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Jean-Claude Michéa le vrai radical.

Jeudi 20 octobre 2011, par Gérard Leclerc // La France

Le vrai radical, c’est celui qui, selon l’étymologie, va jusqu’aux racines. Mieux que quiconque, parmi les penseurs du politique, Jean-Claude Michéa mérite ce qualificatif qui renvoie aux fondements du lien social. Son dernier essai le distingue encore plus dans cette orientation qui relie étroitement la réflexion sur la cité à l’anthropologie. Loin de nous faire oublier nos difficultés actuelles, une telle démarche nous permet de les saisir le plus profondément, au rebours des préjugés du par Gera moment. Et l’un des plus paralysants de ces préjugés réside dans le refus obstiné du retour en arrière, de la perception de nos enracinements. Le moderne se veut émancipé de toutes déterminations et poursuit l’archaïsme comme l’ennemi de son émancipation. De là ce Complexe d’Orphée qui interdit tout regard en arrière qui apparaît fatal à l’image du mythe antique parlait à ce propos de « lifting intellectuel, auquel on recourt par une terreur du vieillissement qui relève du snobisme ».

Orwell ! On n’est pas étonné de le retrouver dans cet essai où Michéa approfondit et complète tout son parcours antérieur, où l’anarchiste tory a déjà fait l’objet de deux ouvrages. Il y répond directement à deux questions posées par Stéphane Vibert, professeur au département de sociologie et d’anthropologie de l’université d’Ottawa, qui entend lui faire préciser toutes les idées antérieurement exprimées. C’est d’autant plus utile qu’aussi bien Orwell que Michéa apparaissent complètement atypiques par rapport aux courants intellectuels d’aujourd’hui. Même s’il est aussi essayiste l’auteur de 1984 est d’abord un romancier qui s’exprime sous un mode artistique, souvent impressionniste. C’est, semble-t-il, d’abord une sensibilité qui s’exprime et qui trouve ses correspondances chez un Jacques Tati, un Robert Altman ou un Clint Eastwood. Pareilles références risqueraient d’attiser le soupçon de nostalgies qu’au demeurant l’auteur ne récuse pas, d’autant qu’il s’intéresse à l’humanité dans ses dimensions ontologiques, au rebours d’une pensée-mode qui se complait dans l’artifice, le superficiel, et un constructivisme qui suppose que tout est malléable et factice dans notre espèce. Mais l’esthétique renvoie à l’éthique et à la philosophie d’autant qu’il s’agit d’interroger l’héritage plurimillénaire des sociétés humaines. Et d’autres références se bousculent alors pour conforter le refus de l’insignifiant : Walter Benjamin, l’école de Francfort, Jacques Ellul, Guy Debord, Jaime Semprun, Philippe Muray... On s’aperçoit que tous ces écrivains en réaction contre la superstition du progrès renvoient en fait à la culture humaniste. Leur différence commune tient à leur .vigilance à sauvegarder ce qui est en péril avec la toute puissance du capitalisme libéral. Un Au bout du compte, ils seront nombreux à se joindre à cohorte, d’Albert Camus à l’inclassable Pasolini, qui sera bien le dernier en dépit de son homosexualité à se reconnaître dans l’idéologie de l’évolution irrépressible des mœurs.

Et puisque Michéa n’hésite pas à appeler à 1 rescousse le réactionnaire Chesterton, on prend conscient de l’étendue des complicités... Cette transversalité, loin de s’expliquer par un vague romantisme, se comprend par la hantise commune d’une humanité en danger. Et là-dessus Jean-Claude Michéa est d’une franchise absolue. Avec le capitalisme à l’œuvre depuis deux siècles « nous avon clairement affaire à une remise en question radicale de tous les montages symboliques qui avaient jusqu’ici permis l’espèce humaine de survivre et d’évoluer. Remise en question qui n’en est encore qu’à ses débuts et dont aucun des père fondateur de l’utopie libérale à l’exception, peut-être, du marquis de Sade n’aurait pu imaginer la nature, t’ampleur ou même la simple possibilité.

Toutes les complicités culturelles possibles ne sauraient réduire la solitude de tous ceux qui s’opposent à l’évolution universelle qui aujourd’hui s’est emparée de la planète entière. Car il est parfaitement illusoire d’attendre de la gauche, telle qu’elle se définit comme progressiste et depuis qu’elle a abandonné son ancrage populaire et ouvrier, la moindre velléité de résistances à la droite libérale. Droite et gauche communient dans la même certitude que la cité moderne repose sur les deux piliers du marché autorégulateur et du droit procédural  : « Soit, en d’autres termes, deux processus par définition sans sujet destinés à remplacer le gouvernement idéologique des hommes par l’administration technique des choses, et conçus à ce titre comme des dispositifs axiologiquement neutres, pilotés par des experts (la seule valeur philosophique commune que le libéralisme reconnaisse à savoir la liberté étant précisément définie comme le droit pour un individu de choisir arbitrairement ses propres valeurs privées, à charge pour lui de respecter, le choix symétrique des autres). »

Jean-Claude Michéa est féroce à l’égard de la Gauche Libé qui constitue le répondant exact à l’amoralisme libéral. De part et d’autre, c’est le même individualisme narcissique, avalisant la dynamique capitaliste conçue au demeurant comme irremplaçable à jamais. Les masques tombent et les alternances politiques deviennent illusoires. Pour contrer une telle complicité, c’est à une révolution anthropologique qu’il faut se consacrer, celle qui revient à l’origine des relations humaines fondatrices, à cette commune décence dont Orwell était persuadé qu’elle sauvegarderait ce qu’il y a de plus précieux dans nos sociétés, tout simplement parce que sans cet ethos fondamental notre humanité se défait.

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