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Juppé et les islamistes.

Samedi 28 mai 2011 // La France

La volonté de dialogue avec les islamistes proclamée par le ministre des Affaires étrangères est la marque d’un manque total de cohérence au sein du gouvernement français.
 
Dès son arrivée au Quai d’Orsay en avril 1993, Alain Juppé avait déjà lancé une vaste enquête dans les postes diplomatiques concernés sur l’idée de contacts avec les représentants de mouvements islamistes. Il l’a relancée dès son retour au même poste le mois dernier. Or s’il a manifestement beaucoup de suite dans les idées, le ministre ne saurait méconnaître les différences entre les deux époques.

En 1993, nous étions au lendemain de la guerre du Golfe consécutive à l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, mais aussi au début de la guerre civile algérienne après l’interruption du processus électoral en janvier 1992. La proposition Juppé survenait en complet décalage avec l’approbation donnée par le président Mitterrand au coup de force des éradicateurs algériens contre les dialoguistes. Le gouvernement de cohabita- tion mené par Édouard Balladur, avec déjà Gérard Longuet (à l’Industrie) et Alain Juppé, pensait avoir trouvé une idée géniale, celle de tirer les dividendes de la participation française à la guerre du Golfe. Les contrats mirobolants escomptés furent autant de mirages dans le désert. La coupe fut amère.

En 2011, la proposition Juppé bis s’inscrit dans le cadre du printemps arabe autour de la Méditerranée. Jugées trop frileuses, les positions françaises initiales se veulent à nouveau audacieuses. La différence est que l’islamisme politique – qui était à son apogée il y a vingt ans - n’a pas été du tout à l’origine des mouvements démocratiques qu’il a rejoint tardivement et discrètement dans l’espoir non plus d’emporter les élections mais de figurer comme un parti parmi d’autres. Dialoguer aujourd’hui avec les islamistes en position de faiblesse, et donc plus prompts au compromis historique, peut passer pour plus intelligent qu’hier où ils étaient en position de force et donc excluaient toute négociation. Mais il faut clairement poser les conditions d’un tel dialogue.

Les responsables français sont pris entre deux écueils contradictoires. On ne peut plus se permettre la politique de Richelieu : nouer des alliances avec les princes protestants d’Europe tout en démantelant le parti protestant à l’intérieur. Il faut respecter une totale cohérence entre le traitement réservé aux musulmans en France et les relations avec les États musulmans. Les valeurs de la République sont les mêmes pour le ministre de l’Intérieur que pour le ministre des Affaires étrangères. Le printemps arabe en appelle à la France comme terre laïque, de la démocratie et des droits de l’Homme. Qui compte sur l’appui de la France à l’étranger ? Les démocrates, voire autour de la Méditerranée les arabofrancophones, évidemment pas les islamistes patentés qui avaient choisi le Londonistan comme terre d’exil (comme le dirigeant tunisien Rached Ghannouchi) et attendaient des États-Unis le sauveur Obama.

À l’inverse, accepter le dialogue avec des islamistes dans des pays étrangers, comme représentants désormais de partis légaux, et au même titre que les autres formations partisanes, comme forces politiques et non religieuses, suppose que l’on ouvre aussi ce dialogue à l’intérieur du territoire national. M. Juppé et M. Guéant doivent parler d’une seule et même voix ! Nous en sommes loin : Le Rassemblement annuel des musulmans de France au Bourget du 22 au 25 avril dernier avait invité Rached Ghannouchi ainsi que l’incontournable intellectuel Tariq Ramadan. Ce dernier qui défend, contrairement au précédent, un modèle de musulman occidental, a été l’un des premiers, comme égyptien d’origine (petit-fils de Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans) à dénoncer les dictatures arabes. Or son seul nom est anathème pour la plupart de nos intellectuels et Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, l’avait pris comme tête de turc. Comment mener un dialogue avec ceux qui parlent de l’intérieur d’un islam salafi si l’on a commencé par diaboliser son premier penseur indépendant, quoiqu’on pense de sa personnalité et de ses thèses ?

Ne nous trompons pas d’époque. Ne pensons pas reprendre aujourd’hui ce que l’on a manqué hier, parfois avec les mêmes interlocuteurs vieillis et désormais non représentatifs. Mais pour nouer un dialogue avec les nouveaux acteurs, souvent inconnus ou déconcertants, il faut beaucoup de courage politique. L’approche des élections ne s’y prête pas.

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