Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

L’Euthanasie

Un acte que l’on doit effectuer si le malade n’a aucune chance de survivre.

Mercredi 14 mai 2008 // Santé

Le devoir du médecin n’est pas seulement de rétablir la santé, mais aussi d’adoucir les douleurs et souffrances attachées aux maladies ; et cela non pas seulement en tant que cet adoucissement de la douleur, considérée comme un symptôme périlleux, contribue et conduit à la convalescence, mais encore afin de procurer au malade, lorsqu’il n’y a plus d’espérance, une mort douce et paisible ; car ce n’est pas la moindre partie du bonheur que cette euthanasie Mais, les médecins semblent se faire une loi d’abandonner les malades plutôt que d’apprendre leur art plus à fond, ils n’épargneraient « aucun soin » pour aider les agonisants à sortir de ce monde avec plus de douceur et de facilité. Or, cette recherche, nous la qualifions de recherche sur l’euthanasie extérieure, que nous distinguons de cette autre euthanasie qui a pour objet la préparation de l’âme, et nous la classons parmi nos recommandations. »

Le devoir du médecin n’est pas seulement de rétablir la santé, mais aussi d’adoucir les douleurs et souffrances attachées aux maladies ; et cela non pas seulement en tant que cet adoucissement de la douleur, considérée comme un symptôme périlleux, contribue et conduit à la convalescence, mais encore afin de procurer au malade, lorsqu’il n’y a plus d’espérance, une mort douce et paisible ; car ce n’est pas la moindre partie du bonheur que cette euthanasie Mais, les médecins semblent se faire une loi d’abandonner les malades plutôt que d’apprendre leur art plus à fond, ils n’épargneraient « aucun soin » pour aider les agonisants à sortir de ce monde avec plus de douceur et de facilité. Or, cette recherche, nous la qualifions de recherche sur l’euthanasie extérieure, que nous distinguons de cette autre euthanasie qui a pour objet la préparation de l’âme, et nous la classons parmi nos recommandations. »

Histoire du terme.

Francis Bacon s’intéressait principalement aux méthodes et au progrès des sciences. Son œuvre fait l’inventaire des connaissances de son époque et de leurs lacunes. Il constate, chez les médecins du XVII° siècle, un total manque d’intérêt pour le traitement de la douleur. Il les invite donc à un effort de recherche en ce domaine. Il entrevoit le développement d’une médecine « palliative », capable de transformer les derniers moments de la vie, à condition de ne pas être séparée de l’accompagnement spirituel du malade (« préparation de l’âme »). Tout cela, selon Bacon, devrait permettre de réaliser un vieux rêve de l’humanité : échapper aux affres des derniers moments de la vie et s’éteindre, l’heure venue, de manière douce et paisible. C’est une telle mort qu’il appelle « euthanasie », d’un terme emprunté à l’antiquité grecque.

Le mot va garder à peu près le même sens jusqu’à la fin du XIX° siècle. Le Dictionnaire de la langue française de Littré donne encore comme définition : « Euthanasie », bonne mort, mort douce et sans souffrance. Cependant, le terme commence aussi à désigner non plus seulement la qualité des derniers moments de la vie, mais aussi l’acte de prendre soin du mourant dans le dessein de lui assurer une telle mort : « C’est cette science, appelée euthanasie, qui agit contre ce qu’il pourrait y avoir d’oppressant dans la maladie, soulage la douleur et rend très paisible l’heure ultime à laquelle personne ne peut échapper ».

Cette « science de l’euthanasie », en ce début du XIX° siècle, emploie des moyens simples : aération de la chambre, attention portée à la position du malade dans son lit (et choix de ce lit), présence des proches ; du point de vue médical, il est recommandé de s’abstenir de tout recours inutile à la chirurgie et de se contenter de traitements « symptomatiques et palliatifs ».

Ce n’est qu’à la fin du XIX° siècle, que le terme d’euthanasie prend un sens nouveau : procurer une mort douce et l’on retrouve la signification précédente, mais en mettant fin délibérément à la vie du malade. Et c’est désormais le sens prédominant dans l’opinion publique des sociétés occidentales. Quand des journaux titrent « La Cour d’assises a jugé un cas d’euthanasie », ou « Un grand problème humain, l’euthanasie », le lecteur pense aussitôt à la mort donnée à un incurable ou à un handicapé.

Mais le sens primitif n’en est pas pour autant tout à fait oublié : « Nous savons tous, écrit J. Monod en 1974, que, dans les faits, les médecins sont confrontés constamment au problème de l’euthanasie et que tous ceux qui le peuvent essaient en conscience de permettre à leurs malades ou mourants d’accéder, à la bonne mort, à l’euthanasie au sens étymologique du terme, du moins à s’en rapprocher le plus possible. » Le même terme sert ainsi à désigner l’acte de provoquer la mort dans le dessein d’épargner des souffrances (et tel est, pour J. Monod, le « problème de l’euthanasie ») et la mort douce et paisible de celui qui s’éteint. On est en pleine confusion.

Cette confusion est renforcée par l’évolution de la médecine. Celle-ci dispose désormais d’analgésiques puissants, dont l’emploi présente parfois des risques pour le malade. L’existence de ce risque mortel, même s’il est très faible, et le fait qu’est recherché l’adoucissement de la mort, conduisent beaucoup de médecins à parler d’euthanasie à propos d’emploi prolongé de ces analgésiques. Mais le terme d’euthanasie connote désormais l’idée de « mort provoquée ». Aussi ces médecins se sentent-ils en partie responsables de la mort de leur patient, lorsque celui-ci meurt au terme d’une maladie ayant nécessité l’emploi de tels analgésiques. De même, parce qu’ils jugent certaines thérapeutiques de prolongation de la vie inappropriées à la situation du malade et qu’ils y voient la source de souffrances inutiles, bien des médecins s’abstiennent d’utiliser de telles techniques. Mais ils disent avoir alors une attitude « euthanasique », ce qui ne va pas sans susciter parfois chez eux un sentiment de culpabilité.

Pour éviter de telles réactions indues, bien des épithètes ont été proposées pour qualifier le terme d’euthanasie. La plupart des manuels d’éthique distinguent l’euthanasie active et l’euthanasie passive, selon que la mort s’est produite après un acte posé par un tiers ou après l’omission de thérapeutiques qui auraient peut-être prolongé (de peu ) la vie du malade. De même, on parle d’euthanasie indirecte, si la mort n’est pas recherchée délibérément et si l’acte posé ne conduisait pas nécessairement à la mort : ce qui est le cas lorsqu’on emploie des analgésiques présentant certains risques.

Mais ces distinctions n’atteignent pas le but pour lequel elles ont été élaborées. L’épithète passive ou indirecte n’est d’habitude pas entendue. Le mot « euthanasie » connote désormais une relation de causalité et de responsabilité entre la mort d’un malade et l’attitude de ceux qui le soignent. Il aurait peut-être été préférable d’en rester à la signification originelle du mot, celle de « mort douce », et de réfléchir aux moyens licites, au regard du droit et de l’éthique, de permettre à la personne soignée de trouver une telle mort. Mais les mots ont leur vie propre, et leurs résonances affectives sont difficilement maîtrisables. Il est possible néanmoins de tenter une clarification du langage, en déterminant avec précision l’usage du vocabulaire.

Prenons donc acte d’un fait : le terme « euthanasie » évoque désormais la responsabilité d’un professionnel de la santé ou d’un proche dans la mort d’un malade ou d’un handicapé. Dans une telle perspective, est euthanasique le geste ou l’omission qui provoque délibérément la mort du patient dans le dessein de mettre fin à une vie marquée par la souffrance. Telle est la définition à laquelle on peut s’en tenir, qui est d’ailleurs celle des juristes, et qui commence à être acceptée par les moralistes.

Soins palliatifs.

Une telle définition conduit à restreindre considérablement l’usage du terme euthanasie. Elle exclut son emploi lorsqu’il s’agit de qualifier les méthodes modernes de traitement de la douleur du malade à la fin de la vie. Ces techniques se sont développées (on les appelle désormais « soins palliatifs »), sous l’impulsion de recherches menées à partir de 1967 dans une clinique londonienne, Saint Christopher’s Hospice. C’est exactement un tel développement de la médecine que préconisait Francis Bacon au XVII° siècle ! Une observation prolongée des cancéreux atteints de souffrances sévères et un maniement précis d’analgésiques, tels que la morphine ont montré qu’il est possible de prévenir totalement la souffrance pendant la phase terminale de la vie. De telles thérapeutiques ne semblent pas raccourcir la vie ; il se peut même qu’elles la prolongent en redonnant aux malades le goût de vivre. Le traitement doit, certes, être maintenu jusqu’à ce que la mort se produise ; mais il n’y a pas de relation de causalité entre la thérapeutique de la douleur et le décès du patient ; sauf peut-être dans certains cas où le traitement présente certains risques, assez limités, pour le malade. Même alors, on ne peut parler de recherche délibérée de la mort du patient, ni, par conséquent, d’euthanasie.

L’abstention de moyens thérapeutiques.

Il y a un siècle, peu de chose pouvait être fait pour le mourant. Peu de décisions étaient requises. On mourait, tout simplement. Les personnes présentes veillaient et se réconfortaient mutuellement. Le développement de la médecine, spécialement la « révolution thérapeutique » qui s’est produite pendant la Seconde Guerre mondiale et l’introduction massive, depuis 1960, des technologies modernes dans l’hôpital, a transformé les conditions de la mort. On peut désormais faire beaucoup de choses pour un grand malade. Est-ce pour son bien ? Est-ce même toujours une lutte pour la vie, ou seulement une tentative désespérée de cacher l’impuissance de l’homme devant le caractère inéluctable de la mort ?

Ces questions ont été âprement débattues en France dans les années 1974-1980. Pour certains, aucune interrogation n’était envisageable : « Pour chaque malade, déclare J. Dausset, le médecin se doit de ne négliger aucun moyen qu’il juge en son âme et conscience susceptible de prolonger, fût-ce d’une seconde, la vie de celui qui s’est confié à lui. Il n’y a dans cette règle aucune ambiguïté. » Une telle éthique fut vivement contestée. « Lorsqu’on possède tant soit peu d’informations sur ce que l’on a appelé l’acharnement thérapeutique, l’effort démesuré, disproportionné, qu’entreprennent certains médecins pour maintenir en vie, une vie qui n’a plus rien d’humain, de pitoyables épaves, alors on comprend que des moralistes et aussi des praticiens se posent la question de savoir s’il ne faut pas introduire en déontologie médicale le droit à la mort, c’est-à-dire essentiellement le droit à une fin qui sauvegarde la dignité et l’intégrité morale de la personne. »

L’expression de « droit à la mort » est certes ambiguë, comme le mot « euthanasie », elle peut être employée dans les sens les plus divers. Elle est pourtant utilisée même par les instances suprêmes de l’Église catholique : « Il est aujourd’hui très important de protéger au moment de la mort la dignité de la personne humaine et la conception chrétienne de la vie contre une technicité qui risque de devenir abusive. Aussi certains en sont-ils venus à parler d’un « droit à la mort », expression qui ne désigne pas le droit de se donner ou de se faire donner la mort comme on le veut, mais le droit de mourir dans la dignité humaine et chrétienne, en toute sérénité » (Congrégation pour la doctrine de la foi, 1980).

Il serait plus précis de parler d’un « droit du malade au respect de sa liberté et de sa dignité » lorsque la mort le menace. C’est un tel droit qui fut mis en valeur en France au cours des débats suscités par le dépôt d’une proposition de loi, défendue par le sénateur H. Caillavet, (1978), à propos du « testament de vie ». On désigne par cette expression le document par lequel une personne demande à l’avance à ne pas recevoir certains soins de prolongation de la vie le jour où l’on découvrira chez elle une maladie incurable conduisant à la mort. Quelques États américains (la Californie, en particulier) reconnaissent la valeur légale d’un tel document, mais imposent des conditions très strictes à sa mise en application. Ces débats publics mirent en pleine lumière le fait que le droit français reconnaît la totale liberté du patient de refuser des soins, s’il est lucide et responsable de lui-même. Quand le malade refuse ainsi des traitements que le médecin juge indispensable à la prolongation de la vie, il n’y a aucunement lieu de parler d’euthanasie. Ceux qui le soignent ne portent pas la responsabilité de l’abstention thérapeutique, car la décision ne leur appartient pas : ils n’ont pas le droit d’agir contre la volonté de l’intéressé.

Quand le malade est devenu incapable de prendre lui-même une décision, ceux qui prennent soin de lui ne sont pas tenus, au regard du droit français et des règles éthiques communément admises désormais, à le soumettre à toutes les ressources de la médecine. Les assauts répétés dont ont fait l’objet trois chefs d’État - Franco (1975), Boumediene (1978) et Tito (1980) - ont clairement montré que certaines opiniâtretés médicales se révèlent dérisoires et dénuées de sens. Elles ne sont qu’inutile « acharnement thérapeutique ».

Dans chaque cas particulier, les décisions concrètes sont, certes, difficiles à prendre. À partir de quand serait-il disproportionné de recourir à telle technique médicale ? De quels facteurs tenir compte ? Qui peut prendre la décision, et comment ? Mais, dans la plupart des cas où l’on se résout finalement à ne plus essayer de prolonger la vie, il n’y a pas lieu de parler d’euthanasie. Le décès du malade se produira peut-être un peu plus tôt, que si certaines techniques médicales avaient été mises en œuvre. Mais le médecin ne provoque pas alors la mort, il s’abstient seulement de retarder une échéance proche et inéluctable.

La définition donnée plus haut de l’euthanasie exclut donc de recourir à ce terme pour qualifier la plupart des décisions médicales axées non sur la prolongation de la vie, mais sur le respect de la liberté et de la dignité du malade, sur son bien-être ou sur le soulagement de sa souffrance. En revanche, certains gestes doivent être appelés, au sens strict, euthanasiques, telle l’injection volontaire d’une dose létale de médicament ou de poison, pratiquée dans le dessein de mettre fin à une existence handicapée ou souffrante. D’autres pratiques en sont proches : Certains services hospitaliers recourent assez systématiquement, pour empêcher des malades de souffrir à la toute dernière phase de leur vie, à des mélanges d’analgésiques qui plongent le patient dans l’inconscience et abrègent ses jours. On peut au moins dire qu’ils mettent fin délibérément à la vie consciente du sujet humain...

Différents types d’Euthanasie.

Si l’acte de provoquer la mort d’un incurable ou d’un être humain en proie à la souffrance est posé à la demande de l’intéressé, il s’agit d’« euthanasie volontaire ». Mais il arrive que ce geste soit effectué sans le consentement du patient et pour des mobiles multiples : la pitié pour un être humain diminué, la conviction que certaines existences humaines n’ont pas de sens, le désir de soulager une famille ou un service hospitalier d’une présence souffrante lourde à supporter, ou même des motifs économiques. En ce dernier cas, on parlera d’« euthanasie sociale ». Un certain nombre de sociétés, tout au long de l’histoire, ont pratiqué, pour des motifs économiques ou eugéniques, l’euthanasie sociale, sous la forme notamment de l’abandon des vieillards et de l’« exposition » des enfants faibles ou mal formés. Ces pratiques n’ont cependant pas, été aussi nettement approuvées qu’on le croit généralement aujourd’hui par les penseurs et philosophes des différentes époques. Ainsi, l’on fait souvent de Platon un partisan de l’euthanasie sociale. Cela repose sur des citations tronquées. Si Platon a bien écrit : « On laissera mourir ceux dont le corps est mal constitué », ce fut avant tout pour protester contre un recours déraisonnable au médecin. Au lieu de prendre « un soin excessif de son corps », il vaut mieux mener une vie active et « envoyer promener le médecin ». « On recouvrera ainsi la santé et vivra en faisant son métier », ou on mourra si l’on n’a pas une constitution assez forte pour résister.

C’est sans doute au XX° siècle que l’euthanasie sociale fut pratiquée de la façon la plus systématique. Le régime nazi « accorda la grâce de la mort » à 200 000 enfants malformés, débiles ou incurables. L’indignation soulevée dans le monde entier par une telle entreprise d’élimination d’enfants malades ou handicapés met désormais en garde contre les incitations à l’euthanasie sociale. L’euthanasie volontaire (ou du moins le suicide, en cas de souffrances excessives) fut parfois louée par les poètes, acceptée ou recommandée par les philosophes de l’Antiquité. En fait, ce n’est qu’à la fin du XIX° siècle que se développèrent de véritables mouvements en faveur de la légalisation de l’euthanasie volontaire.

Les législations contemporaines.

En 1936, à Londres, l’Association pour une législation de l’euthanasie volontaire soutint le dépôt d’une proposition de loi reconnaissant le droit d’un adulte à demander la mort s’il est atteint d’une maladie mortelle et incurable accompagnée de douleurs sévères. La demande devrait être signée en présence de deux témoins et soumise à un comité d’euthanasie. La Chambre des Lords rejeta ce projet. En 1947, le Parlement de l’État de New York repoussait une proposition analogue. Les tentatives de légaliser l’euthanasie se heurtèrent ainsi à un refus du législateur. Si bien que l’on peut écrire que, aux alentours de l’année 1980, « dans tous les pays quel que soit le système de législation, l’homicide même réalisé par compassion et sur la demande de la victime est considéré comme une atteinte au droit ». Il faut peut-être faire une exception pour l’Uruguay. De nombreuses législations (en Suisse, Grèce, Danemark, Islande, Finlande, Autriche, Allemagne fédérale, Pays-Bas) admettent une atténuation de la peine pour les cas de véritable euthanasie volontaire. Les tribunaux font souvent preuve de clémence et vont jusqu’à prononcer l’acquittement. Mais l’euthanasie reste condamnée par la loi.

Les arguments des juristes, pour justifier ces législations plus ou moins sévèrement répressives, reposent d’abord sur l’ambiguïté des concepts de pitié et de consentement à l’euthanasie. Quels sont les véritables mobiles de celui qui donne la mort : répondre à une demande instante, ou ne plus souffrir soi-même de la vision de l’épreuve d’autrui ? Et comment faire la distinction entre une véritable demande et l’acceptation passive de la part de celui qui se sent à charge et subit peut-être de multiples pressions ? Reconnaître légalement le droit à l’euthanasie peut donc conduire à de multiples abus. Plus fondamentalement, c’est le ressort même de la société qui est en jeu : une société qui reconnaît le droit à l’euthanasie volontaire, c’est-à-dire à l’assistance au suicide dans une situation de maladie incurable, ne risque-t-elle pas, par le fait même, de renforcer les tendances mortifères de ses membres ?

Les débats éthiques.

L’euthanasie ne peut-elle cependant pas être reconnue dans certains cas comme licite au regard de l’éthique ? Les débats menés en France sur ce thème restèrent très confus, en raison du manque de rigueur signalé plus haut dans l’emploi du mot « euthanasie ». Deux questions ont été inextricablement mêlées : est-il admissible d’épargner au malade incurable des thérapeutiques inappropriées à son état et de donner la priorité au soulagement de sa souffrance, de façon à « adoucir sa mort » ? Est-il admissible de provoquer délibérément sa mort ? Demeure cependant la question posée par ceux qui, malgré un traitement efficace de la douleur ou en l’absence d’une telle thérapeutique, demandent la mort. L’euthanasie, au sens actuel du mot, peut-elle être reconnue éthiquement acceptable ? Sur ce point, continuent à s’affronter deux tendances : l’une fait appel à la notion des droits individuels et affirme que l’homme a le droit de vivre et de mourir comme il l’entend, à condition de ne pas léser directement autrui.

Dans une telle perspective, il a le droit de mettre fin à sa vie quand il le juge souhaitable, et d’obtenir une assistance quand il n’est plus capable de poser lui-même un tel geste ; avant de répondre à une telle demande, il suffit de vérifier que cette personne a pris sa décision librement et en pleine conscience. L’autre tendance reprend les arguments juridiques cités plus haut et met en avant les conséquences sociales qu’aurait la reconnaissance du droit de donner la mort : dénaturation de l’image du médecin si celui qui soigne devient aussi celui qui tue, pression exercée sur ceux qui se sentent devenus inutiles. Le plus grand nombre des handicapés, vieillards, malades incurables, tout en éprouvant les souffrances liées à leur situation, n’ont pas perdu tout désir de vivre. Mais ils perçoivent la charge qu’ils représentent pour leurs proches et la société. Qu’un droit de demander la mort leur soit reconnu, certains d’entre eux se sentiront coupables de ne pas demander à « bénéficier de la loi » et de ne pas « délivrer » ainsi autrui de leur présence.

Le débat éthique sur l’euthanasie (comprise au sens prédominant du mot) pose ainsi le problème du choix entre la satisfaction de demandes individuelles et la protection des membres les plus vulnérables de la société.

Les formidables progrès de la biologie et de la médecine au cours des quarante dernières années placent l’homme devant des situations totalement inédites et le conduisent à s’interroger sur le sens de sa vie, de sa mort, de sa souffrance, sur la réalité de son destin et le pourquoi des différences individuelles. L’apparition des techniques de procréation médicalement assistée, du diagnostic prénatal, de la médecine prédictive et, d’une façon plus générale, des techniques de la génétique, tout comme le développement des transplantations d’organes et de l’expérimentation humaine, la tentation de l’euthanasie ou l’intrusion de l’informatique menaçant la confidentialité ont suscité un questionnement éthique d’autant plus crucial qu’il s’impose au moment où notre monde semble avoir perdu tous les repères traditionnels qui fondent la cohésion sociale. Par leur nature même, ces avancées de la science conduisent donc à engager une réflexion qui concerne les médecins, les chercheurs, mais aussi les philosophes, les juristes et l’ensemble des citoyens. L’utilisation des techniques médicales doit, en effet, être fondée en raison et renvoie par là même à des interrogations radicales.

Quels sont les éléments qui définissent l’identité humaine ? Sont-ils inviolables et intangibles ? Comment concilier la nécessité d’une recherche scientifique et médicale de qualité avec la protection des personnes qui se prêtent aux expérimentations ? Comment préserver l’intimité du secret médical face aux exigences de la santé publique ? Comment la décision des parents en matière de procréation médicalement assistée, ou à l’issue d’un diagnostic prénatal, doit-elle être éclairée ou guidée ? Le médecin peut-il s’ériger en juge d’une « normalité » ? Comment faire face à la pénurie d’organes en France ? Comment interdire efficacement la technique du clonage reproductif humain ? Doit-on admettre la recherche sur les embryons ? Autant de questions qui mettent les citoyens et le politique face à leurs responsabilités. Le droit intervient nécessairement dans la régulation de la science en tentant de concilier, d’un côté, la protection nécessaire de l’être humain et de son espèce et, de l’autre, les progrès de la science.

La situation en France.

La France avait très tôt tenté d’apporter des réponses spécifiques aux problèmes de la transplantation d’organes avec l’adoption de la loi Caillavet en 1976, puis de la loi Huriet-Sérusclat, en 1988, sur la protection des personnes se prêtant à l’expérimentation biomédicale. Avec le temps, des dérives se sont produites et de nouvelles situations sont apparues, rendant nécessaire une rediscussion de ces lois, ainsi que des compléments et des modifications sur certains points.

C’est l’apparition de la fécondation in vitro en 1982 qui, en France, a souligné la nécessité d’une réflexion éthique approfondie dans tous les domaines et conduisant à s’interroger sur les comportements les plus appropriés, selon l’idée que l’on se fait de l’homme. Certains pays ont d’emblée choisi d’entamer un processus législatif afin de répondre ponctuellement aux problèmes spécifiques posés par une technique donnée. C’est ainsi que le Royaume-Uni, l’Allemagne ou l’Espagne, par exemple, se sont rapidement dotés de dispositions législatives tendant à organiser les pratiques de la procréation médicalement assistée ou du diagnostic prénatal.

À cet égard, la France a semblé accuser du retard par rapport à ses voisins et faire montre d’une certaine hésitation sur l’attitude à adopter et sur les mesures à prendre. Il est vrai que, sur de tels sujets de société, touchant au domaine des convictions intimes de chacun, l’opinion est toujours divisée et qu’il est difficile d’adopter des mesures qui ne soient pas admises et comprises par la très grande majorité .

Article puisé dans l’encyclopédie Universalis.

Répondre à cet article