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L’Afrique, ses malheurs, et ce n’est pas terminé !..

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Mercredi 23 février 2005, par Paul Vaurs // L’Afrique

Longtemps perçue comme un chapitre accessoire de l’histoire coloniale moderne, la traite des Noirs constitue un champ de recherches interdisciplinaires qui privilégient tout autant les relations entre les négriers de Liverpool et les industriels de Manchester, durant la révolution industrielle, que l’évolution démographique et politique des ethnies côtières du continent noir, à la fin des grands flux de déportation d’Africains. Des captifs noirs furent utilisés un peu partout dans l’Antiquité, aussi bien dans l’Égypte des pharaons qu’en Grèce et à Rome. Durant le haut Moyen Âge apparaissent des circuits de trafic de Noirs vers l’Indonésie, la Chine et, surtout, vers l’Inde. Néanmoins, les découvertes maritimes des XV°et XVI° siècles et l’émergence d’une économie mondiale, où l’esclavage noir devient un facteur de production indispensable à l’exploitation des plantations américaines, ont donné au commerce de captifs africains des dimensions jusqu’alors inconnues. Loin de se réduire aux opérations de capture, de troc, d’achat, de vente et de transport d’Africains d’une côte à l’autre des océans, la traite des Noirs s’est insérée dans une trame complexe de relations politiques, économiques et sociales au sein de la révolution commerciale que précédèrent et préparèrent les transformations accomplies par la révolution industrielle. Au cours des décennies de 1970 et de 1980, des sources disponibles dans différents pays du Vieux et du Nouveau Monde ont été rassemblées et informatisées, permettant ainsi que des équipes internationales de chercheurs soumettent les interprétations traditionnelles sur la traite des Noirs à une vérification critique et empirique.

Recouvrant dès lors un domaine qui englobe des sciences aussi diverses que l’anthropologie, l’épidémiologie, la démographie, l’économétrie, ainsi que l’histoire de l’Europe, de l’Amérique et de l’Afrique, les études actuelles sur la traite apportent un nouvel éclairage sur l’évolution des nations de ces trois continents et permettent de mieux saisir les différents stades de l’économie atlantique, depuis les découvertes du XVI° siècle, jusqu’à la veille, de la Première Guerre mondiale.

Le commerce d’esclaves en Afrique

Pour mesurer les conséquences du pillage exercé sur les populations du continent noir, on doit tenir compte de plusieurs facteurs. Avant que les îles atlantiques de Madère, des Canaries, et l’Amérique ne soient reliées au commerce négrier, des réseaux caravaniers et maritimes approvisionnent déjà le nord de l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Inde et l’Insulinde en captifs originaires d’Afrique noire. Le Maroc, Tripoli, l’Égypte et l’Arabie du Sud se détachent alors comme des marchés régionaux d’esclaves. Commencée avant la Grande Déportation atlantique (XVI°-XIX°.), la traite transsaharienne orientée vers le nord de l’Afrique et l’Arabie prendra fin aussi après celle-ci. Au total, près de 8 millions d’esclaves seront transportés par les réseaux transsahariens et ceux de la corne de l’Afrique entre le VIII° et le XIX° siècle . Moins intenses mais plus pérennes que celles de l’Atlantique, les déportations vers le nord - nord-est de l’Afrique sont aussi moins connues. Touchant à des questions traumatisantes du passé des sociétés et des nations, la discussion sur la traite dépasse parfois le débat historique pour s’engager dans la polémique politique. La sous-estimation du nombre de Noirs transportés vers l’Amérique est éventuellement perçue comme un moyen destiné à minimiser les conséquences du pillage occidental sur l’Afrique, alors que les études sur la traite transsaharienne, concernant généralement le monde islamique, peuvent être suspectées de vouloir envenimer les rapports entre Arabes et Noirs d’Afrique.

Trois marchés esclavagistes ponctionnent les populations noires à l’époque moderne : le premier est celui des zones esclavagistes à l’intérieur même de l’Afrique, dans la région subsaharienne, le second, le Moyen-Orient et le Maghreb, le troisième, l’Amérique. Chacun de ces marchés possède ses propres caractéristiques. En Afrique subsaharienne, le prix des captives dépassait celui des captifs, car la productivité des femmes, non seulement comme domestiques, épouses et mères, mais aussi comme travailleuses, était supérieure à celle des paysans et des artisans masculins dans la plupart des sociétés de l’Afrique noire. Structurellement limitée, en raison de la demande restreinte des produits mis en valeur par des captifs, cette économie africaine donna néanmoins lieu à des réseaux de traite qui facilitèrent la pénétration du grand commerce atlantique d’esclaves au XVI° siècle. En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, les prix des captives étaient plus élevé encore que dans la région subsaharienne, bien que des esclaves masculins y fussent aussi utilisés dans l’agriculture et dans les tâches militaires. En Amérique prédominait, en revanche, l’utilisation d’esclaves masculins. Des recherches concordantes démontrent que les écarts de prix entre les captifs et les captives, les différences de mortalité entre les esclaves des deux sexes pendant la traversée océanique ou le choix des colons esclavagistes à l’achat n’expliquent pas le fait que le nombre d’hommes atteignît en moyenne le double de celui des femmes parmi les 10 millions d’Africains arrivés au Nouveau Monde . En réalité, si moins de captives furent vendues dans les ports de traite, c’est parce que les femmes étaient plus demandées que les hommes sur les marchés esclavagistes de l’Afrique.

Effets de la Grande Déportation

Avant 1650, la traite vers le Nouveau Monde portait sur moins de 10 000 esclaves par an. Ces ponctions, limitées à l’échelle du continent, pesaient déjà sur les régions les plus atteintes : haute Guinée, Sénégambie, Congo, Angola et peut-être Bénin. Un tournant se produit au cours du premier quart du XVIII° siècle, lorsque la demande américaine, activée par l’essor des plantations en Amérique du Nord et aux Antilles, ainsi que par l’exploitation simultanée de l’agriculture et des mines d’or au Brésil, fait quadrupler les prix des esclaves en Afrique. L’Amérique devient la plus grande zone esclavagiste du monde, dépassant de loin les marchés du Moyen-Orient. Cette hausse du prix des « pièces » accentue les mécanismes sociaux et les politiques de production d’esclaves en Afrique : on voit s’intensifier les razzias perpétrées par les ethnies guerrières, les enlèvements organisés par des bandes, les pratiques coutumières punissant des délits divers de la peine de captivité. En même temps entrent en lice les grandes zones africaines de déportation : baie du Bénin, Côte de l’Or, Loango et surtout Angola. L’accroissement de la demande américaine entraîne une hausse des prix des captifs, diminuant du même coup les transferts d’esclaves vers le Moyen-Orient et la région subsaharienne. Sous l’effet de ces déplacements massifs de population, les sociétés africaines subissent de profonds changements.

1600-1700. Les nouveaux conquérants : Hollande, Angleterre, France, Russie

La prépondérance de l’Espagne et du Portugal s’achève au cours du XVII° siècle devant les appétits commerciaux des autres grandes puissances européennes. Les Provinces-Unies...Récolte du café dans une plantation brésilienne, vers 1750. Assis à l’ombre, un contremaître surveille les ouvriers. Le débat relatif aux ponctions esclavagistes sur le continent noir est déjà ancien. Malthus écrivait au début du XIX° siècle que la démographie africaine pouvait combler les pertes humaines causées par la traite océanique. À la même époque, les abolitionnistes européens affirmaient, au contraire, que ces prélèvements dépeuplaient l’Afrique. Une étude localisée et méticuleuse (P. Manning et W. S. Griffiths, 1988) montre que la traite atlantique a durement éprouvé les populations des régions côtières de l’Afrique de l’Ouest. Peuplées de 25 millions d’habitants en 1730, ces régions avaient perdu de 3 à 7 millions d’habitants en 1850. Même si elles ont été moins nombreuses que celles des hommes, les déportations de jeunes femmes dans la tranche d’âge de 15 à 29 ans, les années les plus favorables de la fécondité féminine, ont lourdement pesé sur la reproduction des populations de la région. Toujours en Afrique de l’Ouest, où les études démographiques sont plus poussées, on peut estimer à environ 12 millions le nombre d’individus capturés à partir de 1700. De ce total, 6 millions ont été déportés outre-mer, 4 millions furent livrés à la captivité domestique et les 2 millions restants périrent en Afrique au cours du processus de leur mise en esclavage.

Les déplacements des circuits de traite

S’il est certain que les migrations forcées furent plus lourdes en Afrique occidentale et centrale, toutes les autres régions ont été touchées à des degrés divers. C’est vers la fin du XVIII° siècle que les migrations forcées ont atteint leur apogée, avec des moyennes annuelles de 100 000 individus transportés outre-mer. Ce niveau élevé s’est maintenu au début du XIX° siècle. On assiste alors à un déplacement des zones de capture d’esclaves : du littoral vers l’intérieur, et de l’ouest vers l’est du continent. La branche du trafic négrier située en Afrique orientale, qui n’a duré qu’un siècle, reposait sur deux débouchés principaux. Le premier, qui concernait surtout les esclaves masculins, était constitué par les plantations européennes, d’abord celles du Nouveau Monde puis celles de l’océan Indien. Le second débouché, surtout pour les femmes esclaves, était le système esclavagiste du Moyen-Orient, lequel comprenait aussi le Kenya et l’île de Zanzibar. Dans les savanes du Nord et dans la corne de l’Afrique, les achats annuels n’ont pas dépassé 20 000 esclaves, mais l’impact démographique de ce trafic fut aussi important, car ce chiffre comprenait un nombre élevé de femmes. Plusieurs conséquences découlent de ces migrations.

Deux systèmes esclavagistes peuvent être distingués en Afrique noire : l’esclavage lignager ou parental et l’esclavage de marché. Dans le premier cas, les femmes esclaves, travaillant dans l’économie domestique, deviennent souvent des concubines ou des épouses dont les fils pourront éventuellement acquérir des droits qui abolissent leur statut d’esclaves. Cette forme d’esclavage, assimilatrice, prédominante dans les zones côtières, se propage vers l’intérieur de l’Afrique avec l’intensification de la traite atlantique. En conséquence, des changements apparaissent au cours du XVII° et du XVIII° siècle, dans la plupart des sociétés côtières, où la polygynie et le travail féminin se généralisent et s’intensifient à mesure que s’accroissent les transferts de jeunes hommes vers l’Amérique. Le second système africain, l’esclavage de marché, fut aussi modifié par la Grande Déportation. Contrairement à l’esclavage lignager ou parental, ce système engageait surtout des hommes. Isolés dans des cases, ceux-ci étaient privés de tout lien familial et travaillaient pour les couches aristocratiques et pour les marchés régionaux. Présent dans les savanes, où les réseaux transsahariens de trafiquants drainaient la plupart des captives, ce système engendra une couche d’individus asservis, désocialisés, transformés en marchandises, qui constituaient une véritable classe d’esclaves. À la fin du XVIII° siècle s’amorce le déclin de la traite vers le Nouveau Monde et, au XIX° siècle, le trafic de captifs vers l’océan Indien diminue. Ainsi, les circuits continentaux de traite, après avoir approvisionné les marchés étrangers au cours des siècles précédents, vont réorienter les ventes d’esclaves vers les marchés intérieurs africains.

Le regain de l’esclavage en Afrique

Pendant la période allant de 1780 (déclin de la traite vers l’Amérique du Nord et la majeure partie des Caraïbes) à 1850 (fin de la traite vers le Brésil), le prix des esclaves diminue de moitié en Afrique, mettant ceux-ci, en particulier les hommes, à la portée des acquéreurs africains. Étant donné que plus de femmes restent en Afrique et que les déportations d’hommes diminuent, on assiste à une poussée démographique. L’augmentation du nombre d’esclaves, offerts à un prix plus bas, permet l’expansion de l’esclavage africain de marché et des plantations du littoral, lesquelles produisent autant pour les marchés régionaux que pour l’étranger. De ce point de vue, la croissance des exportations agricoles africaines après la fin de la traite découle de l’augmentation de la demande européenne de produits tropicaux, mais aussi de la baisse des coûts agricoles induite par la chute du prix des esclaves. Cependant, la valeur des marchandises vendues (huile de palme, denrées agricoles, gommes, or), croissante dès le début du XIX° siècle, ne parvient pas à maintenir la part élevée de l’Afrique dans le commerce mondial qui était la sienne au moment de la traite des Noirs vers l’Amérique.

Commentaire

De toutes les étapes de la traite des Noirs, celle de la traversée atlantique est peut-être la mieux connue. Les achats et les ventes d’Africains outre-Atlantique donnèrent lieu, dans les États et les colonies impliqués dans ce type de commerce, à des registres fiscaux réguliers. Au total, plus du tiers des voyages négriers entrepris entre l’Afrique et l’Amérique, furent dûment enregistrés dans les archives du Vieux et du Nouveau Monde. Néanmoins, la dispersion, jusqu’à une date récente, de la documentation disponible, occasionna un nombre de spéculations au sujet de la Grande Déportation. À l’origine de ces équivoques se trouve peut-être l’idée que les esclaves étaient acquis à si bon marché dans les ports de traite africains, que, même si la mortalité était élevée au cours de la traversée, à l’issue du voyage, les profits des négriers restaient encore considérables. Or il est désormais établi que la valeur des produits destinés à l’achat d’Africains dépassait la valeur des autres composantes de l’entreprise négrière : salaires de l’équipage, nourriture des marins et des esclaves et prix du navire lui-même. Pendant le XVIII° siècle, près des deux tiers de la valeur des dépenses des trafiquants français concernent l’achat de marchandises de troc. Contrairement à l’idée reçue, les négriers avaient donc tout intérêt à éviter des taux de mortalité excessifs pendant le transport maritime des Africains. Avant le début du XVIII° siècle, les sources révèlent une mortalité moyenne de 20% des captifs pendant la traversée, avec des différences très importantes d’un navire à l’autre. Après 1700 se dégage une double tendance : d’une part, le taux de mortalité décline, d’autre part, la majorité des navires présentent des taux proches de la moyenne observée.

On note alors, parmi les négriers de toutes les nations, la généralisation de mesures visant à diminuer la mortalité en mer des esclaves. L’argument selon lequel des négriers de tel ou tel pays auraient soumis les esclaves à un « meilleur traitement » n’a pas de fondement statistique. Au milieu du XVIII° siècle, dans toutes les nations négrières, les taux de mortalité en mer se situent autour de 10% et, à la fin du siècle, ils tombent à 5%. Lors de la traite clandestine vers les Antilles et le Brésil, durant la première moitié du XIX° siècle, les taux de mortalité se sont de nouveau élevés. Cependant, l’analyse systématique de milliers de vaisseaux négriers n’a pas permis de déceler une corrélation statistique entre le tonnage, l’espace disponible, et la mortalité des esclaves transportés. Comme l’écrit l’historien H. S. Klein (1988), cela ne veut pas dire que les esclaves voyageaient confortablement ; « celà signifie simplement que, après beaucoup d’expériences, les négriers n’embarquaient que les esclaves en état de traverser l’Atlantique ».

Dans la seconde moitié du siècle, les navires négriers de différentes nations relèvent de modèles très proches et jaugent en moyenne 200 tonnes. Cette constatation sur la spécialisation des flottes de traite réduit la portée historique et statistique du « commerce triangulaire », dans lequel les produits européens étaient transportés en Afrique pour y être troqués contre des esclaves remis en Amérique, où ceux-ci s’échangeaient, à leur tour, contre du sucre expédié en Europe, au cours d’un seul, et unique voyage. En réalité, la majorité des produits américains arrivent en Europe dans des navires plus grands que ceux des négriers, alors que la majorité de ces derniers retournent vers l’Europe avec peu de frêt ou sur leur lest. Surtout, le plus volumineux et le plus durable des segments de la traite atlantique, vers le Brésil, qu’empruntaient 38% des esclaves transportés pendant la Grande Déportation fut largement bilatéral, très peu de navires négriers partant ou arrivant en Europe.

La traite et la colonisation de l’Amérique

La découverte de l’Amérique suscita l’unification épidémiologique de la planète, provoquant un choc microbien et viral chez les Amérindiens. Déjà atteintes par les maladies contagieuses qui frappaient les Européens et partiellement immunisées, certaines populations africaines parurent mieux adaptées que les Amérindiens au nouveau milieu épidémiologique américain. Dès lors, l’introduction d’Africains, favorisant la contagion chez les Amérindiens, incita les colons à acquérir davantage d’esclaves originaires de régions africaines immunisés contre les maladies infectieuses transmissibles, en particulier contre la rougeole et la variole. Perceptible dès le début du XVII° siècle, ce choix des colons contribua, à la fois, au dépérissement des populations amérindiennes et au développement de l’esclavage africain dans le Nouveau Monde. Les caractéristiques d’âge et de sexe des déportés conditionnèrent l’évolution démographique des populations noires américaines. La faible proportion de femmes parmi les esclaves, le fait que celles-ci aient déjà passé plusieurs années de leur période de fécondité en Afrique et le petit nombre d’enfants débarqués rendaient difficile la reproduction des esclaves en Amérique. Comme l’écrit C. Meillassoux, la reproduction « mercantile » des esclaves par le biais de la traite, était plus rapide et plus rentable que leur reproduction naturelle. Dans ce contexte, les États-Unis, où le taux de reproduction des esclaves a été positif dès le début du XVIII° siècle, constituent un cas à part dans les annales de l’esclavage moderne. Les arguments attribuant cette spécificité au « meilleur traitement » que les Américains auraient accordé à leurs esclaves ont été rejetés par les historiens démographes, qui ont démontré que la période de fécondité des captives était à peu près semblable dans toutes les régions américaines. Des recherches récentes soulignent, en revanche, l’importance de la durée de l’allaitement. Alors que les esclaves américaines adoptaient les méthodes de l’Europe du Nord, nourrissant leurs enfants pendant une année, dans les autres régions esclavagistes du continent, elles suivaient les traditions africaines, prolongeant l’allaitement au-delà d’une année.

Outre le déclin de la population amérindienne et le taux d’accroissement négatif des esclaves noirs, la traite atlantique fut aussi stimulée par les réticences des Européens à émigrer en Amérique. David Eltis remarque que, du point de vue de l’immigration, le continent américain constitue, jusqu’au milieu du XIX° siècle, une extension de l’Afrique plutôt qu’un prolongement de l’Europe. Pour chaque Européen arrivé au Nouveau Monde autour des années 1820, il entrait quatre, et peut-être cinq, Africains. C’est seulement après les années 1840 que les migrations européennes dépassèrent les transferts forcés d’Africains vers l’Amérique. Néanmoins, l’importance des esclaves ne repose pas uniquement sur le fait que, en Amérique, ils pouvaient être contraints de travailler lorsque les travailleurs libres s’y refusaient. En réalité, les captifs noirs furent liés à un secteur productif spécifique : ils attiraient plus d’investissements, travaillaient plus intensément, plus longuement, de façon plus coordonnée, et ils produisaient des marchandises pour le commerce et l’exportation à une échelle inégalée dans les secteurs coloniaux tributaires du travail libre. La coercition, l’absence de la division sexuelle du travail dans les champs et la reproduction mercantile des esclaves assurée par la traite atlantique entraînent des taux élevés d’activité économique chez les esclaves. Plus de 80% d’entre eux sont économiquement actifs dans les plantations, alors que, chez les agriculteurs libres contemporains, cette proportion plafonne entre 50 et 60%. ¨

La traite et l’économie atlantique

Parmi de nombreux textes contemporains, un mémoire rédigé au milieu du XVIII° siècle par les « Messieurs du commerce nantais » illustre l’importance que les contemporains attachaient à la traite : « Les richesses de nos colonies sont aujourd’hui le principal objet de notre commerce « et le commerce de Guinée en est tellement la base que, si, les négociants français abandonnaient cette branche du commerce, nos colonies seraient nécessairement approvisionnées, par les étrangers, de Noirs, » et, par une suite infaillible, de toutes les denrées de l’Europe qui s’y consomment, en sorte que, non seulement l’État serait privé de l’avantage des exportations, mais aussi des denrées des colonies nécessaires à sa propre consommation ; en un mot, l’abandon du commerce de Guinée entraînerait infailliblement la perte du commerce des colonies. De là, le fait que nous n’avons point de branches de commerce aussi précieux en l’État que le commerce de Guinée et qu’on ne saurait trop le protéger. »

L’abolition de la traite des Noirs

À l’issue d’un puissant mouvement d’opinion influencé par les philanthropes, le Parlement anglais abolit en 1807 la traite des Noirs, au moment même où cette activité était rendue très lucrative par l’essor de la production sucrière des colonies britanniques aux Antilles. Cette prohibition entre en vigueur dès 1808. De même, en 1807, les États-Unis promulguent une loi interdisant le commerce océanique d’esclaves, loi qui sera appliquée en 1808. Peu à peu, les lois nationales et les traités internationaux rendent cette activité illégale. On voit alors apparaître, souvent avec la complicité d’armateurs et de négociants européens, des réseaux de traite clandestine basés dans les colonies ibériques en Amérique, surtout au Brésil et à Cuba. Toute une économie souterraine, similaire à celle qui existe actuellement autour du trafic international de la drogue, fit son apparition dans l’Atlantique. Environ 7 750 navires négriers transportèrent près de 2 millions et demi d’Africains vers l’Amérique entre 1808 et 1867 (fin de la traite à Cuba). Le cinquième de ces navires et le seizième des esclaves qu’ils transportaient furent saisis en cours de route par les marines de guerre respectives des nations participant à la croisade abolitionniste. Bien que très peu de vaisseaux négriers aient été anglais et que moins de 1% de ces navires aient navigué dans les eaux territoriales britanniques, la Royal Navy fut responsable de la capture de 85% des 1 635 navires arraisonnés au cours de ce demi-siècle d’opérations diplomatiques, politiques et navales contre le trafic des Noirs.

Ces chiffres appellent plusieurs considérations. Tout d’abord, il ressort que les coups portés à l’activité des trafiquants par les forces navales abolitionnistes n’étaient pas suffisants, pour stopper la traite clandestine. Celle-ci ne connaîtra un arrêt définitif qu’à partir du moment où les pays importateurs d’esclaves seront amenés, surtout et d’abord en raison de la pression anglaise, à expliquer les lois nationales interdisant « l’infâme commerce ». Au Brésil, ce changement de politique engendre, en 1850, une véritable renaissance de l’État qui avait proclamé son indépendance à l’égard de la métropole portugaise en 1822. À Cuba, la fin définitive de la traite étiole la domination coloniale espagnole dans les Caraïbes et ouvre la voie à la prépondérance américaine dans la région. Ensuite, il faut tenir compte du rôle spécifique du gouvernement anglais dans la campagne abolitionniste. Par sa politique antinégrière, l’Angleterre consolide la Pax britannica en Afrique et en Amérique latine, réalisant ainsi la domination économique et diplomatique du monde amorcée à l’issue du congrès de Vienne.

L’objet de cet article n’est pas d’esquisser une histoire générale de la colonisation mais de poser les problèmes relatifs aux différentes étapes de cette histoire. L’expansion de l’Europe du XVI° au XX° siècle a été l’un des événements les plus importants de l’histoire de l’humanité. Elle a revêtu des formes diverses. « Emigration, diffusion des techniques, volonté d’hégémonie culturelle, exportation de capitaux, colonisation. Nous nous en tiendrons à ce dernier aspect. La colonisation implique occupation territoriale et dépendance du pays occupé. Cette occupation s’est produite tantôt sur des territoires peu peuplés, tantôt au détriment de populations qui ont été réduites à l’état de populations sujettes. Toutefois, ce mouvement colonisateur n’est ni linéaire ni continu. Il passe par des phases de grande intensité et aussi par des périodes de reflux. Les causes qui le déterminent comme les formes qu’il revêt sont étroitement liées au contexte historique. Plus exactement il y a, dans un même moment, interaction entre le fait colonial et l’ensemble d’une situation historique, la situation historique générale expliquant la colonisation, et la colonisation modifiant en retour la situation générale. D’autre part, toute colonisation, même sous la forme d’un affrontement, est un contact entre deux types de sociétés, celles des colonisateurs et celle des colonisés. Il convient donc de rechercher la double influence que la colonisation a exercée sur la société métropolitaine et la société colonisée. Il n’est guère possible d’aboutir à des conclusions définitives. Quand un mouvement est arrivé à son terme, ce qui est le cas de la colonisation, on peut cependant jeter un regard d’ensemble sur sa trajectoire. Notre propos, strictement historique, est donc de découper en quelque sorte cette trajectoire en plusieurs phases et de montrer, pour chacune, les causes, les aspects et les répercussions du phénomène colonial. Quant au fil historique proprement dit, le lecteur le trouvera dans les articles consacrés à la formation et au développement des principaux « empires coloniaux ».

Problèmes et débats

Plusieurs auteurs, partant de l’ouvrage que Paul Leroy-Beaulieu publia en 1874 sous le titre De la colonisation chez les peuples modernes, ont essayé de classer les types de colonies. C’est ainsi qu’on a distingué des colonies de commerce ou comptoirs (comme Hong Kong) ; des colonies de plantations ou d’exploitation, destinées à fournir aux métropoles des denrées exotiques, des matières premières d’origine agricole ou des produits miniers ; des colonies de peuplement situées dans des pays de climat tempéré qui pouvaient recevoir des immigrants d’origine européenne. On a parlé aussi de colonies déversoirs, susceptibles de recevoir, venant de la métropole, des produits manufacturés et de la main d’œuvre ou, à l’inverse, de colonies réservoirs fournissant à la métropole des produits de base et, le cas échéant, des hommes. Il a été question aussi de colonies stratégiques, de colonies inavouées, pour définir des territoires théoriquement indépendants, mais soumis, en fait, à une forte pression économique, directe ou indirecte, de la part d’une puissance dominante. Pour ce qui est des méthodes d’administration, les juristes ont distingué deux grandes catégories, les colonies incorporées, dans lesquelles l’autorité de la métropole s’exerce par le biais d’une administration directe, et des colonies protégées dans lesquelles le régime est celui de l’administration indirecte, qu’il s’agisse de protectorats proprement dits ou, après, la Première Guerre mondiale, de territoires sous mandat. Ces essais de classification sont intéressants mais artificiels. Ils ne rendent pas compte de la diversité des situations et de l’évolution du phénomène colonial. Plutôt que des types de colonies, l’histoire nous conduit à distinguer des types de colonisation, dont chacun correspond à une étape de l’histoire de la colonisation étant bien entendu qu’à chaque étape il est possible de retrouver, avec des variantes, les distinctions classiques entre les différents types de colonies.

D’autre part, il arrive qu’on envisage la colonisation d’un point de vue moral et qu’on la présente sous la forme d’un diptyque : un premier volet étant celui des méfaits et l’autre celui des bienfaits. Cette perspective ne saurait être celle de l’historien. La colonisation est d’abord une entreprise intéressée, quelles que soient les motivations avancées, quelle que soit la sincérité de ceux qui les soutiennent, et quelle que soit la générosité de ceux qui, personnellement, se sont engagés dans ce qu’ils ont considéré comme une grande aventure. Il ne s’agit pas ici de bonne ou de mauvaise conscience mais de l’établissement d’une domination sous trois aspects : économique (la terre étant, par des procédés divers, arrachée à ceux qui la cultivaient ou y faisaient paître des troupeaux ou, en tout état de cause, la production étant orientée en fonction des intérêts de la puissance colonisatrice) ; politique (instauration, avec des modalités variées, d’un système de sujétion) ; culturelle (la métropole imposant sa civilisation, sa langue, voire sa religion).

On ne peut jamais, en histoire, faire table rase du passé. Balkanisation territoriale due à des initiatives administratives ou à des compromis entre grandes puissances et ne tenant aucun compte des réalités ethniques et géographiques ; orientations de l’économie (productions, moyens de transport) en fonction des intérêts de la métropole qui ne coïncident pas nécessairement avec ceux des pays d’outre-mer concernés ; brassage de populations dû à des métissages, à des déplacements démographiques parfois à très grande distance (comme le transfert des Noirs d’Afrique en Amérique au temps de la traite) ; civilisations « coloniales » purement occidentales ; civilisations syncrétiques (en Amérique latine par exemple) ; coexistence de niveaux très contrastés des forces productives, tel est l’héritage de la colonisation. Sans doute, en introduisant une économie monétaire (le plus souvent par l’impôt en argent), en suscitant des échanges commerciaux nouveaux, la colonisation a accéléré la destruction de certaines formes d’économie qui étaient un obstacle au développement des forces productives. Dans l’ensemble car il y a des exceptions -, la colonisation a donc favorisé, mais par la force, l’établissement ou le développement de modes de production supérieurs à ceux qui existaient antérieurement. De ce point de vue, elle a créé les conditions d’une croissance ultérieure dans le cadre de l’indépendance. Renonçons donc aux jugements de valeur et constatons objectivement que l’œuvre colonisatrice a été à la fois destruction et construction, mais toujours au profit de la métropole. Reste une question à laquelle l’historien hésite à répondre, mais qu’il doit poser : est-ce que les peuples qui furent colonisés n’auraient pas pu trouver en eux-mêmes les forces qui leur auraient permis de franchir, sans la colonisation, une étape dans leur développement économique et social ? D’où l’intérêt qu’on porte désormais à l’histoire précoloniale des peuples colonisés et la réaction contre une vision européo centriste de la marche de l’humanité.

Des précédents lointains

L’histoire ancienne des peuples méditerranéens nous offre essentiellement trois types de colonisation : le comptoir escale, la cité et la clérouquie. Commerçants et marins, les Crétois jalonnent d’escales les Cyclades, les côtes du Péloponnèse et la Méditerranée orientale, en des temps où l’on différencie mal piraterie et commerce maritime. Les Phéniciens de Tyr et de Sidon créent, eux aussi, des comptoirs dans tout le bassin de la Méditerranée, de Gadès (Cadix) à Chypre. Ces comptoirs, parfois fortifiés, reçoivent des émigrants venus des villes phéniciennes surpeuplées et sans arrière-pays. Le plus célèbre est Carthage qui, à son tour, crée son système « d’échelles ». On pourrait également penser que l’évolution de la Confédération de Délos évoque un système colonial. Elle se transforme, sous l’hégémonie d’Athènes, en un véritable empire dont les cités, hier alliées, deviennent désormais sujettes. Cependant, méfions-nous des analogies que facilitent l’usage des mots et aussi certaines notions juridiques héritées du droit romain. Échappons également au piège de ces noms propres que l’on retrouve à plusieurs moments de l’histoire de la colonisation. Cadix, comptoir carthaginois, sera aussi une base romaine et le port d’où partiront au XVI° siècle les galions vers l’Amérique. En occupant la Tripolitaine en 1912, les Italiens semblent renouer le fil des siècles et retrouver à Cyrène les traditions coloniales grecques, hellénistiques et romaines. Que les mots « Empire », « impérialisme » ne nous abusent pas. Entre toutes les formes de domination, il y a des ressemblances. Elles sont purement formelles. Et c’est souvent pour la légitimer par son ancienneté, pour lui donner en quelque sorte des lettres de noblesse et la présenter comme une exigence des sociétés humaines qu’on fait remonter la pratique de la colonisation aussi loin que possible dans le passé.

Des grandes découvertes aux premiers empires coloniaux

Le fait colonial, défini à la fois comme une domination et une exploitation, ne débute en vérité qu’avec l’époque moderne. Il est lié aux transformations qui s’opèrent alors dans l’Europe et, plus particulièrement, dans l’Europe occidentale. C’est l’ère des grandes inventions et des grandes découvertes. Les forces productives et les conditions de communication subissent des mutations radicales auxquelles ne résistera pas le système social qui avait caractérisé le Moyen Âge. C’est alors que l’Europe va s’étendre, conquérir et coloniser. Elle a l’initiative de l’enrichissement, et elle va s’enrichir aux dépens des autres continents. Un mouvement commence qui ne prendra fin qu’au XX° siècle. L’Europe, qui passe par une phase d’expansion, a des besoins nouveaux. Les mines que le Moyen Âge avait exploitées, surtout en Allemagne centrale, s’épuisent. Elles ne produisent plus assez de métaux précieux pour permettre la frappe des monnaies. Dans le même temps, la fermeture de la Méditerranée par les Turcs fait monter le prix des épices et des denrées précieuses. Cette course vers l’or et les épices est à l’origine de la première étape de la colonisation moderne.

Constitution des deux premiers empires coloniaux

Les deux pays qui vont ouvrir la voie sont le Portugal et l’Espagne . Cette antériorité n’est pas due à une « vocation » particulière. Elle ne tient pas seulement à la situation géographique. Le Portugal est le seul pays d’Europe qui a, du fait de la crise du XIV° siècle, connu un changement profond dans ses structures sociales : la victoire de la bourgeoisie des ports sur la féodalité rurale. Quand les dirigeants de l’État portugais continuent, en direction de l’Afrique, l’offensive contre les Musulmans, plus qu’aux âmes à sauver ils songent à l’or africain. Dès le milieu du XV° siècle, l’or du Soudan, qui prenait naguère la route de l’Orient, vient maintenant s’échanger sur la côte occidentale de l’Afrique contre les chevaux, le cuivre et les armes venus d’Europe. À la fin du siècle, l’horizon portugais s’élargit avec le dépassement du cap de Bonne-Espérance et la découverte de la route des Indes. Cette avance portugaise est également rendue possible par une expérience raisonnée de l’art nautique et de l’organisation des voyages.

Les Espagnols , qui prendront le relais, ont eux aussi mené des expéditions guerrières en Afrique. De l’argent a été gagné par les grands seigneurs andalous, lors du pillage des côtes africaines. Le pays s’unifie. La Castille sort de son isolement. Des communications s’organisent qui donnent une valeur commerciale à la laine des moutons mérinos, consolident la puissance de la riche association d’éleveurs, la Mesta, assurent la fortune du port de Bilbao, des drapiers de Ségovie et de la bourse de Burgos et drainent vers les foires de Medina del Campo les marchands de l’Europe. Grenade tombe, et autour de Ferdinand le Catholique se presse toute une foule de banquiers italiens, de Vénitiens, de Génois, de juifs convertis qui vont contribuer au financement de la découverte et de la conquête. Ce monde à peine entrevu qui s’ouvre à la colonisation est partagé par le pape entre les deux dominations espagnole et portugaise. Le traité de Tordesillas de 1494 fait du méridien situé dans l’Atlantique à 370 lieues à l’ouest de l’archipel du Cap-Vert un axe de délimitation : à l’ouest le domaine portugais, à l’est le domaine espagnol. Ainsi donc apparaît, à l’aube des Temps modernes, une conception qui dominera l’histoire de la colonisation : le droit que s’attribuent certaines puissances au partage du monde. Des conférences de diplomates, des traités se substitueront aux bulles pontificales, mais, en 1937, Georges Hardy pourra encore intituler un livre, « La Politique coloniale et le partage de la terre aux XIX° et XX° siècles. »

Apparaît également l’idée d’un empire colonial : les Portugais et les Espagnols fondant les deux premiers « empires coloniaux » de l’histoire.

Ces deux empires ont d’ailleurs des structures différentes. L’empire portugais, qui se constitue dans le premier tiers du XVI° siècle, est formé par des comptoirs dispersés autour de l’océan Indien et sur les rives occidentales de l’Afrique, le Brésil ne jouant alors qu’un rôle très secondaire. Cet empire est une entreprise commerciale visant à un double monopole : monopole pour les Portugais et monopole pour le roi du Portugal. Sauf dans les îles de l’Atlantique, les Portugais ne cherchent pas à accroître la productivité. Ils se chargent de la collecte et du transport des épices, le souverain du Portugal devenant le premier « épicier » d’Europe et le « roi du poivre ». L’absence d’une véritable occupation territoriale explique la fragilité de cet empire qui ne résistera pas aux interventions des Hollandais. Ceux-ci finiront par s’emparer, au XVII° siècle, de Ceylan et de la plupart des îles de la Sonde.

L’empire espagnol est différent. D’abord, à l’exception des Philippines isolées dans le monde des épices, les Espagnols tiennent, avec l’Amérique du Sud, un bloc continental d’une continuité territoriale exceptionnelle. Les méthodes coloniales sont adaptées à ces conditions géographiques et à l’exploitation des métaux précieux. Trois traits caractérisent cet empire qui s’organise solidement dès le milieu du XVI° siècle. D’abord la très forte centralisation : le temps où les conquistadors considéraient leurs conquêtes comme autant de propriétés personnelles est révolu. D’Espagne (de Séville, puis de Madrid), le Conseil des Indes impose, avec l’aide d’une bureaucratie d’hommes de loi, une administration imitée de l’administration espagnole, le roi étant représenté sur place par des vice-rois. Tout le commerce, dirigé de Séville par la Casa de Contratación, est réservé aux Espagnols. Chaque année, deux convois de galions quittent Séville ou Cadix pour le Nouveau Monde et en reviennent avec leur cargaison d’or ou d’argent. À elles seules, les mines d’argent découvertes en 1545 à Potosi, au Pérou, fournissent annuellement une production d’environ 300 tonnes contre 60 à peine pour la production européenne. D’autre part, il s’agit d’une colonisation systématique, comportant l’introduction de plantes nouvelles et le développement de l’élevage. Toute cette exploitation, enfin, est fondée sur le travail forcé des Indiens dans les mines et dans l’encomienda qui transpose, au-delà de l’Atlantique, une variante de la seigneurie. Décimée par les mauvais traitements, les maladies et la faim, la population indigène diminue de moitié en un siècle. C’est alors qu’on commence à user d’une main-d’œuvre nouvelle, celle des esclaves importés d’Afrique. Ainsi l’esclavage réapparaît, lié à la colonisation des Temps modernes, vidant l’Afrique noire d’une partie de sa substance humaine (ce qui sera une des causes de son déclin) et créant dans le Nouveau Monde des groupes de population noire. La colonisation n’a pas seulement déversé en Amérique des centaines de milliers de Blancs, elle a abouti à une migration forcée des peuples noirs. Toutefois, avec le brassage des races, l’implantation souvent brutale du christianisme sur un fond païen qui ne disparaît pas complètement et se nourrit d’apports africains, l’introduction de la langue espagnole, un nouveau type de civilisation héritée du fait colonial se constitue, « une civilisation Ibéro américaine. » L’Amérique latine est en train de naître.

Le partage du monde entre Espagne et Portugal n’est pas accepté par les autres États qui s’engagent dans la carrière coloniale : la France, l’Angleterre et la Hollande . Avec ces nouveaux arrivants va apparaître une autre méthode de colonisation : la compagnie à charte. Ces compagnies ont obtenu de l’État, pour une zone géographiquement délimitée, un privilège, c’est-à-dire le monopole du commerce avec des faveurs douanières particulières. Elles possèdent un droit de souveraineté sur les territoires qui leur sont octroyés, ce qui leur permet d’entretenir des armées, de rendre justice et de battre monnaie. En contrepartie, ces compagnies ont l’obligation d’organiser les liaisons entre la métropole et les terres qui leur sont confiées, d’y assurer le peuplement, et, le cas échéant, l’évangélisation. Dans ce domaine, l’exemple est donné par deux pays où se sont accumulés d’importants capitaux privés : l’Angleterre et la Hollande. La Compagnie anglaise des Indes orientales obtient, en 1600 et pour quinze ans, le monopole du commerce aux Indes orientales et la pleine propriété des territoires qu’elle pourrait acquérir. En 1602 est créée la Compagnie hollandaise des Indes orientales qui constitue comme le « modèle » de ces compagnies coloniales. Elle a le monopole du trafic et de la navigation entre le cap de Bonne-Espérance et le détroit de Magellan. Son objectif est commercial, mais elle a aussi des responsabilités coloniales puisqu’elle peut, au nom de l’État, passer « des contrats dans les Indes avec les naturels du pays ». Si la Compagnie est souveraine, elle a cependant des liens étroits avec l’État à qui les employés de la Compagnie doivent prêter serment d’allégeance. En France, trop nombreuses au temps de Richelieu, les compagnies sont réorganisées sous Colbert. Ainsi sont fondées la Compagnie française des Indes orientales qui assure le trafic des épices et le cabotage « d’Inde en Inde » autour de l’océan Indien et de l’océan Pacifique, la Compagnie des Indes occidentales qui se préoccupe surtout du commerce sucrier des Antilles, puis la Compagnie du Sénégal qui assure la traite négrière, la Compagnie de Guinée, la Compagnie du Nord, la Compagnie du Levant, etc. Ces compagnies n’ont pas drainé les capitaux privés aussi facilement qu’en Angleterre et en Hollande, et la crise de l’affaire Law jeta sur elles un discrédit certain.

On observera plus tard, et dans des conditions bien différentes de la colonisation impérialiste, un renouveau des compagnies coloniales à la fin du XIX° siècle. Il correspond alors à des préoccupations autres que celles qui prédominaient à la grande époque des compagnies. Ces nouvelles compagnies tâtent le terrain. Si elles échouent, l’État ne porte aucune responsabilité. Si elles réussissent, l’État peut alors intervenir et se substituer à elles. Léopold II, par exemple, « colonisant » à titre personnel, doit, pour agir, passer par l’intermédiaire des sociétés qu’il fonde : Association internationale pour l’exploration et la civilisation en Afrique (1876), puis Comité d’études du Haut Congo (1878) et Association internationale du Congo (1879).

Léopold II (1835-1909), roi des Belges depuis 1865, ici vers 1880

L’ expansion Britannique fournit d’autres exemples. Royal Niger Company, Imperial British East Africa Company, British South Africa Chartered (la fameuse Chartered de Cecil Rhodes), British North Borneo Company...

En Afrique noire, la France républicaine, pratique aussi, à la même époque, le système des compagnies, qui sont plutôt des sociétés de commerce et d’exploitation, liées à l’économie de traite et auxquelles l’État, qui théoriquement demeure souverain, peut octroyer de très vastes concessions. Le cas du Congo est très significatif puisqu’en 1899 une superficie correspondant à 70% de la future Afrique Équatoriale française fut abandonnée à une quarantaine de sociétés de traite monopolistes (chacune dans son aire).

Le cas de l’Allemagne est un peu différent. Elle est devenue un État unifié et une puissance économique alors que le partage du monde était déjà très avancé. Dans ces conditions, les compagnies privées présentaient pour Bismarck de grands avantages. Elles coûtaient à l’État moins cher que la colonisation officielle et risquaient moins (car on pouvait toujours les désavouer) de provoquer des conflits avec les autres puissances coloniales. Ainsi trouvons-nous, à l’origine des colonies africaines de l’Allemagne, des compagnies à charte. Toutefois, si au XVII° siècle le système des compagnies est adapté au trafic commercial, il ne convient pas à tous les types de colonies. Le Canada français devient, dès 1663, une colonie de la Couronne dont l’administration est copiée sur celle de la métropole et dont le régime social demeure de nature seigneuriale : vastes domaines, grande importance des biens d’Église, paysans « engagés », liés aux « seigneurs ». Les colonies anglaises d’Amérique ont, à l’origine, des statuts très divers. Il y a des colonies de « pleine propriété » (comme le Maryland, fondé en 1632 par lord Baltimore) et des colonies à charte (comme la Compagnie de Virginie), encore qu’à partir de 1660 le roi entende affirmer très nettement son autorité.

Des colons débarquent sur le site de Jamestown en Virginie, premier établissement permanent anglais en Amérique, fondé en 1607.

Colonisation et mercantilisme

Quoi qu’il en soit, ces pratiques coloniales sont alors liées au principe du mercantilisme qui veut que la puissance d’une nation se mesure à la quantité de monnaie qu’elle détient. Ce système s’est établi progressivement, mais chaque État cherche à s’assurer le monopole du commerce colonial à son profit ou au profit des compagnies privilégiées. C’est le régime de « l’ exclusif », improprement appelé « pacte colonial ». En Angleterre, après l’Acte de navigation de 1651, le texte essentiel est le Covenant Act de 1660. « Aucune marchandise, aucun produit ne peut être apporté des colonies ou vers les colonies que sur des navires anglais ou construits dans les colonies ou leur appartenant, sous peine de confiscation. » En France, un régime analogue est imposé aux relations entre les colonies et la métropole. Même s’il y a eu parfois des adoucissements officiels, et toujours de la contrebande, l’« exclusif » domine encore pour l’essentiel au XVIII° siècle. En 1767, Choiseul rappelle encore que les « colonies fondées par les diverses puissances de l’Europe ont toutes été établies pour l’utilité de la métropole ». C’est la raison pour laquelle l’intérêt se porte alors avant tout vers des territoires aux ressources complémentaires. D’où le développement des plantations de sucre, de tabac, de coton, d’indigo ou de café. Tout est subordonné à l’essor de ces plantations. Les premiers conquérants européens avaient procédé au pillage des territoires découverts. Désormais, une exploitation plus systématique s’impose qui provoque un fructueux trafic d’esclaves, surtout organisé par les Français, les Hollandais et les Anglais. Il était également interdit aux colonies de développer leur production industrielle dans la mesure où elle pouvait concurrencer celle de la métropole. Grâce à la colonisation, des capitaux ont été accumulés dont l’abondance devait être un des facteurs de la révolution industrielle.

C’est à la fin du XVIII° siècle qu’apparaissent les premiers signes d’une crise des méthodes coloniales que nous venons de décrire. Elle a des causes multiples qui s’imbriquent les unes dans les autres. Les Antilles anglaises connaissent des difficultés. Le prix de revient du sucre monte, car, les sols ayant été épuisés par une exploitation intense et mal dirigée par des planteurs résidant le plus souvent à Londres, il faut désormais une main-d’œuvre plus nombreuse et davantage d’engrais. Les Antilles françaises résistent mieux, et le sucre qu’elles produisent peut être vendu jusqu’à 40% moins cher. Les colons de la Nouvelle-Angleterre vont acheter mélasses et rhums aux Antilles françaises qu’ils fournissent en grains, viandes, navires et matériaux de construction. Les marchands des Antilles anglaises achètent en contrebande des sucres français pour les revendre au prix fort sur le marché de Londres. Les lobbies coloniaux anglais font renforcer les mesures protectionnistes. Mais c’est le système même de « l’exclusif » qui est en train de craquer. L’obstination à le maintenir est une des causes de la formation des États-Unis.

Dans le même temps, l’Angleterre est bouleversée par la révolution industrielle. Dès lors, le problème de la colonisation commence à se poser en termes nouveaux. Certains produits coloniaux vont progressivement perdre de leur intérêt, soit parce qu’on découvre des produits de substitution (plantes tinctoriales), soit parce qu’ils sont concurrencés en Europe même (sucre de betterave contre sucre de canne), soit parce qu’une évolution s’est produite dans l’alimentation (épices). Par contre, l’industrie réclame en plus grande quantité certaines matières premières comme le coton, et bientôt les oléagineux. Sous l’influence de ces impératifs économiques, la colonisation s’oriente de plus en plus vers la recherche de débouchés commerciaux pour la vente de produits manufacturés ou la quête de matières premières. Il faut aussi tenir compte des répercussions de la Révolution française dans les colonies. Le recul de l’esclavage, l’interdiction de la traite, puis de l’esclavage lui-même, bouleversent l’infrastructure sociale des colonies de plantations. C’est l’agonie d’un système né avec les grandes découvertes et organisé au cours des deux siècles qui les ont suivies.

La crise se développe inégalement selon les pays . Les premiers empires coloniaux sont ceux qui ont le moins facilement résisté. Ses colonies d’Amérique étant définitivement indépendantes à dater de 1826, il ne reste plus à l’Espagne que Cuba, Porto Rico, les Philippines et quelques territoires épars. Le Portugal a perdu le Brésil. Il ne garde plus que des comptoirs en Guinée, dans le Mozambique, et quelques bases asiatiques comme Goa et Macao.

La Hollande, au contraire, consolide économiquement ses positions coloniales et, dans les Indes néerlandaises, le système des cultures obligatoires et du travail forcé instauré par Van den Bosch ne sera aboli complètement qu’après 1870. Avec l’assaut général contre le principe du monopole, les grandes compagnies ont disparu ou sont menacées, tout au moins sous leur forme traditionnelle. La Révolution de 1789 les a supprimées en France, et son contrecoup a provoqué la fin de la compagnie hollandaise, déjà affaiblie par une crise interne. La compagnie anglaise tiendra jusqu’en 1858, mais ses pouvoirs ont été progressivement grignotés. Le temps de ce type de monopole est révolu, celui du libéralisme débute, entraînant une révision de la politique coloniale. Jusqu’après 1870, cette politique est hésitante. C’est une longue période de transition entre la phase mercantiliste de la colonisation et la phase impérialiste. Le courant expansionniste continue. Il peut même s’accélérer sous l’effet de facteurs démographiques puisque l’émigration au départ de l’Angleterre se développe, mais on s’efforce de ne pas risquer de guerres européennes pour des conflits coloniaux. Sur le plan économique, les gouvernements s’engagent progressivement dans la voie de la libération du commerce colonial. L’Angleterre donne l’exemple. En 1825, le ministre du Commerce, Huskisson, autorise toutes les nations à commercer avec les possessions britanniques, quels que soient les bateaux utilisés, à charge de réciprocité, ce qui, en raison de son avance industrielle et maritime, ne peut être que bénéfique pour l’Angleterre. À partir de 1840, le commerce colonial cesse d’être une « zone abritée ». En France, si la tendance est la même, l’évolution est plus lente. Les assemblées révolutionnaires avaient maintenu l’Exclusif. Il disparaît pour les Antilles et la Réunion le 3 juillet 1861, et la libération des échanges s’étend bientôt à l’ensemble des territoires coloniaux. Pour ses colonies de peuplement, l’Angleterre s’oriente vers le self gouvernement.

Ce n’est ni le recul ni l’arrêt de l’expansion territoriale. On procède empiriquement, sans politique d’ensemble, au hasard des circonstances, ou bien on se laisse forcer la main par des initiatives individuelles ou des groupes de pression colonialiste. L’Inde, par exemple, demeure au centre des préoccupations coloniales anglaises. Un tournant s’opère qui aggrave l’exploitation du pays. Les tissus, naguère importés de l’Inde, les fameuses « indiennes », sont frappés de droits prohibitifs qui ruinent une industrie artisanale florissante. L’Inde est condamnée à vendre du coton brut à l’Angleterre qui lui retourne des cotonnades. L’exode des paysans vers les villes où ils ne peuvent trouver aucun travail accroît la misère générale et les grandes famines. Après la révolte des Cipayes, Londres renonce, en supprimant définitivement la Compagnie des Indes orientales, à la politique systématique d’occidentalisation qui avait été poursuivie sur les conseils de Macaulay, mais rien n’est changé aux méthodes d’exploitation économique.

Des officiers indiens mutins, lors de la révolte des cipayes considérée, en Inde, comme la première guerre d’indépendance (1858). En France, il n’y a, durant cette longue période, aucun plan d’expansion colonisatrice, et il faut renoncer à l’idée longtemps soutenue d’une continuité dans la politique coloniale de la France. Cependant, en raison du déclin des « îles à sucre », de la conquête de l’Algérie, du développement du Sénégal, il y a déplacement du centre de gravité vers l’Afrique et aussi, à la fin du second Empire, vers la Méditerranée orientale et l’Extrême-Orient. Cependant que la Russie entreprend le peuplement de la Sibérie et l’occupation de l’Asie centrale, expansion qui trouve sa spécificité dans la continuité territoriale. La Russie, d’ailleurs, abandonne ses bases sur la côte américaine du Pacifique en vendant, en 1867, l’Alaska aux États-Unis.

La grande phase de l’expansion impérialiste commence entre 1870 et 1880 . On peut, pour prendre ses dimensions, en revenir à Jules Ferry. En 1890, il met en lumière le caractère fondamentalement nouveau de la période : « Un mouvement irrésistible, écrit-il, emporte les grandes nations européennes à la conquête de terres nouvelles. C’est comme un immense steeple-chase sur la route de l’inconnu. De 1815 à 1850, l’Europe était casanière et ne sortait guère de chez elle. C’était l’époque des annexions modestes et, à petits coups, des conquêtes bourgeoises et parcimonieuses. Aujourd’hui, ce sont des continents que l’on annexe. La politique coloniale est une manifestation internationale des lois éternelles de la concurrence. » À l’origine de cette poussée, il y a des motivations d’ordre général qui se nuancent selon les pays. Sans doute y a-t-il des raisons de prestige. Mais encore faudrait-il démontrer précisément pourquoi, à cette époque, la puissance coloniale devient une des composantes du prestige national, et pourquoi le nationalisme des grandes puissances se nourrit désormais des ambitions coloniales que, naguère, il récusait au profit d’une politique avant tout continentale. On avance aussi des explications d’ordre démographique puisqu’il y a, de 1870 à 1914, un accroissement très sensible de la population européenne. On évalue à 1 450 000 la moyenne annuelle des émigrants entre 1890 et 1914. Toutefois, cette pression démographique ne joue guère pour la France. Bien des régions en voie de colonisation (Afrique noire, Asie du Sud-Est) ne peuvent être considérées comme des déversoirs pour les populations européennes dont les excédents se dirigent vers des pays politiquement indépendants comme certains États de l’Amérique du Sud. En dernière analyse, il faut bien, comme les contemporains l’ont estimé, mettre l’accent sur les causes économiques de la poussée impérialiste. Si l’Europe est, ici ou là, surpeuplée, elle est aussi sur industrialisée et surcapitalisée.

Plus que jamais, elle a besoin de produits indispensables à son alimentation (café, cacao, oléagineux), à ses industries (caoutchouc, coton, produits miniers), bientôt à ses capacités énergétiques (pétrole). Même s’il ne convient pas d’exagérer l’influence du retour au protectionnisme qui se dessine après la crise de 1873, même si on admet que le libéralisme n’a pas complètement disparu et qu’après tout ce protectionnisme est hésitant, non systématique, il n’en reste pas moins que l’Europe est à la recherche de marchés pour les excédents de ses industries. Enfin, les colonies ou les territoires à demi dépendants peuvent constituer pour les capitaux des placements plus bénéfiques que ceux qu’on fait dans les pays métropolitains assez saturés pour que le taux de l’argent y soit plus bas. « Là où sont les intérêts, là doit être la domination », telle est la formule de Charles Dilke, un des premiers théoriciens de l’impérialisme britannique. Certains historiens ont démontré qu’en fait tous ces objectifs n’avaient pas été atteints. C’est ainsi que, tout au moins pour la France, et très visiblement jusqu’en 1914, les capitaux ne sont pas dirigés par priorité vers les colonies, et que le commerce de l’étranger a, plus que celui de la France, profité de l’effort colonial français. Oui, cela est exact. Mais ce qui est déterminant, et qui explique la poussée expansionniste, c’est la vertu qu’on lui attribuait même si, à l’expérience, il est apparu que, dans certains cas, la colonisation n’avait pas été aussi bénéfique à l’ensemble du capitalisme métropolitain qu’on l’avait pensé.

En tout cas, et tout particulièrement en Angleterre et en France, toutes ces motivations se mêlent pour former un véritable corps de doctrine, pour faire surgir une véritable mystique et animer « un parti colonial ». La notion d’empire se précise, et l’on cherche les fondements dans l’histoire passée de la colonisation.

Le partage du monde

La fièvre expansionniste est évidente. Le partage du monde est en fait terminé en 1914. Deux puissances, qui peuvent précisément prendre appui sur une tradition et se vanter d’une longue expérience, sont au premier rang : l’empire britannique (30 millions de kilomètres carrés et 400 millions d’habitants), l’empire colonial de la France républicaine (10 millions de kilomètres carrés et 48 millions d’habitants). De nouveaux concurrents sont apparus qui réclament leur place au soleil : l’Allemagne (Togo, Cameroun, Sud Ouest africain, Afrique Orientale, une partie du Congo, les îles Marshall, Carolines, les Mariannes), et l’Italie qui échoue en Éthiopie mais occupe la Tripolitaine et les îles du Dodécanèse : la Belgique qui hérite en 1908 de l’État indépendant du Congo que le roi Léopold avait fondé. Les États-Unis se convertissent à l’impérialisme colonial à partir de 1898. L’expansion prend aussi, quand il n’y a pas de colonisation proprement dite, les formes de l’emprise économique. Il s’agit de ce que Lénine avait appelé les « États semi coloniaux » : Chine, Iran, Amérique du Sud, ou Empire ottoman. Dans la plupart des cas, il y a bien, sinon toujours, de jure, tout au moins de facto, limitation de la souveraineté du pays considéré. Lorsque, par exemple, l’Allemagne obtient de la Turquie, en 1903, la concession du chemin de fer dit Berlin Byzance Bagdad, elle reçoit en même temps le droit d’exploiter une zone de 30 km de part et d’autre de la ligne (ce qui lui assure le pétrole de Mossoul). Ce partage du monde ne va pas sans difficultés, en dépit de conférences comme celle de Berlin (1884-1885) et de multiples compromis : rivalité anglo-française qui atteint son point critique avec l’affaire de Fachoda, en 1898, et se termine par les accords de 1904 ; rivalité anglo-russe à propos des confins de l’Inde, et que la France arbitre lors des accords de 1907 ; rivalité franco-italienne à l’occasion de la question tunisienne. Rivalité anglo-allemande et rivalité franco-allemande dont l’histoire est jalonnée par « les crises marocaines ».

Diversité des solutions politiques

Les problèmes politiques posés par la colonisation ont connu des solutions diverses selon les métropoles et les caractéristiques des pays colonisés. Problèmes qui n’ont d’ailleurs aujourd’hui d’intérêt que dans la mesure où leur étude permet d’éclairer la question fondamentale du rapport colonisateurs colonisés. L’empire britannique se fait remarquer par une très grande variété de statuts : des dominions (Canada, 1867 ; Australie, 1901 ; Nouvelle-Zélande, 1907 ; Union sud-africaine, 1910) ; des protectorats, comme l’Inde des princes ; ou des colonies de la Couronne administrées de Londres par le Colonial Office. Les conférences impériales organisées à partir de 1887 tentent de concilier l’autonomie des dominions, les préoccupations de la métropole et les intérêts d’ensemble de l’empire.

La France, même à l’époque, de l’impérialisme, n’a pas de politique systématique, et le ministère des Colonies n’est créé qu’en 1894. On hésite longtemps entre ce qu’on appelle assimilation et association. Les deux mots ont d’ailleurs, en matière coloniale, une acception très particulière. L’assimilation, qui est dans le sillage de la tradition jacobine, a prévalu pour les Antilles, la Réunion, la Guyane, le Sénégal et la Cochinchine. Mais l’assimilation est purement administrative et, sauf quelques exceptions souvent individuelles, elle ne fait pas des indigènes des citoyens à part entière. Quant à l’association, qui comporte en principe le maintien de certaines institutions locales, elle se présente sous deux aspects, l’administration directe (avec un gouverneur) ou le protectorat (Tunisie, Cambodge, Maroc, Annam). En fait, le protectorat n’est qu’une forme plus habile et moins coûteuse de la domination. La situation de l’Algérie demeurait particulière. Toute velléité de réforme concernant les Algériens musulmans ce heurtait à l’opposition des colons. Si l’Algérie était rattachée au ministère de l’Intérieur, elle était cependant pourvue d’un gouverneur général, le droit de vote n’étant accordé qu’à une infime minorité d’Algériens musulmans.

Bao-Dai (1913-1997), Empereur du Vietnam de 1925 à 1959, ici vers 1920.

Le commencement de la fin

En dépit de la stabilité très apparente des empires coloniaux, de 1914 à 1918, la Première Guerre mondiale ouvre des brèches dans l’édifice colonial. Il y a bien un nouveau partage du monde, les vainqueurs profitant des dépouilles des vaincus. Il y a une nouvelle vague d’exaltation de l’idée coloniale (comme en témoigne l’Exposition coloniale internationale de 1931 à Paris) et aussi quelques flambées expansionnistes : l’Italie occupe l’Abyssinie, et le Japon, qui est entré dans le cercle des puissances coloniales, consolide sa mainmise sur une partie de la Chine. On voit des « colonies », telles l’Union sud-africaine, la Nouvelle-Zélande et l’Australie, recevoir des mandats « coloniaux ». Cependant, les mouvements de libération nationale se développent sous des formes diverses, et avec une plus grande force depuis la guerre et la révolution soviétique. Des réformes sont esquissées ça et là pour tenter d’endiguer la poussée des peuples colonisés. Le Commonwealth se substitue à la formule de l’empire britannique. La Seconde Guerre mondiale précipite le démantèlement du système colonial. Désormais, en dépit de ses séquelles et malgré le néo-colonialisme que redoutent les nouveaux États indépendants, la colonisation appartient au passé. Elle relève du domaine des historiens. Alors que s’achève la décolonisation en Asie à la fin des années 1940, le mouvement se déplace en Afrique, tout spécialement au Maghreb, en pleine ébullition.

1945-1962. La décolonisation

Le monde de Yalta. O.N.U. Indépendance des anciennes colonies. Guerre froide.

Il existe pourtant déjà un pays d’Afrique du Nord qui a obtenu son indépendance : La Libye. C’est un précédent et un exemple. À leur tour, les nationalistes du Maroc, de Tunisie et d’Algérie s’efforceront d’utiliser le levier international, mais, si l’indépendance du Maroc et de la Tunisie lui doit effectivement beaucoup, c’est avant tout à leur combat intérieur que les nationalistes algériens durent l’indépendance de leur pays.

L’Afrique du Nord

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les anciennes colonies italiennes, Érythrée, Somalie, restaient sous administration provisoire britannique. La question de leur avenir fut une des premières questions abordées par l’O.N.U. La solution de la tutelle internationale était logique mais se heurtait à toutes sortes de difficultés. En Érythrée et en Somalie italienne, le problème était, à l’origine, régional. Grosso modo, il opposait aux ambitions de l’Éthiopie ressuscitée les aspirations de fractions ethniques locales. En Somalie italienne, les jeunes nationalistes « modernistes » se réclamaient d’une « Grande Somalie ». En Libye, la rivalité de l’Ouest et de l’Est compliqua le problème, au départ. Les dirigeants britanniques estimaient que la sécurité de la Cyrénaïque, province orientale de la Libye, constituait une zone stratégique. Les Français prétendaient participer à la tutelle, à cause du voisinage de la Tunisie. Les États-Unis, entrés dans les affaires d’Afrique du Nord depuis la guerre, étaient animés par une double volonté de ne pas paraître soutenir les anciennes puissances coloniales auprès des Arabes et de ne pas ouvrir de nouveaux champs d’influence à l’Union soviétique. Or Staline entendait mettre à profit les circonstances pour assurer la présence de l’U.R.S.S. au sud de la Méditerranée et revendiquait aussi une participation à la tutelle.

Le nationalisme s’était forgé dans la résistance de certaines nations à la conquête italienne. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques avaient encouragé l’unification des deux provinces du Nord en un émirat, sous la direction de Muhammad Idris, chef légitime de la confrérie. Les divisions demeuraient entre factions. Toutes, cependant, voulaient l’indépendance, encouragées de l’extérieur par la Ligue arabe. Devant ces situations complexes, plusieurs hypothèses étaient envisageables : des trusteeships collectifs ou individuels, avec ou sans une Italie réhabilitée après le fascisme, des partitions, une évolution vers le self-government. Les quatre Grands, la Grande-Bretagne, la France, les États-Unis et l’Union soviétique, ne purent se mettre d’accord sur un projet, ni à l’O.N.U. ni à l’occasion des négociations de paix avec l’Italie. En mai 1948, l’O.N.U. délégua une commission d’enquête pour connaître les vœux des populations sur leur avenir. En réalité, dès septembre 1948, les Quatre constatèrent leurs désaccords sur la Libye et sur l’Érythrée. Des manœuvres byzantines se poursuivirent pendant trois ans. La commission de l’O.N.U. avait trouvé des populations profondément divisées en Èrythrée et n’avait pas indiqué de choix. En 1949, les Nations unies se prononcèrent alors pour la voie moyenne d’une « unité » autonome fédérée à l’Éthiopie, laissée sous administration britannique, et un commissaire de l’O.N.U. fut envisagé pendant une durée transitoire de deux ans. Le 15 septembre 1952, l’Érythrée fut incorporée comme État fédéral à l’Empire, et, en 1962, elle devint partie intégrante de celui-ci. Une opposition anti éthiopienne regroupant des chrétiens et des musulmans s’organisa alors au Caire, en un Front de libération de l’Érythrée, prêt à passer à l’action.

En Somalie, les Britanniques cherchèrent en vain un accommodement avec l’Empereur Hailé Sélassié ; ils renoncèrent à soutenir l’idée d’une « Somalie unie », et, quand il devint évident que le danger communiste était écarté en Italie, ils soutinrent avec les États-Unis et la France l’attribution d’une tutelle limitée à dix ans à l’Italie sur son ancienne colonie. L’Éthiopie protesta au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes... et fit occuper l’est de l’Ogaden ; mais l’Italie sut assurer dix ans de calme aux Somaliens, à qui elle transféra le pouvoir en juin 1960. Ceux-ci n’avaient pourtant pas renoncé à l’idée d’une Grande Somalie. Elle commençait par une union avec le Somaliland, dont les Britanniques préparèrent dans une certaine hâte l’émancipation à la fin des années 1950. Elle fut accélérée par les démonstrations de masse qui suivirent l’abandon de terres de réserves dans l’Ogaden à l’Éthiopie. Ces hautes terres, indispensables à l’économie somalienne, redevinrent un enjeu majeur entre Éthiopiens et Somaliens. Cinq jours après l’indépendance du Somaliland, quand la Somalie italienne devint elle-même indépendante, l’union des deux territoires fut prononcée. Il s’agissait d’une souveraineté qui portait en germe l’un des plus violents conflits postcoloniaux.

En Libye, les quatre Grands ne proposèrent aucune solution. Mais la priorité des Occidentaux regroupés dans l’alliance atlantique était d’écarter l’Union soviétique de la Méditerranée et de confier les rênes de la Libye à un pouvoir arabe stable et ami. Les Britanniques n’étaient guère convaincus par la capacité d’Idris à unir tout le pays derrière lui. Un plan anglo-italien, connu sous le nom de compromis Bevin Sforza, échoua aux Nations unies, mais provoqua en mai 1949 des manifestations de masse à Tripoli qui trouvèrent un écho dans tout le monde arabe, aux États-Unis et à l’O.N.U. Bevin choisit alors de suivre les États-Unis, partisans d’une indépendance de la Libye tout entière, quitte à mécontenter les Français. Le 21 novembre 1949, une résolution fut votée par quarante-huit voix contre une et cinq abstentions (dont la France et l’U.R.S.S.) en faveur de l’accession à l’indépendance et de la réalisation de l’unité de la Libye dans un délai d’un an. L’Assemblée constituante, installée, fit d’Idris le souverain du royaume fédéral de Libye, le 2 décembre 1950, et ce dernier proclama l’indépendance le 24 décembre 1951. Le nouvel État, devenu royaume arabo-islamique de la Jamahiriya, devait être admis à l’O.N.U. en décembre 1955.

Le Maroc et la Tunisie

Au moment où la Libye accédait à l’indépendance et allait grossir les rangs du groupe afro-asiatique à l’O.N.U., les questions marocaine et tunisienne faisaient irruption sur cette même scène dans des conditions infiniment plus dramatiques. Les positions de départ avaient été clairement affirmées à travers les manifestes de l’Istiqlal en 1943, puis celui, en août 1946, du Front national tunisien, rassemblant les « néo- » et les « archéo- » du Destour. Les nationalistes pensèrent réaliser leurs objectifs par l’internationalisation. L’objectif immédiat était au moins d’obliger la France à des négociations. L’établissement de l’O.N.U., les intentions anticoloniales prêtées aux États-Unis, la confiance dans la France nouvelle, qui sortait de l’épreuve, et la formation de la Ligue arabe avaient nourri des espérances d’évolution rapide. C’est d’abord de ce côté que Bourguiba avait cru obtenir le principal appui, en rejoignant clandestinement Le Caire, dès mars avril 1945. C’est du même côté que, après deux années d’expectative, le sultan Mohammed se tourna en avril 1947, par son retentissant discours de Tanger. C’est aussi dans le même but que d’autres Maghrébins, Marocains, Tunisiens et Algériens du Parti du peuple algérien (P.P.A.), gagnèrent Le Caire, où ils furent rejoints en 1947 par deux grandes figures, Allal el-Fassi et le vieux combattant du Rif Abd el-Krim, puis par Salah ben Youssef. Au début de 1947, l’atmosphère était à l’euphorie. Mais les nationalistes maghrébins furent vite déçus. Les pays arabes étaient trop divisés et trop faibles pour apporter autre chose que des déclarations de sympathie. De plus, les nationalistes « de l’extérieur » souffraient d’un évident manque de crédibilité. Néanmoins, c’est surtout auprès des États-Unis que les nationalistes espéraient trouver audience et appui, afin d’obtenir le débat tant souhaité sur l’Afrique du Nord à l’O.N.U. Ils multiplièrent démarches et voyages ; des bureaux de propagande et un Office arabe auprès des Nations unies furent ouverts. Mais les États-Unis, alors préoccupés par les priorités européennes, n’étaient pas favorables à une action qui affaiblirait la France, partenaire de l’alliance atlantique en cours d’élaboration.

À partir de 1950, la situation évolua rapidement en Tunisie comme au Maroc. La fameuse déclaration de Robert Schuman, qui avait évoqué à Thionville, le 13 juin 1950, la possibilité d’une voie vers l’indépendance pour la Tunisie, avait paru amorcer des réformes constitutionnelles, et le Néo-Destour avait accepté de collaborer à un cabinet de dialogue formé par Mohammed Chenik, un ancien collaborateur de Moncef Bey. Pourtant, dès la fin de 1950 pour le Maroc, au cours de l’année 1951 pour la Tunisie, on était dans l’impasse. Plus encore, au début de 1951, le général Juin, qui occupait les fonctions de résident général depuis 1947, entama une politique de force, avec l’appui des grands « féodaux » du Sud, contre le sultan et l’Istiqlal, taxés de complicités et d’intelligences avec l’extérieur. En ce qui concerne la Tunisie, les négociations de janvier et d’octobre 1951 butaient sur des obstacles tout aussi insurmontables. La France mettait toujours en avant le préalable de la reconnaissance des traités de protectorat, des garanties pour les colons (les « prépondérants ») et des liens privilégiés, voire l’appartenance à l’Union française. On paraissait accepter l’épreuve de force ; l’arrivée, en janvier 1952, à Tunis du nouveau résident Jean de Hautecloque sur un croiseur fit figure de véritable provocation.

À ce moment, la violence avait éclaté dans les deux résidences, et les crises entrèrent dans une seconde phase d’internationalisation. L’indépendance de la Libye en 1951 accéléra la mobilisation des États arabes. Ils chargèrent l’Égypte de déposer, le 4 octobre, une demande d’inscription de la question du Maroc à l’ordre du jour de la VI° session de l’assemblée des Nations unies, en novembre. Le débat s’étira sur plus d’un mois et aboutit à un ajournement, voté par vingt-huit voix contre vingt-trois et sept abstentions. Le « bloc » anticolonialiste se scinda à cette occasion, la majorité des pays latino-américains ayant choisi de composer. L’année suivante, l’épreuve de force éclata en Tunisie ; elle détermina une autre offensive onusienne. Cependant, en décembre 1952, la proposition arabo-asiatique de créer une commission des bons offices, donc établissant implicitement la compétence de l’O.N.U., fut rejetée. L’attitude des États-Unis fut déterminante. La France multiplia ses efforts, finalement fructueux, auprès des Américains et des Britanniques pour éviter des condamnations à l’O.N.U. L’administration américaine et l’opinion informée aux États-Unis étaient inquiètes de l’évolution de la situation au Maghreb. Des contacts officieux et officiels existaient avec les nationalistes. Les États-Unis acceptaient de soutenir les réformes de la France en vue d’une autonomie interne des protectorats ; mais, dans le contexte du développement de l’anticolonialisme, il leur était aussi impossible de négliger indéfiniment les adversaires de la France. En 1953, la relative inefficacité du levier extérieur laissait cependant les nationalistes et la France face à face dans un rapport de forces incertain. L’insurrection algérienne allait donner rapidement une nouvelle dimension à la revendication d’indépendance dans les deux protectorats. La Tunisie était la première concernée. Il est certain que l’évolution fut précipitée par la politique volontariste de Pierre Mendès France, arrivé au pouvoir en juin 1954, dans le contexte dramatique de la défaite française de Diên Biên Phu.

Après novembre 1954, le risque de contagion de la violence armée en Afrique du Nord augmenta, car il existait déjà en Tunisie des groupes de moudjahidih, fellaghas, qui opéraient à partir de camps d’entraînement en Tripolitaine. Tandis que les militaires et le résident général en tiraient la conclusion qu’il fallait maintenir des forces importantes, pour Mendès France, au contraire, il fallait négocier avec les modérés du Néo-Destour, afin de s’assurer une Tunisie neutre, sinon amie, dans le conflit qui s’ouvrait sur son flanc ouest. La négociation entamée par le gouvernement Mendès France, poursuivie par celui d’Edgar Faure, aboutira sous le gouvernement Guy Mollet à la reconnaissance de l’indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956.

Edgar Faure (1908-1988), à l’hôtel Matignon (au centre)

Le processus, quoique plus long et plus laborieux, s’inspira des mêmes considérations pour le Maroc, où le terrorisme et le contre-terrorisme se déchaînèrent dès la fin de 1953. Comme en Tunisie, la politique de force conduisit à une impasse. De plus, la France craignait toute une série de complications extérieures : avec l’Espagne, qui couvrait les activités des réfugiés nationalistes et de l’Armée de libération marocaine (A.L.M.) dans sa zone ; avec l’Algérie, où les fellaghas entretenaient des relations avec l’A.L.M. au Maroc espagnol ; avec l’O.N.U., enfin, où devait s’ouvrir un débat sur l’Algérie à la fin de 1955 et où il était donc indispensable de s’assurer la sympathie américaine. Pour les gouvernants français à partir de 1954, il fallait donc liquider l’affaire marocaine et reconnaître au Maroc la seule autorité légitime capable d’enrayer les risques de djihad général au Maghreb : le sultan Sidi Mohammed. C’est dans ces conditions que s’effectua le retour triomphal du sultan au Maroc et la reconnaissance de l’indépendance du pays, comme celle de la Tunisie, en mars 1956.

Dans les rues de la médina de Casablanca, ces Marocains fêtent le retour imminent de Mohammed V (1909-1961), en 1955.

Au cours de ces deux dernières années, la guerre d’Algérie qui commençait a donc pesé de façon décisive sur le mouvement vers l’indépendance totale des deux protectorats et l’abolition des traités de 1881 et de 1912. Les nationalistes avaient continué de recevoir des appuis réels dans le monde arabe ; à l’O.N.U., la France restait sur la défensive ; enfin, les Américains ne cachaient guère leur impatience. Toutefois, le grand coup d’accélérateur fut donné par les Algériens, qui devaient naturellement en attendre la contrepartie. L’ambiguïté présidait donc, dès le départ, aux relations des deux nouveaux États, tant avec les Français qu’avec les Algériens, pendant l’insurrection en Algérie.

L’Algérie

Ce qui fut dénommé d’abord les « événements » d’Algérie, car on ne voulait pas leur reconnaître le caractère d’une guerre, avait commencé, le 1er novembre 1954, par une série d’attentats qui n’avaient effectivement pas l’envergure d’un véritable soulèvement populaire. Ils n’étaient pourtant ni négligeables ni imprévisibles. La révolte avait déjà grondé en 1945 à Sétif et à Constantine, et, si elle avait été réduite par une féroce répression militaire et civile, celle-ci n’avait pas étouffé le désir de révolte. Du sein du Mouvement national algérien d’Ahmed Messali Hadj était sortie une « organisation secrète » qui préparait l’insurrection et devait donner naissance au Front de libération nationale (F.L.N.). Le sabotage du statut de l’Algérie en 1947, des élections ouvertement truquées éloignèrent encore les « modérés », déjà déçus par l’échec des espoirs d’intégration de l’avant-guerre et de la guerre. Les « arrestations massives d’agitateurs » et de « terroristes » mais aussi de nombre de modérés dans les jours qui suivirent la Toussaint de 1954 privèrent la France d’intermédiaires. Dans la Casbah d’Alger, en 1960, les soldats français interpellent des musulmans ne pouvant prouver leur identité. Pendant plusieurs mois, pourtant, les choses restèrent indécises, et ce n’est qu’avec les massacres du 20 août 1955 qu’elles prirent une tournure irréversible. Devant l’extension des troubles, le gouvernement français obtint en 1956 du Parlement l’autorisation d’envoyer le contingent en Algérie. Les « événements » devenaient une guerre. Une guerre où tous les coups étaient permis ; au terrorisme, l’armée répondait par l’encadrement des populations et la torture ; au début de 1957, la « bataille d’Alger » illustra cette perversion d’une répression qui engendra une crise au sein de l’armée et de la nation. De plus, les initiatives du commandement provoquèrent l’isolement de la France : en octobre 1956, l’arraisonnement de l’avion des chefs du F.L.N., puis l’expédition de Suez, qui dans l’esprit du commandement devait aussi permettre de casser la direction du F.L.N. au Caire, enfin, le 8 février 1958, le bombardement du village tunisien de Sakiet Sidi Youcef.

Pour se défendre, les dirigeants français accusèrent les pays arabes, la Tunisie surtout, de complicité et le F.L.N. d’être un instrument du communisme international. Certes, le soutien des Partis communistes français et algérien fut réel et important, mais il ne traduisit jamais un accord sur les objectifs étatiques du mouvement national. Les relations du F.L.N. avec les pays de l’Est, spécifiquement l’Union soviétique, ont été également importantes. Mais elles ne se précisèrent qu’après 1956. Durant les deux dernières années de la guerre, dans le contexte de la reprise de la guerre froide, il s’agit d’un appui matériel (armes, prêts, dons, etc.) et diplomatique ; en 1960, l’U.R.S.S. et ses satellites devaient reconnaître le Gouvernement provisoire de la République algérienne (G.P.R.A.) après la Chine et les États communistes d’Asie. En fait, le F.L.N. se voulait résolument neutraliste et se présenta très tôt en champion du Tiers Monde. Mais, dans l’immédiat, les nationalistes algériens cherchèrent à jouer l’opinion internationale contre la France, à l’O.N.U. spécialement. Celle-ci fournissait le cadre d’une internationalisation possible qui pouvait mettre la France en position défensive face à l’opinion internationale. Le F.L.N. puis le G.P.R.A. l’utilisèrent avec un succès certain. Dès septembre 1955, ils obtinrent l’inscription de la question algérienne à l’ordre du jour de l’Assemblée générale. Après Suez, la France dut lutter pied à pied pour empêcher sa condamnation. En décembre 1957, la résolution votée était encore modérée. Mais, après l’affaire de Sakhiet Sidi Youssef, devenue objet de l’opprobre de la majorité des pays, la France décida d’adopter la tactique de la chaise vide, ce qui ouvrait plus grande encore la porte à la propagande du F.L.N. En 1960, l’entrée des pays africains francophones à l’O.N.U. n’apporta même pas le contrepoids espéré. Le 19 décembre, la résolution 1573 appela à un référendum en Algérie sous les auspices de l’O.N.U. Le référendum, qui eut lieu le 8 janvier 1961, fut une victoire pour les Algériens et marqua l’ouverture d’une nouvelle période de tension entre la France et l’O.N.U., aggravée par l’intervention française à Bizerte en 1961. Finalement, le G.P.R.A. réussit à rallier suffisamment de pays pour isoler la France dans son dernier tête-à-tête en 1961-1962.

L’autodétermination en Algérie

Un Algérien distribue des tracts sur le marché de Tizi Ouzou, en Kabylie (Algérie). Ces tracts appellent à voter oui au référendum du général de Gaulle, Président de la République française, sur l’autodétermination en Algérie. Le F.L.N. visait surtout à isoler la France des États-Unis. Le bombardement de Sakhiet avait failli entraîner une crise majeure dans les relations franco-américaines. La tension créée par l’affaire de Sakhiet ne disparut pas, bien que la France ait accepté les « bons offices » anglo-américains. Ceux-ci traduisaient en fait l’énervement des Anglo-Saxons devant les « erreurs » d’une politique qu’ils désapprouvaient depuis longtemps et qui risquait, à leurs yeux, de faire glisser tout le monde arabe vers l’est. Le retour du général de Gaulle au pouvoir en mai 1958 ne fut pas suivi immédiatement par un changement fondamental de la conduite de la France. Le général se contenta d’abord de proposer la « paix des braves », que repoussa le F.L.N. transformé en G.P.R.A. en exil au Caire (septembre 1958). Malgré un effort militaire accru, l’application efficace du plan Challe et l’installation d’un barrage à la frontière tunisienne, la situation était politiquement dans l’impasse. Aussi, en septembre 1959, le général de Gaulle fit un pas décisif en annonçant un référendum reconnaissant le droit des Algériens à l’autodétermination. La réaction des colons (les « pieds-noirs ») et d’une partie de l’armée ne se fit pas attendre et se manifesta d’abord par la « semaine des barricades » en janvier 1960. Elle échoua mais elle préfigura la tentative beaucoup plus dangereuse de coup d’État des généraux (Challe, Salan, Zeller, Jouhaud), appuyée par les « ultras » d’Algérie et les éléments militaires extrémistes, en particulier les unités parachutistes, en avril 1961, au moment où un processus de négociation de nature à mener à l’indépendance de l’Algérie paraissait inéluctable. Ce fut un nouvel échec pour « l’Algérie française ». Il engendra une dernière réaction extrémiste avec l’Organisation armée secrète (O.A.S.) qui sema la terreur en 1962, mais ne put qu’accélérer le désir de désengagement de la France et des négociations qui s’achevèrent à Évian en mars 1962.

Cette décolonisation marqua, pour la France, la condamnation d’une conception de la puissance héritée du XIXe siècle et fondée sur la domination coloniale. Ce fut aussi une défaite et un drame. Tout au long de son déroulement, la guerre d’Algérie a été jalonnée de contacts, de négociations secrètes, d’occasions perdues, et au bout de sept ans les accords d’Évian se soldèrent par un bilan négatif à double titre : d’abord, le départ de toute une communauté pour qui le « rapatriement » fut une sorte d’exil, ainsi que le drame de dizaines de milliers d’Algériens engagés aux côtés de la France ; également, un incontestable recul en Afrique, dans la mesure où les accords d’Évian, déjà restrictifs, se rétrécirent rapidement comme peau de chagrin. En effet, la France dut renoncer à ses ambitions sur le Sahara et, bientôt. Elle renonça, à ses espoirs de participation à l’exploitation du pétrole (participation qui prit fin avec la nationalisation de 1971), à une quelconque présence stratégique en Algérie (dès 1968, elle dut évacuer la base de Mers el-Kébir qui avait été concédée pour quinze ans), à un contentieux interminable et passionnel sur les indemnisations, la liberté des transferts financiers, la liberté des départs d’Algérie. Inversement, on a pu remarquer combien la France, une fois débarrassée de sa « boîte à chagrin », pour reprendre l’expression du général de Gaulle, s’est trouvée libre de mener une véritable politique extérieure.

L’Afrique noire Francophone

Comparées aux décolonisations de l’Asie et de l’Afrique du Nord, les premières décolonisations en Afrique noire sont perçues couramment comme pacifiques et peu affectées par la rivalité Ouest Est, au moins jusqu’à la crise du Congo en 1960. Jusque-là, en effet, l’ex-colonisateur avait maintenu des relations privilégiées à travers diverses constructions institutionnelles, Commonwealth, Union française, Communauté, coopération. La décolonisation de l’Afrique noire française apparaît, elle, largement comme un problème « mûri de l’extérieur » : à l’issue de la guerre, l’opinion, les partis et les gouvernants français n’étaient absolument pas prêts à envisager une perspective d’indépendance des colonies, tant la « reprise du rang » par la France dans le concert des grandes puissances s’identifiait à la grandeur de l’empire, un empire dont les pièces essentielles se trouvaient déjà en Afrique et non en Asie.

L’insurrection qui éclata dans la Grande Ile, en mars 1947 ne revêtit pas le caractère d’un soulèvement national, et elle ne posséda ni l’idéologie mobilisatrice ni l’organisation suffisante qui lui aurait permis de se comparer au Vietminh, que certains de ses leaders prirent tout de même comme modèle. Elle appelle plutôt la comparaison avec l’insurrection des Mau Mau au Kenya et, comme elle, fut réduite au prix d’une brutale et démesurée répression coloniale. Dans un premier temps, l’Union française fonctionna pourtant avec efficacité dans les territoires de l’Afrique Occidentale française (A.O.F.), de l’Afrique Équatoriale française (A.-E.F.) et à Madagascar, une fois l’orage passé. Les institutions de l’Union française furent des lieux d’apprentissage pour la « classe » politique en formation et des « espaces de sociabilité » pour les futurs africains qui purent y nouer des amitiés personnelles et des alliances politiques. Ces relations privilégiées avec le personnel de la IV° République ne furent pas à l’abri des remous de la guerre froide parce que le plus grand parti fédéral de l’Afrique noire française, constitué en 1946, le Rassemblement démocratique africain (R.D.A.), afficha son alliance avec le Parti communiste français et une sympathie ouverte pour l’Union soviétique. Au début de 1949, l’agitation dégénéra en véritable épreuve de force dans le territoire de la Côte-d’Ivoire, déclenchant un engrenage dangereux d’émeutes et d’arrestations. Le désamorçage de la crise, opéré l’année suivante, par François Mitterrand, alors ministre de la France d’outre-mer, et par Félix Houphouët-Boigny, le chef du R.D.A., eut des conséquences considérables. D’une part, en débarrassant le R.D.A. de l’hypothèque communiste, il permit d’ouvrir progressivement un dialogue ; d’autre part, en mettant fin aux entraves de l’administration, il permit au R.D.A., après une période de purgatoire, de devenir en 1956 le grand parti de masse appelé à prendre les rênes des gouvernements territoriaux, excepté au Sénégal, où le R.D.A. avait dû reconnaître la suprématie locale du B.D.S. (Bloc démocratique sénégalais) de Léopold Sédar Senghor.

À partir de 1954-1956, les données coloniales et internationales se modifièrent rapidement et profondément, imposant à la France un changement de conduite en Afrique noire. Une nouvelle génération, impatiente, ouverte au monde, formée par le syndicalisme ou les universités en métropole, arrivait à la politique avec des idées d’indépendance à court terme et, chez beaucoup d’entre eux, une adhésion à un « socialisme africain », plus ou moins marxiste. Au sein des organisations d’étudiants, des syndicats dégagés de leurs obédiences métropolitaines, de partis nouveaux, elle critiquait l’« impérialisme français », elle invoquait Bandoung et la solidarité des peuples colonisés, elle était à l’écoute de ce qui se passait à l’O.N.U., elle réclamait l’indépendance immédiate, dès la fin de 1957... Plus décisives encore furent la faillite évidente de l’Union française à partir de 1954 et la succession des difficultés et des échecs de la France outre-mer. Surtout, l’insurrection algérienne pesa d’un poids déterminant sur la politique de la France au sud du Sahara. Enfin, la perspective d’une liquidation de l’empire, excepté l’Algérie, n’était plus un sujet d’indignation en France, et même gagnait progressivement l’opinion publique, d’autant plus que le « précédent Hollandais » démontrait que la prospérité de la métropole n’en dépendait pas, au contraire. C’est en ce sens qu’il faut comprendre le succès des articles de Raymond Cartier, en 1956, qui furent à l’origine de ce qu’on appela le « cartiérisme ».

L’autonomie interne des territoires fut décidée par la célèbre loi-cadre votée en juin 1956. Présentée comme une simple loi de décentralisation, il s’agissait en réalité d’une loi fondamentale modifiant la Constitution de la IV° République ; elle dotait les territoires d’une « personnalité » politique propre en instituant des exécutifs locaux responsables devant des assemblées législatives locales. L’autonomie apparut, après coup, comme une étape vers une indépendance dont le principe était maintenant implicitement admis, mais dont les termes et le calendrier restaient à définir.

L’évolution commença par le Togo et le Cameroun, avec des spécificités dues au statut particulier de ces deux territoires soumis au contrôle de l’O.N.U. En 1956, le plébiscite en faveur de l’intégration de la partie occidentale du Togo à la Gold Coast et la mise en place d’un gouvernement autonome au Togo français marquèrent la rupture définitive. L’O.N.U. entérina les résultats. Désormais, les deux Togos suivirent chacun leur destin. Au Cameroun, le processus fut beaucoup plus dramatique. Dans la partie française, les tensions n’avaient cessé de monter depuis mai 1955, lorsqu’en mai, l’Union des populations camerounaises (U.P.C.), qui n’avait pas accepté le « ralliement » du R.D.A. et réclamait l’indépendance immédiate et la réunification des deux Cameroun « français » et « anglais », s’était lancée dans une vague d’attentats dans le sud du territoire ; ces événements marquèrent le début d’une décolonisation sanglante. La « rébellion » de l’U.P.C. eut certainement des caractères ambigus, tant le discours tenu par ses chefs en exil était éloigné des réalités locales, surtout dans sa dernière phase, à partir de 1959. Elle obligea à raccourcir les étapes du transfert de compétences entre les mains d’« amis de la France », si bien qu’en mars 1959 l’Assemblée générale de l’O.N.U. vota la levée de la tutelle pour le 1er janvier 1960. On assista, dès lors, au paradoxe d’une métropole désireuse de hâter l’indépendance du territoire qui lui était confié, face à un parti qui maintenant demandait son report. Le gouvernement camerounais du président Ahmadou Ahidjo et la France l’emportèrent largement à l’O.N.U. ; mais, alors que la plupart des indépendances africaines furent saluées par des vagues d’enthousiasme, celle du Cameroun le fut par une vague d’attentats terroristes. Pour la partie britannique, le problème fondamental fut, comme au Togo, celui de la réunification. La question devait finalement être tranchée sous le contrôle de l’O.N.U. Dans le Nord, le 11 février 1961, la majorité se prononça nettement en faveur du rattachement au Nigeria. Par contre, contre le Southern Cameroon, les partisans du rattachement au Cameroun oriental l’emportèrent largement. Le Cameroun devint ainsi, jusqu’en 1972, le seul État fédéral et bilingue d’Afrique, issu de deux décolonisations.

L’évolution du reste de l’Afrique noire française et de Madagascar se fit également par les étapes successives de l’autonomie de 1956 à 1958, puis de la Communauté de 1958 à 1960. Elles ont été maintes fois décrites. Du point de vue des relations internationales, elles furent marquées durant la première étape par la balkanisation, des anciennes fédérations de l’A..O.F. et de l’A.E.F., inscrite en filigrane dans la loi Defferre, qui permit la mise en place d’exécutifs locaux. Compte tenu du climat d’exaltation nationaliste de la fin des années 1950, la querelle entre fédéralistes (Léopold Sédar Senghor, Sékou Touré) et antifédéralistes (Houphouët-Boigny) était en fait gagnée d’avance par les seconds, quels que soient les bons arguments des premiers (services communs, marché unique, capacité budgétaire élargie et redistribution paritaire des revenus douaniers, plus grande crédibilité politique).

En 1958, ces écoliers malgaches attendent le passage du général de Gaulle, en visite dans l’île

Au cours de la dernière étape, précipitée et tumultueuse, l’idée fédérative n’était tout de même pas complètement évacuée ; mais elle était condamnée, comme le montrent les tentatives avortées de fédération du Mali, (composée du Sénégal et du Soudan ex-français) et l’association entre la Côte-d’Ivoire, la Haute-Volta, le Dahomey et le Niger, dite entente Sahel-Bénin. La véritable question des années 1958 à 1960 était dans la définition des liens avec la France. En 1958, le général de Gaulle proposa une Communauté ; la France y conserverait des prérogatives dans des « domaines réservés ». En attendant de préciser les contours exacts du nouvel « ensemble », le général de Gaulle partit pour son fameux tour d’Afrique (20-27 août 1958), afin de présenter les choix possibles aux Africains. Le 25 août, à Conakry, Sékou Touré prononça un discours que le général ressentit comme un affront. Les dés étaient jetés ; au référendum du 28 septembre, tandis que les différents territoires répondaient par un oui « franc et massif », sauf au Niger partagé, la Guinée répondait par un non écrasant. Aussitôt, la France retira son administration et son aide.

Manifestation anticoloniale

Au Soudan français (actuel Mali), manifestation contre la discrimination pratiquée par les responsables de l’administration coloniale, en 1955. Arrivée du général de Gaulle à Abidjan en août 1958. Le chef de l’État a entrepris un voyage en Afrique noire française pour préparer le référendum du 28 septembre au cours duquel les peuples d’outre-mer auront le choix entre l’adhésion à la Communauté ou la sécession. Les conséquences du non guinéen furent capitales. La Guinée, vite admise à l’O.N.U., fut reconnue par presque toutes les nations, l’U.R.S.S. dès le 4 octobre, la Grande-Bretagne et les États-Unis un mois plus tard et, enfin, Israël. Mais, victime de l’ostracisme de la France, elle se tourna vers les pays de l’Est, U.R.S.S., Tchécoslovaquie, R.D.A. Dans le même mouvement, la Guinée et le Ghana se placèrent alors en tête des pays africains « progressistes ». Du côté de la Communauté, les nouvelles institutions s’avérèrent dépassées encore plus vite que celle de la loi-cadre. La marche vers les indépendances séparées et la mise en place de relations bilatérales furent très rapidement enclenchées. La fédération du Mali prit l’initiative en septembre 1959. Le 13 décembre, à Dakar, de Gaulle répondit solennellement par l’offre d’indépendance. Entraînés presque malgré eux dans le mouvement, les autres gouvernements de la Communauté suivirent ; les transferts de compétence se firent ainsi de juin à septembre 1960, suivis des admissions à l’O.N.U. jusqu’en octobre 1961 ; la dernière admission fut celle de la Mauritanie, retardée par le Maroc, qui ne reconnaissait par l’existence d’un pays sur lequel le sultan prétendait avoir des « droits historiques. » Indépendance de la Mauritanie. Malgré l’accession de quinze pays d’Afrique noire à l’indépendance en 1960, plusieurs décolonisations restaient encore en suspens, et se traduisirent par de longues années de conflits, à commencer par le Congo belge.

Le Congo belge

En effet, considérer que la décolonisation du Congo belge s’achève avec la proclamation de l’indépendance, le 30 juin 1960, ou encore avec la rupture des relations diplomatiques avec l’ex-métropole, le 14 juillet, est une solution commode, mais qui ne tient pas compte des réalités d’une crise qui débute et qui se traduit par la première intervention de l’O.N.U. dans les affaires africaines. Cette crise à rebondissements fut d’abord une crise de décolonisation stricto sensu en deux temps. L’accession à l’indépendance et la gestion des premiers temps de l’indépendance. Elle se prolongea par une crise révolutionnaire, qui en est directement issue et aggrava les risques d’intervention en Afrique. On a pu souligner les pesanteurs internes de la colonie : la longue illusion belge d’une sécurité entretenue par l’apparente apathie des masses congolaises, l’étonnante modération des premières manifestations d’une opinion politisée à travers le timide manifeste de Conscience africaine, en 1956. Persuadés, avec une grande naïveté, qu’ils étaient les meilleurs colonisateurs, les Belges croyaient pouvoir tenir leur colonie sous une tutelle paternaliste vigilante et pacifique pendant des décennies, si l’on en juge par le tolléqui salua la parution en 1955 du plan dit de « trente ans » du professeur A. A. J. Van Bilsen.

 L’explosion populaire et urbaine, en 1959, fut sans nul doute le fruit d’une cristallisation brutale de frustrations et de griefs que la très grande majorité des Belges avait ignorés. Leur vigilance aurait pu être éveillée par les soubresauts qui avaient agité les centres urbains et les garnisons du Katanga industriel en 1944 ; mais ces reflets d’un malaise colonial s’étaient vite estompés et avaient été oubliés à la faveur du développement économique des années postérieures. Aussi furent-ils surpris par la politisation extraordinairement rapide des populations rurales et la radicalisation non moins rapide des positions des leaders. Cette dernière relevait bien d’influences extérieures, d’autant plus fortes que ces leaders appartenaient à une élite d’évolués, volontairement réduite à une minorité soigneusement maintenue dans l’ignorance du monde par l’administration. Or « l’enfermement » n’était plus possible en 1958. Les Belges furent d’ailleurs en partie les apprentis sorciers d’une brusque ouverture au monde. Ce sont eux, en effet, qui mirent involontairement en contact de nombreux Congolais avec les Belges de la métropole et des étrangers, à l’occasion de l’Exposition universelle de 1958, à Bruxelles, pour laquelle ils firent venir une importante délégation « d’élites » de leur colonie. Même atténuées par la surveillance, les Belges ne pouvaient pas non plus empêcher que les nouvelles de l’extérieur ne parviennent par la radio et par la presse au Congo, du moins dans la capitale, Léopoldville, située face à Brazzaville. Les échos du voyage du général de Gaulle en 1958 et de l’évolution rapide de l’Afrique francophone ne pouvaient être ignorés, d’autant plus que les populations des rives du bas Congo appartenaient aux mêmes ethnies et relevaient des mêmes obédiences religieuses.

Interpelle » par l’entremise de Monsieur Paul Tedga », Directeur d’Afrique
éducation », le Président Jacques Chirac Chef de l’Etat, et Monsieur Lionel
Jospin, alors Premier Ministre, sur les conditions d’intégration des
immigrés dans notre Pays suite à l’interdiction qui est faite à nos Frères
Africains de participer « par leurs votes » aux élections municipales
Françaises. Cinq Pays Européens démontrent que la citoyenneté est
universelle, elle exige que l’on associe ses discours avec les principes de
déontologie qu’exige la démocratie, et par là, le respect du à des citoyens
qui contribuent à régénérer l’économie de la Nation où ils se sont intégrés
par leur travail.

Ne hurlons pas avec celles et ceux qui propulsent des anathèmes
malveillants sur une population qui s’exprimer parfois par la violence, à
défaut de pouvoir s’extérioriser par les urnes au niveau local. Nous
constatons tout les jours que la démesure se formule dans des communes, et
non à l’échelle de la nation. Etre un responsable politique, c’est accepté
une éventuelle défaite électorale, plutôt que de perdre son honneur. Dans le
Bi Mensuel « Afrique Education «  ; il y a le mot EDUCATION, comment se peut
t’il que les deux candidats à la Mairie de Paris « Messieurs Delanoé et
Seguin, aient refusé de recevoir à sa demande Monsieur Tedga directeur de
cette revue internationale, comment se peut t’il que celui qui le 18 mars
2001 sera le Maire de Paris, ne trouve pas le temps de recevoir ce
représentant d’une presse internationale, de surcroît Africaine, cette
Afrique que nous avons exploité et qui ne peut se relever des misères que
les « blancs » lui ont fait subir.

Notre Pays à des devoirs avec l’Afrique ; Celle du nord, « 
Maroc-Algérie-Tunisie » l’ancienne AOF »Afrique Occidentale Française » et l’AEF
« l’Afrique Equatoriale Française « . Nous avons utilisé ces citoyens comme
ouvriers à bas salaires, nous sommes allés les cherchés pour en faire de la
chair à canon, tant en 1914, qu’en 1939, et aujourd’hui, ce sont des
pestiférés à qui l’ancienne puissance coloniale refuse de donner un droit de
vote pour élire les conseillers municipaux ; Cette attitude de nos
dirigeants est absurde, contraire à nos traditions, et aux valeurs que notre
Nation incarne. Certes, il faut faire en sorte que nos frontières ne soient
pas des passoires, où tout contrôle serait impossible, chaque nation à des
frontières qui doivent êtres respectés, mais de grâce, pas de xénophobie
chez nous, ce serait contraire à nos principes.

« N’oublions que c’est pendant pas les siècles de l’esclavage que le noir à
bu la coupe d’amertume jusqu’à la lie ; et l’esclavage est un fait passé que
nos auteurs ni leurs pères n’ont connu directement. Mais c’est aussi un
énorme cauchemar dont même les plus jeunes d’entres eux ne savent pas s’ils
sont bien réveillés » ; Réfléchissons à ce passé peu glorieux pour nous.
Nous devons dialoguer avec les responsables des Etats qui ne peuvent, pour
le moment, nourrir et soigner leurs fils, nous devons avoir en face de nous
les responsables politiques des citoyens en provenance de l’immigration,
faire en sorte que des étudiants en médecines, ou autres disciplines,
puissent retourner chez eux afin de soigner et d’instruire leurs
compatriotes.

Ce n’est que par le dialogue, et par des accords passés, avec ces
responsables politiques, mais aussi avec les portes paroles des immigrés « 
qui devront ensembles faire respecter tout contrats et conventions signés
entres partenaires », que nous arriverons à une adhésion, et à des alliances
entre Français et Immigrés.

Je maintiens que le vote de ces derniers aux élections municipales n’est
que justice, tout en précisant qu’ils ne pourraient êtres que conseiller. Si
cela se fait, nous serons en conformité avec nos paroles, et le respect qui
est du à toute personnes qui par son attitude altruiste aura manifesté la
volonté d’acquérir notre confiance et notre amitié. Nous devons faire
participer les immigrés à la vie politique et sociale de notre Pays, ce n’est
qu’en donnant l’exemple les premiers, que nous serons en mesure de leurs
imposer le respect de notre sol, et de pouvoir « si leur comportement est
belliqueux », les expulser rapidement sans provoqué des émeutes et des
incompréhensions de part et d’autre. La France et l’Afrique doivent vivre
en harmonie, et cette harmonie commence par deux mots « 
ESPERANCE-CONFIANCE »

Ce qui est valable pour le continent noir, ne l’est pas pour le reste du
monde, dans le mouvement incessant de notre planète toutes les doctrines,
toutes les écoles, toutes les révoltes, n’ont qu’un temps. Le drame que vit
l’Afrique passera, mais ses peuples, demeureront.

Monsieur Paul Tedga directeur du Bi Mensuel AFRIQUE EDUCATION, (ainsi que
ses collaborateurs et ses journalistes), fait un travail remarquable, cette
revue n’est que bon sens, intelligence, et patriotisme Africain. Mon seul
bémol est plutôt sympathique, il concerne l’affirmation de François Biyele
qui écrit je le cite « Un gouvernement comprenant Nicolas Sarkozy et Julien
Dray est de l’ordre de l’utopie en France « . Connaissant personnellement le
Maire de Neuilly, et son courage politique, et sachant le patriotisme et l’honnêteté
de Julien Dray, je suis convaincu que si l’intérêt de la France l’exigeait,
ils feraient ensemble une excellente cohabitation. Oui l’Afrique peut s’unir,
et doit s’unir, c’est le plus riche des continents, malheureusement, c’est
celui où les peuples sont les plus oppressés, et vivent trop souvent au
dessous du seuil de pauvreté, un continent qui manque de tout. S’il était
uni comme le suggère Paul Tedga et que des journalistes Africains
accompagnés de collègues Européens, de responsables politiques dont l’honorabilité
ne serait pas à prouver, oui, si les peuples que cet aggloméra de « Nations
« issu de la volonté des impérialistes pouvaient librement commenter l’histoire
de ce continent, alors oui, tout espoir serait permis. Le Ministère de la
coopération, devrait être remplacé par un Ministère Européen d’aide au
continent noir, si je ne mentionne pas les USA, c’est que cette Nation
dominatrice et conquérante à des dollars à la place du cour, elle ne
comprendrait les Africains que si elle pouvait tirer des bénéfices de son
intervention ; L’Europe, a des devoir, et elle n’a pas d’Euros à la place du
cour, et cela malgré une minorité de truands. Je ne prétends pas être le
mieux placé pour infléchir les drames qui n’ont de cesse de s ’accumuler sur
l’ensemble des « ETATS « qui artificiellement composent l’Afrique,
simplement j’ai l’intime conviction que tout être humain qui aime l’Afrique
et ses diverses composantes religieuse ou ethnique, peut apporter sa
contribution en « taillant la pierre brute, en la polissant, et en la
posant sur l’édifice qui une fois terminé apportera paix et bonheur.

Je souhaite dans cette réflexion faire part à ceux qui me feront l’honneur
de me lire, de la vision que j’ai sur le comportement infâme de celles et
ceux qui sont les principaux responsables de l’envahissement de ce
continent, et des dégâts dont l’occident, est responsable. L’Afrique est
depuis des siècle une terre où s’affrontent des peuples que les
impérialistes colonisateurs occidentaux ont divisé, laissant des ethnies
dispersées dans des Etats conçu artificiellement par le blanc. Ses cultures
et religions différentes ne peuvent pas s’intégrer car elles sont les
victimes des plus forts, des plus nombreux ; Ce n’est pas par le biais d’une
baguette magique que les peuples d’Afrique retrouveront cet équilibre qu’il
avait avant la venue des colonialistes, ce n’est pas non plus en faisant
confiance aux politiques qu’ils sortiront de leurs malheurs. Ce sera grâce à
des citoyens épris de paix et d’amour, que l’Afrique aura une chance de s’accomplir.
L’Occident a un rôle important à jouer dans la mesure où des médiateurs
acceptés par les citoyens de couleur ébène parviendront avec le temps à
trouver des solutions, permettant à l’Afrique de retrouver les valeurs qui
étaient les siennes avant l’arrivé des occupants hégémoniques. Les Africains
« Les peuples « , je précise, car trop souvent les chefs ne sont que des
Dictateurs qui affament leur peuple, oui, les peuples ont besoin que des
journalistes reconnus par leur indépendance, puissent servir d’interprète
entre les puissants et les citoyens ; c’est derniers n’ont nullement besoin
de « Guides « fussent t’ils de Libye ou d’ailleurs, car comme le rappelle
Monsieur François Biyele, je le cite « Le pire ennemi de l’Afrique, ce sont
les Africains «  :: ::et puis, n’oublions pas que les premiers esclavagistes
furent les chefs Arabes :::et puis, nous savons tous que malheureusement,
dans certains pays du golfe Persique, l’esclavage continue. Les politiques,
pour maintenir leur dictature se font armée par l’occident, mon Pays la
France, a le triste privilège d’être un des premiers fournisseurs :: : et
puis , n’a t’on pas constater qu’au sommet de l’Etat Français, cette
pratique était courante et cela par qui vous savez.

Je voudrais terminé ces réflexions par quelques rappels écrits ci-dessous.
Si la colonisation ne saurait être accusée de tous les maux dont souffrent l’Afrique,
cela n’empêche pas de reconnaître l’immense responsabilité des colonisateurs
sur la situation dramatique à laquelle sont confrontés la plupart des Etats
du Continent Noir. La colonisation a permis de combattre certains maux,
dont, de nombreuses épidémies, contribuant ainsi à limiter le taux élevé de
mortalité enfantine. Mais, peut-on réellement parler de progrès, lorsque l’on
constate que les conditions de vie tant des enfants que des adultes, sont d’une
précarité qui pourrait ressembler à une France dont le discrédit relève de l’ignorance
historique, alors que le dénuement d’une partie de nos amis Africains
pourrait s’apparenter à une déliquescence irréversible. L’Ampleur de la
traite des Esclaves, a accentué la précarité des sympathies que pourraient
avoir à notre égard des populations qui émergent d’une méconnaissance des
réalités dont elles ont été les victimes. Les moyens de communication leur
ouvrent des perspectives nouvelles de jugement, mais leur passivité à réagir
devant les injustices dont elles furent et sont encore victimes, sont dues
en partie à leur interdépendance, et à une certaine, mais compréhensible
naïveté. Les structures de L’Afrique, sont le fait de la colonisation. La
création de multiples Etats, fut catastrophique, et contribua à un
émiettement Ethnique. L’Agriculture a été privilégiée, ainsi que l’exploitation
de l’extradition minière. Mais, les cultures vivrières et les industries de
transformations qui s’intensifient en Asie, ont été ici, en Afrique
insuffisantes.

Le » made in Afrique » est pratiquement nul.

Si l’on se donne la « peine « de lire des revues traitant de l’économie
Africaine ont ne peut qu’être horrifié par les malheur qui frappent ce
continent ; Je ne prendrai qu’un seul exemple « l’ANGOLA » ce pays est
extrêmement riche et pourtant !!!!il n’y a qu’un médecin pour 13 000
habitants, le taux de mortalité infantile est de 32 pour 1000 naissances, il
y a un poste de radio pour 20 000 habitants un réfrigérateur pour 10 000hab,
seulement un véhicule personnel pour 9% de la population. Ces chiffres se
passent de commentaire, certes il y a des associations caritatives qui
aident les populations, mais que peuvent t’elles faire contre par exemple la
SIDA qui ravage le continent, cette maladie, si elle n’est pas comprise dans
tout les malheurs qu’elle apporte, peut si l’on n’y prend garde, tuée des
dizaines de millions d’êtres humains, elle peut à elle seule anéantir le
continent.

L’Afrique, ou du moins les peuples qui la composent doivent bénéficier d’une
aide internationale encore plus importante que celle que les Etats Unis d’Amérique
ont apporté à l’Europe dans le cadre du plan Marshall du nom de ce
militaire, Prix Nobel de la paix , qui permis a à l’Europe occidentale d’être
rapidement reconstruite après la guerre qui dura de 1939 à 1945. L’Afrique
précoloniale, avait ses Royaumes, et ses Empires, il s’y développait des
civilisations appuyées, sur des Etats biens organisés, dont les plus
notables, étaient les Royaumes du Kongo, et du Monomotopa. La déferlante
Coloniale commença dès 1448, avec l’arrivée des Portugais, suivis des
Français, et des Anglais. Bien d’autres Colonisateurs, Allemands, ou Belges,
participèrent au dépeçage de ce malheureux Continent. Le mouvement d’émancipation
s’amorça à partir de 1955, pour se terminer en Afrique du Sud, avec la fin
du Régime d’Apartheid en 1991. La France et L’Europe envoient chaque année
des millions de Dollars à L’Afrique. Cet argent, ne profite qu’à concurrence
de trois pour cent aux populations, alors que plus de 95 % va aux familles
dirigeantes, le reste, aux profits et pertes.

Le néo colonialisme est patent, notre armée soutient les Régimes et les
Hommes dévoués aux intérêts des Puissants Argentiers. La modeste économie
Africaine est victime de l’agression outrageante d’acquéreurs qui fixent eu
même les prix de vente des produits destinés à l’exportation Ce type de
camouflé est scandaleux, c’est la pire des humiliations. L’Afrique doit être
aidée pour elle, et non recevoir des subsides boomerangs. La coopération
Europe—Afrique, doit s’ouvrir sur un partenariat symétrique. La création d’une
force militaire d’intervention Inter—Africaine, devrait pouvoir éteindre
tout affrontement entre tribus. Il est funeste et navrant que la France
limite l’entrée de son Territoire, aux jeunes Africains désirant y faire
leurs études. Demain, cette jeunesse sera l’élite qui dirigera ce vaste et
riche continent. Ce n’est que dans la hardiesse que nous maintiendrons notre
dimension, et notre grandeur. Nos aides doivent contribuer à doter la
Population Africaine de structures directement liées à ses besoins. Qu’ils s’agissent
d’hôpitaux, de logements, d’écoles, d’universités, d’usines pour dessaler l’eau
de mer, la liste de nos aides est longue mais indispensable. Nous avons
honteusement profité de l’Afrique, nous avons honteusement cautionné et
participé à la pire des dérives celle de l’esclavage.

Rien que cette participation exige que la France, respecte, les Africains,
morts au champ d’honneur en combattant à nos côtés, avec un héroïsme qui les
porte au sommet de la gloire.

Nous avons des devoirs envers des Nations qui ne peuvent méconnaître des
éléments importants que L’Etat Français leur à apporter. Cela dit, il serait
fâcheux et inconséquent de minimiser nos erreurs, surtout celles qui ont
consisté à nous servir, à exploiter et à mépriser « l’Arabe » , à le
considérer comme un individu de seconde race .

Aujourd’hui nous payons notre arrogance de jadis. A Paris ou à Alger, la
décence devrait être aussi grande dans les usages, que l’indécence l’est
dans les moeurs.

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