L’Archipel Guadeloupéen.

Par Oruno D Lara.

Dimanche 22 mars 2009, par Oruno D Lara // Le Monde

L’archipel guadeloupéen (1 800 km2) occupe une position stratégique dans l’arc oriental des Caraïbes. Autour de la Guadeloupe proprement dite, montagneuse et volcanique, gravitent la Grande-Terre, plate et calcaire, le petit archipel des Saintes, Marie-Galante, la Désirade, les îles de la Petite-Terre, Saint-Barthélemy et une partie de l’île Saint-Martin. Ce complexe insulaire peuplé de 396 000 habitants (1er janv. 1991) est devenu, après trois siècles de colonisation, un département français en 1946.

Bien que le taux de scolarisation soit aujourd’hui élevé, l’analphabétisme et l’illettrisme continuent de sévir chez les adultes, partagés entre le Créole - leur langue maternelle - et le Français. La dépendance économique et politique, l’héritage culturel dominé par l’opposition entre créole et français freinent le développement d’une communauté guadeloupéenne engagée dans un processus de destruction des structures coloniales.

L’archipel des indigènes : Les Karibs.

La Guadeloupe, à l’instar des autres îles de l’arc oriental, a une très riche histoire précolombienne. L’archipel était habité par les Karibs, très proches des populations mayas du continent américain. Les indigènes de la Guadeloupe se sont heurtés très tôt aux Espagnols qui effectuaient des raids esclavagistes pour se procurer une main-d’œuvre insulaire. Les chroniqueurs du XVIIe siècle (les pères Du Tertre, Bouton, Breton, Rochefort) ont décrit une population harcelée, décimée, profondément minée par ces chocs répétés. Les Karibs subirent également la domination des Anglais, des Français et des Néerlandais qui s’établirent dans leurs îles pour y fonder des colonies

Escale de la « Carrera » des Indes.

Dès ses premiers et deuxième voyages, Christophe Colomb inaugura une route des allers et des retours que suivront de manière définitive les galions espagnols qui partent de Séville et de Cadix. Après l’escale obligatoire aux Canaries, le chemin des convois aboutit à la Désirade, à Marie-Galante et à la Guadeloupe. La route des retours par le « débouquement » des Lucayes (Bahamas) est esquissée dès le premier voyage, du 26 janvier au 11 février 1493. L’avantage technique de l’escale sur la côte sud de la Guadeloupe pratiquée par Colomb s’impose tout au long de l’existence de la Carrière des Indes, jusque vers 1660, tant qu’elle peut bénéficier de la protection d’une armada de la flotte espagnole créée vers 1595-1600 pour protéger côtes, commerce, navires et convois dans la mer des Caraïbes.

Malgré l’obstacle des indigènes, la Guadeloupe constituait une importante base pour se ravitailler en eau après la traversée de l’atlantique. Pourquoi les Espagnols ne se sont-ils pas installés de manière durable en Guadeloupe, malgré les projets et les vœux émanant des administrations coloniales, de Saint-Domingue par exemple ? Manque d’hommes, sans doute, mais surtout hasard des premiers voyages centrés sur Saint-Domingue qui fit de cette île la base de départ de la conquête du Mexique, auquel il faut ajouter l’intérêt accordé aux territoires miniers du continent. Ce n’est que vers 1625-1630 que les autorités espagnoles se décident à agir, prenant conscience de l’importance stratégique de la Guadeloupe. Mais il est trop tard. Depuis la fin du XVIe siècle, la Guadeloupe est devenue un repaire de pirates et de boucaniers. Auparavant, en 1502, un groupe d’Africains avait été débarqué et s’était mêlé à la population indigène, rapporte l’historien guadeloupéen Oruno Lara (1879-1924). Quand le voyageur anglais Thomas Gage débarque dans l’île le 20 août 1625, il y rencontre un Noir (parlant espagnol) ancien esclave à Séville d’un riche marchand qui le maltraitait. Ayant fui son maître, il avait pu s’embarquer à Cadix sur un navire et s’était empressé de déserter à l’escale guadeloupéenne, préférant, disait-il, « plutôt mourir parmi les Indiens que vivre en esclavage sous la férule des Espagnols ». L’occupation de la Guadeloupe et de la Martinique par les Français ne laissera aux convois espagnols, après 1635, que la solution de la route du nord avec escale à San Juan de Puerto Rico. On comprend mieux ainsi le choix de l’île Saint-Christophe fait par les corsaires anglais et français vers 1625 pour harceler les vaisseaux de la Carrière des Indes. Au vrai, la compagnie de Saint-Christophe, créée en 1626, puis la compagnie des Îles d’Amérique (1635-1650), qui la remplaça, recouvrent une association regroupant d’un côté des marchands normands, de l’autre des aventuriers, écumeurs de mers qui cherchent à faire fortune dans les mailles du monopole espagnol en capturant les navires non protégés et en vendant les cargaisons aux colons établis dans les îles.

Dix ans plus tard, en 1635, le choix de la Guadeloupe et de la Martinique montre la détermination de la France de Richelieu de créer des bases économiques et navales dans cette région des Caraïbes et de s’insérer dans le commerce de traite négrière et le pillage dans lequel réussissaient les Anglais et les Néerlandais.

Conquête, colonisation et dépendance.

Les premiers colons, cherchant à exterminer les indigènes pour accaparer leurs terres, s’enlisèrent dans des querelles et manquèrent de vivres. Français et Anglais conclurent un traité en 1660 qui prévoyait leur alliance militaire contre les Karibs rejetés dans des îles « neutres » non encore touchées par l’occupation européenne, la Dominique et Saint-Vincent.

Jusqu’en 1640-1650, boucaniers et flibustiers sont les acteurs colorés, trop brillants, d’une histoire qui ne doit pas masquer les liens étroits qu’ils entretiennent avec le développement des cultures et le grand commerce. Les capitaux de la boucane et ceux de la flibuste, comme ceux des places à tabac et à coton, venaient des mêmes villes maritimes, du négoce. De La Rochelle, de Dieppe, du Havre, de Rouen, de Honfleur partaient des navires chargés de vivres, de bois, de toile, d’outillage pour les plantations. Les marchands de Dieppe, surtout, réclament au début des cuirs, des bois et des plantes à teinture. Leurs capitaux paient les voyages des engagés recrutés pour les travaux pendant trente-six ou dix-huit mois. Les cargaisons de farine, de vin, de fusils et de poudre s’échangent contre des tabacs jusque vers 1660, des sucres après 1680. Les « habitations », fondées par des associations entre marchands dieppois porteurs de capitaux et colons de Guadeloupe, commencent à produire le sucre qui domine toute l’exportation et prend le chemin des raffineries de Rouen, de Hollande et de Hambourg.

Colbert favorise une association de cinq fermiers généraux en 1664 (François Berthelot, Claude Coquille, Antoine Pellissier, Louis Moret et Christophe Dalmas) pour organiser le raffinage des sucres à Rouen, La Rochelle et Bordeaux. La progression des cultures s’effectue au détriment des indigènes que la conquête repousse et chasse de l’île après 1660. Les engagés qui vont en Guadeloupe de 1643 à 1685 reçoivent une concession de terre à la fin de leurs services. Une ordonnance du 12 mai 1719 oblige les capitaines à embarquer pour la Guadeloupe les vagabonds condamnés aux galères, pour « y servir pendant cinq ans en qualité d’engagés ». Les Nègres arrivés en même temps que les premiers colons en 1635 sont difficiles à acquérir autrement qu’en courant sus aux Espagnols et aux étrangers (Anglais et Hollandais) qui pratiquent la traite négrière. Tolérés implicitement par le pouvoir central depuis le début de l’implantation coloniale à Saint-Christophe et en Guadeloupe, l’esclavage et l’approvisionnement en Africains s’officialisent avec les débuts de l’administration de Colbert (1663-1665). La Compagnie des Indes occidentales (1664) puis surtout la Compagnie d’Afrique ou du Sénégal (1672) organisent la traite négrière française qui doit fournir les Africains à la Guadeloupe et aux autres colonies d’Amérique ainsi qu’aux services des galères. Dès que les colons ont la possibilité d’acheter des Nègres de traite ou de s’en procurer par la contrebande, ils cessent d’engager des travailleurs blancs, qui finissent en Guadeloupe par constituer un groupe de « petits blancs » : artisans, employés à l’encadrement des ateliers d’esclaves, ou ouvriers spécialisés.

La colonie est dirigée par un gouverneur qui dépend du capitaine général de Saint-Christophe puis, en 1669, d’un gouverneur général ayant sa résidence fixée à la Martinique. Le Conseil supérieur créé en 1645, confirmé en 1675, vit son activité réduite par la loi de 1829 à celle d’une cour d’appel française. Ce conseil, outre la compétence de juger en dernier ressort les causes passées devant les tribunaux ordinaires, avait autorité pour faire des règlements concernant la justice, la sécurité intérieure et la police générale des esclaves. Il enregistrait tous les règlements, ordonnances, édits, déclarations royales, lettres patentes, et droits de remontrances. Ces prérogatives l’opposèrent souvent aux gouverneurs.

Le commerce colonial s’organise tardivement, sous le règne de Louis XV. Une législation commerciale se dégage des lettres patentes d’avril 1717 portant règlement pour le commerce des colonies françaises et celles d’octobre 1727 en forme d’édit concernant le commerce étranger aux îles et colonies de l’Amérique. Ces textes, qui resteront en vigueur jusqu’à la Révolution de 1789, réglementent l’Exclusif du commerce colonial qui est réservé aux négociants des ports français. L’interdiction du « commerce étranger » - sauf avec les colonies espagnoles des îles et du continent - se heurte aux vieilles pratiques du trafic de contrebande, appelé encore interlope. En Guadeloupe, loin des « commissionnaires » de Saint-Pierre (Martinique), s’est développée une solide tradition de contrebande facilitée par la configuration géographique des îles. Les navires étrangers arrivent d’Europe ou d’Amérique du Nord, débarquant des captifs africains, des denrées, des marchandises payés en grande partie en sirops et tafia par manque de numéraire.

Esclavage et résistance.

Le système esclavagiste sur lequel repose la société coloniale de 1635 à 1848 a plusieurs dimensions : politique, juridique, économique, sociale et religieuse. Le roi de France - depuis Louis XIII jusqu’à Louis-Philippe - est le suprême garant de l’ordre esclavagiste veillant au cloisonnement des castes (Blancs et Noirs). C’est lui qui promulgue l’édit de mars 1685 connu sous le nom de Code Noir. C’est le monarque - au vrai, ses ministres et ses commis - qui écrit au gouverneur des îles du Vent (26 décembre 1703) : « Le roi ne veut pas que les titres de noblesse des sieurs (sans indiquer de noms) soient examinés ni reçus, parce qu’ils ont épousé des mulâtresses, ni que vous permettiez qu’on rende aucun jugement pour la représentation de leurs titres. » C’est lui également qui prend la mesure d’écarter de la vie publique, « de toutes espèces de fonctions et charges publiques dans les colonies », non seulement les affranchis mais leurs descendants à quelque degré qu’ils se trouvent : en un mot les « sang-mêlé », tous « ceux qui sortent d’une race nègre ». Elle est formulée pour la première fois en 1733 dans un ordre du roi à l’adresse des îles du Vent : « L’ordre du roi, Monsieur, est que tout habitant de sang mêlé ne puisse exercer aucune charge dans la judiction ni dans les milices. Je veux aussi que tout habitant qui se mariera avec une Négresse ou mulâtresse ne puisse être officier, ni posséder aucun emploi dans la colonie [...] au cas que je sois informé qu’on ne l’ait pas été d’un fait aussi important, je casserai, lorsque j’en aurai connaissance, les officiers qui seront dans les milices ou qui auront d’autres emplois. » L’édit de décembre 1723 déclare en outre « les Nègres incapables de recevoir des Blancs aucune donation entre vifs à cause de mort, ou autrement ». La Couronne, enfin, règle les affranchissements et veille à contenir le groupe des gens de couleur, libres ou esclaves.

L’esclavage s’accompagne d’un important appareil de répression, d’une police dont s’occupent la milice, la maréchaussée et les chasseurs de Nègres marrons. La gamme des châtiments va de la flagellation aux supplices les plus variés : cachot, carcan, ceps (fers aux pieds et aux mains), boise (pièce de bois que l’on traîne). La justice permet de mettre les esclaves à la question (ordinaire ou extraordinaire), de les torturer de plusieurs manières - la cruauté des maîtres est sans limite sur ce point -, de leur couper les membres (bras ou jambes) et de les tuer par pendaison ou par le feu après avoir brisé leur corps.

Très tôt se développe en Guadeloupe un processus de résistance des Nègres - esclaves ou libres - qui s’efforcent de saper les bases de l’oppression esclavagiste. Sur le vaisseau négrier, les captifs africains tentaient déjà de se libérer. Sur les plantations, bossales (nouveaux Africains) ou créoles (nés aux Îles) complotent, se rebellent, s’enfuient. Les fugitifs ou Nègres marrons se regroupent dans les bois et organisent leur défense en tissant un réseau d’informateurs parmi les libres qui leur procurent des armes, des munitions, des aliments, voire de l’argent. Les bandes de Nègres marrons cheminent dans les forêts de Basse-Terre et de Grande-Terre. Les insurrections d’esclaves, qui se multiplient avec le développement de la monoculture sucrière, entrent dans une phase prérévolutionnaire après la guerre de Sept Ans (1756-1763).

Destruction du système esclavagiste.  

La Guadeloupe est profondément secouée par la guerre mercantile qui s’ouvre au XVIIe siècle dans la mer des Caraïbes et qui oppose les puissances maritimes et coloniales : Espagne, Angleterre, Pays-Bas, France. Mais on doit distinguer deux périodes : la première qui va de 1635 à 1713, jusqu’au traité d’Utrecht, au cours de laquelle la Guadeloupe subit les contrecoups des guerres de la France contre l’Espagne (1635-1659), contre les Pays-Bas (1672-1678), la guerre de la ligue d’Augsbourg (1689-1697) et la guerre de la Succession d’Espagne (1701-1713). Au cours de la seconde période, les îles de Guadeloupe sont au cœur de la rivalité franco-anglaise lors de la guerre de Succession d’Autriche (1741-1748), la guerre de Sept Ans (1756-1763) et de la guerre d’Amérique (1778-1783), le tournant se situant en 1759-1763, quand la Guadeloupe est occupée par les Anglais et que son économie se développe alors de manière exceptionnelle.

Sous la pression de l’insurrection des Nègres esclaves de Saint-Domingue en août 1791, les commissaires civils envoyés par la Convention durent proclamer le 29 août 1793 dans la moitié nord et le 4 septembre, dans la moitié sud, la liberté générale. La Convention montagnarde confirma et renforça ces décisions des commissaires par son décret du 16 pluviôse an II (4 février 1794) qui abolit l’esclavage dans les colonies françaises. Elle dépêcha en Guadeloupe deux commissaires, Pierre Chrétien et Victor Hugues, pour appliquer la loi d’abolition, avec mission de reprendre l’île aux occupants anglais.

Une classe de négociants enrichis dans le commerce étranger avec la Nouvelle-Angleterre et la course s’affirme sous le gouvernement de Victor Hugues (1794-1798). Elle fournit un encadrement à l’armée insurrectionnelle qui s’oppose au rétablissement de l’esclavage par Bonaparte en 1802. Elle dut affronter la force expéditionnaire, commandée par le général Antoine Richepanse. Vaincus en partie à cause des tergiversations des deux chefs Magloire Pélage et Louis Delgrès, officiers d’origine martiniquaise qui ne voulurent jamais franchir le pas et faire la guerre révolutionnaire comme en Haïti, les insurgés guadeloupéens furent décimés ou déportés en masse sur les côtes américaines.

Le 4 mars 1848, le gouvernement provisoire issu des journées révolutionnaires de février adopta le principe de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe et dans les autres colonies françaises. Une commission d’abolition fut formée sous la présidence de Victor Schœlcher nommé sous-secrétaire d’État aux Colonies qui signa le décret d’abolition le 27 avril suivant.

Une insurrection des esclaves de la Martinique avait toutefois obligé le gouverneur de l’île à proclamer la liberté avant l’arrivée du décret parisien, le 23 mai 1848, mesure que dut imiter le capitaine de vaisseau Layrle, gouverneur de la Guadeloupe, le 27 mai.

Des mesures d’« aménagement » du système esclavagiste avaient été envisagées par la « loi Mackau » (du nom du ministre de la Marine et des Colonies) de juillet 1845, qui prévoyait pour les esclaves la possibilité de se racheter à leurs maîtres, réduisait la durée quotidienne du travail et obligeait les maîtres à faire instruire leurs esclaves, mais laissait aux conseils coloniaux entière liberté d’amender son texte. La loi fut ainsi sans effet. Le décret d’abolition français était très voisin du texte de l’Abolition Bill voté en 1833 par le Parlement britannique. Les objectifs du pouvoir central étaient clairs : maintenir les « nouveaux libres » au travail sur les grandes plantations de canne à sucre. Le décret d’abolition, qui prévoyait le versement d’une indemnité aux anciens propriétaires d’esclaves, faisait des esclaves de nouveaux citoyens, appelés à exercer leurs droits politiques en élisant au suffrage universel leurs représentants à l’Assemblée nationale en remplacement des délégués des colons. Les gouverneurs étaient remplacés par des commissaires généraux de la République. Celui de la Guadeloupe, Adrien Gatine, s’entoura de nombreux colons comme conseillers, et devait peu à peu supprimer les libertés de réunion et d’expression proclamées à son arrivée dans la colonie en juin 1848.

Le système de gouvernement de l’île par un gouverneur assisté d’un conseil privé et d’un conseil colonial composés des colons les plus nantis, dont les pouvoirs étaient essentiellement consultatifs mais qui déléguaient des représentants auprès du ministre de la Marine, fut supprimé en 1848. La constitution de 1852 mit fin à la représentation coloniale à l’Assemblée et chargea le Sénat de l’élaboration d’une nouvelle réglementation législative des colonies. Dans le souci de maintenir dans ces territoires le principe d’une autorité forte et centralisée, le sénatus-consulte de mai 1854 réservait tout pouvoir législatif à l’empereur, le pouvoir exécutif étant confié aux gouverneurs, de même que la nomination des maires et des conseillers municipaux. Le sénatus-consulte rétablissait l’assemblée locale, le conseil général, dont les vingt-quatre membres, nommés pour moitié par le gouverneur, pour moitié par les conseillers municipaux, répartissaient le budget local et assumaient des fonctions consultatives relatives aux affaires locales. Le Sénat institua un comité consultatif auprès du ministre de la Marine et des Colonies. Les attributions du conseil général furent augmentées sur le plan de ses responsabilités financières locales - initiatives fiscales, fixation des taxes, des tarifs de douane et de l’octroi de mer - et de ses fonctions consultatives par le sénatus-consulte de juillet 1866. Mais le principe de la centralisation des pouvoirs dans les mains du gouverneur face à une assemblée locale dont les pouvoirs étaient essentiellement consultatifs devait rester en vigueur jusqu’en 1946, lorsque fut votée la loi de départementalisation. Et cela malgré les vœux toujours renouvelés d’une « décentralisation administrative » de la part des planteurs et « usiniers » (propriétaires d’usines sucrières) qui détenaient la majorité des sièges de l’assemblée locale.

Transformations économiques et sociales.

Au cours de la période 1848-1871 furent mises en place des structures économiques et socio-politiques fondamentales, dont certaines subsistent encore.

En 1848, sur un total de 129 000 habitants environ, la population esclave de la Guadeloupe était estimée à 87 087 personnes ; on comptait 13 000 Blancs et environ 30 000 « gens de couleur » libres. Sur 132 000 hectares de terre cultivable, seuls 34 000 ha étaient mis en valeur en 1848 dont 15 000 ha pour la culture de la canne à sucre, superficie qui passa à 13 000 ha en 1850, 18 000 ha en 1860 et 20 000 ha en 1874. La production sucrière subit au moment de l’émancipation une diminution notable, passant de 35 000 t environ avant 1848 à 20 000 t en 1851, 17 000 t en 1852, 16 000 t en 1853. La culture d’autres denrées dites « secondaires », telles que le café, le cacao, le coton, les épices, le tabac ou le roucou, progressa, par contre de manière importante à partir des années 1850 sur des terres occupées par d’anciens esclaves établis comme petits exploitants agricoles. Ces derniers, contrairement à ceux de la Martinique, refusaient de s’associer aux propriétaires en métayage ou colonage partiaire. Colons et administrateurs locaux, accusant les anciens esclaves d’avoir « déserté » les plantations, exigèrent du gouvernement central l’immigration de travailleurs étrangers, originaires d’Afrique et surtout d’Inde à partir de 1852. La modicité de leurs salaires - équivalant à environ un tiers du taux légal - écartait du marché du travail les nouveaux libres, salariés potentiels. Si certains « nouveaux libres » mirent en valeur des terres laissées en friche sous l’esclavage (Côte sous-le-vent, Capesterre, Trois-Rivières en Basse-Terre, Grands-Fonds en Grande-Terre), la très grande majorité d’entre eux resta sur les plantations dans l’attente d’un salaire.

Les « grandes centrales » et leurs conséquences sociales.

Parmi les « ajustements » que subit l’économie de la Guadeloupe après la suppression de l’esclavage, la construction de grandes usines sucrières dites « grandes centrales » apparaît comme fondamentale pour l’évolution ultérieure de l’île. Quatre usines « perfectionnées », construites après le tremblement de terre de 1843 par la Compagnie générale des Antilles, fonctionnaient en Guadeloupe et à Marie-Galante avant que ne s’amorce le mouvement de concentration des terres et de construction des « grandes centrales » à partir des années 1860. L’installation dans l’île de la Société de crédit colonial (1860) puis du Crédit foncier colonial (1863) permit l’investissement de capitaux français et martiniquais - mais non guadeloupéens - pour la construction des premières usines sucrières, dont la technologie nouvelle rompait avec les installations traditionnelles dites du « père Labat ». La production sucrière augmentait malgré la concurrence croissante du sucre de betterave et l’ouverture du marché français aux sucres étrangers par le traité de libre-échange de 1861.

Malgré les observations de quelques administrateurs contemporains, conscients que le versement de salaires décents procurerait une main-d’œuvre suffisante aux habitations (unité de production) sans recourir à l’immigration, le gouvernement français, comme les autorités britanniques, entreprit une politique d’immigration qui s’exerça dans diverses directions. Après l’échec de l’introduction d’Européens que l’on souhaitait voir prendre la tête de petites exploitations agricoles ou développer certains domaines de l’artisanat (Français, Madériens) et de Chinois, le gouvernement négocia l’immigration de plusieurs milliers d’Africains puis surtout d’Indiens qui débarquèrent en Guadeloupe par cargaisons de 300 à 400 personnes entre 1854 et 1889. On estime le nombre des immigrants indiens en Guadeloupe à un total de 40 000 personnes environ.

La construction des centrales sucrières et leur équipement en machines essentiellement produites par l’entreprise française Derosne et Cail s’inscrivent dans la « révolution industrielle » que connut la France à partir du milieu du XIXe siècle. Elles employaient quatre à cinq mois par an, le temps de la récolte de la canne à sucre et de la fabrication du sucre, une main-d’œuvre d’ouvriers agricoles à temps partiel, contraints de recourir à des moyens de subsistance annexes tels que les petits métiers de la ville, la pêche et la culture de petits lopins de terre.

L’enseignement fut confié à des congrégations religieuses. Les autorités civiles de la colonie qui rémunéraient le clergé enseignant limitèrent le nombre d’années de scolarité et orientèrent cet enseignement - souvent réduit à l’instruction religieuse et à des rudiments de lecture et d’écriture - vers la mise en valeur des travaux agricoles.

Effervescence politique et tension sociale.  

Plusieurs scrutins eurent lieu en Guadeloupe pour l’élection de trois (août 1848) puis deux (juin 1849 et janvier 1850) représentants de la colonie à l’Assemblée nationale constituante puis législative. Les colonies ne participèrent pas à l’élection du président de la République de décembre 1850. Entre 1848 et 1852, la vie politique, en Guadeloupe, fut marquée par l’activité de la franc-maçonnerie. Une loge des Disciples d’Hiram avait été fondée en 1836 à la suite de l’octroi de droits politiques aux « hommes de couleur libres » en 1831. Les franc-maçons convoquèrent des réunions politiques, ouvrirent des clubs (le plus célèbre fut la Concorde), créèrent le premier journal républicain de l’île, Le Progrès (juin 1849-mai 1850).

Les colons se regroupèrent autour d’un Parti de l’ordre bénéficiant de l’appui du commissaire général de la République, puis des gouverneurs qui lui succédèrent dès novembre 1848. Ils disposaient, depuis le début du XIXe siècle, des principaux organes de presse de la colonie, L’Avenir et Le Commercial. Une tendance républicaine apparut dans le sillage de Victor Schœlcher, grand bourgeois d’origine alsacienne, franc-maçon, président de la Commission d’abolition de l’esclavage et auteur du décret du 27 avril 1848. Autour de l’abolitionniste, éphémère ministre des Colonies du 5 mars au 17 mai 1848, se pressèrent de nombreux admirateurs colonisés, venus le plus souvent de la franc-maçonnerie, rassurés par ses idées et son programme politique.

En 1849 se firent connaître les partisans d’une rupture avec la puissance coloniale. Ils prônaient ouvertement l’indépendance de la Guadeloupe. Ils s’étaient dôtés d’un drapeau original, d’une presse clandestine faisant circuler dans les îles des journaux manuscrits, La Canaille et Le Brigand. Ce groupe enraciné, semble-t-il, dans l’île de la Basse-Terre proposait l’abandon de la canne à sucre et son remplacement par des cultures vivrières. Leur chef, le Nègre libre Marie-Léonard Sénécal, ancien régisseur de plantation, fut accusé de vouloir reproduire dans l’archipel les événements de Saint-Domingue-Haïti. Après un procès politique retentissant en septembre 1851, il fut condamné aux travaux forcés, au bagne de Cayenne, pendant dix ans et non autorisé à revenir en Guadeloupe ; il choisit de vivre en Haïti. Émeutes, charivaris, réunions politiques se succédaient pendant cette période de campagne électorale presque ininterrompue. Chaque scrutin fut l’occasion de fraudes, d’incidents souvent graves et sanglants tels ceux survenus en juin 1849 à Marie-Galante. Sur fond d’émeutes et d’incendies, avec la crainte, de la part des colons, d’un « complot des mulâtres » qui soulèverait les anciens esclaves, l’atmosphère de tension sociale aboutit à la proclamation de l’état de siège dans l’île par le gouverneur, le colonel Fiéron, et à une série de procès politiques jugés en conseil de guerre (1850-1851). L’une des actions arbitraires du colonel Fiéron, de triste mémoire dans l’histoire guadeloupéenne, fut le renvoi en France du préfet apostolique de l’île, l’abbé Dugoujon, qui avait pris fait et cause pour la défense des droits des nouveaux libres.

L’action de Victor Schœlcher qui, sans venir aux Caraïbes, remporta chaque scrutin mais opta pour la représentation de la Martinique, laissant son siège de la Guadeloupe au Nègre Louisy Mathieu, élu suppléant, se situe au cœur du débat politique dans les deux colonies. Symbole en Guadeloupe de la liberté et de la légalité républicaines, Schœlcher, opposé au candidat Cyrille Bissette, « homme de couleur » martiniquais qui s’était allié aux colons et avait remporté de nombreux suffrages en Martinique, inspira les courants politiques de gauche aux colonies tout en prônant l’assimilation - considérée comme révolutionnaire à l’époque - des droits sociaux et politiques des populations locales à ceux de la population française. Alors qu’à chaque scrutin de 1848-1850 la participation atteignit plus de 65%, l’élection des représentants coloniaux de mars-avril 1871 ne sensibilisa que 11% des électeurs. Le régime colonial du second Empire, particulièrement répressif, avait entraîné une démobilisation politique de grande ampleur. La forte abstention qui marqua le scrutin de 1871 devait caractériser jusqu’à nos jours la pratique électorale en Guadeloupe.

Le principe de l’élection au suffrage universel des conseillers généraux et municipaux fut rétabli en 1870 mais l’assemblée locale resta aux mains des « grands Blancs », majoritaires au moins jusqu’à la fin du siècle. L’élection des premiers « hommes de couleur » à cette assemblée - dont le nombre de membres passa de vingt-quatre à trente-six en 1879 - pendant la dernière décennie du XIXe siècle, tels Adolphe Cicéron, Alexandre Isaac, Vital Borifax ou Hégésippe Legitimus ne modifia ni les structures économiques ni le statut législatif de la colonie.

Agitation sociale.

La croissance relative des années 1860-1882 est suivie à partir de 1884 par une longue phase de régression de la production de sucre. Une période de crise s’ouvre en cinq étapes : crises de 1883-1886, 1892-1895, 1900-1904, guerre de 1914-1918 et Seconde Guerre mondiale. Les trois premières crises découlent des mesures protectionnistes prises par la France pour le sucre de betterave et d’une situation de surproduction sucrière mondiale. C’est au cours de cette période que naît en Guadeloupe un puissant mouvement social contrôlé par des Nègres qui va pouvoir s’exprimer pendant deux décennies. Le 14 juillet 1891 paraît Le Peuple, journal « révolutionnaire et socialiste fondé par le Comité de la jeunesse républicaine ». Après lui, Le Cri du Peuple, La Cravache, après 1898, et L’Émancipation, organe de la fédération socialiste de la Guadeloupe publié en 1902, vont exprimer la voix du socialisme en Guadeloupe.

Certains de ses partisans s’associent avec Achille René-Boisneuf pour créer le Parti libéral, qui a son organe de presse, Le Libéral. En 1902, Legitimus fait campagne pour la candidature de Alfred-Léon Gérault-Richard (1860-1911). On trouve dans le Journal de Jules Renard un savoureux portrait de ce singulier député de la Guadeloupe de 1902 à 1911, qui prône l’entente du capital et du travail. L’expérience socialiste s’enlise dans la corruption électorale, la fraude toujours active et une politique de collaboration de classes. Gérault-Richard, véritable « dictateur de la colonie » selon les termes de Legitimus lui-même, réclamait au ministère des Colonies l’envoi de troupes en Guadeloupe pour mater des bandes d’émeutiers. Pour faire face à la crise économique qui sévit, Legitimus veut établir un « modus vivendi entre le capital et le travail » (L’Émancipation du 23 janvier 1903). Les socialistes devenus les alliés des planteurs pratiquent la violence politique en utilisant l’appareil d’État colonial mis à leur disposition.

Le mouvement social se cristallisa dans la création de plusieurs organismes : en 1907 la Fédération mutualiste de la Guadeloupe et dépendances, en 1910 la Fédération du crédit agricole de la Guadeloupe et une bourse du Travail à Pointe-à-Pitre. En 1920 apparaît l’Union générale du personnel de la Guadeloupe et dépendances et, en mars 1926, l’Association professionnelle des fonctionnaires de la Guadeloupe. La même année (1926) étaient fondés le Syndicat des ouvriers de l’imprimerie et la Fraternité ouvrière, syndicat des ouvriers du bâtiment.

Les composantes économiques et sociales.  

 Le problème de l’assimilation est posé par le pouvoir central d’abord de manière indirecte par la Convention, puis par Victor Schœlcher en 1848. Le gouvernement central suscite un courant d’intérêt autour de l’assimilation économique à partir de 1870-1875, quand le mouvement de concentration des terres et d’investissements financiers français se développe dans l’île. Jules Ferry souligne l’orientation de la politique coloniale de la France qui cherche à créer de nouveaux consommateurs. La loi douanière de 1892 marque un retour au protectionnisme.

Au début du XXe siècle, la France incita les producteurs de sucre de Guadeloupe à contourner la crise de surproduction sucrière en fabricant du rhum, denrée qui entra elle-même en concurrence avec des alcools produits en France même vers 1930. Un troisième substitut à la monoculture sucrière fut alors développé : la culture de la banane qui prospéra jusqu’à la départementalisation. Inversement, le marché était progressivement envahi par les produits alimentaires et manufacturés français qui bénéficiaient de la franchise douanière. Les structures foncières ont peu changé depuis le XIXe siècle. En 1960, 0,5% du nombre des propriétaires ruraux recensés possédaient encore 55% des terres cultivées. Le développement de la petite propriété « vivrière » fut limité jusqu’à nos jours par le mouvement de concentration des terres dont la Société anonyme des usines de Beauport (S.A.U.B.), qui avait son siège à Bordeaux, fournit un exemple probant. Elle possédait en 1952 environ 12 500 hectares sur les territoires des trois communes de Port-Louis, Anse-Bertrand et Petit-Canal en Grande-Terre, se partageant 62% des surfaces sucrières de la Grande-Terre avec les deux autres groupes français que sont la S.I.A.P.A.P. (Société industrielle et agricole de Pointe-à-Pitre) et les Sucreries d’outre-mer. 23% des terres (11 000 ha) étaient contrôlés par des organismes martiniquais et 14% seulement par des Guadeloupéens.

Une réforme foncière en plusieurs étapes, amorcée en 1961-1963, poursuivie en 1980, tente une nouvelle adaptation des structures économiques coloniales en morcelant les grandes propriétés, en louant ou en vendant des lotissements à de petits exploitants (création de la S.A.T.E.C., Société d’aide technique et de coopération, et d’une S.A.F.E.R., société d’aménagement foncier et d’établissement rural). Quatre usines centrales continuent en 1982 la production, partiellement alimentées en canne par de petits planteurs : celles de Beauport, Gardel et Grosse-Montagne en Guadeloupe, et celle de Grand’Anse à Marie-Galante. La production de la banane (développée en Basse-Terre) émane essentiellement de propriétés de taille moyenne, mais il existe aussi de grands domaines. Les difficultés d’écoulement des productions freinent les tentatives de réforme agraire. Le secteur de la pêche, essentiellement artisanale et souvent pratiquée comme activité annexe, souffre de trop faibles moyens et de techniques archaïques, à tel point que la Guadeloupe doit chaque année importer une proportion importante de sa consommation de poisson. L’industrie et le tourisme que le Ve Plan projeta de développer par la concession d’avantages fiscaux aux promoteurs restent très limités et peu productifs. La plupart des entreprises installées dans la zone industrielle de la Pointe-Jarry - mises à part une centrale électrique, une cimenterie, une minoterie et une brasserie - se consacrent essentiellement au conditionnement de marchandises importées. Quant au tourisme, il souffre de l’absence de structures d’accueil de taille et de prix moyens à côté des établissements hôteliers de luxe.

Structures économiques bien mal adaptées aux besoins de la population de la Guadeloupe composée de 55% de jeunes âgés de moins de vingt ans, essentiellement employée dans le secteur tertiaire, et urbaine pour près de 50% ; les jeunes demandeurs d’emploi doivent émigrer vers la France, le plus souvent par le biais d’organismes tels que le Bumidom (Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d’outre-mer), créé en 1963 et remplacé en 1982 par l’A.N.T. (Agence nationale pour l’insertion et la promotion des travailleurs d’outre-mer). L’émigration massive déclenchée en 1960 par le « plan » du général Nemo a surtout concerné de jeunes Guadeloupéens (95% ont moins de 35 ans), célibataires pour la plupart (90%), en majorité des hommes (60%) issus des catégories sociales les plus défavorisées et de bas niveau scolaire, qui arrivent en France sans assurance d’emploi. Combien sont-ils à y vivre dépourvus de toute qualification, contraints d’accepter des emplois sous-payés à titre d’auxiliaires ou de vacataires dans l’Assistance publique, la R.A.T.P., les P.T.T., Air-France, la police, le bâtiment ou en usine, à subir le chômage et le racisme ? Les chiffres évoluent entre 150 000 et 250 000.

Il faut noter que, depuis le début des années 1980, la part de l’accroissement naturel dans l’augmentation du nombre d’habitants à la Guadeloupe, comme à la Martinique, est en diminution, au profit de l’immigration.

La dimension politique.

La stratégie d’une assimilation politique qui s’amorce vers 1891 et se développe vers 1925 - à la suite des mesures d’assimilation économique - aboutit en 1946 au vote de la loi du 19 mars « tendant au classement comme département français de la Guadeloupe ». Malgré certaines réticences guadeloupéennes - la population ne fut pas consultée -, la loi du 19 mars 1946, défendue en effet par Gaston Monnerville et par le député de la Martinique Aimé Césaire - rapporteur du projet -, entrait progressivement en application au cours des années 1950-1980. Les préfets remplaçaient les gouverneurs, avec des pouvoirs tout aussi étendus. Le conseil général, ayant perdu l’autonomie financière par la loi du 30 mars 1948, ne contrôlait plus l’appareil administratif. La caisse de sécurité sociale ouvrait en septembre 1950 avec des restrictions au niveau des prestations sociales et des allocations familiales.

Après la création en avril 1944 de la section guadeloupéenne du Parti communiste français, qui devient Parti communiste guadeloupéen en 1958, le jeu politique va se compliquer sous la pression des difficultés économiques et sociales. La grève générale de mars 1946 est suivie par des grèves dures (1947, 1948, 1949, 1950). Le 14 février 1952, c’est la tuerie du Moule, qui frappe la population et les ouvriers de l’usine Gardel. En janvier 1963 naît le Groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe (G.O.N.G.), qui entreprend de dénoncer la collusion du P.C.G. avec les autorités locales. En juin 1965 est créé le Front guadeloupéen pour l’autonomie (F.G.A.). En 1967, l’atmosphère s’alourdit : une émeute éclate à Basse-Terre après une manifestation de racisme (20-22 mars) et la répression s’abat sur la grève des ouvriers du bâtiment, faisant 49 morts (26 et 27 mai). Du 19 février au 1er mars 1968 se déroule le procès de 18 patriotes guadeloupéens accusés d’avoir « porté atteinte à l’intégrité du territoire français ». En 1973, un Parti des travailleurs guadeloupéens (P.T.G.) se forme dans la clandestinité, et, en décembre 1978, l’Union populaire pour la libération de la Guadeloupe (U.P.L.G.), qui constitue le 13 décembre 1981 le Mouvement pour l’unification des forces de libération nationale de la Guadeloupe (M.U.F.L.N.G.) ; Regroupant des organisations syndicales et les Chrétiens pour la libération de la Guadeloupe (C.P.L.G.) avec le Progrès social. Le M.U.F.L.N.G., qui se manifeste le 6 janvier 1982 (conférence de presse) se voit concurrencé par des groupes plus actifs : le Groupe guadeloupéen de libération armée (G.L.A.) en 1980, le Mouvement populaire pour la Guadeloupe indépendante (M.P.G.I.) et l’Armée de libération nationale (A.L.N.) en 1982. Le malaise politique causé par l’affrontement des partisans d’une départementalisation accentuée et des partisans de l’autonomie ou de l’indépendance se reflète dans le fort taux d’abstention qui caractérise chaque scrutin (65% aux élections législatives de 1981). Le projet de loi de décentralisation, en application de la loi du 2 mars 1982 relative aux droits et libertés des communes, des départements et des régions, a été adopté le 31 décembre 1982 par l’Assemblée nationale pour les départements d’outre-mer. En février 1983 a été élu un conseil régional de 41 membres investi de pouvoirs plus étendus que l’assemblée précédente.

Reconstruire après Hugo.

Dans la nuit du 16 au 17 septembre 1989, un hurricane dévastateur s’abat sur l’archipel : Saint-François, Sainte-Anne, Le Moule, Anse-Bertrand, Port-Louis, Petit-Canal, Le Gosier... autant de villes sinistrées de la Grande-Terre. On estime à 8,5 milliards de francs le coût des dégâts. Trente mille logements sont détruits ou gravement endommagés, cinquante mille familles sont sans abri, sans eau potable, ni électricité. La récolte de bananes, les cultures vivrières ont été détruites dans leur totalité et le bétail a beaucoup souffert. Des travaux de construction conformes aux normes insulaires, aux règles parasismiques et paracycloniques semblaient s’imposer dans un pays dont un quart des logements sont reconnus insalubres.

Les autorités souhaitaient régler à cette occasion de vieilles questions telles que la remise en état des réseaux E.D.F. et des télécommunications. Le plus important était de faire redémarrer l’économie de l’archipel. Le passage du cyclone Hugo puis une sécheresse prolongée entraînèrent les très mauvais résultats de la campagne sucrière de 1990 : moins de 350 000 tonnes de cannes broyées et moins de 30 000 tonnes de sucre extraites. Après un tel désastre (120 millions de francs de perte) se posa une fois de plus le problème de l’avenir de la filière canne-sucre, alors qu’un redressement de la production avait été noté depuis le creux de 1984. Le maintien de l’usine de Grand-Anse de Marie-Galante, vital pour l’économie insulaire, semble acquis. La restructuration des trois autres unités de production, Gardel, Grosse-Montagne et Beauport, pourrait conduire à la mise en place d’une société d’économie mixte.

Le gouvernement, voulant moderniser l’industrie sucrière, envisage de fermer l’une des quatre usines, « des tas de ferraille » selon les experts, qui perdent chaque année l’équivalent du total des aides de l’État aux planteurs de canne à sucre. Leur déficit, estimé à 84 millions de francs en 1990, est couvert par le conseil général et le conseil régional. Au-dessous de 500 000 tonnes de broyage, une usine n’est pas rentable ; or la Guadeloupe produit 800 000 tonnes avec quatre usines. La décision fut prise de fermer Beauport. Le rhum est menacé également : l’alcool des îles ne payait jusqu’en 1993 que la moitié des droits fiscaux perçus en France.

Il est question d’indemniser les secteurs de l’horticulture, du maraîchage, des cultures fruitières et d’améliorer le taux d’autosuffisance de la Guadeloupe. Le secteur agricole, qui n’emploie plus que 15% de la main-d’œuvre guadeloupéenne en 1990, assure encore plus de la moitié des exportations. Les producteurs de bananes de l’archipel s’inquiètent de l’entrée en vigueur de l’Acte unique européen en 1993. L’implantation de la banane, relativement récente (début du XXe siècle) a commencé à se développer au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Elle atteint en Guadeloupe 29% de la valeur de la production agricole totale ; 78% de la production de bananes (155 000 tonnes) ont été exportés en 1987. Les rendements paraissent toutefois assez bas (de 20 à 25 t/ha), si on les compare à ceux des pays continentaux des Caraïbes (plus de 40 t/ha), mais ils sont équivalents à ceux du premier producteur mondial, l’Équateur.

Autre contrainte : la topographie des lieux ne permet guère de rationaliser la récolte et le conditionnement. Mais l’obstacle majeur au développement de la banane insulaire demeure le climat. La banane étant en effet une plante fragile au vent, le niveau de la production est rythmé par les cyclones. À cet égard, les pays d’Afrique et l’Équateur sont favorisés.

Malgré la reprise de la production en 1991-1992, les deux mille huit cents planteurs de bananes redoutent les conséquences du Marché unique européen et dénoncent les « importations sauvages » en provenance d’Afrique (surtout du Cameroun) ou du continent américain.

Un projet d’installation d’une raffinerie pétrolière a été rejeté en avril 1990 par le conseil régional de la Guadeloupe. La société Black Diamond Petroleum (B.D.P.) - un groupe d’investisseurs britanniques et nord-américains - installés dans les îles Vierges britanniques avait retenu trois sites aux Caraïbes : l’île de Grand Bahama (Bahamas), Pointe-à-Pierre (Trinidad et Tobago) et la Guadeloupe. Son projet reposait sur « l’utilisation des surplus de pétrole brut lourd mexicain et vénézuélien à forte teneur en soufre et relativement peu coûteux » pour produire de l’essence sans plomb et du carburant aéronautique destinés aux États-Unis.

Comment atténuer le chômage qui touche 32% de la population de la Guadeloupe ? Les autorités veulent miser sur le développement du tourisme, qui employait trois mille personnes en 1990 avec un chiffre d’affaires de 1,5 milliard de francs (34% du P.I.B.). L’administration centrale préfère miser sur le R.M.I. La loi du 1er septembre 1988 relative au Revenu minimum d’insertion voulait instaurer un revenu d’urgence pour des populations exclues du mécanisme habituel d’accès au marché du travail. Elle établit une allocation différentielle pour porter le revenu des personnes les plus démunies au-dessus d’un certain seuil. Ce seuil du R.M.I. en Guadeloupe est de 20% inférieur à celui de la France (2 253 francs à la même date). Le R.M.I. institue aussi une politique d’insertion sociale et professionnelle des personnes en difficulté. Celle-ci peut porter sur l’activité professionnelle ou la formation, sur l’autonomie sociale (santé, alphabétisation...) ou sur le logement.

Oruno D. LARA

L’Ensemble de nos Départements d’outre-mer souffrent de la maltraitance de la Métropole vis-à-vis de ces peuples qui furent constamment sous l’emprise de Paris.

  • Des salaires inférieurs à ceux des travailleurs de la Métropole.
  • Des denrées alimentaires 50% plus chère qu’en Métropole.
  •  Plus des trois quarts des terres appartiennent à une poignée d’anciens esclavagistes.
  • Les transports aériens coûtent une petite fortune aux citoyens Français de Guadeloupe ou des autres Départements d’outre-mer. C’est inadmissible : La Nation n’a pas de Sous citoyens, ce sont les gouvernements, mais surtout Air France qui doit revoir à la forte baisse ses tarifs entre toutes les composantes de la citoyenneté Française.
  • L’État doit autoriser les peuples des Antilles à pouvoir commercer avec les États voisins. Il est inadmissible de constater que tout le ravitaillement des Antilles doit obligatoirement passer par la Métropole.
  • Bien des choses sont à revoir pour que nos Départements d’Outre-mer nous pardonnent les ignobles procédés esclavagistes que nous leur avons imposé des siècles durant.

 

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