L’Ignominie de l’Inquisition.

Samedi 20 août 2011 // L’Histoire

Notre Seigneur Jésus Christ a toujours défendu ceux qui sont dans la douleur, la peine, le chagrin, ou victimes de tyrans. Jésus a pendant son court séjour sur terre, défendu les injustices d’où quelles viennent.

Le Christ a manifesté sa colère contre l’ignominie des riches faces aux pauvres, face à la pauvreté qui prédomine sur nos cinq continents. L’Europe dans son ensemble est pourvu de richesss, tout comme les Nations d’Amérique du Nord, où d’autres continents comme l’Océanie.

L’Australie est riche, mais combien d’Autochtones ont été massacrés par les blancs venues d’Europe, notamment du Royaume Unie. Le continent Sud et Nord Américain a subit des massacres immondes ; La Religion a été en partie, responsables de ces crimes, surtout en Amérique Latine. Aujourd’hui le monde musulman est en fète, MAIS combien de crimes sont commis au NOM de MAHOMET...

Alors, je vous le dis à vous mes frères ; Appliquer les préceptes de Jésus-Christ, et ignorer les paroles de ceux qui sont les fils de toutes ces monstruosités ; L’inquisition en est une.

On n’a pas toujours précisé le caractère original de l’Inquisition, forme de répression de l’hérésie établie par le pape Grégoire IX à partir de 1231. À cette date, la punition des hérétiques et l’anathème contre les ennemis de la foi étaient des faits déjà anciens, selon ce qui avait été en particulier prescrit par le deuxième concile du Latran (1139). Il appartenait aux évêques de rechercher les hérétiques, aux juges séculiers de les punir, aux rois et aux princes de prêter, sous peine de déchéance, leur concours à cette répression.

Très différente est l’Inquisition ; elle se présente comme un tribunal d’exception, permanent, qui intervient dans toutes les affaires intéressant la défense de la foi. Elle doit son nom à la procédure inquisitoire qui permet la recherche d’office des suspects par le juge. Créée pour lutter contre les cathares et les vaudois, l’Inquisition a ensuite étendu son activité aux béguins, aux fraticelles, aux spirituels, ainsi qu’aux devins, sorciers et blasphémateurs. Dans ce vaste domaine, elle dessaisit, en fait sinon en droit, la juridiction ordinaire, celle de l’évêque. L’Inquisition n’aurait pu remplir son rôle sans le concours du pouvoir civil qui lui fournissait ses moyens d’existence et assurait l’exécution de ses sentences. D’ailleurs, à une époque où la vie de toute principauté reposait sur l’unité de religion, les intérêts de l’État et de l’Église se trouvaient, sauf exception, confondus au sein de cette juridiction.

Apparue au moment où l’Espagne réalisait son unité politique, l’Inquisition espagnole a constitué une institution originale, sans rapport avec l’Inquisition pontificale créée au XIIIe siècle pour lutter contre l’hérésie. Par ses origines, comme par l’action considérable qu’elle exerça dans les domaines religieux et intellectuel, elle constitua un élément caractéristique de la personnalité historique de l’Espagne.

Yves DOSSAT
Marcelin DEFOURNEAUX

De nouveaux moyens de répression

Les moyens traditionnels de répression, la procédure par accusation ou par dénonciation convenaient peu à la lutte contre l’hérésie. Ignorée du droit romain, la procédure inquisitoire permit de poursuivre d’office toute personne vaguement soupçonnée, ce qui rendait possible une répression rapide et efficace. Celui qui était interrogé devait jurer de dire la vérité sur son propre compte et sur celui des autres. Innocent III définit la nouvelle procédure dans la décrétale Licet Heli de 1213, complétée par la décrétale Per tuas litteras.

Les nombreuses mesures qui frappaient les hérétiques avaient trouvé leur couronnement dans la décrétale Vergentes in senium publiée par Innocent III en 1199. En 1215, le Concile du Latran reprit toutes les dispositions antérieures. Les autorités civiles ne restèrent pas inactives : l’empereur Frédéric II en 1220 et 1224, le roi de France Louis VIII en 1226, la régente Blanche de Castille en 1229, le comte de Toulouse lui-même (1229) publièrent des ordonnances contre les hérétiques. Il restait à régulariser la répression. Grégoire IX lui donna une forme précise par la constitution Excommunicamus (févr. 1231). La prison perpétuelle devenait la pénitence salutaire infligée à l’hérétique repentant ; l’hérétique obstiné devait recevoir le châtiment qu’il méritait (animadversio debita) avec l’abandon au juge séculier et la peine de mort par le feu. Ceux qui étaient en rapport avec les différentes sectes étaient frappés d’excommunication.

Pour appliquer sa constitution dans l’Empire, Grégoire IX, dès le 11 octobre 1231, désigna Conrad de Marbourg, prêtre séculier, qui, choisissant librement ses collaborateurs, pouvait user de l’excommunication et de l’interdit, faire appel au bras séculier ; il jouissait de pouvoirs à peu près illimités. Mais le pape eut aussi recours aux dominicains. Par ses bulles Ille humani generis, il confia (nov.-déc-1231) aux prieurs de Ratisbonne, de Friesach (près de Klagenfurth), de Strasbourg, la mission de poursuivre, suivant les statuts qu’il avait promulgués, les coupables et leurs aides. Semblable mission fut confiée au prieur de Besançon et à Robert le Petit, plus connu sous le surnom de Bougre. Pour la première fois, on se trouve en présence d’un ensemble de mesures qui attribuent à un tribunal d’exception le châtiment des ennemis de la foi, par application d’une législation précise : c’est la naissance de l’Inquisition. Mais le choix de Conrad de Marbourg fut très malencontreux. Fanatique, agissant sans discernement, il érigea çà et là de nombreux bûchers, et ses violences soulevèrent une inquiétude générale. Il se heurta aux prélats et tint tête au Concile de Mayence (juill. 1233). Ses ennemis se débarrassèrent de lui par l’assassinat (30 juill.). L’Office ne se releva jamais de cet échec à l’intérieur de l’Empire. Mais l’Inquisition se développa néanmoins très rapidement.

Inquisition

L’ordre des Dominicains prit une part active au tribunal de l’Inquisition créé par la papauté au début du XIIIe siècle. Pedro Berruguete, Autodafé présidé par Domingo de Guzmán (saint Dominique), huile sur bois, vers 1495. Musée du Prado, Madrid.

Les tribunaux et les juges

En avril 1233, la juridiction nouvelle, bientôt connue sous le nom d’Inquisitio hereticae pravitatis, fut étendue au royaume de France et aux régions voisines. Le 20 avril 1233, le pape informa les archevêques et les autres prélats qu’il les soulageait d’une partie de leur fardeau en choisissant, pour combattre l’hérésie, les Frères prêcheurs. Le 22, il confia au provincial de Provence le soin de désigner plusieurs de ses religieux pour remplir cette mission dans les conditions prévues. Cette mesure s’appliquait aussi aux provinces de Vienne, Arles, Aix et Embrun. Avec l’aide d’un légat, Jean de Bernin, archevêque de Vienne, le provincial mit en place, à la fin de 1233 ou au début de 1234, des tribunaux à Avignon, Montpellier, Toulouse. En 1237, des juges furent installés à Carcassonne. Pour le nord de la France, le pape disposait déjà de juges. Il lui suffit de donner mandat (19 avr. 1233) à Robert le Bougre et aux inquisiteurs de Besançon pour extirper l’hérésie de La Charité-sur-Loire et des régions voisines ; ces pouvoirs furent en fait étendus aux provinces de Sens, Reims et Bourges. Des difficultés retardèrent l’établissement de l’Inquisition en Italie, jusqu’en 1235 en Italie centrale, jusqu’en 1237 en Lombardie ; elle fut confiée, dans le premier cas, au prieur du couvent des prêcheurs de Sainte-Marie de Viterbe, dans le second, au provincial de Lombardie.

L’Inquisition a été parfois itinérante, mais en général le tribunal possédait un siège fixe, la maison de l’Inquisition, ou vivaient les inquisiteurs, leurs notaires et leurs familiers. Les archives s’y trouvaient en lieu sûr. Les inquisiteurs touchaient une pension annuelle, ou, selon un système plus aléatoire, une partie du produit des confiscations, en Italie le tiers. Chaque tribunal était présidé par deux juges, avec des pouvoir égaux, qui étaient presque toujours, mais non obligatoirement, des Prêcheurs ou des Mineurs. Ils étaient désignés par les supérieurs de leur ordre, en général les provinciaux, qui recevaient une délégation du pape. Après le début du XIVe siècle, il n’y eut plus qu’un inquisiteur, qui se faisait assister par des lieutenants ou des commissaires. Dans l’exercice de leurs fonctions, les inquisiteurs n’étaient pas tenus d’obéir à leurs supérieurs, ils vivaient en marge de la vie conventuelle et échappaient à l’emprise de la règle. On s’efforça de faire coïncider les circonscriptions inquisitoriales et les limites politiques. Ainsi, en 1248, le diocèse d’Elne (province de Narbonne) cessa de dépendre de Carcassonne et fut rattaché à l’Inquisition aragonaise.

Pour bien s’acquitter de leur charge, les inquisiteurs disposaient de nombreux textes pontificaux ; ils pouvaient consulter des juristes (par exemple, à Avignon, le 21 juin 1235, sur les vaudois) ou une personnalité particulièrement compétente, tel, vers 1256, puis vers 1260, Gui Foucois, le futur pape Clément IV. Très vite, ils eurent à leur disposition des manuels, d’abord simples recueils de formules (le plus ancien, en 1242, est dû au dominicain Raimond de Pennafort, pour l’Aragon), puis de véritables traités raisonnés, comme la célèbre Pratica Inquisitionis de l’inquisiteur toulousain Bernard Gui (1324).

Procédure et pénalités

Pour rechercher les suspects, les inquisiteurs pouvaient recourir à l’enquête générale ou à la citation individuelle. Dans le premier cas, ils partaient en tournée ou, le plus souvent, convoquaient au siège de leur tribunal la population entière d’une région, hommes et femmes. Tous étaient tenus de comparaître. Ceux qui faisaient des dépositions sincères dans les délais accordés étaient sûrs d’échapper aux peines les plus graves. Ils bénéficiaient du temps de grâce, usage remontant aux origines de l’Inquisition. Pour une comparution individuelle, la citation se faisait par l’intermédiaire du curé. Le refus de comparaître entraînait l’excommunication qui devenait définitive au bout d’un an. L’arrestation de certains suspects pouvait être jugée nécessaire. Pour toutes ces poursuites, le sergent de l’Inquisition demandait l’aide des autorités civiles.

Le suspect, interrogé par l’inquisiteur ou un de ses collaborateurs, devait s’engager par serment à révéler tout ce qu’il savait sur l’hérésie. Un notaire, en présence de témoins, recueillait les éléments de l’interrogatoire, mais en retenant seulement la substance des réponses, ce qui paraissait exprimer le mieux la vérité. Toujours rédigé en latin, le texte, traduit en langue vulgaire, était ensuite lu à l’accusé qui devait s’en remettre à la volonté des inquisiteurs. Pour faire avouer les récalcitrants, de nombreux moyens de contrainte pouvaient être employés, en dehors même de la torture, considérée comme licite après le milieu du XIIIe siècle : convocations nombreuses, incarcération plus ou moins confortable, recours à des délateurs. À défaut d’aveux, la preuve de l’hérésie était administrée par des témoins.

L’Inquisition n’infligeait pas de vraies peines, mais des pénitences salutaires pour le bien des adeptes de l’hérésie revenus à la foi. Les moins graves, qui étaient qualifiées de pénitences arbitraires, pouvaient être imposées ou commuées par les inquisiteurs eux-mêmes : elles étaient les seules infligées à ceux qui avaient comparu pendant le temps de grâce. On comptait parmi elles la fustigation au cours de la messe, les visites aux églises, les pèlerinages, l’entretien d’un pauvre, le port de croix d’infamie sur les vêtements, ces pénitences pouvant être combinées. La peine normale de l’hérétique converti lorsque son cas n’appelait pas une indulgence particulière, était la peine de la prison, en principe perpétuelle. Mais les réductions n’étaient pas rares : l’inquisiteur Bernard Gui commua environ deux peines sur cinq. Le régime du « mur large » laissait aux incarcérés une vie tolérable, surtout du fait de l’incurie des geôliers. Le « mur étroit » était beaucoup plus rigoureux. Avant de prononcer la sentence, les inquisiteurs consultaient des assesseurs ou boni viri, dont le rôle, peu important au début, n’a cessé de croître par la suite.

Devant l’hérétique opiniâtre ou le relaps, l’Inquisition, se trouvant désarmée, n’avait d’autre ressource que de les abandonner à l’autorité séculière, à laquelle il appartenait de les conduire au bûcher. Cette mesure gardait quelque chose d’exceptionnel : au cours de sa longue carrière, Bernard Gui abandonna quarante hérétiques au bras séculier. Les sentences étaient prononcées au cours d’une cérémonie officielle qui se déroulait en présence des autorités religieuses et civiles, et qu’on appelait le sermon général parce qu’elle débutait par une allocution de l’inquisiteur.

Les peines les plus graves entraînaient obligatoirement la confiscation des biens du coupable au profit de l’autorité qui avait la charge des dépenses de l’Inquisition. Il en était de même dans le cas de condamnations posthumes, car la mort ne mettait pas un terme à l’action de la justice.

Le XIIIe siècle et l’apogée de l’institution

Des tribunaux ont fonctionné régulièrement dans le midi de la France. À Avignon et à l’est du Rhône où il avait à faire surtout à des vaudois, l’inquisiteur Guillaume de Valence eut, en 1246, des difficultés avec les Avignonnais qui en vinrent même à libérer des prisonniers. À Montpellier, le dominicain Pierre de Marseillan poursuivit les cathares et les vaudois jusqu’à la suppression du tribunal, vers 1244. À Carcassonne, où la tâche des inquisiteurs fut dure, le Catalan Ferrier a laissé une réputation particulière d’énergie (1237-1244) : il y gagna le surnom de « Marteau des hérétiques ». Les juges de Toulouse eurent le sort le plus difficile ; en 1235, ils furent expulsés de la ville. Pour tenter d’améliorer la situation, le légat associa au dominicain Guillaume Arnaud le franciscain Étienne de Saint-Thibéry et un séculier Raimond Escriban, archidiacre de Villelongue. Mais ceux-ci furent massacrés, la veille de l’Ascension 1242 (28 mai), à Avignonet, victimes d’un guet-apens tendu par les hérétiques réfugiés à Montségur. La conjoncture ne redevint favorable à l’Inquisition qu’avec la nomination de Bernard de Caux et Jean de Saint-Pierre qui s’établirent à Toulouse en 1245.

Dans le reste du royaume, l’Inquisition prit un caractère désordonné, en raison de la personnalité de Robert le Bougre, ancien hérétique, considéré par ses contemporains comme faux et hypocrite. Après avoir vécu pendant de longues années dans la « loi de mescréandise » à Milan, il avait pris l’habit de frère prêcheur. L’action de Robert à La Charité-sur-Loire fut si brutale, en 1233, que Grégroire IX suspendit les pouvoirs de l’inquisiteur dès février 1234. Rentré en grâce en août 1235, celui-ci reprit son activité frénétique et, au cours d’une brève tournée (1236) par Châlons-sur-Marne, Péronne, Cambrai, Douai, Lille et sa région, il fit au moins une cinquantaine de victimes. Puis il sévit en Champagne. Des accusés, amenés de toutes parts dans la forteresse comtale du Mont-Aimé, furent brûlés, au nombre de cent quatre-vingt-trois, le 13 mai 1239, en présence de Thibaut IV, au milieu d’une affluence imposante. De tels excès entraînèrent la disgrâce de Robert, mais on ignore la date exacte et la nature de celle-ci.

En Italie, les inquisiteurs dominicains firent preuve d’une grande activité, de Rome à la Lombardie et jusqu’aux bords de l’Adriatique. Mais leur tâche fut rendue malaisée par la guerre entre les factions et par l’hostilité des gibelins. La mort de Frédéric II n’arrangea rien. Le 9 avril 1252, sur la route de Côme à Milan, Pierre de Vérone fut assassiné. Bien qu’il n’eût exercé sa charge que pendant quelques mois, ce prédicateur réputé, honoré ensuite sous le nom de saint Pierre Martyr, fut considéré comme le modèle de l’inquisiteur. Rainier Sacconi, ancien hérétique lui-même, et auteur d’un traité très documenté sur le catharisme, continua la lutte. En 1254, le prieur et un moine du couvent de Ferrare besognaient encore comme inquisiteurs dans la Marche d’Ancône et en Lombardie. Il est à croire que la tâche était trop lourde, car, le 30 mai 1254, Innocent IV confia aux Frères mineurs la répression de l’hérésie dans toute l’Italie centrale et dans la partie orientale de la plaine du Pô. Les dominicains gardaient juridiction sur la Lombardie et la Marche de Gênes. L’Inquisition fut même étendue par Grégoire IX à la Dalmatie. D’abord confiée aux dominicains, elle fut attribuée à partir de la fin du XIIIe siècle aux franciscains.

En France, l’Inquisition connut une crise longue et beaucoup plus grave. Innocent IV entendit suivre de près le fonctionnement des tribunaux, contrôle que les juges apprécièrent peu. Les inquisiteurs réussirent à lui tenir tête dans une affaire de commutation de peines au profit d’habitants de Limoux (1246) et la mesure fut annulée. Le pape mit alors l’Inquisition sous la tutelle de l’évêque d’Agen (1248) qui se révéla effective : l’évêque, le 14 février 1250, céda à l’abbé de Saint-Sernin de Toulouse une maison qui appartenait à l’Inquisition, afin d’assurer un meilleur logement des étudiants pauvres (collège Saint-Raimond). L’inquisiteur Bernard de Caux fut simplement informé de la décision. Peu après, les dominicains renoncèrent à leur charge. Le tribunal continua cependant à fonctionner sous la direction des évêques, avec des juges séculiers, en gardant tous ses caractères de juridiction d’exception. Mais Innocent IV s’efforça d’obtenir le retour des religieux ; les négociations aboutirent seulement après l’avènement d’Alexandre IV. C’est en mars 1255, sous la direction du prieur conventuel de Paris, que les prêcheurs Renaud de Chartres et Jean de Saint-Pierre s’établirent à Toulouse. À la fin de 1258 ou au début de 1259, Guillaume-Raimond de Bordeaux et Baudouin de Montfort vinrent siéger à Carcassonne. Mais, en Provence, sur les terres de Charles d’Anjou, les franciscains succédèrent aux dominicains. Il en résulta une rivalité violente entre les deux ordres mendiants. Les dominicains accusèrent frère Maurin d’avoir pris parti, à Marseille, contre Charles d’Anjou (1264), et n’hésitèrent pas à produire de faux témoins.

Dans l’ensemble, l’Inquisition sortit renforcée de la crise. La papauté abdiqua presque tous ses droits, et les inquisiteurs échappèrent à l’autorité des légats pontificaux eux-mêmes. Dès 1256, Alexandre IV accorda aux inquisiteurs le droit de se relever mutuellement de l’excommunication encourue ou de l’irrégularité commise. Le recours à la torture se trouvait légalisé. L’Inquisition est à son apogée. En Vénétie, Philippe de Mantoue traque les hérétiques de 1276 à 1289. Environ deux cents cathares sont arrêtés à Sirmione et terminent leurs jours sur le bûcher à Vérone, le 13 février 1278. Pour Toulouse, le texte d’une partie des dépositions reçues par Renous de Plessac et Ponce de Parnac (1273-1279) a été conservé. À Carcassonne, Étienne de Gâtine et Hugues de Bouniols prononcèrent des condamnations en 1276. L’inquisiteur de France, Simon Duval, cita par-devant lui, à Saint-Quentin, pour le 18 janvier 1277, Siger de Brabant et ses adeptes qui se gardèrent de comparaître. Mais il était impossible de surveiller la marche de l’Office qui connut des abus. Après 1290, les franciscains se déconsidérèrent en Vénétie par leurs exactions et leurs malversations ; on incrimina particulièrement Boninsegna de Trente et Antoine de Padoue (qui n’a qu’un simple rapport d’homonymie avec l’autre disciple de saint François). À Carcassonne, l’action brutale des inquisiteurs et l’usage abusif de la torture entraînèrent une irritation générale. Des protestations s’élevèrent contre Jean Galand (1278-1293) et Nicolas d’Abbeville (1293-1302), attisées par le franciscain Bernard Délicieux. Des désordres éclatèrent. Les plaintes arrivèrent jusqu’au pape Clément V qui décida d’intervenir.

Celui-ci confia une enquête aux cardinaux Taillefer de La Chapelle et Bérenger Frézouls (mars 1306) qui visitèrent les prisons de Carcassonne et d’Albi et prirent des mesures pour améliorer les conditions de détention. Après avoir mis un terme à cette mission (1308), Clément V promulgua toutefois, au cours du Concile de Vienne (1312), les constitutions Multorum querela et Nolentes qui exigeaient la collaboration des inquisiteurs et des évêques pour tous les actes importants de la procédure ainsi que pour la mise à la torture, la promulgation des sentences et la gestion des prisons. La puissance de l’Inquisition en fut irrémédiablement atteinte. Passant outre aux oppositions, Jean XXII, par la décrétale Cum Matthaeus (1321), restreignit un peu plus les pouvoirs des inquisiteurs.

Le déclin

Le tribunal de Toulouse conserva encore toute son activité avec Bernard Gui (1306-1323) ; il combattit les cathares et les vaudois, lutta contre les fraticelles, bizoches, béguins. Mais cela ne dura pas. À Carcassonne, en 1330, Henri de Chamay fut obligé de renoncer à des procès posthumes. Accusé de corruption et d’abus de pouvoir, un commissaire de l’Inquisition fut, en 1340, révoqué de sa charge. L’inquisiteur de France réprima la magie dans l’affaire de Jean l’Archevêque, sire de Parthenay, évoquée par Jean XXII. Contre les vaudois du Dauphiné, des poursuites, parfois entravées par le manque d’argent, furent engagées par le mineur François Borrel, à partir de 1375. Dans l’Empire, la nomination de Jean Scadelent resta sans effet (1349-1357). Au XVe siècle, le déclin s’accentue. À Carcassonne, les décisions prises par l’inquisiteur Pierre de Marvejols furent remises en cause par la papauté (1411). À Lyon, des habitants mécontents firent arrêter le franciscain Bernard Tremosii en 1458. On continua à nommer régulièrement des inquisiteurs, mais ce ne fut plus qu’une fonction accessoire ; tel fut le cas de Thomas de Ferrare en Lombardie de 1462 à 1474.

L’Inquisition a assuré, avec des fortunes variables, pendant les derniers siècles du Moyen Âge, la police de la foi, au profit de l’Église aussi bien que de l’État. Mais les progrès de la centralisation et le développement des institutions administratives et judiciaires mirent en cause l’indépendance et l’utilité du tribunal. Déjà, en plein milieu du XIIIe siècle, la république de Venise entendait faire de la poursuite des hérétiques son domaine propre. À Toulouse, en 1331, un commissaire du roi prétendit que l’Inquisition était une cour royale et non une cour ecclésiastique. Plus tard, sur ordre du roi, Étienne de Lacombe, inquisiteur à Toulouse, fut arrêté dans son hôtel et incarcéré dans sa propre prison (1412). C’était, il est vrai, au plus fort de la crise du Grand Schisme. En Dauphiné, le tribunal finit par être subordonné au Parlement de Grenoble et, en 1509, le Grand Conseil cassa les sentences de l’Inquisition, comme s’il s’agissait d’actes abusifs d’officiers royaux. Aux temps de la Réforme, les Parlements s’attribuèrent sans difficultés la connaissance des nouveaux cas d’hérésie. Mais, en Espagne, les Rois Catholiques organisèrent, sous leur étroite dépendance, un tribunal de caractère ecclésiastique, et déterminèrent ainsi l’essor inattendu de l’Inquisition espagnole.

Yves DOSSAT

L’Inquisition espagnole

Les origines

La création de l’Inquisition espagnole se rattache à la réaction contre les minorités ethnico-religieuses, musulmanes et juives, incorporées par la Reconquista à l’Espagne chrétienne où elles jouirent d’abord d’une large tolérance. Cette réaction, accentuée par le malaise économique qui marque les derniers siècles du Moyen Âge, se traduit par la montée des rancunes populaires contre les Maures et surtout contre les Juifs, manieurs d’argent. La pression des autorités religieuses et les massacres de Juifs amènent de nombreuses conversions dont la sincérité apparaît douteuse. C’est pour surveiller ces « nouveaux chrétiens » ou conversos d’origine juive, et pour punir les relaps, que les Rois Catholiques obtiennent du pape Sixte IV, en 1478, l’autorisation de désigner des « inquisiteurs » dont la juridiction, d’abord limitée au royaume de Castille, fut étendue ensuite aux territoires de la couronne d’Aragon.

L’Inquisition et l’unification religieuse de l’Espagne

La juridiction inquisitoriale ne touchant que les « convertis », Juifs et Maures conservaient, après 1478, la possibilité de pratiquer leur religion. Cette situation fut modifiée dans le quart de siècle suivant par la politique d’unification religieuse pratiquée par les Rois Catholiques. Dès 1492, les Juifs doivent choisir entre le baptême et l’exil ; en 1501, la même mesure est appliquée aux Maures du royaume de Grenade, reconquis vingt années auparavant ; en 1502, elle est étendue aux mudejars de Castille, puis à ceux d’Aragon et de Catalogne. Désormais, la population de l’Espagne ne comprend plus - du moins en principe - que des chrétiens, mais la foi des « nouveaux chrétiens » reste suspecte, et l’Inquisition est amenée à exercer une surveillance rigoureuse sur les Morisques (Maures convertis) et davantage encore sur les Marranes suspects de « judaïser » en secret. Parmi eux se recrute la majeure partie de ceux qui comparaissent dans les autos de fe organisés à partir de 1481. Tomás de Torquemada, premier inquisiteur général (1485-1494), se signala par sa rigueur impitoyable qui suscita de vives protestations, surtout en Aragon et en Catalogne, et souleva la réprobation du pape Sixte IV lui-même.

Cependant sont apparus, au début du XVIe siècle, d’autres courants de pensées hétérodoxes : en réaction contre les excès de la dévotion extérieure, des « illuminés » (alumbrados) se réclament d’un christianisme plus intériorisé visant à une union directe avec Dieu. La même aspiration à une vie religieuse plus profonde explique l’accueil très favorable que reçoit, dans les milieux humanistes et dans une partie du clergé, la pensée d’Érasme. Mais illuminisme et éramisme apparaissent d’autant plus redoutables à l’Inquisition qu’ils évoquent la « justification par la foi » qui a abouti à la révolte de Luther. Contre les illuminés et les érasmiens, l’Inquisition engage, après 1525, des poursuites qui aboutissent généralement à des condamnations modérées. Il en est tout autrement lorsque, au début du règne de Philippe II, sont découverts, à Séville et Valladolid, des noyaux « luthériens » (influencés en fait par la pensée calvinienne), peu nombreux, mais inquiétants par la qualité sociale et intellectuelle de leurs adeptes. La réaction est, cette fois, brutale : les autos de fe organisés dans les deux villes en 1559 et 1560 font périr plusieurs dizaines de personnes, tandis que l’archevêque de Tolède est lui-même emprisonné comme suspect d’hérésie. Ces rigueurs extirpent totalement le protestantisme d’Espagne. Cependant, la crainte de toute déviation religieuse dans le sens de l’illuminisme entretient la défiance de l’Inquisition à l’égard de la pensée mystique dont les plus illustres représentants, sainte Thérèse et saint Jean de la Croix, sont inquiétés ou poursuivis par le tribunal.

Organisation et procédure

De ses origines, l’Inquisition garde un caractère mixte : tribunal spirituel, elle relève de l’autorité romaine, mais elle constitue en même temps un organisme du gouvernement espagnol. À sa tête se trouve un Conseil suprême (placé sur le même plan que les autres, tels le Conseil de Castille, celui des Finances qui assistent le monarque). Son président, l’Inquisiteur général, et ses membres sont nommés par le souverain ; son autorité s’exerce par l’intermédiaire d’une quinzaine de « tribunaux » ou inquisitions locales (auxquels s’ajoutent, aux Indes de Castille, ceux de Mexico, Lima et Carthagène). Chaque tribunal comprend des juges (ou inquisiteurs), des « qualificateurs » chargés de donner une qualification théologique (erroné, sentant l’hérésie, hérétique, etc) aux « propositions » ou crimes contre la foi qui leur sont déférés, enfin un procureur (fiscal) chargé de soutenir l’accusation. L’Inquisition dispose en outre de la collaboration de ses « familiers » qui constituent pour elle une sorte de police bénévole à laquelle des gens du plus haut rang se font gloire d’appartenir.

La compétence du saint tribunal s’est étendue, au cours du XVIe siècle, à tout ce qui apparaît comme déviation de la foi : non seulement l’hérésie, mais aussi la sorcellerie, la magie, le blasphème et la « sollicitation » (séduction d’une pénitente par son confesseur). Sa procédure est rigoureusement secrète : l’accusé, maintenu dans un isolement total, n’a connaissance ni du nom des dénonciateurs ou des témoins à charge, ni même des accusations exactes portées contre lui : son défenseur, choisi par les inquisiteurs, a essentiellement pour tâche de l’amener à reconnaître ses erreurs ou ses crimes. La torture est couramment employée pour arracher des aveux, mais, contrairement à la légende, elle n’est ni plus ni moins cruelle ou raffinée dans ses procédés que celle qu’emploient les autres tribunaux criminels, en Espagne et ailleurs.

Les sentences rendues par les juges sont gardées secrètes jusqu’au jour de leur proclamation publique, lors d’un auto de fe, cérémonie solennelle, souvent associée à une festivité publique, et au début de laquelle les assistants (et le roi lui-même, s’il est présent) prêtent serment de fidélité au Saint-Office. Les condamnés impénitents et les relaps sont « relaxés » au bras séculier, l’exécution par le feu ayant lieu ensuite en un autre endroit ; ceux qui adjurent leurs erreurs sont « réconciliés » et condamnés à des peines pouvant aller de la simple pénitence ecclésiastique et du port du san benito (casaque jaune croisée de rouge) à la prison perpétuelle.

Si l’on excepte les premières années du fonctionnement de la justice inquisitoriale et la crise des années 1559-1560, les autos furent des cérémonies relativement peu fréquentes. Quant au nombre des victimes livrées aux flammes, il reste très difficile à établir : peut-être plusieurs milliers. Il ne représente en tout cas qu’une faible proportion de ceux qui eurent affaire au tribunal. Mais le rôle de l’Inquisition dans la vie espagnole ne peut être mesuré au nombre des condamnés : le seul fait d’avoir comparu devant elle constitue pour l’accusé - et pour toute sa famille - une tache indélébile. D’autre part, l’Inquisition exerce, par les condamnations de livres qu’elle inscrit à ses Index (dont une dizaine furent publiés entre 1569 et 1790) et par les poursuites engagées contre leurs lecteurs, une police intellectuelle qui a pesé sur la culture espagnole, en limitant la pénétration des influences étrangères.

L’Inquisition aux XVIIe et XVIIIe siècles

Un demi-siècle après l’extirpation du protestantisme, l’expulsion des Morisques d’Espagne (1609-1610) élimina un élément ethnique (quelque 300 000 individus) qui, malgré tous les efforts de l’Inquisition, s’était révélé inassimilable. Mais, à la même époque, et comme conséquence de l’annexion du Portugal (1580), se produit en Espagne un afflux de Marranes qui, profitant des difficultés financières de la monarchie, se font concéder une tolérance de fait qui leur permet de prendre une place importante dans la vie économique et financière du pays. Les jalousies qu’ils suscitent amènent cependant, à partir de 1640, une reprise de la persécution inquisitoriale qui aboutira, au début du XVIIIe siècle, à leur élimination à peu près complète.

L’avènement de la dynastie des Bourbons conduit à un changement progressif dans les rapports entre l’Inquisition et le pouvoir royal, soucieux de défendre les droits « régaliens » contre les empiètements de la juridiction ecclésiastique. Face aux courants de pensée « éclairée » qui pénètrent en Espagne et inspirent, sous Charles III (1759-1788), l’action de certains ministres réformateurs, l’Inquisition apparaît de plus en plus comme le rempart de la tradition et de l’ordre établi, non seulement dans le domaine religieux, mais aussi dans le domaine politique et social. Par ses condamnations d’ouvrages étrangers (surtout français), elle cherche à éviter la contagion des idées « philosophiques », ce qui suscite contre elle une vive réaction de l’opinion « éclairée » et conduit à des projets de réforme et même de suppression du tribunal. Mais l’Inquisition reste encore assez forte pour frapper d’une condamnation exemplaire l’un des représentants les plus audacieux de l’esprit nouveau, l’intendant de Séville, Olavide (1776).

Les dernières années de l’Inquisition espagnole

Après une brève période (1789-1793) où la crainte de la contagion révolutionnaire amena une collaboration entre l’autorité civile et l’Inquisition, les attaques des milieux éclairés reprirent contre le Saint-Office. Sa suppression fut l’une des conséquences de l’intervention napoléonienne en Espagne : supprimée en 1809 par un décret impérial, elle fut abolie d’autre part en 1811 par les Cortès constituantes de Cadix qui défendaient la cause de l’indépendance nationale. Restaurée en 1814 par Ferdinand VII, elle participa activement à la politique de réaction des années 1814-1820, avant d’être à nouveau supprimée par le gouvernement constitutionnel issu du pronunciamiento de Riego (1820). Lorsque Ferdinand VII fut, en 1823, rétabli dans son pouvoir absolu, il n’osa pas remettre en vigueur la juridiction inquisitoriale ; ce ne fut qu’en 1834 que l’Inquisition fut officiellement abolie par le gouvernement de la régente Marie-Christine.

Marcelin DEFOURNEAUX 

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