L’Etrange visite du Président Rwandais.

Dimanche 25 septembre 2011 // L’Afrique

Comme Kadhafi en décembre 2007, quoique avec un peu plus de retenue, le président rwandais Paul Kagamé est venu effectuer une visite officielle en France. Le moins que l’on puisse dire, c’est que, malgré l’activisme de Bernard Kouchner lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères et l’apparente volonté d’oublier le passé de Nicolas Sarkozy ; l’un et l’autre se sont rendus à Kigali au début de 2010, ce voyage est intervenu dans une curieuse atmosphère.

On sait que la thèse officielle du Rwanda consiste à dire que ce furent des Hutus qui assassinèrent, le 6 avril 1994, le président Habyarimana afin de déclencher contre les Tutsis le génocide que certains souhaitaient programmer. Les choses n’apparaissent toutefois pas aussi simples puisque 49 mandats d’arrêts internationaux restent en cours contre des proches du président Kagamé : 40 par la justice éspagnole pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide et 9 par la française enquêtant sur la mort de Juvénal Habyarimana. En outre, Caria del Ponte, ancien procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda, a révélé en mars 2008 détenir de quoi inculper Paul Kagamé pour crimes de guerre et génocide, mais que de fortes pressions étaient exercées par les Etats-Unis et le Royaume-Uni pour ne pas aller plus loin.

On peut aussi ajouter non seulement les attentats et assassinats de hauts responsables politiques hutus au début des années 90, la politique génocidaire menée en République démocratique du Congo contre les réfugiés hutus et les populations locales par l’armée rwandaise. Sans oublier, plus récemment, les meurtres et tentatives de meurtre contre des opposants au Rwanda et à l’étranger la principale candidate de l’opposition à la présidentielle de l’an passé, Victoire Ingabire, est traduite devant les tribunaux pour « complicité de terrorisme ».

De son côté, l’hôte officiel de la République n’a pas craint de faire monter le rapport Mucyo, qui met grossièrement en cause des dizaines d’hommes politiques et d’officiers français accusés de complicité dans le génocide de 1994. Voilà pourquoi, à la tête de l’association France Turquoise du nom de l’opération militaire qui sauva malgré tout plusieurs dizaines de milliers de vies , le général Jean-Claude Lafourcade a affirmé : « Si rien n’est fait, une telle visite ne pourra que contribuer à inscrire dans l’Histoire l’affirmation selon laquelle des soldats français ont participé au génocide rwandais en 1994 ». Notons que les chefs de gouvernement espagnol et belge, José Luis Zapatero et Yves Leterme, ont refusé, l’an passé, de rencontrer le président rwandais ; Alain Juppé se trouve en revanche opportunément hors de France et le président du Sénat Gérard Larcher a fait savoir qu’il manquait de temps. Mais Paul Kagamé se montre pressé, car plusieurs compagnons d’armes l’ont abandonné et il s’est mis en froid avec ses protecteurs traditionnels anglo-saxons. Il a donc besoin de nouveaux soutiens. Mais à quel prix ?

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