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L’Afrique du Sud a déjà gagné !

Jeudi 8 juillet 2010 // L’Afrique

Afrique du Sud Métisse

Inutile d’attendre que le Mondial débouche sur une réconciliation raciale. Car elle a déjà eu lieu : la « nation arc-en-ciel » est devenue métisse.

En 1995, la finale de la Coupe du monde de rugby avait offert à l’Afrique du Sud le pays le plus divisé qui soit sur les questions raciales son premier sentiment d’unanimité nationale. L’image d’un Nelson Mandela euphorique remettant le trophée au capitaine blanc de l’équipe sud-africaine, François Pienaar, est restée gravée dans les mémoires. C’est l’une des belles histoires du XX° siècle. Clint Eastwood a d’ailleurs choisi d’en faire un film avec Invictus. On y voit comment le génie politique de Mandela a permis de transformer ce sport violent en un instrument d’unité et de réconciliation. Le Mondial de football, l’événement sportif le plus suivi au monde, vient de commencer en Afrique du Sud. Il serait tentant, une tentation à laquelle ont succombé de nombreux commentateurs, d’imaginer que l’Histoire va se répéter et qu’une fois de plus le sport va permettre de guérir les blessures raciales de ce pays. Ce fol espoir est alimenté par un parallèle frappant, quoique inversé, concernant la composition des équipes. Il y a quinze ans, l’équipe de rugby sud-africaine comptait un seul joueur noir, alors que l’équipe de football ne compte aujourd’hui qu’un seul joueur blanc.

Mais l’Histoire ne va pas se répéter. L’Afrique du Sud de 2010 n’est pas celle de 1995. C’est un pays où les questions raciales ne sont plus aussi brûlantes qu’elles l’étaient un an après l’arrivée au pouvoir de Mandela. A l’époque, la démocratie était jeune et fragile, menacée par le terrorisme d’extrême droite ; et la priorité du gouvernement était de créer un sentiment d’appartenance nationale. Aujourd’hui, l’Afrique du Sud a perdu sa singularité, et ses problèmes sont banals et partagés par des dizaines d’autres pays : pauvreté, délinquance, corruption, épidémies, système éducatif en déliquescence. Si les armes pullulent, elles ne sont pas aux mains d’un mouvement sécessionniste. Le sentiment d’unité nationale est aussi fort que dans la plupart des pays et les relations quotidiennes entre les Noirs, majoritaires, et leurs compatriotes blancs sont généralement cordiales, respectueuses, voire chaleureuses.

Les touristes qui épluchent la moindre nouvelle venue d’Afrique du Sud risquent d’être surpris. Surtout s’ils ont suivi la polémique Malema. Ces derniers mois, la couverture médiatique du jeune Malema a pris des proportions démesurées, une situation inimaginable en dehors du contexte de la Coupe du monde.

A 29 ans, Malema, président de la Ligue des jeunes de l’ANC, parti auquel appartient Mandela depuis presque soixante-dix ans, est la personnalité la plus controversée de la classe politique. Celui qui se présente comme un « marxiste-léniniste » a gagné beaucoup d’argent en bénéficiant d’attributions de marchés publics dans des circonstances douteuses.

Il a été vu au volant d’une Mercedes, mais aussi d’une Range Rover et d’une Audi. Malema arbore fièrement une sacoche Vuitton et possède une maison dans l’un des quartiers les plus en vue de Johannesburg. Lors d’une interview télévisée, il y a six mois, il a déclaré n’être pas propriétaire, alors qu’il venait de dire le contraire.

Autre paradoxe, ce qui a propulsé Malema sur le devant de la scène internationale, c’est l’assassinat, il y a deux mois, d’Eugène Terre’Blanche, ex-dirigeant d’un mouvement d’extrême droite. Les médias internationaux, révélant ainsi leur fâcheuse tendance à analyser la situation sud-africaine à travers le prisme de la question raciale, se sont immédiatement emballés et ont prédit l’imminence d’une guerre civile. Malema était en effet pain bénit pour leurs théories. Il venait de remettre au goût du jour une vieille chanson de l’apartheid, dont les paroles encourageaient les Noirs à « tuer le fermier, tuer le Boer ». Dans les rues, l’ambiance n’est pas à la colère.

Comme pour montrer que Malema et les médias sont complètement déconnectés de la réalité, aucun fermier ou Boer (le terme pour désigner les Afrikaners) n’a été tué après la mort de Terre’Blanche. Quant aux Boers, ils n’ont pas non plus eu recours à une vengeance meurtrière. Le président Zuma a compati avec les proches de Terre’Blanche. Puis il a ordonné à Malema de se soumettre à une procédure disciplinaire, notamment pour avoir violé le principe de base du parti : la neutralité sur les questions raciales. Malema s’est vu infliger une amende et prescrire une thérapie sur la gestion de la colère. Il a été prévenu qu’en cas de mauvaise conduite il serait exclu du parti. Cependant, ces derniers temps, l’ambiance dans les rues d’Afrique du Sud n’était pas à la colère. Loin de là. A Johannesburg, la ville la plus riche du pays, les voitures arborent toutes fièrement le drapeau sud- africain. Jetez un coup d’oeil à l’intérieur et vous verrez que les conducteurs sont aussi souvent noirs que blancs. Tous les Sud-Africains, qu’ils soient fanatiques de football ou pas, sont derrière l’équipe nationale. Et, lors des matchs, vous verrez que le public des stades reflète bien la diversité raciale du pays.

Un avocat blanc de Johannesburg m’a fait une réflexion très intéressante. Tout en reconnaissant « l’abîme des différences culturelles » qui le sépare de la plupart des Noirs, il m’a dit ressentir un lien très fort avec tous ses compatriotes. Un sentiment qui ressemble à celui des membres de l’ANC (parfois à leur corps défendant) pendant leurs années d’exil à l’étranger. Ils racontaient que, lorsqu’ils rencontraient un Sud-Africain blanc, même un Boer, dans un pub à Londres, ils ne pouvaient s’empêcher d’entonner un air patriotique.

A l’aéroport de Madrid, dernièrement, j’ai pu constater de mes yeux ce phénomène. Avant l’embarquement pour le vol de Johannesburg, un Noir sud-africain et un Afrikaner ont spontanément entamé une conversation. C’était pourtant à cause des Afrikaners que des Noirs comme cet homme n’avaient aucun droit, pas même le droit de vote, jusqu’en 1994. Pourtant, les deux hommes discutaient de la Coupe du monde, des affaires et de politique avec une grande courtoisie et sans le moindre soupçon de tension raciale. L’idée m’est venue que ce Noir sud-africain aurait bien eu du mal à lier connaissance aussi facilement avec un Nigérian, un Rwandais ou un Mozambicain. Quant à l’Afrikaner, il avait sans doute bien moins en commun avec un Néerlandais, un Britannique ou un Américain.

J’ai relaté cette scène, lors d’un récent déjeuner au Cap, à François Pienaar, capitaine de l’équipe de rugby en 1995 et ardent admirateur de Mandela. Il a beaucoup apprécié cette anecdote et m’a aussitôt raconté que, quelques jours auparavant, un agent de sécurité noir l’avait accueilli à l’aéroport de Johannesburg avec un retentissant : « Bonjour, mon capitaine ! » « Une chose est sûre, m’a déclaré François Pienaar, aujourd’hui nous sommes tous sud-africains. Vraiment, je n’ai plus jamais le sentiment du contraire jamais. » Mais cette situation pourrait changer, concède Pienaar. Selon lui, la classe politique se trouve à un tournant : après l’euphorie de la Coupe du monde, une bataille pourrait bien se jouer entre les partisans de Malema, dont le mélange de marxisme mal digéré et de populisme à forte connotation raciale s’adresse directement aux jeunes désoeuvrés, et les « vrais dirigeants », comme les appelle Pienaar, qui brandissent l’étendard de cette société non raciale chère à Nelson Mandela.

Pourtant, pour Malema et ses affidés, la lutte pour le pouvoir ne sera pas une promenade de santé. Contrairement aux idées reçues, il est plus difficile de revenir à l’apartheid que d’en sortir. Et, pour ceux qui en douteraient, il suffit de poser la question à l’unique joueur noir de l’équipe de rugby 1995, Chester Williams, et à l’unique joueur blanc de l’équipe de foot 2010, Matthew Booth. Williams est marié à une femme blanche et Booth à une femme noire. Et de chaque union sont nés deux enfants métis.

Ouaga se met au zoulou

Même au Burkina Faso, la fièvre monte. Car la population considère que c’est le Mondial de toute l’Afrique.

Le Burkina Faso ne participe pas à la Coupe du monde 2010, et pourtant celle-ci se déroule « chez lui ». Entendez « en Afrique ». Aucun autre continent n’a jamais revendiqué de façon aussi ostentatoire son identité continentale : « Africa united » « Afrique, mon Afrique », »Afrique, mon bled ».. A-t-on jamais vu un Asiatique, gorge nouée, chanter « Ô mon Asie » ? Un Européen, larme à l’oeil, déclamer « Europe, mon Europe » ? Les déhanchements de Mgr DesmondTutu [Prix Nobel de la paix, considéré comme l’une des consciences morales de l’Afrique du Sud] l’attestent : cette Coupe est celle de l’Afrique. De tous les Africains. Qu’importe si Nelson Mandela a donné aux Burkinabés l’impression de bouder trop longtemps le « pays des Hommes intègres ».

Même si on a fini par raccourcir l’avenue Mandela de Ouagadougou, tous les Burkinabés « parleront » le zoulou jusqu’au 11 juillet. [Bienvenue en Afrique du Sud], titrait le 11 juillet « l’obsrvaeteur Paalga ». Les Ouagalais ou les Bobolais [les habitants de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso] sont plus « footeux »que footballeurs. Les Etalons deYennenga [équipe nationale] ne sont pas des foudres de guerre. Ils n’ont jamais participé à une phase finale de Coupe du monde. Ils n’ont jamais gagné une Coupe d’Afrique des nations. Le Burkina ne dispose même pas d’un championnat national régulier. Fin avril, celui-ci était « suspendu jusqu’à nouvel ordre », avant de reprendre clopin-clopant. Mais on pardonne tout au sport roi.

Pourtant, les cyclistes et les boxeurs burkinabés sont formellement plus remarquables. Mais le ballon rond continue de cannibaliser les budgets sportifs, y compris les dons du plus célèbre des « numéros 10 » : le président du Faso.

Résultat : l’euphorie populaire et son corollaire commercial sont au rendez-vous depuis le début de la compétition 2010. Jusqu’à la dernière minute, les espaces publicitaires étalaient les promotions sur la vente d’écrans plats. Bien sûr, les habitants des quartiers non lotis continuent de brancher jusqu’au court-circuit leurs vieux téléviseurs sur des batteries qui ne tiendront peut-être pas quatre-vingt-dix minutes. Et les habitants des zones approvisionnées par la société nationale d’électricité n’échapperont pas aux « délestages électriques », le programme officiel annonçant des coupures potentielles de cinq heures par jour. Il suffira alors de changer de quartier les interruptions électriques seront réparties sur trois zones géographiques, à la recherche d’un de ces nombreux points de retransmission collective des matchs.

L’absentéisme est déjà un sport national

Les « vidéo-clubs », salles informelles de projection de films de Shahrukh Khan ou de Chuck Norris, diffusent désormais du foot. Il suffit pour cela que le propriétaire des lieux ait un raccordement à la RTB (Radiotélévision du Burkina), elle-même alimentée par le provider Canal France International. D’ailleurs, pas besoin de regarder un match pour en suivre la dramaturgie. Les plus allergiques auront beau se cloîtrer chez eux, ils ne rateront rien du brouhaha qui s’échappera des quartiers environnants.

Si le suspense des scores ne concerne pas directement les Burkinabés, il est relayé par le trac lié à un nouveau type de triomphe. La Loterie nationale du Burkina (Lonab) vient de mettre sur le marché un produit de pari sur les matchs, dérivé de sociétés barcelonaises.

Les « hommes intègres » pourraient donc partager leurs regards entre l’écran, du téléphone portable et celui du téléviseur. Tant pis pour les ordinateurs, parfois délaissés dans les bureaux dès 11 heures du matin. Qui se plaindra de l’absentéisme, qui est déjà un... sport national ? Pas les chefs de service, s’ils ont déjà eux-mêmes déserté les entreprises pour les domiciles.

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