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L’Europe et les fonds sauterelles.

Par Jean-Pierre Raffarin Ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne.

Samedi 16 août 2008 // La France

Ce week-end, L’UMP célèbre légitimement la signature du nouveau traité européen. Je veux ici prolonger un succès politique par une perspective économique. Dans un monde où les capitaux et les emplois sont nomades, l’enjeu principal devient l’attractivité. La localisation mais aussi la qualité des investissements sont donc prioritaires.

Les fonds d’investissement sont devenus une réalité tangible de la vie économique. En France, une entreprise sur cinq en passe d’être cédée aurait pour nouvel actionnaire un fonds de « private equity », c’est-à-dire le plus souvent un investisseur présumé « court-termiste ».

De nombreuses critiques ont été portées à ces nouveaux acteurs de la vie des entreprises. Ces reproches sont justifiés, lorsque l’on observe par exemple une vision négligeant « la durabilité » de la stratégie d’entreprise, une succession trop rapide d’actionnaires ou un enrichissement injustifié. Cependant lorsqu’un créateur d’entreprise arrive à l’âge de la retraite, il lui faut trouver un nouvel actionnaire, et les sociétés de capital-investissement peuvent répondre à ce besoin. Leur rôle est d’agir en tant qu’agent de développement des entreprises, apportant le capital nécessaire à leur croissance et en permettant aussi au plus grand nombre de salariés de devenir actionnaires de leur entreprise.

Il y va de notre intérêt à tous que chacun de ces nouveaux actionnaires ait à coeur d’administrer ces sociétés avec une vision de long terme, notamment en y préservant les investissements et l’effort de recherche et de développement et en se comportant comme des investisseurs socialement responsables, respectueux de notre environnement.

Comment faire en sorte que les nouveaux investisseurs, notamment les fonds souverains en provenance d’Asie ou du Moyen-Orient, partagent ce projet de l’investissement socialement responsable ?

Nicolas Sarkozy a proposé à M. Wen Jibao, Premier ministre chinois, un accord pour établir la transparence dans les investissements étrangers, de part et d’autre. Il s’agit de plusieurs dizaines de milliards de dollars qui viendront prochainement en Europe s’investir dans notre économie, comme ce fut le cas récemment dans la finance anglo-saxonne (Blackstone, Standard Bank ou Bear Stearns...). Cela mérite évidemment discussion plutôt que condamnation.

Comment protéger nos entreprises de ce que le ministre allemand des Finances a appelé « les fonds sauterelles » et au contraire comment favoriser les investissements à bonne notation selon les nouveaux « ratings », critères du développement durable et de la responsabilité sociale.

Dans cette perspective, la meilleure démarche me paraît être celle qui permet la constitution de champions européens de l’investissement, pour ne pas laisser dériver l’économie européenne vers une financiarisation non maîtrisée. Face à ce défi, plusieurs acteurs français ou européens se sont développés ces dernières années ou même ont été créés récemment tels que Fondations Capital, dont le président, Xavier Marin, « impose » à ses investissements « les principes de la responsabilité sociale et environnementale ». Ces démarches ont permis à plusieurs acteurs de multiplier par 5 en quatre ans l’investissement responsable en France (environ 20 milliards d’euros). Grâce aussi aux efforts de quelques agences de notation et notamment à ceux de Nicole Notat, les investissements socialement responsables représentent plus de 100 milliards d’euros en Europe. Ces investisseurs européens sont souvent plus sensibles aux critères importants de notre économie tels que l’histoire sociale, la logique d’aménagement du territoire, l’importance des PME dans le tissu industriel ou encore la sensibilité au développement durable.

C’est en créant un secteur européen de l’investissement responsable, dynamique et exemplaire, que nous rendrons contagieuses les bonnes pratiques. Le capitalisme mondial est en pleine accélération, il faut donc réfléchir aux outils et aux stratégies qui permettront au mieux de rendre compatibles la croissance des entreprises, leur internationalisation et l’humanisation de la société.

Ainsi, ces champions seraient en quelque sorte les représentants d’une vision européenne de l’investissement, sensible aux aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance, conciliant les objectifs de rentabilité et ceux d’intérêt général à plus long terme.

L’Europe des projets doit maintenant prolonger l’Europe des idées.

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