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Jérusalem Ville Sainte.

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Mardi 15 janvier 2008, par Alain DIECKHOFF // La Religion

Métropole en pleine expansion dans tous les domaines et dont l’État d’Israël a fait sa capitale, Jérusalem s’étend sur 10 000 hectares et compte 500 000 habitants en 1989, dont 361 000 Juifs. Parmi ses visages multiples, il en est plusieurs qui peuvent éclipser le rôle spirituel qu’elle a tenu et tient dans l’histoire : elle apparaît, d’abord, comme un des lieux majeurs de la tension politique qui secoue le Proche-Orient ; par ailleurs, pour d’innombrables touristes, elle n’est guère qu’une cité ceinte de forêts, aux artères fleuries, aux quartiers pittoresques, au passé plein de souvenirs liés à l’Écriture et à des siècles de pèlerinages.

Israël . 
 
Le site de Jérusalem se distingue mal de son histoire, la géographie rejoignant la théodicée dans le Psaume CXXV (verset 2) : « Jérusalem a des montagnes pour ceinture ; ainsi l’Éternel entoure son peuple maintenant et pour toujours. » La cité s’élève au cœur des monts de Judée entre les hauteurs de Beth El au nord, et celles de Hébron au sud ; elle surplombe à l’ouest la vallée du Tyropéon, au sud celle du Hinnom, à l’est celle du Cédron, dominant la suite de collines désertiques qui s’abaissent vers la mer Morte et vers Jéricho. Depuis un siècle, une ville neuve bâtie hors des murailles à l’ouest, puis au nord, accroît considérablement la superficie jadis restreinte de ce que l’on appelle aujourd’hui ha-‘Ir ha-Atiq ah, la Vieille Ville, qui est interdite dans sa quasi-totalité à la circulation automobile. Dans le climat méditerranéen d’Israël marqué par les hivers doux et pluvieux et par des étés chauds et secs, l’altitude (827 m au mont Scopus, 835 m au mont Herzl) donne aux températures de Jérusalem des caractéristiques propres : en hiver, elles sont plus rigoureuses et s’accompagnent de chutes sporadiques de neige ; en été, elles sont modérées avec des brises fréquentes.

Jérusalem occupe, dans la Bible hébraïque et le Nouveau Testament, un rang privilégié entre toutes les cités. Ville sainte des juifs et des chrétiens, elle est aussi pour l’islam El-Quds (la Sainte), le troisième lieu sacré après La Mecque et Médine. Les puissances qui régnèrent sur cette cité après l’avoir conquise - Romains, Byzantins, Perses, Fatimides-saldjuqides, Mongols, croisés d’Occident, Turcs ottomans - la marquèrent tour à tour de leur empreinte. L’immense travail archéologique qui a été entrepris dans la seconde moitié du XIX° siècle, et qui s’est intensifié depuis la création de l’État d’Israël, a contribué à mettre au jour les strates de ces diverses empreintes ; donnant des résultats spectaculaires pour les époques prébibliques, biblique et postbiblique, et promettant beaucoup pour la deuxième époque romaine dite d’Aelia Capitolina, pour l’époque byzantine et surtout pour celle - brève, il est vrai, de la conquête perse.

La Jérusalem biblique et postbiblique.

Les fouilles établissent que la « cité de David » fut fondée à l’époque cananéenne au début du l’âge du bronze, qu’elle fut pourvue d’un rempart au Bronze moyen et d’édifices monumentaux avant la conquête de David. Il est question, dans la Genèse, de la ville de Salem : son roi, Melchisédech, « prêtre du Dieu suprême », bénit Abraham ; selon le Psaume LXXVI, Salem est identique à Jérusalem. Sur le mont Moriah, voisin de Salem, la Genèse situe le sacrifice d’Isaac (XXII, 2). Occupée par les Jébusites au XIe siècle avant J.-C., Jérusalem est conquise par le roi David, qui en fait sa capitale et qui, pour cinquante sicles, achète le mont Moriah à Aravna, peut-être le dernier roi jébusite (II Samuel, XXIV, 18-25). Diverses constructions, surtout militaires, constituent la cité de David. En y transférant l’Arche d’alliance, David fait de Jérusalem le centre spirituel d’Israël.

La cité s’étend sous le règne de Salomon : elle comprend le palais royal ; la « Maison de la forêt du Liban » (casernement des troupes et des chars) ; des magasins royaux ; une structure mise au jour en 1978, de la hauteur d’un immeuble de cinq étages, qui est le seul vestige monumental de l’époque du roi Salomon (elle aurait été conçue pour soutenir la Citadelle) ; le Temple, édifié au terme de sept années de travaux, sur le mont Moriah. Sanctuaire unique d’Israël, le Temple comprend un vestibule pourvu des colonnes géantes, dites Yakhin et Boaz, le sanctuaire proprement dit, le Saint des saints enfin, qui abrite l’Arche d’alliance (les Tables de la Loi y sont conservées) surmontée par deux chérubins aux ailes déployées. Sur le parvis se trouve l’autel aux sacrifices. Le roi Salomon inaugurant le Temple y prononce une prière aux accents universalistes (I Rois, VIII, 22-53).

Après le Schisme (930 av. J.-C.), Jérusalem est la capitale du royaume de Juda. Le service divin est assuré par les Kohanim aaronides et le grand prêtre, qui seul peut pénétrer dans le Saint des saints. Grâce aux dîmes dues aux prêtres et aux offrandes volontaires, le Temple acquiert de grandes richesses qu’à plusieurs reprises les rois sont contraints de livrer en tribut à un ennemi vainqueur ou menaçant. En 701 avant J.-C., le roi d’Assyrie, Sennachérib assiège Jérusalem ; une épidémie l’oblige à lever le siège. Sous le règne d’Ézéchias est creusé l’aqueduc souterrain de Siloé, qui conduit dans la ville les eaux du Gihon (une inscription paléo-hébraïque gravée lors de l’achèvement de l’aqueduc a été retrouvée en 1880 ; elle est conservée au musée d’Istanbul).

Après la chute du royaume d’Israël et de l’Assyrie, Jérusalem redevient sous le règne de Josias un grand centre religieux, avant d’être prise d’assaut et détruite par Nabuchodonosor, maître du nouvel empire babylonien (586 av. J.-C.). Exilés à Babylone, les Judéens font serment de garder le souvenir de Jérusalem : « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite m’oublie ; que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens toujours de toi, si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies » (Psaume CXXXVII, 5-6). Le site reste ruiné jusqu’en 538 avant J.-C. Roi des Perses, maître de l’Orient, Cyrus charge les Juifs de reconstruire le Temple et leur restitue les objets sacrés emportés par les Babyloniens. Après des débuts difficiles sous la conduite de Zorobabbel et du grand prêtre Josué, la reconstruction de Jérusalem s’accélère sous le gouvernement de Néhémie (le livre biblique de Néhémie comprend une topographie détaillée de la ville et de ses portes : Vieille Porte ; portes des Brebis, des Poissons, d’Éphraïm, de la Vallée, des Ordures, de la Source, des Chevaux). À la porte des Eaux, se tient une assemblée du peuple qui adopte des dispositions constitutionnelles dites Taqanot Ezra (Menahot 51).

On ne sait rien de Jérusalem au IVe siècle avant J.-C. Au IIIe siècle avant J.-C., le Temple est devenu le centre des Juifs du pays d’Israël et de la Diaspora ; vers elle affluent les pèlerins. Le grand prêtre préside à la vie politique comme à l’accomplissement des rites du Temple. Jérusalem se soumet - volontairement, semble-t-il - à Alexandre le Grand. Sous le règne d’un de ses successeurs, la cité est hellénisée sous le nom d’Antioche ; on y construit un gymnase et le Temple est dédié à Dionysos. Un soulèvement éclate, conduit par la famille asmonéenne des Maccabées, qui libère Jérusalem et restaure le Temple.

Cependant, un siècle plus tard, mettant à profit un conflit dynastique entre deux prétendants au sacerdoce suprême. Pompée s’empare de Jérusalem et fait de la Judée une province romaine. Il pénètre dans le Saint des saints, qu’il trouve vide (65 av. J.-C.).

Sous le règne d’Hérode le Grand, favori d’Auguste (de 37 à 4 av. J.-C.), la cité est transformée de fond en comble ; la période hérodienne est la plus riche en vestiges architecturaux de toutes sortes à Jérusalem : palais, tours, forteresses, murailles sont édifiés. Parmi les descriptions de Flavius Josèphe, retenons ces lignes sur le Palais d’Hérode : « ... à quelque distance au sud de ces tours et protégé par elles, se trouve le Palais du Roi qu’aucune langue ne saurait décrire. Sa magnificence et son confort sont sans comparaison et il est entouré de toutes parts d’une muraille haute de 13,50 m avec des tours placées à distances régulières et contenant d’immenses salles de banquet et des chambres d’amis avec 100 lits » (Guerre des Juifs, 5, 4, 4). Une description du Temple (Lettre d’Aristée à Philocrate) s’arrête longuement sur la pompe des sacrifices : « Le coup d’œil de toute cette pompe en impose et déconcerte, au point de se croire dans un autre monde.

Le Temple fait l’objet d’une reconstruction totale : l’esplanade est remaniée, entourée de murs épais, tandis qu’un portique et des colonnes de 15 mètres de haut ornent le sanctuaire. La prospérité du Temple est assurée par la contribution annuelle d’un demi-sicle que versent les Juifs de la Diaspora. Métropole du judaïsme, Jérusalem est la mère des premières Églises. Venu y célébrer la Pâque avec ses disciples, le prédicateur galiléen Jésus de Nazareth y est arrêté, condamné et crucifié sur l’ordre du procurateur romain Ponce Pilate en 29 environ. Ses disciples constituent l’Église primitive, qui maintient les observances juives contre les hellénistes, dont le chef Étienne est lapidé à Jérusalem. Adopté à Jérusalem sous l’influence de Jacques, le « décret apostolique » fixe les conditions d’admission des païens dans la communauté chrétienne (Actes, XV, 28-29).

C’est à Jérusalem que se manifeste le plus l’hostilité contre l’occupant romain. En 66, à la suite du pillage de la ville par les soldats du procurateur Florus, éclate un soulèvement général. Les Romains chassés, un gouvernement modéré s’installe à Jérusalem jusqu’à l’offensive de Vespasien (68). La ville est alors déchirée entre modérés, partisans de Jean de Giscala, et partisans de Siméon bar Giora. Jérusalem assiégée est défendue par Jean de Giscala et Siméon bar Giora face à Titus et à ses légionnaires, tandis que Flavius Josèphe, passé aux Romains, engage Jérusalem à se rendre. Investie, Jérusalem est incendiée ainsi que le Temple en juillet 70. Au cours du triomphe de Titus, ses soldats exhibent le chandelier d’or du Temple et les objets sacrés, scène qui est représentée sur l’arc de Titus à Rome. Jérusalem reste ruinée jusqu’en 132. L’empereur Hadrien projette d’y édifier une cité païenne. Les Juifs se révoltent sous le commandement de Siméon ben Koséba dit bar Kokhba, que beaucoup regardent comme le Messie. Jérusalem est libérée, l’effigie du Temple figure sur les monnaies frappées par Siméon ben Koséba avec une date suivie de la mention : « de la liberté de Jérusalem ». Rappelé de Bretagne, le général romain Julius Sévère bat les insurgés, qui se retranchent dans Béthar bientôt prise d’assaut. Sur le site de Jérusalem, désormais interdit aux Juifs, Hadrien réalise son projet d’une construction urbaine nommée Aelia Capitolina.

Arc de Titus, Rome.  

Édifié à Rome entre 81 et 85 (date de sa dédicace), sur la colline de la Velia, l’arc de Titus commémore la cérémonie du triomphe rendue au fils de l’empereur Vespasien, après sa victoire contre la rébellion juive en Palestine. La campagne fut marquée en 70 par le siège de Jérusalem et la destruction du temple, dont le chandelier à sept... 
L’entrée monumentale de la ville en arche triple se trouve aujourd’hui dans l’enceinte du monastère des sœurs de Sion au commencement de la via Dolorosa. Longtemps ignorée, Aelia Capitolina jaillit aujourd’hui du long travail des historiens et archéologues. Colonie dessinée comme un camp romain - une rue byzantine suivant le tracé du Cardo romain a été mise au jour -, elle n’englobe pas l’Esplanade du Temple dite la Quadra, sur laquelle s’élève un temple dédié à Jupiter et s’ouvrant sur une statue équestre d’Hadrien. D’autres temples ornaient la ville, dont celui de Vénus sur le site actuel du Saint-Sépulcre. Ville tranquille de province, Aelia, qui se voit accorder en 201 le titre de « Commodiana », perd en 250 la Legio Fretensis (la dixième) : une garnison maure la remplace. La communauté chrétienne s’y développe : Alexandre de Cappadoce, un de ses évêques, y établit une bibliothèque bientôt renommée.

Le Moyen Âge.

Le règne de Constantin ouvre à Jérusalem une période chrétienne. Hélène, la mère de l’empereur, visite la ville en 326. Constantin y fait édifier la basilique du Saint-Sépulcre par des architectes de Constantinople, Zenobius et Eusthatius. La construction de la Jérusalem byzantine se poursuit trois siècles durant. Elle est dédicacée en 335. La ville prend un caractère chrétien : les juifs en sont exclus, sauf pour l’anniversaire de la destruction du Temple, où il leur est permis de pleurer sur ses ruines. Cette Jérusalem byzantine reçoit une cartographie sur la mosaïque de Médata. On a mis au jour des vestiges et une inscription grecque, dédiée à l’empereur Constantin, de l’une des plus grandes églises du monde byzantin, la Nea Basilica.

Après la tentative sans suite de Julien l’Apostat pour reconstruire le Temple (363), Jérusalem se dote d’églises et d’un nouveau mur. Le pèlerinage chrétien lui donne une certaine prospérité. En 438, l’impératrice Eudoxie rétablit les juifs dans la ville. Deux conciles s’y tiennent sous Justinien (536 et 553). À la suite de la prise de Jérusalem par les Perses et de son administration par le Juif Néhémie (614), l’empereur Héraclius, qui reprend la ville, en bannit les juifs (629). En 638, le calife Umar s’empare de Jérusalem et dégage le site du Temple. Muawiya construit la première mosquée al-Aqsa (la Lointaine) en 660 environ et Abd al-Malik la Qubbat al-Sakhra, le dôme du Rocher, en 691. Désormais dans la tradition islamique, Jérusalem occupe un rang privilégié, le troisième après La Mecque et Médine. Les juifs s’installent dans le quartier du sud-ouest du Temple et construisent une synagogue sur le mont Sion. Sous les Ummayades puis sous les Abbasides, Jérusalem décline jusqu’à son annexion à l’Égypte en 878.

En 1009, elle passe au pouvoir des Fatimides et le calife al-Hakim détruit le Saint-Sépulcre. Depuis la conquête musulmane, la ville s’était étendue ; le voyageur arabe Nasir-i Khusraw la décrit longuement, montrant l’importance numérique des non-musulmans (chrétiens et juifs), dont la situation se détériore sous al-Hakim. En 1071, le général saldjuqide Atsiz b. Uvak s’empare de Jérusalem. Les Fatimides la reconquièrent en 1098. L’année suivante (le 5 juillet 1099), elle tombe aux mains des croisés, qui massacrent les musulmans et les juifs. Jérusalem devient la capitale du royaume latin de Jérusalem (Regnum Hierusalem), qui s’étend jusqu’à la mer Rouge et à l’isthme de Suez. Repeuplée de chrétiens, devenue le siège des ordres militaires du Temple de Jérusalem et de l’hôpital de Saint-Jean, ainsi que le but d’un pèlerinage actif, surtout français, Jérusalem est alors une cité romane. Le Saint-Sépulcre est reconstruit en 1149. Une citadelle est édifiée, dite tour de David. Le 2 octobre 1187, Salah al-din reprend la ville, le royaume chrétien subsistant autour de Saint-Jean-d’Acre et récupérant même une partie de Jérusalem entre 1229 et 1244 à la suite d’un partage de celle-ci.
De 1244, date de l’assaut des Turcs kwarizmides, jusqu’à 1517 (conquête de Salim Ier), Jérusalem redevient musulmane. Elle est administrée par un naib nommé par Damas. Son déclin économique contraste avec un certain essor culturel ; les mamelouks dotent mosquées et collèges, tandis qu’ils persécutent les chrétiens et les juifs. La cité compte alors quelque 10 000 habitants.

Les époques moderne et contemporaine.

La conquête de Jérusalem par les Turcs en 1517 détermine un essor éphémère de la cité. Sous l’impulsion de Soliman le Magnifique, le juif Abraham Castro, la dote d’une enceinte rénovée ménageant des portes monumentales (dont celle dite de Damas) ; il y bâtit des fontaines protégées. Dès la seconde moitié du XVIe siècle, la cité décline. Bien que siège d’un sanjak (gouverneur), elle est subordonnée à Damas et peu de Turcs s’y installent. Quelques familles musulmanes et chrétiennes y constituent une classe de notables. La stagnation de Jérusalem serait alors due, d’une part, à son éloignement des voies stratégiques du littoral, d’autre part, à son absence d’activité artisanale et d’arrière-pays agricole. La présence chrétienne y est assurée par des ordres religieux garantis par des capitulations de François Ier.

La population juive s’accroît avec l’immigration consécutive à l’expulsion d’Espagne : son essor spirituel, manifeste au XVII° siècle, entraîne la venue de groupes de Hassidim en 1720. La communauté juive locale ne subsiste que grâce à l’aide extérieure collectée par des émissaires envoyés dans la diaspora, ses institutions étant prises en charge par la communauté de Constantinople. Juifs et chrétiens sont soumis à des mesures restrictives édictées par l’autorité islamique. Le Saint-Sépulcre est partagé entre franciscains, melkites, géorgiens, arméniens, abyssins, jacobites, syriens, nestoriens et coptes.

Au XIX° siècle, les entreprises des puissances européennes pour s’assurer des droits de protection des chrétiens de Jérusalem progressent, tandis que la ville émerge lentement d’une situation qui restait semblable à celle du Moyen Âge. Vers 1865, elle atteint environ 18 000 habitants, dont 8 000 juifs. Les voyageurs européens lui donnent une nouvelle animation, mais les auteurs romantiques sont surtout sensibles à sa misère : « Je veux seulement essayer, écrit Pierre Loti, de noter les aspects actuels de sa désolation et de ses ruines » (Jérusalem). La cité sainte s’éveille pourtant : en 1837, on y imprime pour la première fois un livre, un rituel de prières en hébreu : en 1863 paraissent deux journaux hébreux, Halebanon et Habaselet.

Sous l’impulsion et avec l’appui financier du philanthrope anglais sir Moses Montefiore, des quartiers neufs sont élevés extra muros pour loger l’excédent d’une population juive qui étouffait dans un minuscule quartier. C’est aujourd’hui le site poétique de Mishkenot Sha’ananim et de Yemin Moshe, résidences d’artistes, centre musical, jardins de rocaille, et, entièrement rénové, le moulin-musée de Montefiore. Des écoles et des hôpitaux sont édifiés, ainsi que des ateliers. Une voie ferrée, construite par des Français, relie Jérusalem et Jaffa. En 1850, des archéologues européens commencent des fouilles à Jérusalem, tandis que se multiplient les constructions religieuses : synagogue Tif’eret Israël (1872), monastère Notre-Dame-de-France (1887), église russe de Gethsémani (1888). Les missions et consulats étrangers, en particulier allemands, deviennent plus nombreux. Guillaume II visite Jérusalem en 1898 et s’y entretient avec Théodore Herzl, fondateur du sionisme.

L’entrée à Jérusalem du général Allenby en 1917 inaugure une nouvelle période pour Jérusalem, celle du mandat britannique. L’administration qui est alors mise en place accélère le réveil de la cité : y sont établis le gouvernement, la Cour suprême, le haut commissariat, l’Agence juive, reconnue par la Société des Nations ; un conseil municipal comprenant deux chrétiens, deux musulmans, deux juifs est institué. En 1925, est inaugurée sur le mont Scopus l’université hébraïque de Jérusalem. En 1931, commence à paraître un quotidien, le Palestine Post (aujourd’hui Jerusalem Post), tandis que se poursuivent constructions religieuses et laïques, notamment l’Institut biblique pontifical, le consulat de France, les églises catholiques des différentes nations.

La mosquée Al-Aqsa est entièrement rénovée entre 1938 et 1942. Les institutions nationales juives : Agence juive pour la Palestine, Fonds national juif, Fonds de colonisation s’installent à Jérusalem. Périodiquement, les troubles ralentissent le processus, particulièrement lors des attaques arabes contre les Juifs en 1920, 1929, 1936.

Après la Seconde Guerre mondiale, à la suite des heurts entre la résistance juive et l’armée britannique, l’O.N.U. prévoit, dans le cadre d’un partage de la Palestine un corpus separatum pour Jérusalem (29 nov. 1947 ; résolutions 181 II, 194 III du 11 décembre 1948, et résolution 303 IV du 9 décembre 1949). Accepté par les Juifs, le plan est rejeté par les Arabes (conférence du Caire du 17 décembre 1947). Après le départ des troupes anglaises (mai 1948) et la proclamation de l’État d’Israël, Jérusalem est le théâtre de durs combats entre la Haganah et la Légion arabe de Transjordanie, qui reste maîtresse de la Vieille Ville. La Nouvelle Ville ne reste entre les mains des Juifs que grâce au percement à travers la montagne d’une route la reliant au littoral.

Création de l’État d’Israël, 1948.

À partir de la fin du XIXe siècle, de nombreux juifs européens viennent s’installer en Palestine. Cette immigration massive est le fruit de l’idéologie sioniste qui prône l’établissement d’un foyer national juif. Ce mouvement se traduit par la mise en valeur agricole du territoire, grâce à la création de fermes collectives.. L’armistice du 3 avril 1949 entérine la coupure de Jérusalem : Israël conserve la Nouvelle Ville, la Transjordanie la Vieille Ville ; l’accès du mont Scopus et des Lieux saints est garanti aux Juifs, mais cette disposition n’est pas appliquée, et toutes les antiques synagogues de la Vieille Ville sont détruites, le cimetière juif du mont des Oliviers dévasté et le Mur occidental interdit aux pèlerins et aux orants. Le 13 décembre 1949, la Knesset, parlement d’Israël, déclare Jérusalem capitale et y transfère les services gouvernementaux, mais nombre de pays, considérant Jérusalem comme un corpus separatum, maintiennent leurs légations et ambassades à Tel Aviv.

Les 5 et 7 juin 1967, lors de la guerre de Six Jours, après des bombardements jordaniens, l’armée d’Israël s’empare de la Vieille Ville et, le 27 juin, la Knesset déclare Jérusalem unifiée sous la souveraineté d’Israël, et vote, le 30 juillet 1980, la Loi fondamentale déclarant (titre Ier) « Jérusalem entière et réunifiée est la capitale d’Israël. » Les Arabes et nombre d’États se refusent à reconnaître ce qu’ils tiennent pour une annexion illégitime. Cependant, c’est à Jérusalem que sont reçus les chefs d’État américains Richard Nixon et Jimmy Carter, le chef d’État égyptien Anouar el-Sadate, le chef d’État français François Mitterrand. Le problème des Lieux saints s’ajoute au problème politique : ils sont actuellement placés sous la juridiction des autorités reconnues des diverses confessions : Conseil musulman, Grand Rabbinat, Églises.

Guerre de Six Jours, 1967.

Le 10 juin 1967, la troisième guerre israélo-arabe, appelée guerre de Six Jours en raison de sa durée, s’achève par une victoire foudroyante de l’armée israélienne et la déconfiture totale des pays arabes. Les gains territoriaux d’Israël sont considérables : au sud, Gaza et la péninsule du Sinaï sont occupés tout comme la base égyptienne. Jérusalem reste aujourd’hui une cité pittoresque avec ses souks enchevêtrés de la Vieille Ville, où les travaux de reconstruction du quartier juif sur 10 hectares, autour de la rue des Juifs, restituent de façon saisissante l’espace juif traditionnel avec ses soixante synagogues restaurées, ses venelles et leur aspect de légende, les multiples institutions charitables ou enseignantes modernes ou anciennes. Un grand parc national entoure les remparts de la Vieille Ville sur une superficie de 300 hectares. Décidée en 1967, sa réalisation s’est poursuivie pendant plusieurs années. Jérusalem reste cité sainte avec ses multiples églises, synagogues et mosquées ; une ville résolument moderne avec ses quartiers neufs à l’ouest et au nord et avec ses zones industrielles (Talpioth, Sanhedria, Ataroth) ; une capitale avec la Knesset, dont le hall abrite une tapisserie des Gobelins dessinée par Chagall (la Jérusalem messianique), avec le musée d’Israël situé sur une colline verdoyante, avec son Palais du Livre, écrin des Manuscrits de la mer Morte, avec la Grande synagogue de Jérusalem, inaugurée en 1982, l’Université hébraïque entièrement rénovée sur le mont Scopus, mais conservant ses instituts construits sur le campus splendide de Giv’at-Ram, lorsque l’accès au mont Scopus était rendu impossible par suite de la division de la ville jusqu’en 1967.

Gérard NAHON. 

 

Jérusalem représente un enjeu spirituel pour les trois monothéismes et un « lieu de mémoire » pour une bonne partie de l’humanité. Mais la cité est aussi l’objet d’une lutte politique intense mettant aux prises Israéliens et Palestiniens à la fois sur le terrain et dans l’arène internationale. Politique et religieux se mêlent en fait inextricablement, rendant la formulation d’une solution définitive de la question de Jérusalem extrêmement délicate.

Jérusalem, la « trois fois sainte. »

Judaïsme, christianisme et islam associent Jérusalem à l’origine du monde créé : la cité est le nombril du monde, l’axe majeur de l’univers. Cette sacralité partagée s’est déclinée selon des modalités différentes sur le plan spirituel. Pour le judaïsme, Jérusalem devint le centre cultuel après l’édification du Temple de Salomon (Xe siècle avant J.-C.) et demeura le symbole religieux du peuple juif, même après la destruction du second Temple (70). Pour le christianisme, la ville est intimement liée aux épisodes déterminants de la vie de Jésus, en particulier sa passion, sa résurrection et son ascension, et conserve depuis lors une place éminente comme lieu de témoignage et de pèlerinage. Enfin, pour l’islam, Jérusalem, associée au voyage nocturne (isra) et à l’ascension céleste (miraj) du prophète Mahomet, est la troisième Ville sainte.

Cette triple sacralisation a souvent davantage entretenu la confrontation que le dialogue entre monothéismes parce que les dynamiques politiques s’en sont mêlées. La question des lieux saints est ainsi directement liée à l’intervention des États européens dans le cadre de l’expansion coloniale au XIX° siècle. Elle ne concerne au départ que les sanctuaires chrétiens que se disputent grecs orthodoxes et latins, soutenus respectivement par la Russie et par la France, qui tentent ainsi de prendre pied dans un Empire ottoman en déclin. La répartition des lieux saints (Saint-Sépulcre, basilique de Bethléem...) entre les différentes confessions chrétiennes est fixée par un décret impérial de 1852 qui établit un statu quo, toujours en vigueur. Avec le développement du sionisme et la mise en place en 1922 du mandat britannique sur la Palestine, les lieux saints deviennent un enjeu capital entre juifs et musulmans, le point de cristallisation étant le Mur occidental (dit des Lamentations). La droite sioniste entend proclamer que cet ultime vestige du temple d’Hérode appartient de droit aux seuls juifs alors que les radicaux du mouvement national palestinien, emmenés par le mufti de Jérusalem, rejettent toute remise en cause du statu quo qui n’accorde aux juifs qu’une simple tolérance pour y prier. Les incessantes querelles sur la question du Mur conduiront à une explosion de violence inouïe en août 1929 : plus de 130 juifs sont massacrés par la foule arabe et une centaine de Palestiniens tués par les forces de l’ordre britanniques.

Après la création de l’État d’Israël (1948), le Mur cesse d’être un enjeu dans la mesure où il passe tout entier, avec l’ensemble de la Vieille Ville, en secteur jordanien, et donc inaccessible aux juifs. La victoire éclair d’Israël en juin 1967 change tout. Le contact retrouvé avec le Mur fait naître une inhabituelle émotion, y compris chez les laïcs les plus endurcis. Le Mur va être rapidement transformé en une véritable icône placée au cœur du dispositif symbolique de la nation juive souveraine. Les autorités israéliennes ne se contentent pas d’en refaire un lieu de prière, elles le transforment en un monument national où se tiennent cérémonies militaires et manifestations de défense en faveur des juifs persécutés.

Pour capter cette symbolique de Jérusalem, l’espace sacré autour du Mur fut réorganisé avec une extrême célérité. Une imposante esplanade prit la place du quartier des Maghrébins, rasé en quelques heures, privant ainsi 650 personnes de leur maison. Par la suite, c’est tout le quartier juif à l’intérieur de la Vieille Ville qui fit l’objet d’une réhabilitation de grande envergure. Sa reconstruction fut bien plus qu’une simple restauration, elle constitua une véritable geste architecturale destinée à affirmer le caractère permanent de la présence juive. Pour donner plus d’allure au quartier, sa superficie fut d’ailleurs doublée après expulsion de 5 000 résidents arabes et expropriation des propriétaires.

Finalement, au début des années 1980, des groupes juifs animés par des velléités messianiques, proches de l’extrême droite, ont commencé à prendre pied au cœur même du quartier musulman de la Vieille Ville. Leur démarche a été soutenue par les gouvernements du Likoud, Ariel Sharon lui-même ayant montré l’exemple en s’installant dans ce quartier. Cette politique de faits accomplis a un objectif géopolitique très clair : renforcer, par l’action volontariste sur l’espace, la judéité de la Vieille Ville, avec en son centre le Mur.

Le contrôle de l’espace.

Couvrant une superficie de 123 kilomètres carrés et rassemblant 600 000 résidents, juifs pour les deux tiers, Jérusalem est devenue la première agglomération israélienne en nombre d’habitants. Cette expansion spectaculaire a été rendue possible par la mise en œuvre d’une stratégie territoriale méthodique qui a radicalement transformé la physionomie urbaine et la démographie de la ville. Dans la foulée de la victoire militaire lors de la guerre de Six Jours, le gouvernement israélien décréta, le 28 juin 1967, l’extension de sa souveraineté au secteur oriental de Jérusalem qui venait d’être conquis sur la Jordanie. Israël annexa non seulement la municipalité arabe et ses 6 kilomètres carrés, mais aussi 72 kilomètres carrés incluant une série d’espaces ruraux arabes selon un principe très simple : le minimum de villages, et donc d’habitants arabes, mais le maximum de terres. Pour faire de la Jérusalem ainsi « réunifiée » un pôle démographique majoritairement juif (à hauteur de 70%), il était indispensable de combiner la contraction de l’œkoumène arabe et le renforcement de la présence juive. Le premier objectif explique le tracé très sinueux des limites municipales orientales qui évitent soigneusement les villages arabes les plus populeux (Ar Ram, Abou Dis...). Le second objectif fut atteint par la construction progressive, entreprise dès 1968, d’une kyrielle de nouveaux quartiers, d’abord dans l’arc septentrional (Ramot Eshkol) afin de relier le mont Scopus à l’« Ouest », puis aux quatre points cardinaux pour marquer les confins du territoire municipal (Ramot à l’ouest ; Neve Yaakov au nord ; Gilo au sud ; Mizrah Talpiot à l’est.

Dans les années 1980, le gouvernement s’est attelé à une double tâche. D’abord, développer la continuité territoriale entre les quartiers juifs en remplissant « les blancs » (projet de Pisgat Zeev). Ensuite, effacer les vestiges de la ligne d’armistice de 1949, en particulier au cœur de la cité, pour réaliser l’unité urbanistique de la ville et manifester ainsi l’irréversibilité de l’unification unilatérale de 1967. Enfin, dans les années 1990, la politique de densification urbaine s’est intensifiée dans l’ensemble de l’agglomération, mais surtout à l’« Est » (programme de construction de Har Homa, en 1997, destiné à contrecarrer tout développement de Bethléem). Il s’agissait clairement de multiplier les faits accomplis sur le terrain dans la perspective des négociations sur le statut final avec les Palestiniens. Cette stratégie très cohérente, illégale au regard du droit international, a nécessité des expropriations massives de terres et a porté ses fruits, puisque désormais 180 000 juifs habitent à l’« Est ». Pour consolider son emprise sur Jérusalem, Israël a également déployé une intense activité de construction dans un rayon de 10 à 15 kilomètres autour de la ville afin de créer une « ceinture de protection » grâce à une série de centre urbains (Maaleh Adoumim, Efrata, Givat Zeev...). Ce projet de « Grand Jérusalem », lancé en 1982, a pour objectif d’accélérer la transformation de Jérusalem en une véritable métropole autour de laquelle graviterait tout le sud de la Cisjordanie, objectif réaffirmé en 1993.

Bien que les populations arabes aient vu leur espace se contracter fortement, leur volume démographique a triplé depuis 1967, passant de 70 000 à 200 000, dans une volonté affirmée de contrer la politique de densification de la présence juive. De plus, aux marges de Jérusalem, villes (Ramallah, Bethléem) et villages (Ar Ram, Hizma...) ont connu une expansion foudroyante qui s’inscrit dans une contre-stratégie : ceinturer Jérusalem-Est pour proclamer l’arabité de la ville. Depuis 1967, Jérusalem est gérée par une municipalité unique. Refusant d’avaliser l’annexion, l’immense majorité des Palestiniens boycottent les élections et ne disposent pas, par conséquent, de représentants au conseil municipal. Si une certaine unification s’est opérée sur le plan des infrastructures et de la législation, celle-ci est toutefois loin d’être complète.

Ainsi l’annexion de Jérusalem-Est ne s’est-elle pas accompagnée de l’octroi de la citoyenneté israélienne aux habitants arabes. Conscients de l’opposition arabe à une telle mesure et peu désireux de voir croître le poids démographique des Arabes à l’intérieur de l’État juif, les responsables israéliens ont préféré opter pour un compromis en leur accordant le statut de résident, ce qui leur interdit de prendre part aux élections à la Knesset. De plus, en particulier depuis les accords d’Oslo de 1993, les Palestiniens s’emploient à établir une souveraineté de facto en renforçant leur réseau d’institutions paragouvernementales. La plus connue est la Maison d’Orient, siège officieux de l’O.L.P. dirigé par Faysal Husseini, qui a été transformée en véritable ministère des Affaires extérieures de l’Autorité palestinienne, où sont organisées régulièrement des rencontres diplomatiques de haut niveau.

Bien que la Knesset ait adopté en juillet 1980 une loi fondamentale proclamant solennellement Jérusalem « réunifiée » capitale de l’État d’Israël, ce geste ne change rien à la persistante division de la cité, ni à l’absence de reconnaissance de la Ville sainte comme capitale de l’État hébreu par la communauté internationale.

Quelles solutions ? À l’évidence, trouver une solution politique équitable pour Jérusalem s’apparente à la quadrature du cercle : depuis 1917, une quarantaine de projets ont été présentés pour organiser un partage de pouvoir entre Juifs et Arabes, aucun n’a été appliqué. On se contentera ici d’énoncer deux principes de base qui devraient nécessairement guider toute solution durable.

En premier lieu, il est impérieux de séparer la dimension religieuse de la question proprement politique. Les enjeux spirituels et affectifs se concentrent en effet sur un petit kilomètre carré, dans la Vieille Ville, là où se trouvent les lieux saints auxquels sont rattachés des événements réels ou mythiques qui ont marqué les trois religions abrahamiques : le Mur occidental, le Saint-Sépulcre et l’esplanade des Mosquées (al Haram al Sharif). Préserver le caractère de carrefour religieux de la Vieille Ville passe non seulement par la protection de la liberté d’accès aux sanctuaires et le respect de l’autonomie interne des confessions - deux choses que l’administration israélienne a globalement assurées -, mais aussi par la mise en place d’un statut particulier garanti par la communauté internationale. L’universalité de Jérusalem serait donc juridiquement scellée, ce qui ferait échapper les lieux saints aux vicissitudes politiques comme aux tentations de l’exclusion et de l’appropriation. On pourrait imaginer que deux conseils géreraient la Vieille Ville, le premier, formé de représentants des trois monothéismes, étant en charge des affaires strictement religieuses (institutions, lieux saints) ; le second, composé de délégués choisis par la communauté internationale et d’élus des quatre quartiers de la Vieille Ville, ayant pour tâche d’administrer cette enclave.

En second lieu, la compétition politique entre Israéliens et Palestiniens devrait trouver sa solution à travers un partage de souveraineté sur la ville nouvelle. Les modalités concrètes de celui-ci sont variables. Pour les uns, Jérusalem devrait conserver une structure municipale commune, avec des élus juifs et arabes, tout en devenant le siège de deux gouvernements distincts. Pour d’autres, Jérusalem serait dotée d’une Assemblée métropolitaine composée de représentants de vingt communes (dix israéliennes, dix palestiniennes), découpées à l’intérieur d’un Grand Jérusalem (près de 500 km2), et de délégués des deux gouvernements, qui gérerait pour l’essentiel les affaires de la cité au quotidien, les deux États se réservant les domaines les plus sensibles (défense, affaires étrangères et politique monétaire). Pour d’autres encore, Jérusalem devrait être à la fois la capitale de deux États et le siège de deux municipalités distinctes.

La mise en place d’une souveraineté partagée pose le délicat problème de la démarcation des aires territoriales, en particulier pour les quartiers juifs créés depuis 1967 à l’« Est ». Bien qu’au regard du droit international les expropriations de terres et les constructions soient illégales, on voit mal un gouvernement israélien, quel qu’il soit, accepter politiquement le départ massif de tous les Israéliens. D’un autre côté, il paraît tout aussi difficile de concevoir que les Palestiniens acceptent que ces quartiers subsistent comme des enclaves israéliennes, alors qu’eux-mêmes verraient leur compétence limitée aux seules zones arabes de l’« Est ». Pour sortir de cette impasse, on pourrait imaginer que les juifs installés à l’« Est » conservent un droit de résidence, mais dans le cadre d’une souveraineté palestinienne qui s’étendrait grosso modo sur l’ancien secteur oriental dessiné par les lignes de juin 1967. Toutefois, ces dernières ne devraient servir qu’à délimiter juridiquement des aires de souveraineté distinctes, elles ne seraient pas matérialisées sur le terrain afin que Jérusalem reste une ville ouverte et un espace de communication.

Parvenir à mettre sur pied un projet de compromis durable sur Jérusalem sera, de toute évidence, extraordinairement difficile. Mais échouer à le faire, c’est être assuré que la Ville sainte restera un point de confrontation majeur entre Israéliens et Palestiniens.

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