L’Etat congolais en pleine décomposition

Lundi 15 mai 2006, par Gaston // Agenda

La RD Congo vit actuellement un moment décisif de son histoire. Une histoire - du reste riche en malheurs et scandales (événements du 5 septembre 1960, assassinat de Lumumba, règne désastreux de Mobutu, assassinat de Laurent-Désiré KABILA,...) connaît, à l’heure qu’il est, la présence des anciens leaders des rébellions dans la capitale Kinshasa au nom de la cessation des hostilités.

Peut-on, en fait, parler de la fin de la guerre alors que chaque jour qui passe des congolais meurent, d’autres tombent sous les balles des forces armées étrangères (Rwandaises et Ougandaises surtout) et de celles des congolais armés par ces forces « négatives » ça et là dans le pays ? En Ituri, les Hema et les Lendu continuent à se massacrer. Pire encore, l’anthropophagie (cannibalisme) y est pratiquée en toute impunité ! Toutes ces horreurs se déroulaient au nez et à la barbe de la communauté internationale jusqu’à ce que la France décide d’y mettre fin grâce à l’opération « Artémis ». Merci à la France ! Espérons que les militaires français ne tomberont pas dans l’assiette de ces sauvages qui méritent d’aller « ad patres ». Pourquoi la France s’intéresse-t-elle à l’Ituri ? L’Ituri, c’est le diamant et plein d’autres minerais ! Pas étonnant que l’Hexagone soit là en ce moment où les Etats-Unis semblent lui voler la vedette dans une région autrefois « Francophile ». Après tout, en relations internationales, TOUT est question d’intérêts !

Que dire alors de l’Etat Congolais lui-même ? Peut-on encore parler aujourd’hui d’un Etat Congolais en Afrique ? La réponse est aussi déconcertante que la question. A vrai dire, nous ne savons plus où on en est. La science (Droit constitutionnel) donne comme éléments constitutifs de l’Etat : le territoire, la population, l’imperium (le pouvoir organisé). Certains doctrinaires ajoutent la reconnaissance internationale (Pseudo élément pour nous). Ces éléments doivent s’imbriquer. Peut-on réellement parler d’un « territoire » au Congo quand on sait que les seigneurs de guerre continuent à faire la loi dans les régions qu’ils contrôlent. Le fait, par exemple, qu’une délégation du gouvernement d’union nationale se soit rendue à Goma relevait de l’extraordinaire, du surnaturel. N’est-ce pas aberrant ? Soit on est gouvernement d’union nationale de tout le Congo, soit on ne l’est pas du tout. De deux choses l’une. On a donc affaire à un territoire morcelé qui n’a de nom que l’inconscience et l’immaturité caractéristique des politiciens congolais.

Population congolaise : y en a-t-il réellement ? On ne connaît même pas le nombre d’habitants de ce pays. Peut-être faut-il que des experts blancs fassent le recensement à notre place tellement que tous les services appropriés sont quasi-inexistants. Quid de fameux « Banyamulenge » ? Ce problème n’a toujours pas trouvé solution alors qu’elle devrait déjà l’être. C’est certainement le point de départ de ce conflit congolais avec toutes ses ramifications dans les pays voisins autrefois alliés de Laurent-Désiré KABILA. Certains politiciens en ont fait leur cheval de bataille en tordant de fois la vérité au point de n’y voir que du flou. Sont-ils congolais ? Que dit la loi congolaise sur la nationalité ? Jus soli ou jus sanguinis ?
Ce sont là d’épineuses questions qui devront être débattues par le Parlement (institution d’un genre propre ou les députés et sénateurs sont nommés par leurs composantes) afin d’éviter dans l’avenir un embrasement de toute la région des grands lacs. Ah ! Le Congo, un pays d’ « auto-nommés » et d’ « auto-proclamés ».
Le pouvoir organisé (imperium) obéît à certaines règles et l’on se demande toujours d’où sont venus les congolais. Ne sont-ils pas des martiens tellement que tout leur paraît bizarre ?

« 1+4 » est une formule qui n’existe qu’au Congo avec un président de la République dépouillé de beaucoup de ses prérogatives. Dans ce cas, pourquoi alors parler d’un régime présidentiel ? On a affaire à un pouvoir où le législatif n’a aucun pouvoir de contrôle sur l’exécutif (pas de sanctions). De là, on se demande si le parlement congolais ne serait pas ainsi qu’une simple chambre d’acquiescement ? Si tel est le cas, nous croyons que le pays n’est pas encore sorti de l’auberge. Cette formule a peut-être le mérite de mettre tous les ex-belligérants ensemble mais l’on se demande bien si elle tiendra longtemps. Chacun d’eux cherche à s’affirmer au point qu’ils vont bientôt se marcher dessus, s’ils ne le font pas déjà ... Avec les zones militaires créées ça et là, on se demande si ce brassage d’Etats- majors peut faire espérer une paix durable connaissant à peu près comment se comportent les hommes en treillis dans ce pays ...

Cette situation de quasi-chaos ne peut que plaire à ceux qui tirent profit de la guerre en R.D. Congo de plusieurs manières (exploitations de l’or, diamant, cobalt, coltan, vente d’armes, etc.). Plus il y a insécurité, mieux c’est pour eux ! Cet état a conduit le Professeur Ntumba LUABA a parlé d’un « statocide » au Congo : on tue l’Etat Congolais. Nous nous demandons bien s’il n’est pas déjà mort.

Face à cette situation alarmante, nous en appelons à la conscience de chaque congolais car l’Etat congolais est en danger. Si nous n’en prenons pas garde, ce pays risque de se transformer en Somalie. C’est donc, pour emprunter l’expression du Professeur Biyoya, la « somalisation » qui nous guette : le règne de chefs de guerre.

Le Rwanda, l’Ouganda et tous leurs sbires n’ont aucun intérêt particulier de tous les accords signés avec le Congo. Ce qu’ils veulent, c’est y faire régner l’insécurité afin de justifier leurs opérations (opérations militaires et exploitations des richesses du Congo). Que faire ? La pente est très raide. Nous croyons qu’il ne dépend en fin de compte que de nous-mêmes pour que ce drame congolais disparaisse.
Franklin DELANO ROOSEVELT, ancien président américain, disait : « le progrès s’accomplit par ceux qui font les choses et non par ceux qui disent comment elles auraient dû être faites ».
Ainsi, il nous faut être des hommes d’action en participant à l’érection d’un Etat de droit et cela de plusieurs manières : informer nos concitoyens de la situation au pays, adhérer si possible à un parti politique afin de défendre ses idées, voter utile au moment des élections afin de mettre dehors les opportunistes politiques et ceux qui ont spolié les richesses de ce pays et continuent encore à le faire.

C’est par ici que nos pensées s’écroulent en vous demandant de méditer cette pensée : « Dieu qui nous a créés sans nous ne nous sauvera pas sans nous » dixit Saint Augustin.

Que Dieu bénisse le Congo !

Paris, le 04 avril 2006

MUANDA MAKAYA Gaston

MAYEMBA NKANSA Mireille

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