L’Aventure au Sahel.

Samedi 12 mars 2011 // L’Afrique

L’enlèvement et l’exécution de deux jeunes Français au Niger révèle au grand jour l’existence d’une guerre secrète.

Antoine de Léocourt devait épouser à Niamey une Nigérienne et avait invité à
la noce deux de ses amis du Nord de la France. Lui-même travaillait depuis
quelque temps en Afrique subsaharienne pour le compte d’organisations
humanitaires, au Niger d’abord puis, ces derniers mois, en Centrafrique. Les
ravisseurs avaient le choix entre de nombreux ressortissants français. Mille
cinq cents résidents au Niger. Pourtant ils sont allés directement vers ces
deux jeunes dans un restaurant français de la capitale, Niamey. Pourquoi
eux ? Sans doute le hasard. A moins que ce ne soit la première énigme d’une
affaire qui en compte beaucoup.

La seconde énigme est celle des complicités nigériennes dans un pays
instable, toujours gouverné par une junte militaire après plusieurs coups
d’Etat et tentatives démocratiques avortés. Plusieurs des ravisseurs
portaient des uniformes de gendarmes nigériens et même disposaient d’un des
véhicules de la gendarmerie.

La troisième énigme est la nature des affrontements qui ont eu lieu entre
les militaires nigériens d’abord, puis français, et les ravisseurs. Le
dispositif français mis en place dans la région après les enlèvements de
cinq Français sur la mine d’uranium d’Areva à Arlit au plein nord nigérien a
été extrêmement réactif. Bréguet Atlantic de surveillance, forces spéciales
par hélicoptères puis parachutées au sol, tout était techniquement et
humainement en place. Peut-on parler d’échec ? Non, car le commando a été
démantelé, ses membres tués ou blessés et capturés. Reste que les deux
otages sont morts, exécutés quand les ravisseurs ont été attaqués. Le risque
a été assumé au plus haut niveau de l’Etat français par le président, chef
des armées, comme en juillet dernier pour la tentative, également sans
succès, de libération d’un autre otage français humanitaire, Michel
Germaneau. L’attitude de fermeté et cet exemple paieront-ils ? C’est un
pari.

Quatrième énigme : l’attitude du Mali, où M. Germaneau avait déjà été
détenu, comme le sont aujourd’hui les employés d’Areva et Vinci. L’assaut
par les troupes françaises a été fait après le passage de la frontière
malienne par les kidnappeurs car on ne pouvait pas les laisser rejoindre
leurs bases arrière. Le gouvernement de Bamako refuse en effet jusqu’à
présent sa coopération, ce qui offre un sanctuaire pour les islamistes.
Est-ce en raison du problème touareg dont la rébellion toujours latente est
en ce moment sous contrôle mais fragile ? N’est-ce pas plutôt pour préserver
ses relations avec l’Algérie voisine qui estime être la première concernée,
puisque les deux groupes qui se réclament d’Al Quaida au Maghreb islamique
(AQMI) et qui revendiquent ces enlèvements - se livrant d’ailleurs à une
surenchère sont algériens ?

Le gouvernement d’Alger n’apprécie pas trop que l’armée française se
positionne sur son flanc saharien. Il a réussi à se débarrasser de ces
encombrants militants islamistes, appelés « afghans » par la participation de
certains d’entre eux au Djihad, ce qui explique la revendication d’AQMI sur
les positions françaises en Afghanistan. Ce n’est pas pour les voir
ressurgir avec la légitimité du combat anti-français.

Enigme donc finalement des relations franco-algériennes sur la lutte contre
le terrorisme. Où en est-on de notre coopération ? Au-delà de l’aspect
technique, partageons-nous les mêmes analyses ? Rien n’est moins sûr.

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