J.O. DE PÉKIN.

L’Afrique pouvait mieux faire.

Mardi 11 novembre 2008 // L’Afrique

Douze médailles d’or, quatorze médailles d’argent et autant de médailles de bronze, tel est le bilan chiffré des sportifs africains à Pékin. Quarante podiums partagés en 13 pays, soit quatre de plus qu’à Sydney et à Athènes où le Togo, Maurice, le Soudan, l’Algérie et la Tunisie, ne figuraient pas au palmarès 2004, tandis que l’Erythrée repart bredouille de Pékin. Une plus grande représentativité qui explique en partie le bilan positif de la 29e Olympiade.

Si l’Afrique n’avait pas placé des représentants sur le podium de disciplines aussi marginales pour elle que le kayak ou le judo, elle aurait présenté grosso modo les mêmes chiffres que lors des précédents rendez-vous, avec son point fort, à savoir, l’athlétisme où elle a glané dix des douze médailles d’or, et ses éternels points faibles, c’est-à-dire, à peu près tout le reste, malgré les montées en puissance du judo nord-africain et la bonne tenue de la natation grâce aux talents personnels de la Zimbabwéenne Kirsty Coventry et du Tunisien Oussama Mellouli. Bref, avec quarante médailles dont douze en or, les sportifs du continent africain ont remporté plus de médailles que lors des Jeux olympiques d’Athènes en 2004 et de Sydney en 2000, avec à chaque fois, trente cinq médailles dont neuf en or.

Si les Africains se regardaient dans les yeux, il n’y aurait vraiment pas lieu d’être satisfait. Contrairement à ce que laisse croire un tel classement, l’Afrique (malgré les efforts de la Libye et de l’Union Africaine) n’est pas (encore) un pays mais un ensemble de 53 Etats. Pendant toute la durée des jeux, je n’ai pas entendu un seul commentateur calculer le total des médailles de l’Europe, ni celui de l’Amérique, ni celui de l’Asie ou de l’Océanie, pour faire son décompte. Seule l’Afrique a eu droit à cette façon de compter qui ne s’explique nullement pas.

Certes, à cause de la mauvaise gestion du sport dans les 53 pays, certains athlètes africains ne rechignent plus à défendre d’autres couleurs nationales. A Pékin, cette fâcheuse situation a fait perdre pas moins de trois médailles d’or au continent africain. Mais reconnaissons tout de même que 40 médailles pour 53 pays, est une contre-performance énorme qui se passe de commentaire. Si on enlevait le Kenya et l’Ethiopie, qui sortent la tête de l’eau, l’athlétisme en Afrique serait comparable à un désert ou à une forêt vierge.

Avec 140 millions d’habitants par exemple, le Nigeria fait dix fois moins bien que la petite Jamaïque, Trinidad et Tobago ou les Bahamas, qui ne 40 médailles dont 12 en or pour 53 pays, est une contre-performance énorme qui se passe de commentaire sont pas financièrement mieux aisés. Le retard du géant africain provient de l’absence d’une politique sportive bien définie et rigoureusement suivie. Preuve que ce n’est pas un problème de moyens, la Jamaïque par exemple a inscrit l’athlétisme dans ses programmes scolaires dès l’école primaire. Conséquence, elle produit les Usain Bolt et autres Asafa Powell sans douleur.

« Chère jeune compatriote, vous venez de remporter avec brio et panache, la médaille d’or du triple saut féminin. En effectuant un saut de 15m39, vous avez non seulement conservé votre titre de championne olympique acquis à Athènes en 2004, mais encore, vous avez battu le record olympique et réalisé la deuxième meilleure performance de tous les temps dans votre discipline. A travers cette prouesse exceptionnelle, vous réussissez une fois de plus à hisser le drapeau du Cameroun au firmament. Cette nouvelle couronne conquise de haute lutte par la Lionne indomptable de l’athlétisme que vous êtes, vous honore et fait la fierté du mouvement sportif et du peuple camerounais tout entier. En cette heureuse circonstance, mon épouse se joint à moi pour vous adresser nos plus vives et chaleureuses félicitations ». Comme vous l’aurez deviné, c’est le télégramme de félicitation que Paul Biya a adressé à sa jeune compatriote, Françoise Mbango Etone, médaillée d’or à Pékin au triple saut. Les Camerounais peuvent être fiers de leur championne car elle a failli ne pas participer à ces Jeux à cause d’un différend profond entre elle et le président de la Fédération camerounaise d’athlétisme, qui ne voulait pas voir son nom figurer sur la liste des athlètes camerounais pour Pékin. C’est le chef de l’Etat camerounais en personne qui a finalement dénoué ce conflit en accordant une bourse de 80 millions de f cfa (121.959 euros) à sa compatriote, ce qui lui a permis de se mettre à niveau avant la compétition.

Quand on pense que Françoise Mbango avait refusé la nationalité française qu’on lui proposait, on peut se poser des questions sur la capacité psychologique de certains responsables à gérer le sport de haut niveau dans les pays africains. Voilà autant de petits problèmes (parfois de personnes) qui freinent (énormément) l’essor de l’athlétisme en Afrique. Vivement qu’à Londres, à l’occasion de la 30e Olympiade, les 53 pays africains se présentent sous un autre visage.

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