internationale de leur indépendance. Elles disposent de deux arguments de poids. Le premier est qu’elles sont déjà des Etats de facto, c’est-à-dire qu’elles correspondent totalement aux critères fondamentaux définissant un Etat tels qu’énumérés dans la convention de Montevideo (1933). Il ne leur manque qu’une reconnaissance internationale. Toutefois, la création d’administrations pro-géorgiennes dans les gorges de Kodori (en Abkhazie, à la frontière avec la Géorgie) et en Ossétie du Sud ainsi que le “référendum alternatif” en Ossétie du Sud viennent mettre à mal ces assertions. On se retrouve ainsi avec deux gouvernements non reconnus dans chaque entité, mais aussi avec des frontières indéterminées et une population divisée. Le second argument en faveur d’une reconnaissance est le précédent du Kosovo. Cependant, le désir de l’Ossétie du Sud d’adhérer à la Fédération de Russie fausse le parallèle : il n’a jamais été question que le Kosovo rejoigne l’Albanie. Le séparatisme est une chose, l’irrédentisme en est une autre. De plus, la Russie n’est sans doute pas favorable à l’idée que la voie vers une éventuelle indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud passe par l’instauration de protectorats de l’ONU et l’envoi de forces internationales de maintien de la paix, comme au Kosovo. En conclusion, l’avenir de la région est tout aussi incertain que durant toute la dernière décennie. La glace se fissure, mais le printemps caucasien est encore loin.

Membre du Centre d’études politiques européennes, à Bruxelles.

Tatiana Guéorguiéva pour RIA Novosti

Une brève histoire de l’Ossétie.

 

Les Ossètes : trente siècles d’indépendance dimanche 12 novembre 2006, par RIA Novosti.

L’histoire du peuple ossète s’étale sur au moins 30 siècles. Les études réalisées par les chercheurs sur les origines ethniques révèlent la filiation Scythes-Alans-Ossètes. Les Scythes sont entrés dans l’histoire au VIIe siècle avant notre ère, à cette époque leur cavalerie avait chassé les Cimmériens, un peuple qui vivait dans le Pritchernomorié (région de la mer Noire) septentrional. Le siècle suivant des peuplades scythes nombreuses accomplirent une croisade victorieuse en Asie mineure, mais ensuite elles regagnèrent les steppes natales, s’étendant désormais aux steppes de la Crimée, au Pritchernomorié septentrional, entre les cours inférieurs du Danube et du Don.

Les voyageurs arrivés au Caucase dans la seconde moitié du XVIIIe siècle s’étaient perdus en conjecture après avoir rencontré les Ossètes : qui sont-ils, ces gens ? Plusieurs hypothèses ont été avancées au sujet de l’origine des Ossètes. La plus répandue est la théorie de l’ethnologue Pfaff, qui estimait que les Ossètes étaient un mélange de Sémites et d’Aryens. Par la suite le chercheur russe Andreï Chegren devait démontrer, moyennant un matériel linguistique très étoffé, la justesse de ce point de vue.

Pour les Ossètes le mot "London" (Londres en français) appartient à leur lexique puisque pour eux il signifie "havre", "quai". Pour eux "Douvres", Bonn et Lisbonne veulent dire respectivement "porte", "jour" et "aurore". De ces ethno-toponymies singulières, on en dénombre un demi-millier dans les langues européennes. En Russie aussi ils y en a pas mal : "Don" en ossète veut dire "eau". C’est à partir de cette racine qu’ont été formés les noms des cours d’eau Dniepr, Dniestr, Donets, Danube. Autant de "cartes de visite" des Scythes et des Alans (ou Alains), les ancêtres des Ossètes contemporains.

L’histoire du peuple ossète s’étale sur au moins 30 siècles. Les études réalisées par les chercheurs sur les origines ethniques révèlent la filiation Scythes-Alans-Ossètes. Les Scythes sont entrés dans l’histoire au VIIe siècle avant notre ère, à cette époque leur cavalerie avait chassé les Cimmériens, un peuple qui vivait dans le Pritchernomorié (région de la mer Noire) septentrional. Le siècle suivant des peuplades scythes nombreuses accomplirent une croisade victorieuse en Asie mineure, mais ensuite elles regagnèrent les steppes natales, s’étendant désormais aux steppes de la Crimée, au Pritchernomorié septentrional, entre les cours inférieurs du Danube et du Don.

Dans les années 40 du IVe siècle avant notre ère, le roi scythe Atéas acheva la réunification de la Scythie, de la mer d’Azov jusqu’au Danube, et elle connut alors son "âge d’or". Les Scythes créèrent un art originel, qui a laissé les kourganes, sépultures dans lesquelles on a retrouvé de riches ustensiles, harnais de chevaux, armures, ornements en or et en argent les plus divers. Sur des pierres et des dalles ils avaient gravé des dessins représentant des gens et des animaux ainsi que des ornements géométriques que les chercheurs cherchent toujours à déchiffrer.

Le prospère royaume des Scythes fut dévasté par les Goths qui entraînèrent les asservis dans la Grande migration. Cependant, les Scythes ne disparurent pas de la surface de la Terre. Les communautés scytho-sarmates semi-nomades affaiblies donnèrent naissance aux énergiques Alans qui sur leurs montures se dirigèrent vers le sud et l’ouest. Au Ier siècle de notre ère une partie des Alans et les Huns rejoignirent une nouvelle Grande migration et, via la Gaule et l’Espagne, gagnèrent l’Afrique du Nord. L’autre partie arriva jusqu’aux contreforts du Caucase où elle s’installa, s’unissant aux ethnies autochtones. C’est alors que l’Etat féodal primitif d’Alanie commença à se former.

Les Romains reconnurent la force er les réalisations de l’Alanie et ils la considérèrent comme une alliée. En 407, les Alans montés sur leurs chevaux de race apparurent aux frontières de l’Empire romain où ils furent accueillis comme des guerriers ayant droit de recevoir des terres. Un détail intéressant : sur la fameuse statue équestre qui le représente sur une place de Rome, l’empereur Marc Aurèle est en selle sur un coursier alan, en tout cas c’est que prétend l’hippologue russe V.Vitta.

Au IXe siècle le christianisme avait été introduit dans l’espace Alan en provenance de Byzance. Aujourd’hui encore il est pratiqué par la plupart des Ossètes de l’Ossétie aussi bien du Nord que du Sud. L’autre partie est composée de musulmans. Cependant, les rites des uns et des autres ne sont pas orthodoxes, ils s’entrelacent avec le paganisme et les anciennes traditions scytho-alanes. Dans les familles ossètes on vénère toujours la chaîne qui au-dessus de l’âtre servait à accrocher le chaudron dans lequel on y préparait jadis les repas. C’est sur cette chaîne que les hommes prêtent serment, que les jeunes filles s’inclinent quand elles quittent le foyer parental pour se marie.

C’est à l’époque de l’adoption du christianisme qu’est née une tradition que les Ossètes continuent de respecter aujourd’hui, à savoir le Jour de Khatag. Selon la légende, le courageux guerrier Khatag s’était converti au christianisme et les païens ne lui avaient pas pardonné. Pour échapper à ses poursuivants, il avait lancé son cheval au galop, mais celui-ci avait fini par s’écrouler, à bout de force. Khatag avait alors imploré Dieu de l’aider. La légende veut "qu’une immense ombre portée par des arbres s’était alors détachée d’une forêt et avait fait disparaître Khatag".

L’existence du puissant Etat d’Alan fut interrompue au moment de son épanouissement par l’invasion des hordes mongolo-tatares dans la plaine de Précaucasie. En 1238-1239, les Alans rescapés gagnèrent la montagne et se dispersèrent dans les gorges. Certains s’installèrent sur le versant méridional de la chaîne, en Transcaucasie. Ces gens aujourd’hui sont les Nord- et les Sud-Ossètes.

Tout en conservant leur filiation avec les Alans, les colons caucasiens se développèrent sous le nom d’Os, d’Ossètes. Privés de la puissance de ses ancêtres, durant cinq siècles ce peuple vécut pratiquement hors de l’arène de l’histoire. Mais il a refait parler de lui.

L’histoire de quinze siècles des Russes slaves est étroitement liée à l’histoire des Alans-Ossètes. Les deux peuples s’étaient trouvés sur le chemin des hordes dévastatrices de Gengis Khan. La défaite du royaume médiéval Alan fut totale, de nombreuses valeurs culturelles furent perdues, notamment l’écriture originelle. Elle fut restaurée par la suite, mais à partir de l’alphabet cyrillique russe.

Le 25 septembre 1750, cinq ambassadeurs ossètes et l’archimandrite Pakhomi arrivèrent à Saint-Pétersbourg et déclarèrent à l’impératrice Elisabeth Pétrovna que "le peuple ossète tout entier souhaite devenir sujet de la couronne russe". Ils prièrent l’impératrice d’autoriser les Ossètes à descendre de la montagne et à s’établir dans les plaines du Caucase du Nord. Peu après la forteresse de Vladikavkaz fut implantée sur les rives du Terek. A la fin du XVIIIe siècle, c’est de ses murailles que partit la Route militaire de Géorgie qui devait franchir la Grande chaîne du Caucase. Guerriers intrépides, les Ossètes furent chargés de protéger cette route stratégique.

Séparés par les montagnes, les Nord- et les Sud-Ossètes (les premiers se trouvent à l’intérieur des frontières russes et les seconds en territoire géorgien) n’ont jamais oublié leur parenté, ils ont toujours étroitement communiqué, se rendant visite, célébrant de nombreux mariages. A l’époque de l’Etat fédéral soviétique ils n’étaient séparés que par la route traversant les cols, une distance rapidement franchie en voiture. Seulement des temps plus difficiles sont arrivés, la politique nationaliste extrémiste de Tbilissi remet en question l’autonomie de l’Ossétie du Sud. Au fond, celle-ci doit donner une réponse à la question : "être ou ne pas être", conserver son identité ou s’assimiler à l’ethnie géorgienne. Finalement la confrontation osséto-géorgienne a conduit à une escalade du conflit déclenché en 1989 et qui aujourd’hui se retrouve dans une impasse.

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