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Jean-Pierre Kelche « La Légion d’honneur : Un devoir de service et d’exemplarité active »

Vendredi 17 avril 2009, par Jean-Pierre Kelche. // La France

Symbole patent de cette schizophrénie française, la Légion d’honneur est tout à la fois décriée tout en étant secrètement convoitée. Cette institution a survécu à tous les régimes Consulat, Empire, Monarchie, République et demeure la plus importante des décorations françaises. Si elle permet d’accéder aux honneurs, elle n’en comporte pas moins des devoirs.

Politique magazine a voulu en savoir plus sur cette institution en rencontrant son Grand Chancelier le général d’armée, Jean-Pierre Kelche saint-cyrien, ancien chef d’état-major des années, grand spécialiste de l’outremer et de l’Afrique. Rencontre avec un homme sympathique, ouvert et dynamique.

Comment devient-on Grand Chancelier de l’Ordre de la Légion d’Honneur ?

Le plus simplement du monde. Sur nomination du Chef de l’État.

Quel est le nombre de décorés ?

Face à l’inflation des légionnaires 350 000 de Gaulle a créé un second ordre national l’Ordre national du Mérite, distinguant des mérites plus précoces et conçu comme une sorte d’antichambre la Légion d’honneur. Ceci, avec l’objectif de fixer le nombre de légionnaires à 100 000. Depuis, s’est donc opérée une décroissance naturelle pour aboutir un chiffre compris aujourd’hui entre 95 000 et 98 000 et qui continue de décroître. Sauf anciens combattants, on rentre en moyenne dans la Légion d’honneur à 59 ans, Pour l’obtenir, il faut au moins 20 ans de bons et loyaux services, hors scolarité.

La Légion d’honneur est parfois perçue comme une institution du passé. Elle n’en conserve pas moins un prestige certain. Quel est votre sentiment ?

Je ne parlerais pas d’une institution du passé, mais d’une institution de notre histoire, d’un patrimoine bien vivant. Plus d’un million de Français ont été distingués par la Légion d’honneur depuis sa création. Certes, il y eut des tentatives de la supprimer car elle a été fondée par le Dictateur Napoléon. Mais nos compatriotes s’y sont toujours opposés. Je constate cependant qu’ils ont un rapport particulier à la Légion d’honneur qui pourrait s’apparenter à une sorte de schizophrénie. Elle a donc été assimilée, dans l’esprit de beaucoup de Français, à une décoration militaire. Aussi ne comprennent-ils pas qu’elle récompense également des artistes des saltimbanques, ou à des sportifs par exemple. Les textes sont pourtant clairs ; Celui de mai 1802 de Bonaparte précise bien que la Légion d’honneur récompense ceux qui servent la nation quelle que soient leurs mérites, civils ou militaires.

Dans cet esprit, De Gaulle dira qu’un sportif faisant résonner la Marseillaise dans un stade, est aussi un serviteur de La France. L’autre critique, fréquemment exprimée, tient à un sentiment, diffus mais bien présent, d’injustice quant l’attribution, ou non, de la Légion d’honneur. Sachez que les dossiers de Légion d’honneur passent quatre filtres successifs du préfet au président de la République avant d’être adoptés. C’est dire s’ils sont étudiés en profondeur. Il y a donc très peu d’erreurs de « choix ». Quant aux gens effectuant un travail formidable dans leur domaine mais qui ne connaissent pas de notables et qui auraient donc du mal à être reconnus, la critique n’est plus d’actualité aujourd’hui grâce à ce que j’ai appelé « l’initiative citoyenne », C’est-à-dire qu’un citoyen « lambda » peut aujourd’hui faire obtenir à une personne qu’il juge remarquable une marque de reconnaissance. Pour cela, rien de plus simple. Il suffit de télécharger un imprimé sur les sites des préfectures, de le remplir en décrivant les mérites dc la personne et de le faire signer par 99 autres personnes françaises, majeures, dotées de droits civiques et habitants dans le département, avant de le faire parvenir au préfet.

Quelles sont les grandes lignes de l’action que vous menez ?

Le fondement de ma tâche est de conserver à la Légion d’honneur sa crédibilité. Autrement dit, essayer de dénicher partout dans le pays les gens qui font l’estime de tous, C’est dans cet esprit, que j’ai mis en place « l’initiative citoyenne ». Les Français ne comprendraient pas que la Légion d’honneur, sur le modèle anglo-saxon, devienne une marque d’establishment. J’ai également tenté de promouvoir les gens proposés à la décoration pour des activités bénévoles, des dossiers qui disparaissent trop souvent au profit des dossiers « institutionnels ». Il faut se mettre à la place des ministres ils ont un contingent et il leur faut attitrer. Entre un haut fonctionnaire et un simple bénévole... Cela dit, il y a aujourd’hui une promotion du mérite et une promotion de la Légion d’honneur, par an, dédié aux dossiers dont le bénévolat est le cœur.

Au-delà de l’ordre proprement dit, la Légion d’Honneur gère également des institutions sociales, qu’en est-Il exactement ?

Je suis recteur de deux Maisons d’éducation. C’est l’un des volets de responsabilité habituelle du Grand Chancelier On peut parler de social dans le sens où ces maisons brassent des milieux très différents et que ce sont des écoles de l’excellence où l’on reconnaît les mérites des élèves par des remises de prix, des notes de conduites et de résultats. Aucune de ces élèves n’en est renvoyée pour défaut de résultats, mais elles peuvent l’être, par contre, pour écart de comportement.

Et quel rôle social attribuez-vous au, décorés ?

Comme nous l’avons dit, le regard de nos concitoyens sur les décorés n’est pas d’une grande tendresse. Il est très exigeant, un peu sceptique. Cela provient en partie du fait que les décorés, une fois la rosette à la boutonnière, ne font plus grand-chose pour servir le pays. J’ai donc eu l’idée de les engager dans une action citoyenne. Celle-ci vise à promouvoir l’ascenseur social qui, hélas, et c’est une banalité que de le dire, est en panne. Mesurer le délitement actuel de la société, c’est prévoir son éclatement à plus ou moins long terme. C’est un constat très préoccupant. Les différentes couches sociales ne se parlent plus, ne vivent plus aux mêmes endroits, plus grave encore, n’ont plus la même culture. Mon idée a donc été de créer une fondation, pour remettre de l’huile dans l’ascenseur social. Le président Chirac m’a donné son accord l’été 2005, d’autant que je ne demandais pas d’argent public, ce qui a facilité les choses. J’ai frappé à la porte des dirigeants des grandes entreprises afin qu’ils s’investissent financièrement dans cette aventure qui les concerne au premier chef.

 De quoi s’agit-il ?

Tout simplement de faire appel aux sociétés d’entraide des décores, en leur demandant de parrainer des jeunes, issus de milieux défavorisés, du lycée l’emploi. En collaboration avec l’Éducation nationale, nous prenons des boursiers au mérite. La note de comportement scolaire assiduité, respect des professeurs et des camarades - introduite par Gilles de Robien est également prise en compte. Ensuite, à charge pour le parrain d’aider son filleul dans son orientation, de l’accompagner dans ses recherches de stages, etc. C’est une relation suivie ; parrain et filleul se rencontrent chaque mois et, tous les trimestres, le parrain rencontre également la famille du filleul. Il s’établit ainsi un lien souvent très proche entre parrains, filleuls et familles. C’est un vrai succès !

Voilà l’une des missions qui me tient le plus à cœur entant que Grand Chancelier. Permettre à des jeunes que tout, ou presque, conditionne à l’échec, de réussir leur orientation professionnelle et, partant, leur vie sociale. Pour cela, j’en appelle aux légionnaires de bonne volonté car la décoration implique, selon moi, un devoir de service et d’exemplarité active.

C’est cela la Légion d’honneur, non pas des droits, mais des devoirs.

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