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JEAN BONHOMME. Le livre que la Dépêche veut interdire.

La Dépêche du Midi. UNE DYNASTIE, UN CLAN, UNE SECTE.

Mardi 8 juillet 2008, par Jean Bonhomme. // Divers

Une presse très spéciale...

Il existe en France, dans la Région Midi-Pyrénées et plus particulièrement dans le département de Tarn-et-Garonne, une institution singulière.

Il s’agit de La Dépêche, quotidien régional qui convre huit départements, dont l’esprit et les écrits constituent, dans le paysage de la presse en France, une exception française. Héritière de la tradition républicaine instaurée par Gambetta et poursuivie par Jaurès, après la guerre de 70, elle s’est maintenue contre vents et marées au cours du XX° siècle, en s’adaptant aux inflexions et évolutions du pouvoir politique. Seul, un court intermède, dont il sera parlé, interrompt sa ligne de vie de 1944 à 1947.

Dans un pays où, depuis deux siècles, la pluralité des opinions est devenue la règle, La Dépêche a réussi à créer un monopole de fait de l’information, excluant de ses colonnes toutes opinions non conformes à celles de ses dirigeants. Le journal est, en effet, au service exclusif, depuis des décennies, d’un clan qui occupe en Tarn­et-Garonne le pouvoir politique.

L’entreprise de presse est mise â la disposition d’une carrière politicienne. D’où les exclusions, condamnations, ostracismes qui frappent tous ceux qui osent ne pas être en accord avec les directives du chef. D’où les flagorneries et brevets de républicanisme dont bénéficient, parfois de façon inattendue, tous ceux qu’il convient de rallier à la bonne cause. C’est ainsi que, à coup de roueries, de tartufferies et de bonne conscience républicaine largement étalée, ce journal a pu devenir un système d’influence, sans équivalent dans la presse française.

Hier comme aujourd’hui...

Si, au cours des années, l’intransigeance républicaine s’est affadie et a perdu de sa pureté originelle, les méthodes, elles, sont restées les mêmes. Une étude sur le département de Tarn-et-garonne, faite par S. Canal en 1934, parue sous le titre « un département exsangue  » (librairie des études sociologiques) porte le jugement suivant !

« La Dépêche n’est plus seulement un journal, mais une puissance officieuse, occulte, avec laquelle il faut compter. Par son action continue sur les électeurs, masse informe et hétérogène, elle devenait maîtresse des élections et, par contrecoup, des élus, puis des autorités publiques...Comme il était bien entendu que le journal s’identifiait avec la république laïque et démocratique-la vraie, la seule d’où les modérés étaient désormais exclus- il ne restait plus que deux partis. Pour ou contre la Dépêche, les élus et les reprouvés. Seuls, les premiers pouvaient prétendre aux faveurs, grosses ou menues, dont l’administration peut faire bénéficier soit les particuliers, soit les collectivités. A eux seuls, les allocations dont l’attribution n’est pas strictement obligatoire, les subventions, les petits passe-droits, les places, les décorations.. Malheur à la commune ou au canton qui s’avisait de choisir un candidat autre que celui auquel la toute puissance avait donné l’estampille ! La justice, oui mais pas une miette de plus. On vit des fonctionnaires, pourtant de haut rang et de talent, trembler dans la crainte d’un mot ou d’un geste mal interprété.

Si l’on conçoit ce qu’est un tel pouvoir, on conviendra qu’il ait fallu des échines et des caractères d’airain pour ne pas plier devant ce que l’historien impartial est bien obligé d’appeler un boss quand bien même on eût gardé, malgré tout, par devers soit des idées et des convictions tout autres. Au surplus, ce n’est pas des sentiments intimes que le boss avait cure. L’essentiel était de faire hommage, à la suite de quoi on l’a vu parfois donner d’étranges investitures. Telle assemblée élue, composée en presque totalité des poulains du journal présente pour qui sait entendre et voir des nuances d’opinions qui vont du plus pâle au plus rouge. Mais il n’importe ! il suffit que, lorsque le signal brille, chacun puisse rallier le drapeau.

Et voici comment, sous l’action combinée et prolongée d’un journal qui a su comprendre que les lecteurs sont des électeurs, des personnalités locales longtemps isolées, mais vivant près des petites gens, et enfin de l’école laïque, remplissant les missions que ses fondateurs lui avaient confiées, une population conservatrice, royalise et catholique, a donné l’impression, comme dans tout le Sud-Ouest, d’être passée peu à peu au radicalisme ».

Le constat de 1934 reste-t-il toujours valable en 2004  ? Oui sans doute. Car les trois quarts de siècle qui ont connu transformations et bouleversements journalistiques de toutes sortes n’ont en rien changé les moeurs du journal. Il n’est que d’apprécier le style, resté immuable style inimitable, incomparable, inusable, où l’exaltation des valeurs républicaines reste mêlée aux effusions démocratiques larmoyantes.

Il relève d’un archaïsme fin de 19° siècle, ou la République restait vulnérable. Aussi le journal entre-t-il on transes dès qu’il la suppose menacée. Il revendique haut et fort la défense de la liberté de la presse au nom des luttes menées autrefois en sa faveur. Ce combat est, nous dit-on, celui de la clarté. On peut lire dans un éditorial sur « la clarté de nos choix  » que « La Dépêche s’est toujours battue pour le même idéal, sans en changer !  » Nous verrons cela. C’est toujours « au nom de nos valeurs  » que le PDG actuel, le 25 juin 2004, s’élève contre « les entraves à la liberté du travail  » menées contre son entreprise, ce qu’il tolère aisément chez les autres.

C’est de cette culture qu’a hérité Jean-Michel Baylet. Président de Conseil Général pompeux et emphatique, il a toujours emprunté, jusque dans les circonstances les plus anodines, le style déclamatoire de défenseur exclusif de la République. Distribuant la morale civique avec morgue et suffisance, il peut tout autant oublier de la mettre en pratique dans ses activités professionnelles et politiques. Si peu conscient de la dignité de sa fonction présidentielle, qu’il en arrive à injurier un opposant ou à obliger un photographe jugé indiscret à voiler sa pellicule. Une information illustrant ce comportement brutal a été livrée largement au public par le quotidien France-Soir du 13 décembre 2006. Sous le titre « Les arguments frappants de J-M Baylet », nous sommes informés sur la manière dont celui-là même qui vient d’affirmer sa volonté de « faire voter en priorité une loi contre les violences faites aux femmes, » se comporte avec elles dans la vie. Comment ce Janus politicien qui enfreint ainsi les moeurs peut-il édicter des Lois qu’il méconnaît à ce point.?

Une expérience personnelle...

Pour mieux faire apprécier les procédés de La Dépêche, je suis obligé, qu’on veuille bien m’en excuser, d’évoquer mon cas personnel. Il m’a donné l’occasion, en effet, de connaître dans les détails la méthode dont use le journal envers ceux ou celles qui ont la malchance de ne pas être « persona grata ». S’ils ne viennent pas à résipiscence, les voilà mis définitivement à l’index. Ce fut mon cas. J’étais, en 1958, encore jeune médecin installé à Caussade en Tarn-et-Garonne et n’avais jamais participé à la vie publique, ni songé à le faire.
Mais, en septembre, j’avais ressenti une véritable irritation devant la campagne acharnée menée par Jean Baylet, alors PDG du journal, contre la proposition constitutionnelle du Général De Gaulle. Il me paraissait, en effet, que ce parlementaire, au coeur de toutes les combinaisons politiques d’un régime d’assemblée, était particulièrement responsable de l’affaissement de la République et qu’il était, moins que quiconque, habilité à s’opposer au changement de nos institutions, rendu nécessaire par la crise de l’Etat.

Deux jours avant la date du référendum du 28 septembre 1958, il tenait un meeting à Caussade. Novice incertain, je pris sur moi de bondir sur la tribune à laquelle il appelait les contradicteurs et de lui dire, en conclusion d’un propos véhément : « nous serons 80% à dire oui dimanche, et contre cela, monsieur, vous ne pourrez rien. » Quelques mois plus tard, j’étais devenu maire de cette Commune. Dès lors, je compris que je n’avais rien à attendre, sinon de la bienveillance du journal, du moins de sa neutralité. Pendant des années (30 ans) la vie municipale de ma commune n’a été relatée que par de minces paragraphes parsemés de propos sceptiques ou sarcastiques. Aucune des activités et réalisations ne fut jamais évoquée par le correspondant local. Le photographe avait reçu l’ordre d’éviter toute photo, tout portrait susceptible de faire mention de ma fonction. J’étais un maire fantôme.

Ayant accédé au Conseil Général du département, les choses ne se sont pas arrangées, le
boycott s’étant poursuivi sans relâche sur ma modeste personne. Ma première élection cantonale, en 1961, donna lieu à un branle-bas de combat, appelant à la vigilance républicaine, face à la réaction que je personnifiais ; « La droite ultra...met bas les masques » était- il écrit. Les maires du canton furent appelés à apposer, bon gré mal gré, leur signature au bas d’un manifeste de combat. L’une d’entre elles fut même usurpée, au grand dam du malheureux qui n’avait pas eu à donner son avis, que l’on s’était bien gardé de lui demander.

Plus tard, en 1968 ma candidature aux élections législatives fut l’occasion d’un déchaînement. Il était question de « haine et d’égout » Mieux encore, il était fait état d’une distribution d’armes allant jusqu’à l’éventualité d’un « accident » pouvant survenir sur la personne de mon adversaire, le brave Louis Delmas, qu’à l’époque les électeurs se sont chargés de remercier tout naturellement. Il eut plus tard l’occasion de se plaindre d’avoir bénéficié d’un soutien aussi stupide. C’est au cours des législatives de 1973 que l’animosité des dirigeants du journal atteint son paroxysme. Madame Evelyne Jean-Bay1et, la patronne d’alors, crut nécessaire, ce qu’elle ne faisait jamais, de prendre la plume et d’écrire un éditorial rageur et vengeur. Blessée de voir que son grand ami, Chaban-Delmas, venait soutenir à Montauban ma candidature, elle l’apostropha durement sous le titre « La Pénitence »

« Vous, Jacques Chaban-Delmas, hôte d’un jour de ce Tarn-et-garonne..soudain propulsé au premier rang d’une croisade sans croix et commis d’office à la sauvegarde de seconds plans médiocres..tentant de couvrir d’un bouclier scintillant l’armée de pleutres…. Faut-il qu’on vous haïsse pour vous envoyer, vous, en ce département, porter assistance à un triste comparse stupidement compromis et devenir aujourd’hui ici, l’exécuteur presque honteux de mesquines vengeances de nabots. » Des accents aussi tragiques rendaient bien excessive une banale affaire de compétition électorale. On le voit, ce journal n’hésite pas, quand il s’agit d’abîmer l’image détestée, à organiser en dramaturgie les événements les plus insignifiants.

Il est vrai que e n’avais aucune illusion sur le respect qu’il aurait du éprouver envers le minimum d’objectivité qui doit s’imposer à un organe d’information (dont il faut se souvenir qu’il reçoit de l’Etat, directement ou indirectement, des aides substantielles). Déjà, en 1971, j’avais cru nécessaire de demander à Madame Baylet, pour m’épargner une correspondance inutile, de me faire savoir si elle consentirait à passer des communiqués sur les programmes de mes réunions. Elle me fit savoir, de la manière la plus sèche. « Il ne m’est pas possible dedonner suite à votre demande ».Il convenait que le silence fut total. Malgré les épithètes les plus malsonnantes dont j’étais gratifié, je ne songeais nullement à faire arbitrer nos querelles par la justice Ce ne fut pas le cas du journal. J’avais produit, dans un tract, un petit pamphlet dans lequel j’évoquais le cas du malheureux journaliste commis à l’entreprise de démolition de ma personne. « Laissons-le tranquille, disais-je, il est si bien en laisse près de son maître » Pour cette injure », je fus traduit devant un tribunal correctionnel, qui me condamna à 1000 Frs d’amende avec sursis. Ce qui permit au journal, sur trois colonnes en première page et plus abondamment dans la rubrique locale, de titrer triomphalement : « le député UDR condamné. » Accents de triomphe surgis d’un épisode dérisoire.!

Cet acharnement judiciaire se doubla d’une affaire plus burlesque encore. Sur la plainte déposée contre moi pour « injures » le juge d’instruction voulut m’entendre. Normal. Seulement, j’étais couvert par mon immunité parlementaire. Immunité qui ne court que pendant les périodes de session parlementaire. Or, cette session se terminait à la fin de l’année 1972. Le juge d’instruction eût pu, sans inconvénient pour une procédure engagée plusieurs mois auparavant, attendre la fin de cette session. Nonobstant, et voulant à toutes forces m’entendre au plus tôt, il demanda au procureur d’engager début décembre, trois semaines avant le terme, une lourde procédure dc demande de levée de mon immunité parlementaire. Voici longtemps qu’une telle procédure n’avait pas eu lieu. La dernière en date, semblait-il, concernait François Mitterrand, en 1959, lors de son inculpation pour le faux attentat de l’Observatoire.

Cette exigence judiciaire pour une affaire clochemerlesque, était démesurée. Le juge ou le procureur avaient-ils subi des pressions ? Je me le suis demandé. Quoi qu’il en soit, et comme il ne se passait pas grand-chose à cette époque, cette information connut une amplification excessive. Comment ? Qu’a-t-il donc fait, se députe, de si répréhensible ? Je dus subir les feux croisés de questions d’une presse en mal d’évènements nouveaux. Avais-je puisé dans la caisse du Conseil Général (où d’ailleurs j’étais minoritaire) ? Quelles turpitudes, médicales ou autre, avais-je commises. ? Des électeurs ont cru qu’il s’agissait de la suppression de mon indemnité parlementaire. Je n’avais aucun moyen de m’expliquer, la Dépêche se contentant d’informer benoîtement ses lecteurs que j’étais soumis à une procédure exceptionnelle, donc forcément douteuse.

Cette bulle se dégonfla vite. Mais l’Assemblée dut désigner une commission d’enquête, comme il est de règle. La conclusion de cette enquête s’imposa avec la force de l’évidence « on se trouve devant une utilisation extrême des textes et dans une intention qui est sans commune mesure avec les faits initiaux, la demande qui est présentée, est inutile à la manifestation de la vérité, inutile à la poursuite de l’action judiciaire donc abusive. » Cette conclusion fut adoptée à l’unanimité de la commission composée de représentants de tous les groupes politiques de l’Assemblée Nationale.

Des servitudes.

La Dépêche n’en souffla mot. Ses journalistes avaient reçu la consigne du silence. A cet égard, on peut s’interroger sur le sort de ceux qui se sont mis au service de ce journal. Ils sont, en effet, d’une espèce particulière. Il faut avoir l’échine souple. Le responsable départemental, pour prendre l’exemple du Tarn-et­-Garonne, ne saurait écrire une ligne sans l’assentiment tacite ou formulé de son patron, patron du Conseil Général.

Par une confusion des genres qui est traditionnelle dans cette maison, la fonction politique est si intimement mêlée à la profession que seules sont livrées aux lecteurs les informations politiquement agréées. En 1992, un rédacteur nouvellement nommé dans ce département, peu au courant des moeurs qui avaient cours, avait cru devoir rendre compte, en quelques lignes, d’une manifestation de parents d’élèves au Conseil Général, au cours de laquelle s’étaient produits des échanges peu amènes avec le Président de l’Assemblée. Il dut subir de sévères remontrances et fut sanctionné. Le tribunal des prud’hommes lui donna raison.

Dans le Monde du 5 janvier 1992, Main Rollat, du Monde, au cours d’une enquête sur La Dépêche du Midi, écrivait : « Malheur au téméraire prenant des libertés de conscience avec un contrat de travail qui le met en demeure, au moment de son embauche de « se conformer » dans ses « écrits » et ses « tâches » à la ligne politique du journal Pas question non plus d’évoquer publiquement les débats internes à la famille Baylet ! Certains rédacteurs l’ont appris à leurs dépens ». La liberté de l’esprit, que revendique fortement la gauche, n’est manifestement pas tolérée dans le journal de la même couleur. Il faut que ce soit un journal de droite, le Figaro, pour la voir revendiquée officiellement. Ses journalistes, récemment, ont en effet voté, à une majorité de 93% une motion sur l’indépendance de la rédaction. Il y est notamment rappelé que Le Figaro ne peut en aucun cas se transformer en un journal militant Il doit demeurer un grand journal d’informations nationales et internationales, un journal de référence ouvert à tous les courants de pensée, dans une tradition longue de plus de 150 ans » « La Société des Rédacteurs ne transigera pas sur ces principes et compte sur les directions des rédactions pour faire fermement respecter les principes fondamentaux de la charte des journalistes des rédactions du Figaro adoptée à l’unanimité par l’ensemble des rédactions en juin 2004. »

Ce qui se fait à Paris n’a guère de chances d’avoir lieu à Toulouse. La tradition, là encore, est restée forte. Mais l’utilisation d’un journal voué à célébrer les mérites et les vertus d’un patron exerçant des fonctions politiques n’a que de lointains rapports avec une saine pratique démocratique et s’apparente plutôt aux moeurs d’une république bananière.

De l’influence à l’intimidation..,

De ce point de vue, Jean-Michel Baylet, PDG de La Dépêche, Sénateur, Président du Parti des Radicaux de Gauche, Président du Conseil Général de Tarn-et-Garonne est un personnage emblématique. Les années ont passé, les procédés sont restés les mêmes. Jacques Briat, qui a poussé la malhonnêteté jusqu’à se faire élire député dans le fief de J-M Baylet, à Valence d’Agen, connaît le boycott absolu silence sur ses prises de position, ou déclarations, à moins qu’elles ne soient l’occasion de quelque sarcasme. Evoquer sa presence au moindre des vernissages serait incongru. Il est, lui aussi, le député fantôme.
Telles sont les consignes. Il faut dire, à la décharge de ces journalistes, que la ligne politique du boss, dont la sinuosité accompagne les intérêts bien compris, oblige à des adaptations et reconversions inévitables. Nous sommes ancrés à gauche, est-il hautement affirmé quand s’ouvre une campagne électorale. Les évènements en disposent autrement. Quand la conjoncture politicienne offre une configuration originale, au diable les convictions profondes. En 1985,  les résultats des élections cantonales avaient donné, au Conseil Général de Tarn-et­-Garonne, un nombre de sièges socialistes supérieur a ceux des radicaux (13 contre 11). L’engagement ancien et traditionnel de l’Union de la Gauche imposait une présidence socialiste. Un jeu habituel, mais toujours imparable, de bascule en décida autrement. Il suffisait de s’aboucher avec deux ou trois élus de droite, leur faire savoir que les convictions politiques étaient révocables et qu’au demeurant seul comptait l’intérêt du département. Le fanatisme n’est pas notre vertu première, leur faisait-on savoir. D’ailleurs, entre-nous, l’esprit de tolérance des modérés était beaucoup plus apprécié que le sectarisme du parti socialiste.

On ne demandait qu’à le croire et à adhérer à un ordre nouveau où les vice-présidences et autres hochets seraient harmonieusement partagés. La puissance et le monopole de l’information régionale faisaient le reste. Ces élus, flattés dans leur vanité, étaient heureux de voir proclamé publiquement leur esprit de compréhension et de tolérance. Ainsi le tour était joué, et l’adversité contournée d’un coup de baguette magique et de séduction politicienne. Les socialistes ont couiné quelque temps. Mais ce temps fut bref. Les plus récalcitrants en apparente se virent offrir, après un dé]ai de décence, une présidence de syndicat d’électrification, ou telle autre sinécure. Bluffés par ce réalisme politique, tous ceux qui avaient des raisons de grogner se sont progressivement inclines.

Ah ! Comme la vie politique est facile quand elle est adossée à un solide organe de presse. Bien tenu en mains, un journal peut, au XX1° comme au XIX° siècle, surmonter les aléas de la vie démocratique. Une telle pratique a permis en même temps d’asseoir son pouvoir sur ses propres troupes. C’est ainsi qu’en 1988, pour couper court aux Impatiences ou ardeurs légitimes de ceux des fidèles qui avaient gravi peu à peu les échelons du cursus politique, la préférence fut donnée à un jeune obligé et affidé qui n’avait aucun autre moyen que d’obéir aux consignes. Au grand dam des élus les plus chenus, on en fit un sénateur. Avec lui, on ne courait aucun risque. L’influence du Journal se traduit pas une capacité d’intimidation qui joue dans les domaines les plus divers et aboutit à l’exclusion de toute pensée hétérodoxe.

Il s’était créé en Tarn-et-Garonne un petit Journal, judicieusement appelé « Le Petit Journal  », qui avait pour mission de permettre l’expression de toutes les opinions. C’était une formule originale dans un département soumis depuis si longtemps à l’information unique. Pendant quelques années, j’ai été invité à formuler mon opinion d’homme de droite dans ce quotidien où ma prose voisinait avec toutes les autres formes d’expressions de l’éventail politique. A plusieurs reprises, je reçus un accueil mitigé ou réservé lorsqu’il s’agissait de la gestion du département ou des prises de position de son patron, également patron de La Dépêche, ou de son ami sénateur. Je voulus évoquer un certain nombre de manquements à la morale civique, commis par M. Jean-Michel Baylet. Ces propos, parfaitement exacts, n’avaient rien de répréhensible, et pouvaient être rapportés sans dommage pour quelconque. Néanmoins ils firent peur. Il ne restait plus au « Petit Journal » qu’à poursuivre sa modeste course commerciale à condition d’évacuer tout ce qui eût été de nature à déplaire au maître de ces lieux.

C’est dommage pour lui, car il eût été assuré de ses ventes. La Dépêche, en effet, lorsqu’un article étranger, fait état, ce qui est un événement rare, d’informations déplaisantes sur le clan, fait rafler tous les exemplaires disponibles de l’insolent papier. Le Monde a déjà fait l’objet de ce genre de sollicitude.

Des pressions Insistantes...

La pression exercée ainsi sur des formes de pensée subversives peut prendre des aspects plus brutaux. Claude Llabres en a fait l’expérience. Il avait écrit en 2001 un livre évoquant les heures noires du quotidien pendant l’occupation. Confié à la maison d’édition du Rocher, celle-­ci n’a pas osé le publier, car elle avait fait l’objet de trop fortes pressions de la part du groupe La Dépêche et de personnes proches du ministre de la recherche, Roger-Gérard Schwarzenberg. Jean-Paul Bertrand, le directeur de la maison d’édition, s’en est expliqué. il avait reçu un abondant courrier faisant état de « poursuites sans défaillances » pour « diffamation, injures, atteintes à la vie privée, violation du secret de l’instruction et de la présomption d’innocence », ainsi que pour « tous les délits que ce livre laisse paraître ». « Je suis un petit éditeur indépendant qui ne peut faire face à des procès à répétition et aux frais d’avocat que ça suppose. « Je ne suis pas fier de ma décision mais c’est la lutte du pot de terre contre le pot de fer » regrette Jean-Paul Bertrand. Le livre a fini par paraître, la maison Fayard étant suffisamment puissance pour résister à l’intimidation. Mais il méritait une publicité qui, en la circonstance n’a pas semblé être très étoffée. On peut comprendre pourquoi.

Comment un système pourvu de tels moyens d’information dirigée n’aurait-il pas un sentiment d’impunité ou de toute-puissance.? C’est sans doute, entre autres causes, les raisons de l’arrogance des dirigeants du journal. Une arrogance qui a été sévèrement relevée dans un certain nombre de publications, en particulier dans des feuilles de gauche. La solidarité idéologique n’est pas si puissante qu’elle ne puisse signaler des comportements si contraires aux valeurs traditionnelles de la gauche.

C’est Annick Cojean, dans Le Monde, qui évoque « un système et des moeurs d’un autre âge. » Un système féodal avec la dynastie Baylet en suzerains possédant biens et gens, fortune et influence, puissance et impunité.

Il n’y a pas lieu, afin de rester hors des accents polémiques, de rapporter in extenso, le billet du Canard Enchaîné, où Sylvie Caster, avec une joyeuse et cruelle insolence, fait le portrait du « fistonné » mais quelques extraits frappent par leur authenticité. « Une mère femme d’affaires qui aime le pouvoir et la domination, impose à toute une région par le porte-voix de sa « Dépêche du Midi » les seules opinions sans contradiction possible de madame Baylet,. PDG du septième groupe de presse français, et milliardaire de gauche qu’on surnomme la « damnée de la pierre » à chaque fois que rutile à son doigt une nouvelle pierrerie. Népotisme cassoulet, gros sous, dominatrice personnalité de maman, héritage, tous les ingrédients du feuilleton, d’un petit « Dallas » à la française sont réunis. D’où les référés engagés envers le feuilleton télévisé « Chateauvallon » où la famille avait pu se reconnaître. De toute façon, l’outrage n’est pas permis. Quand l’outrage a lieu, comme dans le Monde, dans un article dépeignant le « crépuscule des Baylet » - « Jean Baylet irritait mais forçait y l’admiration, Madame Baylet irrite, mais est respectée, Monsieur Jean-Michel Baylet irrite.

Madame Baylet fait disparaître sur tout son territoire tous les numéros du journal selon une technique sans appel : en rachetant tout bonnement tous les exemplaires fautifs. La vie n’est-elle pas simple quand, rubis sur l’ongle, on peut racheter jusqu’à l’outrage ? Mais cette bonne mère aura beau faire, même bien managé, jour à jour épaulé, le fils reste aussi excitant qu’une assiette de cassoulet imposée par le patron, par quarante degrés »

Une conception étrange de la vie publique...

Tout en faisant la part des accents satiriques qui sont la marque de l’hebdomadaire, le tableau est conforme à la réalité. Le pouvoir de la presse, comme tous les pouvoirs, peut déboucher sur des comportements absolutistes, surtout lorsqu’il est en situation de monopole. Or, voici que par les « bienfaits » de la décentralisation, ce pouvoir déjà fortement politisé s’est transformé en féodalité. Le Tarn-et-Garonne illustre jusqu’à la caricature l’émergence d’un pouvoir politique régional qui met à mal l’autorité de l’Etat.

L’Etat, sous toutes les Républiques, avait toujours été présent sur son territoire. Dans chaque
département, le Préfet, haut fonctionnaire, garant de l’impartialité administrative exécutait scrupuleusement les décisions de l’Assemblée départementale, suivant des critères bien définis. De nos jours, un pouvoir discrétionnaire se joue facilement des règles, sons des prétextes divers. L’opinion des élus est d’ailleurs suffisamment conditionnée pour qu’ils soient amenés à comprendre qu’il convient de se ranger du bon coté. Il faut bien savoir qu’il n’existe aucun moyen légal de contester le bien-fondé ou l’opportunité des dépenses. Or, notre époque est riche d’une gloriole qui frise la mégalomanie. Le gaspillage est la règle ; en aucun cas il ne peut apparaître comme un délit, les Chambres Régionales des Comptes n’ayant à trancher que sur la régularité comptable.

Voici un peu plus de vingt ans, la vie publique départementale était frugale. Elle est devenue somptueuse, en même temps que la vie des ménages et des familles connaît une rigueur croissante. Parc à voitures (utilisées aussi pour les campagnes électorales) digne de celui d’une Assemblée Nationale, déplacements multiples pour sillonner le département., et les autres. Réceptions, gadgets et colifichets en tous genres. Distribution de prix et de tee-shirts. La moindre séance de Commission donne lieu à une réception au château. L’inflation de bureaux et de fonctions est telle qu’elle a obligé les Services Préfectoraux à revenir dans l’ancienne Préfecture, qu’il a fallu agrandir. Les Montalbanais ont pu ainsi apprécier à sa valeur artistique l’horrible mur de briques qui cerne et dénature le bel Hôtel des Intendants, au mépris des règles d’urbanisme les plus élémentaires.

Le Préfet continue à exister, bien sûr, avec son appareil administratif et ménager ; le Sous-préfet aussi (que peut faire un Sous-préfet de jours.?.) Mais le pouvoir préfectoral s’est dissous devant la prééminence du Président du Conseil Général. Le Préfet est l’obligé du Conseil Général ; de sa bonne volonté dépend son confort administratif et ménager. Le rapport dc forces entre l’Etat et le Département est à l’avantage de celui-ci. Un conflit entre eux ne peut trouver sa solution que dans la défaite de l’Etat, quelle que soit la position politique du gouvernement. Récemment, un Préfet voulut s’opposer aux ukases du Président départemental, en Tarn-et-­Garonne. Que croyez-vous qu’il arriva ? Le gouvernement de droite donna aussitôt satisfaction au Conseil Générai de gauche endémettant le Préfet.

Son successeur connut le même destin. S’imaginant, lui aussi, faire appliquer en Tarn-et­Garonne la règle d’Etat, il dut subir le même sort. Cette fois, le Sénateur Président n’hésita pas, pour l’envoyer à la trappe, à s’adjoindre le concours de son adversaire politique, Madame le Maire de Montauban, qui n’hésita pas davantage à le lui fournir, tant il est vrai que, amis ou adversaires, la coutume de ce département est de toujours s’incliner devant les volontés du seigneur du coin. L’influence conjuguée du pouvoir politique et du pouvoir médiatique donne en Tarn-et-Garonne la capacité de dévertébrer le corps politique. Les convictions se mesurent ici à l’aune du rayonnement de la Dépêche.

Le directeur du Monde, Jacques Fauvet, qui m’avait écrit voici longtemps : « personnellement ou collectivement, nous n’avons pas lieu de nous féliciter du monopole que possède dans votre Région « La Dépêche du Midi », pourrait aujourd’hui considérer que la fameuse décentralisation n’a servi qu’à aggraver ce privilège.

C’est ainsi que le Tarn-et-Garonne, érigé en principauté indépendante, est devenu le champ clos de l’influence politicienne adossée au monopole de l’information. Ce que vient de confirmer la protestation du Syndicat Nationale des Journalistes (SNJ) à l’occasion des accords de La Dépêche avec le journal Sud-Ouest dans un communiqué « Tout sauf Baylet » ; citons le SNJ.

« Enfin, comment imaginer de développer l’activité pluri-média de Sud Ouest en partenariat avec le journal de Jean-Michel Baylet, un patron qui a fait de La Dépêche l’outil de ses intérêts politiques, au mépris de ses journalistes et à l’opposé des valeurs d’indépendance, de pluralisme et de tolérance qui sont celles de Sud Ouest ? Un PDG qui a redressé ses résultats économiques en fermant, par exemple, ses agences locales détachées hors zones de concurrence ? »

Il ne semble pas qu’il y ait un autre exemple dans notre pays où une concentration de pouvoirs en une seule main défie à ce point l’esprit démocratique. Aussi ne faut-il pas s’étonner qu’une telle puissance médiatique ne sente plus ses limites et permette à un organe de presse qui en dispose de démolir tout ce qui lui fait barrage. Elle peut s’acharner sur des personnes et les vouer à l’opprobre publique, titres et articles à l’appui, quitte à se contenter de quelques lignes minuscules lorsque la justice a rendu un verdict d’innocence. On a pu le constater en Tarn-et­-Garonne.

Quand elle s’adonne à son travail légitime de journalisme d’investigation, elle n’oublie pas pour autant, si l’occasion se présente, de régler ses comptes envers les magistrats ou les hommes politiques qui s’opposent à son PDG. On a pu le constater, ces derniers temps, avec la ténébreuse affaire Alègre, pleine de révélations scandaleuses, de témoignages aventureux provenant de personnes hautement suspectes, dans un climat délétère et une atmosphère crapuleuse savamment entretenus.

Des zones obscures...

Tout au long de sa longue carrière, La Dépêche a du, comme bien d’autres journaux, transgresser la vérité. Mais aucun organe de presse n’est allé aussi loin en matière de mensonge. Enorme, invétéré, fut en effet le mensonge de La Dépêche sur son attitude pendant la période de l’occupation allant de juin 40 à août 44. Dieu sait combien cette période noire a donné lieu et, pendant longtemps encore, donnera lieu à des évocations, des redressements d’opinion, des polémiques. Aussi bien, il ne s’agit pas ici de s’ériger en moraliste et d’émettre un jugement sur les raisons du comportement de tel ou tel pendant cette période noire où les lâchetés et les compromissions peuvent faire l’objet de quelque indulgence, tant était dure la condition humaine pour la plupart des français.

Pour autant, il n’est pas possible de laisser s’instaurer en vérité officielle nationale l’exact contraire de la vérité. C’est pourtant ce que fait La Dépêche, depuis plus d’un demi-siècle, organisant une véritable imposture.

C’est cette imposture qui a été dénoncée par Claude Llabres dans un livre où la vérité historique, qui ne sera plus jamais démentie, s’est enfin substituée à la relation édifiante des années de guerre, donnée par La Dépêche. D’après J-M Baylet, elle aurait « enduré les pires souffrances, un véritable martyre ». Toutefois, nous est-il dit « si la plume était serve, la pensée était libre ». Cette formulation laisse rêveur.

Car la démonstration de Llabres s’appuie sur les textes irrécusables des titres et articles parus au cours de cette période, où la soumission à Vichy est patente, où les informations sur le cours de la guerre sont essentiellement tirées des communiqués allemands, où les lois sur les Juifs sont commentées et expliquées sans la moindre nuance de réprobation. Le mémoire produit après la libération par les organisations de résistance révèle tous les aspects de cette conformité à l’ordre et à l’esprit du moment.

Pierre Bertaux, ancien commissaire de la République de Toulouse, a pu l’affirmer sans avoir
été démenti « Force est de constater que depuis l’armistice de 1940, le journal s’était mis, pratiquement sans réserve, au service de la politique poursuivie â Vichy par Lavai. « En fait, La Dépêche avait, objectivement parlant, apporté au régime de Vichy et aux Allemands une aide extrêmement précieuse. »

Or, malgré les ordonnances d’Alger et l’interdiction de reparaître, faite aux journaux qui avaient continué à être publiés après l’occupation de la Zone libre par les troupes allemandes en novembre 1942, la Dépêche a survécu, seule presse parmi toutes celles qui ont été frappées d’interdit.

Sous le titre légèrement modifié de « La Dépêche du Midi », mais en conservant les mêmes dirigeants, juin 1947 voit la résurrection du journal. C’est ainsi que, selon Claude Llabres, le 26 juin 1997 (cinquantenaire de sa reparution), la Dépêche « transforme son plomb en or », avec ce communiqué triomphant : « En 1947, notre journal reparaissait après plus de trois ans d’interruption. Une renaissance au terme d’une rude bataille pour reconquérir son honneur et son titre. » M. Jean-Michel Baylet écrit ce jour-là « Nous sommes fiers de notre histoire. Elle se confond largement avec celle de la République Cette proclamation grandiloquente permet d’évacuer en quelques mots une compromission de plusieurs années.

Malgré l’ordonnance législative du gouvernement du Général De Gaulle ; Interdiction et mise sous séquestre de tous les journaux parus dix jours après l’occupation de « La zone libre », la Dépêche est autorisée à reparaître sous le titre « La Dépêche du Midi » grâce à une ordonnance judiciaire de non-lieu. La terrible apostrophe de Pierre-Henri Teitgen, ministre de l’information du Général De Gaulle : « Tous ces titres doivent être enfouis dans la fosse commune de nos déshonneurs nationaux  » est, elle aussi, frappée d’un non-lieu. On peut s’interroger sur cette surprenante infraction à la Loi, unique dans l’histoire de la presse d’après-guerre.

Le silence sur la véritable histoire de La Dépêche est du au « monopole de l’information écrite régionale qu’occupe ce journal » nous dit Llabres. Il est certain qu’une telle capacité d’information, mise au service d’un gouvernement, ne peut qu’inciter celui-ci à l’indulgence. Une indulgence qui, en la circonstance, confine à la connivence.

La grande rafle de juifs en juillet 42 en zone occupée et en août 42 en zone libre n’a donné lieu dans La Dépêche à aucun commentaire, alors que Mgr Théas en Tarn-et-Garonne, Mgr Saliège en Haute-Garonne, sur les terrains de diffusion du journal, avaient fait lire en chaire une terrible protestation sur « la plus barbare sauvagerie qui avait disloqué les familles juives, traité des hommes et des femmes comme un vil troupeau » attestant publiquement que « les mesures antisémites actuelles sont un mépris de la dignité humaine ». Sans attendre du journal qu’il se soit élevé au niveau du courage de ces prélats, le Journal ne pouvait-il tenter, tout au moins, de faire simplement mention de ces appels humanitaires.? Il semble qu’il n’en ait rien été. Il était trop définitivement coulé dans un cadre conformiste et disciplinaire pour se singulariser de la sorte.

Au fil des années, un oubli savamment entretenu du rôle de La Dépêche au cours de ces quatre années terribles, a permis de détourner la vérité historique et d’opérer une véritable inversion. La servilité du journal s’est transformée, grâce aux rodomontades de ses dirigeants, en une sorte d’héroïsme sacrificiel.

L’imposture...

Il fallait aussi faire oublier un scandale longtemps ignoré et étouffé que la fin du vingtième siècle a fait surgir. Celui des responsabilités de la France dans la persécution des Juifs. Il s’est passé un phénomène étonnant et sur lequel les historiens auront matière à s’interroger longtemps et longuement. De 1945 aux années 70, ce fut un sujet rarement évoqué, du moins dans ses causes. Il a été Longtemps considéré que l’Allemagne nazie avait imposé sa loi et ses pratiques antisémites. Il est vrai que, de ce point de vue comme d’autres, l’occupation allemande a été des plus prégnante. Il n’en est pas moins vrai que la responsabilité française a été engagée.

Il y avait indiscutablement, dans l’entourage du maréchal Pétain, des idéologues de l’antisémitisme, auxquels on doit les ordonnances honteuses de novembre 1940 et de Juin 1941. Mais il y avait aussi le conformisme bureaucratique qui acceptait aisément d’appliquer ces directives discriminatoires et inhumaines. Ce fut le cas du jeune professeur Duverger, devenu beaucoup plus tard la conscience de la gauche, expliquant doctement les règlements qu’il convenait d’appliquer. La Dépêche faisait de même. Ni approbation, ni réprobation. Simplement une explication de textes.

C’est tout naturellement que l’administration obéit au gouvernement en place et appliqua les règles qu’il avait édictées. Les gens de bureau, habitués de longue date, car c’est leur culture, à exécuter consciencieusement, et dans le cadre étroit qui leur est prescrit, les consignes de la hiérarchie, ne s’interrogent pas sur leurs bien-fondés. Les servitudes de ces fonctions expliquent bien des comportements. En revanche, aux niveaux les plus élevés de cette hiérarchie, la responsabilité personnelle prend une toute autre dimension.

René Bousquet en fut l’illustration. A trente trois ans, le 18 avril 1942, il devient Secrétaire Général à la Police de Vichy, dont il sera évincé le 31 décembre 1943. Vingt mois par conséquent de responsabilité entière au service de l’Etat, où, sans en avoir le titre, il exerçait les fonctions de Ministre de l’intérieur. Intelligent, courageux, ambitieux, de tradition et de culture radical-socialiste, il fit dans l’administration préfectorale une carrière étincelante, qu’il est inutile de relater ici car elle a fait l’objet de livres et de publications abondantes. En effet, c’est à son nom qu’a été associée officiellement et historiquement la grande rafle des juifs de juillet 1942 en zone occupée et en août de la même année en zone libre.

Dans son cas, réside un des plus profonds mystères de l’âme humaine, entrevu par Jean Kahn, Président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (le CRIF) ; « Comment ce pur produit du radicalisme du Sud-Ouest est-il devenu le chef suprême de toutes les polices du régime de Vichy ? Comment et pourquoi s’est-il impliqué à ce degré dans la chasse aux Juifs, vieillards, hommes, femmes et enfants ? Savait-il le sort tragique réservé à tous ceux qu’il essayait de traquer, de rafler et de déposer avec tant d’acharnement froid et méthodique.? De quelles complicités va-t-il bénéficier pour être jugé si tardivement le 25 juin 1949 et immédiatement relevé de ses cinq années de dégradation nationale ?

On essaie en effet de comprendre : l’homme chargé de pouvoirs considérables s’identifie à la fonction au point de ne pas en voir les conséquences et, tout entier voué à sa mission, d’en oublier la portée morale. Si un homme comme René Bousquet, humaniste, aussi peu idéologue et antisémite que possible, s’est ainsi déshonoré, c’est en raison de sa préoccupation majeure : conserver la maîtrise de la police française. En acceptant ainsi de faire le travail des allemands, il semble que René Bousquet n’ait jamais été conscient de l’énormité de ses actes, pas plus que sa famille, son fils ayant publié un livre de réhabilitation, peu convainquant dans la mesure où étaient avant tout relatés les services rendus à des pourchassés. De la même façon, on a pu entendre récemment Jacques Attali expliquer qu’il avait exprimé ses réticences au Président Mitterrand après un déjeuner où figurait Bousquet et que le Président lui avait répondu « savez-vous que tous ces gens ont été autrefois sauvés par Bousquet. »

Autrement dit, en sauver quel ques uns, les plus importants, doit vous absoudre d’en rafler douze mille. Le premier crime de masse a été commis le 18 juillet 1942 par Bousquet, douze mille juifs, dont 4051 enfants, raflés et internés au Vel d’Hiv. Il a pu croire qu’il avait procédé à un regroupement de personnes destinées à des camps de travail en Silésie ou en Pologne. Mais le seul fait de concentrer, au cours d’un été ardent, dans une cuvette surchauffée, dépourvue de tout moyen sanitaire, plus de dix mille personnes de tous âges, est déjà criminel.

Le doute sur la destination véritable de ces malheureux ne pouvait subsister longtemps. Cyril Aouizerate, Vice-président des étudiants juifs de France écrit « En septembre 1942, Bousquet reçoit un message du Consistoire Central Juif expliquant qu’il a été établi par des informations précises et concordantes que plusieurs centaines de milliers d’israélites ont été massacres en Europe Orientale ou y sont morts à la suite de mauvais traitements D’autres, tels le pasteur Boegner, ont donné l’alerte auprès du gouvernement de Vichy. En vain. Bousquet continua sa carrière jusqu’en décembre 1943. C’est à cette époque, le 2 décembre, que Maurice Sarraut, un vieil ami, fut assassiné. Le journal clandestin Bir-Hakeim  » faisait savoir que Maurice et Albert Sarraut étaient condamnés à mort du fait de l’orientation vichyste que prônait la Dépêche. Il s’agissait, en fait, d’une provocation ou d’un règlement de comptes, dû à la Milice et à la Gestapo, à l’encontre de Bousquet, protecteur de Sarraut.

Bousquet, remplacé par Darnand, connut alors la disgrâce des allemands, en 1944, il fut « déporté  » dans la voiture personnelle du général Oberg et emmené en Allemagne dans une belle villa près du lac Stanberger. « Après la guerre, il fut détenu pendant quatre années par la justice française, puis, au cours de son procès devant la Haute Cour de Justice, en 1949, acquitté et relevé de l’indignité nationale pour services rendus à la Résistance. » Comment le comportement d’un homme qui a symbolisé à ce point la dérive de la politique de collaboration a-t-il pu être ignoré à la fois de la justice de son pays et de son opinion publique ? Le jugement de la Haute Cour de Justice, présidée en 1949 par un résistant, Louis Noguères, historien de surcroît, innocentant René Bousquet, ne peut qu’accentuer le caractère « incroyable  » de ce jugement. Le jury, où siégeait Jean Baylet, un « ami  », a, sans doute, considéré que l’aide apportée, pendant ces années noires, à des « amis » exonérait leur auteur des crimes contre l’humanité. A moins que l’extermination des juifs ait été considérée comme un détail dans les enjeux d’un conflit planétaire.

Bousquet put alors entreprendre unecarrière brillante, recueillant fortune et décorations, outre sa Légion d’honneur qui lui avait été rendue à l’issue de sort procès. Il tenta une carrière politique, se présentant aux élections législatives de la Haute-Marne, avec soutien de l’UDSR, parti où François Mitterrand jouait un rôle majeur. Le soutien de l’UDSR à Bousquet « ne posa aucun problème  », ainsi que l’écrit Stéphane Denis dans l’Evénement du jeudi. L’amitié de François Mitterrand et de René Bousquet doit sans doute quelque chose à cette même appartenance politique. Mais, reste inexplicable la persistante dénégation de l’ancien Président de la République, qui a si longtemps déclaré contre toute évidence qu’il n’avait connu que sur le tard le rôle dans la rafle des juifs d’un personnage tout à fait officiel. François Mitterrand ne pouvait ignorer, en effet, comme il l’a affirmé, le rôle historiquement indiscutable, joué par René Bousquet dans les rafles de juifs en 1942.

Cette liaison entre ces deux hommes avait pris ses racines dans une période de l’occupation où deux France se sont affrontés. François Mitterrand a exercé ses fonctions au cabinet du maréchal jusqu’en 1943, période à laquelle il entra en résistance. René Bousquet faisait partie du gouvernement de Vichy où, chef de la police, il exerçait les fonctions de Ministre de l’Intérieur. Les deux hommes ne pouvaient pas ne pas se connaître : ils avaient déjà travaillé, sinon ensemble, du moins côte à côte. On comprend mieux, dans ces conditions, qu’un anti-gaullisme irréductible cimenta leur amitié. Mitterrand et Bousquet ressentaient une aversion naturelle pour l’homme De Gaulle, son tempérament, sa majesté irritante, sa culture et sa pratique politiques. Formés tous deux à l’école du Maréchal, aux connivences vichyssoises et au double jeu de la collaboration, ils étaient en opposition sans concession avec le gaullisme, Sa rigidité et son intransigeance.

Cette explication parait indispensable pour comprendre l’attitude de La Dépêche au cours des années 60. Le trio Dépêche, Mitterrand, Bousquet est en effet indissociable. De 1960 à 1972, Bousquet, administrateur du journal, y loue un rôle politique prépondérant, et anime les campagnes de Mitterrand, essentiellement au cours de cette campagne présidentielle de 1965 qu’il finança et où il fut le soutien le plus solide et le plus efficace de l’adversaire du Général. On pouvait le voir aux premiers rangs de ses grands meetings.

Leur connivence a résisté au temps long. Une photographie parue dans l’Express les montre dans l’intimité de la bergerie de Latché, en réunion familiale, dans les années 60. Beaucoup plus tard, à partir de 1980, quand s’ouvre, à l’initiative de Klarsfeld, la campagne de dénonciation de crimes contre l’humanité, le procès de Bousquet n’est pas instruit. François Mitterrand s’y oppose de son mieux. Le parquet général de Paris, donc le Garde des Sceaux, donc le Président de la République, qui a pris personnellement en charge les affaires judiciaires « historiques » clôt le dossier en renvoyant l’inculpé devant une Cour de Justice...qui n existe plus, et ne peut être ressuscitée. Pierre Bloch parle d’un « enterrement de 1er classe ». Les juristes étrangers de la mission de la Fédération Internationale des droits de l’homme font savoir qu’ « il y a une décision politique au plus haut n,veau de ne pas faire avancer l’affaire Bousquet ».

Laurent Greisalmer écrit dans Le Monde « le dossier s’enlise dans les dédales du Palais de Justice, guidé par des mains expertes... La Justice montre sa dépendance et le chef de l’Etat n n’explique pas les raisons qu’il a d’épargner le procès Bousquet ».

Ces palinodies judiciaires se terminent avec la condamnation de Maurice Papon, excellent bouc émissaire de toutes les responsabilités supérieures, le secrétaire général de Préfecture qu’il était alors, ne faisant qu’exécuter les ordres de son Préfet, lui-même placé sous l’autorité de Leguay, qui n’était autre que le délégué en zone occupée de René Bousquet.

Une irrécusable connivence...

René Bousquet ne fut pas, à l’évidence, un simple administrateur, pendant douze années de La Dépêche. Il en fut l’inspirateur et l’âme. Ce qu’ont toujours refusé d’admettre ses dirigeants, alors que la presse nationale a relaté le rôle réel joué par l’ancien secrétaire à la police de Vichy dans l’attitude anti-gaulliste du journal. Celui-ci se sent obligé d’informer ses lecteurs que si René Bousquet est entré dans son Conseil d’Administration, « il n’a Siégé jusqu’an 1971 qu’à l’occasion de ses trois ou quatre réunions annuelles. Il n’a jamais durant cette période, occupé de fonctions directoriales ni assumé une quelconque responsabilité éditoriale, contrairement à ce qui a été affirmé par quelques-uns.? Voilà la vérité entière et toute simple ».

Vérité mise à mal par tant de témoignages qu’elle en sort toute courbatue. Le Monde écrit, à cette même époque : « M Bousquet, devenu l’éminence grise de « La Dépêche », se rend pratiquement tous les jours aux bureaux parisiens du quotidien et toutes les fins de semaine à Toulouse ». Le Nouvel Observateur note « qu’il sera de toutes les décisions jusqu’au début des années 70 ».

L’Express, où Eric Conan a pu écrire que René Bousquet s’est « glissé dans le journal et la vie de Mme Baylet  » rappelle, après une minutieuse enquête, qu’il dirige, en réalité, le quotidien toulousain tout au long des années, en surveillant de près sa ligne politique « anti-gaulliste ». Aucun démenti n’a été apporté à ces révélations. Comment a-t-il pu, avec le passé qui était le sien, diriger de fait, dès 1960, « La Dépêche du Midi ? », se demande Jean Kahn, Président du CRIF.

Pour Cyril Aouizerate, Vice-président des Etudiants Juifs de France : » Bousquet entreprend une véritable guerre contre le gaullisme, l’antigaullisme de La Dépêche atteindra une virulence inouïe lors des élections présidentielles de décembre 1965.. ..Le rôle de Bousquet dans l’organisation d’un fort courant anti-gaulliste dans la région est notoire. ..Rarement le rôle d’un journal a pu ainsi être mis en évidence dans le vote d’une région ».

Il est tout à fait exact qu’il était, en effet, l’inspirateur de la ligne politique du Journal, soufflant, à la direction parisienne, sur les flammes des articles de choc de Joseph Barsalou. Voici, ce qu’écrivait Barsalou, lu 22, janvier 1972, dans un de ses éditoriaux où il crachait quotidiennement sa hargne sur le régime gaulliste : « le régime ne peut plus avoir le moindre prestige. Disons le mot ; Il est pourri et aucune obligation ne lui est due » Langage violemment subversif tenu sous la Présidence de Pompidou.

Mais, peu après, Bousquet s’en va. La vindicte inexpiable qu’il porte au régime gaulliste, jusqu’à son successeur, et qui s’exprime à travers son plumitif, disparaît des colonnes du journal. D’autant qu’on a eu recours à Chaban-Delmas, Premier Ministre, invité à présider le centenaire de La Dépêche, pour redorer l’image un peu brouillée du quotidien. Quelles que soient les raisons de ce départ, l’ère Bousquet est close. Le journal abandonne le ton frénétique inspiré parle contempteur résolu du régime gaulliste et retrouve sa vocation naturelle d’une gauche, si peu à gauche, mais qui s’appuie sur un lectorat traditionnel et un électorat nécessaire à la promotion du clan politique qui dirige le journal.

Bousquet fut opportunément assassiné en 1993 par un exalté, dont le geste resta entouré d’une certaine discrétion, mais rendit de grands services à tous ceux qui pouvaient redouter les révélations de l’ancien ministre de la police de Vichy. Ces douze années passées sous la mainmise de Bousquet sont définitivement occultées et considérées par le journal comme n’ayant jamais existé. Sinon, bien des propos n’auraient pu être tenus par Jean-Michel Baylet.

Est-ce maladresse ou inconscience, il aurait pu éviter, au cours d’une campagne électorale en février 1992 de déceler dans ses adversaires politiques une « tendresse affichée  » pour le Front National et de s’exclamer « Nous ne pouvons l’accepter au nomde tous ceux qui ont souffert dans leur corps comme dans leur coeur ». Ces belles paroles eussent méritées d’être dites par un autre homme que le PDG de « La Dépêche du Midi ».

L’authenticité régulièrement travestie, tel semble être le comportement d’un journal dont la mission devrait être la recherche et la pratique d’un minimum de franchise. Comment conserver la confiance de ses lecteurs quand ceux-ci se rendent compte qu’on leur a menti ? Les procès d’intention faits aux adversaires, les querelles médiocres entretenues à coups d’insinuations ne sont pas forcément perçues. En revanche, le gros mensonge ne passe pas. C’est pourquoi il est utile de dénoncer l’entorse faite à la vérité historique, lorsque La Dépêche écrit : « Faut-il, ici, rappeler le lourd tribut payé à la lutte contre l’occupant nazi par « La Dépêche du Midi.? » NOUS savons aujourd’hui qu’en fait elle a été mouillée jusqu’aux derniers jours dans la collaboration, disons, polir être aimable, dans une sorte d’accommodation. Il est possible de la justifier, comme on a tenté de le faire avec force arguties, mais l’inversion est insupportable quand la passivité est transformée en geste héroïque.

On peut essayer de comprendre. Le climat, sous ces années maudites, était délétère. La peur, la délation, la menace opéraient une action corrosive sur les consciences. Il n’y a pas lieu de juger. Mais on ne peut pour autant supporter que la vérité soit travestie à ce point, au risque de voir rappeler de tristes évidences.

De la même façon, « La Dépêche  » doit admettre et reconnaître que l’antigaullisme effréné qu’elle a manifesté pendant des années au mépris de la sérénité élémentaire que doit observer l’informateur, fut-il engagé, est du à l’action d’un homme de déshonneur. Cet « ami très cher  » dont parlait François Mitterrand a pesé trop lourd dans l’histoire de « La Dépêche  » pour être éclipsé. Ces rappels historiques pourront être jugés comme décalés, hors du temps et de la réalité actuelle. Peut-être ! Mais c’est bien longtemps après les évènements que se jugent les responsabilités. Trente années de silence ont été observées après la guerre avant de déboucher sur des révélations qui n’avaient pas à être révélées, puisqu’elles étaient connues officiellement. On sait mieux, mais on le savait auparavant sans le dire, que c’est l’entourage antisémite de Laval qui l’a poussé à décréter le honteux statut des juifs sans y avoir été poussé par l’occupant.

On sait mieux ce qu’on savait officiellement au sujet du rôle de René Bousquet celui d’un grand ordonnateur de déportation des juifs, rôle qui n’aurait pas du apparaître comme une découverte. On ne peut donc nous faire un grief d’évoquer tardivement des situations qui font l’objet, au début du XXI° siècle, de controverses très actuelles.

Répétons-le il ne s’agit pas de révéler des comportements coupables, ni de mettre en accusation les personnes qui ont pris le relais d’un journal qui a failli. Mais un tel passé aurait mérité une acceptation claire des responsabilités, voir une sorte d’humilité, Hélas en lieu et place de l’attitude modeste qui eut été de mise, ce fut l’arrogance, le triomphalisme...

Le grand air de la calomnie...

Au moment où ces lignes sont écrites tombe le livre de Dominique Baudis : « Face à la calomnie »(Fixot, éditeur). Livre salubre et réconfortant, mais qui illustre les moeurs déshonorantes d’une certaine presse et de certains journalistes. Toute la France a pu connaître l’incroyable et misérable feuilleton toulousain qui a permis de mettre en cause un certain nombre de personnalités et de les jeter en pâture à l’opinion publique. Dominique Baudis, à cette occasion, a été ainsi victime de l’accusation la plus crasse que puissent imaginer les esprits les plus pervers, suscitant un fol emballement judiciaire que les institutions n’ont pu maîtriser.

Le Maire de Toulouse, d’après les plaintes de deux prostituées, aurait, entre autres, violé une malheureuse prostituée dans un hôtel de passe de sa ville et, pour faire bonne mesure, commandité un meurtre, ou plusieurs, afin de faire taire des témoins gênants. Vraisemblable, n’est-ce pas.? C’est pourtant ce que l’habile exploitation de ces témoignages faisait insinuer.
C’est ce scénario qui a fait l’objet d’une procédure judiciaire, à laquelle l’information a donné l’amplification que nous savons. Les enquêtes et les investigations journalistiques, exploitant cette veine miraculeuse, ont tenu le public en haleine pendant plusieurs semaines.

Dominique Baudis a du fournir ses emplois du temps, ouvrir ses agendas, justifier sa présence ici et ailleurs. Ce remue-ménage, largement orchestré à grands coups de « révélations  » haletantes, a permis d’alimenter rumeurs et ragots. Ainsi furent révélées à ses proches, à ses amis, et aux autres, les turpitudes privées d’un homme dont la vie publique fut exemplaire. Après des semaines d’enquêtes, de témoignages, de comparutions, toutes ces affabulations se sont dégonflées, mais ont pu mettre à jour l’existence d’une véritable machination. Une machination exploitée par un journalisme en mal de sensationnel. Dans ce concert d’informations, d’analyses, d’interviews, notre grand quotidien régional s’est surpassé. A longueur de colonnes, avec un professionnalisme sans faille, ont été détaillées, minutées de croustillantes révélations.

Le journal s’engage dans un combat. « Toutes les vérités ne seraient-elles pas bonnes à dire ?...Les hautes personnalités toulousaines qui côtoyaient Patrice Alègre et auraient pu lui dispenser leur protection seraient-elles hors d’atteinte de la justice de la France. ? « La Dépêche du Midi reste insensible aux intimidations et aux pressions dont elle pourrait faire l’objet ». Dominique Baudis écrit : « Dans les jours qui suivent, les articles se succèdent, de plus en plus accusateurs. On parle comme d’un fait établi de la connivence d’Alègre avec « les notabilités » toulousaines, certaines très haut placées  » - Le secret de l’instruction est violé dans chacun de ces articles qui reprennent longuement les accusations des deux prostituées. Une interview de Patricia est publiée, accompagnée d’une photo masquée, le regard caché sous des lunettes noires.

La Dépêche parle d’un « vivier de chair fraîche » très fraîche même puisque des mineures auraient été enrôlées, lors des soirées sadomaso qui se déroulaient dans des maisons bourgeoises de Toulouse. Des soirées hards auxquelles auraient participé, notables de la ville, hommes de loi et policiers.. Effarant. Mensonges, crimes, sexe... »

La Dépêche apostrophe publiquement la justice, interpelle les magistrats, les sommes de procéder à l’ouverture d’une instruction sous peine de les accuser de couvrir les pires turpitudes Elle avoue « nous avons un peu forcé la main de la justice ». Le procureur de la République, de son coté, reconnaît : « La pression médiatique était telle que nous aurions été soupçonnés d’être partisans. »

Une information de La Dépêche révèle que le bureau du juge a été cambriolé fouillé de fond en comble de manière très professionnelle. . « Il est question de la situation intenable des personnalités mises en cause qui aurait poussé des intrus dans le bureau du juge ».Le cambriolage est finalement démenti. Mais les radios se sont fait l’écho de ces stupidités.

C’est alors que Dominique Baudis fait connaître au Monde ce qu’il pense du rôle moteur de J-M Baylet dans la machination. « Ridicule, monsieur Baudis » proteste celui-ci. Il pousse la générosité jusqu’à déclarer, dans une interview ; » Je souhaite que Dominique Baudis soit innocent ». On pouvait comprendre qu’il était possible qu’il ne le fût point. Le Bon Apôtre.!

Un journaliste de Canal +, Kart Zéro, sort de sa boîte une des prostituées accusatrices, Fanny, qui, visage masqué, sert tous les dimanches des horreurs sur les tortures et les crimes d’enfants. Si les journalistes convoqués à ces séances morbides se montrent réservés, celui de la Dépêche se montre enthousiaste et Félicite ce lamentable animateur de Télé.

Une autre prostituée, Patricia, placée en détention préventive, est libérée. Elle est « déterminée, nous dit la Dépêche à se battre pour la vérité. » Sous la pression médiatique, le procureur ouvre une instruction quinze jours après les premiers articles concernant les notables et les magistrats. Pendant ce court délai, trois éditoriaux du journal toulousain exigent une information judiciaire. La justice n’est pas toujours rapide. Ce coup-ci, elle l’est. On résiste difficilement, écrit Dominique Baudis, « aux injonctions d’un monopole de presse, propriété d’un homme politique. »

Quelle est l’explication d’un tel acharnement ? Elle nous est donnée par Jean Wolf, le procureur général accusé par l’ex-prostituée. C’est « une vengeance contre notamment un certain nombre de magistrats qui dans le cadre de leur activité professionnelle, auraient rendu ou participé à des décisions qui ont déplu à certains.... La Dépêche du Midi aurait des comptes à régler avec la justice. Son attitude a été scandaleuse. Au mois de mars, la cour d’appel avait aggravé les peines prononcées, dans une affaire d’abus de biens sociaux contre la famille Baylet. Or, Monsieur Bourragué avait fait appel de l’ordonnance de non-lieu prononcée par le juge, et Monsieur Ignacio, substitut général avait requis le renvoi en correctionnelle. Et leurs noms avaient été cités dans l’affaire Alègre. »

Le procureur général, ainsi que les substituts, étaient coupables...aux yeux de M. Baylet. Coupables d’avoir exercé normalement leur Ministère on le déférant devant la justice. C’est ainsi que la Cour d’appel correctionnelle de Toulouse, en janvier 2003, a condamné M. Baylet à six mois de prison avec sursis, à une amende de 30 000 euros, après une condamnation par le tribunal correctionnel.

Ce n’est pas cher payéquand on prend connaissance des délits de M. Baylet, sanctionnés par la Cour dans les 48 pages du jugement, dans lequel M. Baylet est reconnu coupable de :

  1. Faux, altération frauduleuse de la vérité
  2. Usage de faux on écriture
  3. Abus de biens sociaux
  4. Recel d’abus de biens sociaux.

Le document public du jugement, nous apprend que : de nombreuses personnes payées par des tiers étaient affectées à son service privé.
Que l’amende de 15 000 € qui lui avait été infligée en première instance était portée en appel à 30 000 euros, « pour établir quelque rapport avec le montant de ses ressources annuelles représentant plusieurs centaines de milliers d’euros ».
Que ces pratiques étaient « fort avantageuses sur un plan fiscal dans la mesure où la mise à disposition gracieuse du personnel de maison constituait un avantage en nature, échappant frauduleusement à l’impôt sur le revenu des personnes physiques. »

Ainsi le sénateur Baylet, investi par le peuple du soin de faire la Loi et de veiller à son application, enfreint sans vergogne cette Loi, en se rendant coupable de détournement de fonds et de fraude fiscale. Il n’a pas pour autant été déclaré inéligible, comme bien d’autres qui en avaient fait beaucoup moins. Il continuera donc à faire la Loi, tout en prêchant l’exigence morale de son observance.

Les magistrats ont traité le Sénateur Président comme un citoyen ordinaire. C’était intolérable pour M. Baylet. Son journal le leur a fait savoir en les livrant à la calomnie.

La marée nauséabonde s’est aujourd’hui retirée, laissant à découvert des monceaux de turpitudes. Dans cette affaire qui a blessé des êtres et désorganisé des familles, une certaine presse s’est déshonorée dans la recherche du sensationnel et du sordide au détriment de la vérité. La Dépêche y aura joué un rôle majeur.

En conclusion.

« L’humanisme  » radical s’affranchit aisément des règles de la morale. C’est ce qu’on a pu constater à travers le parcours tortueux du journal.

L’art de pratiquer la désinformation, les omissions, les oublis historiques, joint à une inaltérable bonne conscience, a fait de cette presse très spéciale un clan politique, en même temps qu’une secte.

Un clan qui fait d’un organe de presse, bénéficiant d’aides publiques, un instrument au service de la promotion d’une famille politique.

Une secte qui, disposant du triple pouvoir de l’argent, de l’appareil politicien et du monopole de l’information, possède une influence délétère dans toute une région et met à mal la liberté de l’esprit.

Jean Bonhomme.
11 septembre 2007

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