Je suis féministe et réactionnaire chez moi au Danemark ! et alors…

Jeudi 11 août 2011 // Le Monde

Si la lutte des femmes est souvent associée à la gauche, certains pays voient apparaître une génération de féministes différentes. Le quotidien danois Politiken a donné la parole à trois d’entre elles.

Anne Sophia Hermansen, née en 1972, ancienne candidate de l’Alliance libérale [centre droit], tient un blog sur les questions femmes-hommes pour le journal Berlingske Tidende. 

Etre féministe de droite, qu est-ce que cela signifie ?

Je ne suis pas féministe, mais partisane de l’égalité des sexes, c’est-à-dire de l’égalité des opportunités pour les hommes et les femmes. Pour moi, parler de féminisme rouge et de féminisme conservateur n’a pas de sens. Pour la gauche, peut-être... Alors, qu’elle garde le féminisme, le marxisme vulgaire et toutes ces épaves idéologiques dépassées des années 1970 ! Grand bien lui fasse ! Je n’adhère pas non plus à cette idée féministe un peu saugrenue selon laquelle les femmes formeraient un groupe opprimé et particulièrement vulnérable. Je trouve au contraire que nous jouissons de nombreux privilèges et que nous ferions bien d’arrêter de ridiculiser notre sexe en exigeant constamment un traitement spécial au nom du féminisme.

Que veulent les féministes conservatrices ?

Les féministes de droite sont pour le droit de gérer sa vie sans subir un carcan à la Big Mother. Si les femmes ne peuvent s’identifier à la cause des féministes rouges, c’est parce qu’elles n’ont pas envie de se nourrir de manière passive au sein de l’Etat providence et devoir qu’on légifère sur des choses qui, en réalité, relèvent de la sphère privée.

Nina Sondergaard, née en 1979, historienne et cofondatrice du Forum sexo-politique, blogueuse sur Prosexfeminisme.dk. Etre féministe de droite, qu’est-ce que cela signifie ?

Je ne me définis pas comme une féministe de droite, mais comme une féministe prosexe. Je revendique la liberté et le droit à l’autodétermination, car il est malheureusement toujours très important de répéter que la femme a le droit de disposer de son corps. Sa sexualité lui appartient, même si elle veut être travailleuse du sexe ou mannequin porno. La société n’a pas à s’en mêler. Il est facile de savoir contre quoi se battent les féministes de droite, mais que revendiquent-elles ? Concrètement, je suis pour les droits des travailleurs du sexe. Je me battrai toujours pour le droit des femmes à utiliser leur corps comme elles l’entendent, que ce soit pour un travail sexuel ou pour mettre au monde dix enfants. J’en ai vraiment assez des quotas, de la criminalisation de la prostitution et du congé de paternité. Cela revient à enlever aux femmes le droit de gérer leur corps et leur vie. C’est comme si l’on imposait aux gens une seule version du bonheur. Le fait que l’on ait adopté des critères de succès typiquement masculins, comme l’accession à un poste de direction, pose un gros problème.

Faut-il donner un coup d’arrêt à l’égalité des sexes ?

Le débat sur l’égalité des sexes est, pour moi, une énième masculinisation des femmes et relève d’une conception très précise de la vie idéale des femmes. Cela me paraît vraiment une définition trop étroite. D’un point de vue strictement formel, je dirais, comme le ministère de l’Egalité des droits, que l’égalité des sexes existe, au risque d’être accusée de traîtrise par les féministes. Nous avons obtenu le droit d’aller à l’école, de travailler, d’hériter - et les moyens de faire garder nos enfants. Tous les obstacles techniquesque rencontrent encore un grand nombre de femmes à travers le monde n’existent plus dans notre pays. Sauf pour ce qui est des travailleuses du sexe.

Vous défendez souvent la cause des travailleuses du sexe. Pourquoi est-elle si importante ?

En tant que féministe, je n’accepte pas d’être jugée trop bête pour prendre seule mes décisions, comme celle d’être travailleuse du sexe. Je ne veux être dépendante d’aucune autorité que ce soit qui m’ôterait unè opportunité professionnelle à cause de mon sexe ! C’est insupportable.

To be or not to be femme au foyer ?

Si des femmes so1aitent choisir ce mode de vie, elles doivent en avoir le droit sans être méprisées pour autant. A l’inverse, je n’ai aucune intention de prêter l’oreille à toute cette glorification de la femme au foyer par une grande partie de la droite. Je ne la supporte pas. Ce n’est absolument pas une tradition millénaire et "naturelle". Ma conclusion est donc : que les autres veuillent l’être, cela ne me dérange pas ; moi, je ne veux pas.
Canula Paaske Hjort, née en 1981, journaliste free-lance sur 180 grader.dk, étu M diante et "chroniqueuse libérale".

Etre féministe de droite, qu’est-ce que cela signifie ?

Je ne suis. pas féministe, mais chroniqueuse libérale sur l’égalité des sexes. Je considère la question de l’égalité des sexes sous un angle biologique, évolutionniste. J’ai moi-même été féministe pendant quelques années, mais je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de rapport entre les discours sur les disparités entre les sexes et la réalité autour de moi. En tant que libérale, je souhaite que les deux sexes aient les mêmes opportunités, ce qui est le cas depuis longtemps au Danemark. Je veux des possibilités égales plutôt qu’une égalité de résultats.

Que veulent les féministes conservatrices ?

Nous refusons les quotas et la discrimination positive des femmes et sommes sur la même longueur d’onde que la première vague de féministes. Je trouve que la vieille répartition des rôles entre l’homme et la femme - l’homme subvenant aux besoins du ménage et la femme gérant le foyer-avait de nombreux aspects positifs. Aujourd’hui, il est beaucoup trop facile aux parents isolés d’obtenir des allocations de l’Etat. Depuis les années 1970, cette situation a causé énormément de divorces et a brisé beaucoup de ménages.

Il est facile de savoir contre quoi se battent les féministes de droite, mais que revendiquent-elles ?

Je suis pour un Etat moins présent. Cela générerait un ordre spontané et une société civile plus importante. Les rôles traditionnels de l’homme et de la femme prospéreraient et les couples mariés seraient plus soudés. Au lieu de soutenir des formes de logement alternatives et les communautés, nous laisserions s’épanouir des modèles familiaux capables de s’entretenir et de se soutenir eux-mêmes. L’expérience montre que la famille nucléaire est la structure la plus stable, celle qui fonctionne le mieux.

Faut-il donner un coup d’arrêt à l’égalité des sexes ? Avons-nous obtenu ce que nous voulions à cet égard ?

Oui, je le pense. On pourrait fermer le ministère de l’Egalité des droits et économiser l’argent des contribuables. Et, si l’on baissait le taux d’imposition, il serait plus facile de vivre avec un seul revenu, ce qui inciterait davantage de femmes à rester chez elles pour garder leurs enfants.

To be or not to be femme au foyer ?

Je crois que beaucoup de mères au foyer occupent une fonction précieuse dans la société. Il est bon que certaines femmes consacrent du temps et de l’énergie à élever leurs enfants, et je serais moi-même heureuse de pouvoir un jour m’occuper de mes enfants chez moi, si j’en ai les moyens.

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