L’Elysée premier lobbyiste européen.

Mardi 3 mai 2011 // La France

Le lobbyiste pronucléaire le plus influent de la planète actuellement, et de loin, réside rue du Faubourg Saint-Honoré, dans le 8’ arrondissement de Paris, au siège de la présidence de la République française. De par sa fonction, Nicolas Sarkozy préside aux destinées du premier producteur mondial d’électricité nucléaire, Electricité de France, en version courte EDF. Le groupe, dont l’Etat français détient près de 90 %, a réalisé en 2010 un chiffre d’affaires d’un peu plus de 65 milliards d’euros, dont les trois quarts sont imputables au nucléaire. Son patron, Henri Proglio, a noué des contacts étroits avec l’Elysée et fait partie des camarades d’études de l’ancien ministre de l’Economie Dominique Strauss-Kahn, aujourd’hui directeur du Fonds monétaire international, lui aussi fervent partisan du nucléaire. EDF exploite les 58 réacteurs français, contrôle le marché britannique par le biais de l’énergéticien British Energy et figure - pour l’instant - au capital de la société allemande Energie Baden-Württemberg (EnBW), laquelle possède pour sa part 4 réacteurs en Allemagne (dont 2 ont toutefois été arrêtés dans le cadre du moratoire courant jusqu’au 15 juin imposé par la chancelière Angela Merkel). De surcroît, Nicolas Sarkozy dirige également la société belge Electrabel ( réacteurs en Belgique) via la participation de l’Etat français dans Gaz de France.

Le nucléaire subvient aujourd’hui aux trois quarts des besoins en électricité de la France, mais pas seulement - à l’heure qu’il est, plus d’un tiers de la production européenne totale doit être mis sur le compte des Français. Et ce n’est pas tout : Sarko a dans son portefeuille l’un des plus grands fabricants de centrales du monde, Areva. Malgré les récentes tentatives d’Anne Lauvergeon, présidente du conseil d’administration, ancienne compagne de route de François Mitterrand, pour diversifier les activités du groupe dans le domaine des énergies de substitution, les défenseurs de l’environnement voient toujours l’entreprise comme un antre du mal. Areva (un peu plus de 9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2010) est aujourd’hui l’un des premiers fournisseurs mondiaux de réacteurs civils et militaires (pour les sous-marins nucléaires, par exemple). En outre, le groupe exploite l’usine de retraitement de déchets hautement controversée de La Hague, gère les convois Castor, si décriés en Allemagne et ailleurs, qui transportent les déchets nucléaires vers le site de stockage transitoire de Gorleben et extrait de l’uranium dans les mines d’Afrique occidentale. Ces dernières semaines, Areva a fait savoir qu’une livraison de combustible MOX à destination du Japon avait été suspendue.

Ces derniers temps, les Français et leur belle assurance ont été malmenés à l’international. Un accord passé en 2007 par Nicolas Sarkozy avec le dictateur libyen Muammar Kadhafi pour la construction d’une centrale n’a jamais pu être signé. Fin 2009, Areva a perdu un marché portant sur l’implantation de quatre réacteurs à Abou Dhabi face à un consortium nippo-coréen. Le nucléaire représente un marché de grande ampleur - et de ce fait hautement concurrentiel pour les fournisseurs d’installations. Le combinat étatique russe Rosatom-Atomstroyexport, protégé de Vladimir Poutine, lorgne le marché mondial, et deux groupes américains nourrissent également des visées mondiales. Ils sont liés à des géants japonais du secteur : General Electric-Hitachi Nuclear Energy et Toshiba-Westinghouse.

Au niveau de l’Union européenne, la position officielle sur le nucléaire est la neutralité, comwe le président de la commission, José Manuel Barroso, aime à le rappeler. Pourtant ; l’industrie nucléaire a été l’un des parrains de l’Europe à sa naissance : le traité Euratom fait partie des textes fondateurs de l’année 1958. Ces dernières années, l’Union européenne a débloqué une enveloppe d’un montant global de 500 millions d’euros pour la construction de centrales nucléaires en Roumanie (centrale de Cernavoda) et en Bulgarie (centrale de Béléné). Dans le Livre vert de 2006, le développement du nucléaire apparaît comme l’un des objectifs majeurs de l’Union. En 2007, la commission a publié un rapport quasi euphorique sur les perspectives de croissance du secteur, se félicitant des débouchés commerciaux pour les entreprises européennes et des avantages potentiels pour l’économie européenne grâce à une électricité bon marché. L’industrie peut se frotter les mains : plus de rmilliard d’euros d’aides diverses, prélevées sur le budget de l’UE, tombent chaque année dans son escarcelle.

A Bruxelles, le lobby nucléaire est traditionnellement très soudé et largement représenté. Foratom, le Forum atomique européen, fait office de ’confédération de l’industrie. On n’y retrouve pas seulement les fabricants de réacteurs comme Toshiba-Westinghouse, Genéral Electric-Hitachi Nuclear Energy et Areva, mais aussi des producteurs d’électricité nucléaire comme RWE, le français EDF et les sociétés de transport de déchets - soit 800 entreprises au total. A intervalles réguliers, Foratom organise des rencontres avec les fonctionnaires européens de la direction générale de l’énergie ou des eurodéputés. Au cours de l’automne dernier, une maquette de réacteur a été exposée au Parlement européen à Bruxelles.

Quant à la sûreté des centrales, les normes européennes de base sont fondées sur les raisonnements notoirement pronucléaires de l’Agence inter- nationale de l’énergie atomique (AIEA), à Vienne, affirme l’eurodéputé Hans-Peter Martin. Et le député de citer l’article 94 du traité Euratom, selon lequel l’industrie n’est pas tenue de divulguer les informations d’importance majeure. Résultat :1’AEIA se voit aujourd’hui reprocher d’avoir su que les installations japonaises n’étaient pas capables de résister à un tremblement de terre de forte amplitude, et de n’avoir rien fait pour y remédier.

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