L’Église : La prétention universaliste.

Mardi 3 février 2009 // La Religion

Max Weber a le premier, tenté de donner un contenu sociologique aux vocables d’Eglise et de secte. Pour lui, l’Eglise s’oppose à la secte comme une institution de salut à un groupe contractuel. Son ami le théologien allemand Ernst Troeltsch reprit et amplifia cette dichotomie, en l’enrichissant de son expérience de l’histoire chrétienne. Pour lui, l’Église est une institution sacerdotale et hiérarchique de salut, préexistant à ses membres ; Tirant sa légitimité de sa fondation et de la succession régulière de ses chefs, elle ne s’oppose pas au monde, mais tend plutôt à valoriser et à régler la conduite de la société globale en l’avalisant dans sa relativité. De cette attitude naît une dualité morale qui englobe et distingue (dans le catholicisme et l’orthodoxie) une voie de perfection (religieux, prêtres) et une voie suffisante au salut (laïcs). L’Église est liée aux États ou aux classes sociales gouvernantes. Cette vue de l’Église comme phénomène sociologique n’est pas une définition, mais un type idéal à la façon antithétique d’un autre type, celui de la secte. Dans la réalité, et de l’aveu de Weber comme de Troeltsch, aucun de ces types n’apparaît de façon pure.

La dichotomie secte-Eglise a été reprise par différents auteurs, qui ont tenté avec plus ou moins de bonheur de préciser les contours du type Église. Mais leurs efforts ont abouti à faire un élément de classification de ce qui n’était que type idéal. Une certaine confusion est alors apparue dans la recherche. Certains, voit dans l’Église une institution à laquelle ses membres appartiennent par la naissance. Elle est « la forme d’organisation la plus marquante et la plus caractéristique de la religion. » Toutes les religions évoluées tendent, selon lui, vers cette forme.

Des philosophes se sont montrés beaucoup plus fidèle à la pensée de Weber et de Troeltsch. Son effort particulier a consisté à faire entrer dans un cadre comparatiste le concept du type Église. Celui-ci marque pour lui le point d’aboutissement d’une évolution qui part du cercle de disciples en passant par la fraternité. Christianisme, Judaïsme, bouddhisme du Mahayana, islam, connaissent cette évolution.

Pour affiner le concept de type Église, certains ont voulu distinguer une Église universelle, conjuguant l’action du prêtre et celle du prophète (Église catholique), de l’Ecclésia, moins universaliste (Églises autocéphales, anglicanisme, etc.). Peut-être inspirée par des soucis apologétiques, cette multiplication des concepts ne s’impose pas à la réflexion scientifique. Dans la réalité, les Ecclésia peuvent se révéler plus universalistes ou prophétiques que l’Église universelle. La sociologie de langue française utilise ces concepts. Mais elle a, un moment, tenté elle-même d’élaborer, sans succès véritable, un concept d’Église. Ainsi Émile Durkheim, pour qui la religion se distingue de la magie par son caractère social, la vie religieuse s’exprime donc toujours dans les Eglises, ou « communautés morales  » de ceux qui adhèrent à certaines croyances et pratiques sacrées définies. Ce concept est trop vaste et trop restreint à la fois.

La confession : de la secte à l’Église.

Le vocable « confession  », outre le sens d’aveu des fautes, de sacrement du pardon, de proclamation de la foi ou de document symbolique, revêt une signification sociologique. À partir du traité de Westphalie (1648), on appelle confessions les diverses communautés chrétiennes de l’Empire. En ce sens, l’expression « confession d’Augsbourg » désigne la communauté luthérienne. Certains sociologues appellent confession une étape typologique dans l’évolution de la secte vers l’Église. Chez Howard Becker et Léopold von Weise, la confession, ou culte, tend surtout à favoriser l’expérience mystique individuelle. Le méthodisme ou le congrégationalisme actuels seraient des confessions, par leur recrutement social (classes moyennes et supérieures) et par leur acceptation du pluralisme religieux. L’acceptation des normes de la culture ambiante semble être aussi une des caractéristiques de la confession, dont certains auteurs font un synonyme de dénomination.

La dénomination : l’acceptation du pluralisme.

Le vocable « dénomination » est emprunté par les sociologues au langage ecclésiastique anglais et américain il désigne une Église ou un groupe chrétien particulier en évitant de se prononcer sur sa qualité (théologique) d’Église. Toute Eglise ayant été d’après lui secte en ses débuts, c’est-à-dire mouvement de protestation socio-religieuse en rupture avec la société globale, tend à se réconcilier avec cette dernière. Le premier stade de ce processus est celui de la dénomination. Il se place à la seconde génération de ses membres, Il se caractérise par l’abandon en tous les domaines de la spontanéité primitive, par la création de ministères professionnels, l’adoption de confessions de foi, par une attitude positive par rapport à la société globale et par l’acceptation du pluralisme. Cette transformation est parallèle à l’accès des membres du groupe à un statut de respectabilité sociale. Un autre concept semble recouvrir des réalités surtout nord-américaines. Bryan R. Wilson ne pense pas qu’ils soient d’application universelle. De même, il n’est pas évident, à notre avis, que la dynamique sectaire comporte nécessairement un passage au type Église. La secte est plus plastique que Niebuhr ne semble l’imaginer. Enfin, toute Eglise n’a pas nécessairement commencé par être une secte. La vie religieuse tend à l’intensité plus qu’à l’extension. Les exigences éthiques y sont les mêmes pour tous les membres. Le souci de maintenir, par la « discipline » et l’excommunication, la pureté de la communauté se révèle ici d’autant plus nécessaire que la sainteté est celle de ses participants, et non pas une qualité inhérente à sa légitimité. D’ailleurs, les sacrements (baptême, en général des seuls adultes, et cène) ne sont pas censés apporter une grâce particulière, mais témoigner, par les signes, d’une grâce déjà reçue. Contrairement à ce qui se passe dans les Eglises, y compris les moins catholicisantes, les sectes pratiquent au maximum le principe du sacerdoce universel, bien que, chez elles aussi, il puisse être oublié ou obnubilé avec le temps. Les liturgies fixes et solennelles sont également repoussées, au profit de la spontanéité du culte.

Le christianisme de l’évangile contenait en germe l’évolution qui s’est manifestée au cours de l’histoire postérieure, et sous la pression des forces sociologiques, dans les structures de l’Eglise. D’autre part, l’ambiance propre à la vie ecclésiastique dans ces parages aidera à la multiplication des protestations sectaires. Cela deviendra vrai surtout après l’avènement du piétisme, qui, européen et germanique d’origine, connaîtra un développement spectaculaire en Amérique du Nord. De cette protestation à l’intérieur des grandes Églises protestantes sont sortis un piétisme ecclésiastique, et un piétisme sectaire, sécessionniste, dont une branche a été influencée par les prophètes cévenols exilés en Angleterre et en Allemagne après la guerre des camisards. De là sont issus et les sectes à vie commune de l’Amérique et de l’Angleterre des XVIII° et XIX° siècles, et le mouvement eschatologique dont l’adventisme est le plus connu, ainsi que les darbystes, les témoins de Jéhovah, etc. Le méthodisme, fruit d’une rencontre entre l’anglicanisme évangélique et le piétisme communautaire de Zinzendorf, exerça une influence considérable sur l’ensemble des mouvements sectaires.

L’Armée du Salut, fille du méthodisme, allie la recherche du salut et de la sanctification avec le souci du relèvement social. De nos jours, le motif sectaire est loin d’être épuisé. Non seulement les grandes familles radicales des siècles passés demeurent représentées dans le monde actuel, mais de nouvelles sectes naissent constamment. C’est le cas aux Etats-Unis, en particulier mais pas exclusivement en milieu noir. L’Afrique au sud du Sahara connaît présentement de nombreux messianismes de forme sectaire. La plupart des sociologues admettent l’existence de sectes dans toutes les religions fondées.

Sectes et classes sociales.

De façon générale, historiens et sociologues se retrouvent pour affirmer un rapport entre frustration socio-culturelle et phénomène sectaire. Les sectes attirent généralement des défavorisés, mais les riches et les intellectuels peuvent aussi éprouver des frustrations dans des ordres autres qu’économiques. D’où l’existence de groupements sectaires de pauvres et aussi d’intellectuels, de gens aisés, et cela à toutes les époques ( Libre-Esprit médiéval, antitrinitariens du XVI° siècle, darbystes du XlX°, etc.). Dans la conjoncture actuelle, les couches les plus basses de la classe moyenne semblent, en Europe, les plus sensibles au phénomène. En Amérique du Nord, les classes effervescentes, comme le prolétariat noir, forment en majorité la clientèle des sectes. En Afrique, celles-ci prennent souvent un caractère de protestation socio-religieuse (violente ou pacifique) liée aux phénomènes de la colonisation et de la décolonisation. De façon générale, on retiendra que la secte représente une volonté de restructuration d’une société ébranlée dans ses fondements.

On notera que la plupart des « mouvements religieux nouveaux », vulgairement désignés par le vocable « sectes », correspondent mal, peu, ou pas du tout au type idéal ici décrit. Des auteurs comme Roy Wallis et Bryan R. Wilson ont tenté de pallier cette difficulté en élargissant le concept de secte.

Le Prêtre restait muet, paralysé par ce qu’il venait d’entendre. Pour toute réponse, il se basa sur quelques phrases de la Sainte écriture, disant à l’instituteur, qu’il souhaitait reprendre se dialogue lorsqu’il aurait renoué avec ses esprits, avant de dire ses pensées sur les théologies contemporaines. Le Curé, narre sa vérité, cependant que l’Instituteur maintenait que le Christianisme à ses débuts pouvait être considéré comme une Secte.

Il est un point au moins par lequel toutes les théologies contemporaines s’accordent avec les origines chrétiennes et avec la tradition qui les relient les unes aux autres la place centrale et décisive qu’elles accordent à la christologie. C’est avec cette dernière que pour elles aussi, se décide, tant ce qu’on peut dire de Dieu et de son mystère que ce qu’il peut en être de l’homme et de son destin. La chose est notable aussi bien chez les Protestants que chez les Catholiques. Cela posé (qui donc les concerne toutes), on se contentera d’évoquer, parmi les très nombreuses, très diverses et très riches christologies contemporaines, « car tout théologien digne de ce nom se doit de prendre position en la matière », ce qu’on peut tenir ici pour les orientations majeures de la recherche et de la réflexion.

On doit tout d’abord relever la grande importance accordée à la donnée historique concernant Jésus de Nazareth. L’époque n’est plus où l’on se déclarait soit impuissant soit méfiant en ce domaine. Et, si les théologiens s’accordent à considérer que l’on ne peut être tenu pour christologie authentique, que ce qui peut valoir du Jésus de l’histoire, événement pascal compris, ils tendent aussi à admettre, ce que la science historique peut établir par elle-même a suffisamment de consistance pour faire apparaître la base, historique elle aussi à partir de laquelle les disciples ont pu en venir (et être fondés) à professer (dans une foi où ils peuvent toujours être suivi) résurrection, rôle salvifique et divinité de Jésus-Christ. Il en résulte, entre autres, un intérêt renouvelé pour l’ensemble des « mystères » de la vie de Jésus événements, comportements, enseignements. Une deuxième caractéristique des travaux christologiques contemporains est leur orientation sotériologique marquée, au point que les énoncés christologiques y apparaissent avoir par essence une signification sotériologique et que, inversement, les énoncés sotériologiques n’y paraissent tenables que sur un fondement christologique. En d’autres termes le souci est ici constant et général de mettre en rapport le Mystère du Christ d’une part et « anthropologie » ou « question de l’homme » et de son possible « salut »d’autre part.

Déjà, on peut noter tout ce que, dans les perspectives d’une interrogation d’ordre éthique, et le message et l’exemple de Jésus paraissent pouvoir éclairer de l’existence humaine, de la gestion qu’on peut en faire et du « sens  » qu’on peut lui donner. Mais, plus avant, on doit aussi relever ceci : Le fait que la foi chrétienne professe un Dieu qui s’est fait homme (ou un homme personnellement uni à Dieu) invite à renoncer à tout jamais à opposer l’un à l’autre un champ du « divin  » et un monde de « l’homme ». S’il faut en croire le christianisme, ce n’est que par et dans le second, que l’on peut authentiquement avoir accès au premier. Mais inversement, celui-ci propose de se donner lui-même au second au point que pour cela, il s’est fait à la lettre « Dieu avec et pour nous ».

Reste alors à préciser pourquoi et jusqu’où Dieu est, ainsi, « avec et pour nous ». Si les christologies d’aujourd’hui insistent pour faire valoir que le salut qu’il offre aux hommes doit prendre corps pour eux dès ce temps et ce monde (théologies « politiques  » et théologies « de la libération »), elles n’en valorisent pas moins le caractère au départ et toujours radicalement gratuit, et l’achèvement espérable seulement pour le terme eschatologique de l’histoire. Par ailleurs, les sotériologies les plus récentes sont aussi celles qui se préoccupent le plus et le mieux, de répondre à la question majeure que soulève de soi leur affirmation centrale. Qu’en est-il de ceux qui, incroyants ou croyants d’autres religions, ne reconnaissent pas en Jésus-Christ « le sauveur » (théologie et christologie « des religions ») ? La troisième caractéristique des christologies d’aujourd’hui est qu’elles ont tout à fait conscience que, conformément d’ailleurs à toute la tradition dont elles sont issues, elles sont obligées de repenser toutes les notions courantes concernant « Dieu » et la divinité. Si Dieu se révèle vraiment en Jésus, il faut alors revoir toutes les conceptions usuelles d’immutabilité, d’impassibilité, d’éternité et d’invulnérabilité divines. Et plus profondément encore, s’il se communique vraiment à Jésus-Christ et, par lui, aux hommes, il faut alors le penser communicable, et peut prendre tout son sens dans la confession traditionnelle d’un Dieu Trinité ; Que Dieu soit Trinité apparaît même, ni plus ni moins, comme la « condition de possibilité »et de la christologie (Dieu fait homme en Jésus-Christ) (Dieu sauvant les hommes en se communiquant à eux comme Esprit). Cela étant, la question est évidemment de savoir si les hommes d’aujourd’hui attendent vraiment quelque chose et peuvent encore espérer quelqu’un. Le christianisme et la christologie ne vivent que de ce que des hommes estiment effectivement pouvoir donner à ces questions la réponse positive qui les fait, précisément, chrétiens. Là est leur audace, là, leur justification, mais là aussi leur crédibilité.

Toutes ces réflexions à bâtons rompus et décousues ence Jour Anniversaire de la Fête du Travail, sont toutes destinées à sa gloire, et aux fruits sains qui en découlent. Il ne s’agit plus d’identifier le travail à l’esclavage d’une « bête de somme  », mais de reconnaître qu’il a sa Noblesse, et qu’il constitue un dérivatif puissant à nos passions et à la Condition de notre mieux être. C’est pourquoi il faut l’Honorer comme porteur de fruits matériels et même moraux, c’est-à-dire comme un Grand Bien Etre.

Que cette Fête de la 1er Mai apprenne donc aux Employeurs leurs devoirs envers leurs Employés, tant sur point de vue matériel que de la morale que de la dignité ; Et aux Employés leur déférence envers ceux de leurs Employeurs qui se « décarcassent » pour faire prospérer leurs Entreprises, avec souvent plus de soucis et de tracas qu’eux-mêmes. Ce sont les vœux que nous formulons en ce jour, ce jour qui honorent les valeurs du travail.

Espérons que l’État ne faillira à cette tache urgente de la Réconciliation des « Classes  » gage de la Paix sociale et de la Paix tout court. La France, Patrie des Révoltes justes, se doit maintenant de faire une Nouvelle Révolution pacifique celle-là, et sans effusion de sang. Afin que le « flambeau »de son Exemple Social chemine à travers l’Europe et la Terre entière. Une telle clarté ne devant pas être mis « sous le boisseau ».

Ainsi la France serait, grâce à une requête préalable à l’esprit qui a toujours été le sien. Cette nouvelle « lumière du monde  », qui, comme un « laser  » pénétrant pourrait peut-être par sa chaleur, transformer les cœurs de tous les hommes de « Bonne Volonté » et résorber toutes les tumeurs malignes, cultivées avec cynisme par certains partis politiques et certains hommes pour lesquels, seule la richesse est dévoilé. Terrible dilemme. Que vive alors une France nouvelle.

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