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Portrait

Ivan Rioufol

La libre plume d’un conservateur.

Mercredi 11 mai 2011 // L’Histoire

L’auteur du Bloc-notes du Figaro est sans doute l’un des derniers représentants de cette « liberté de blâmer sans laquelle il n’est pas d’éloges flatteurs », qui inspira les fondateurs du quotidien et, le 16 mars 1914, coûta même la vie à l’un de ses directeurs, Gaston Calmette.

Au sein d’une rédaction qui, aujourd’hui, ronronne plutôt avec distinction dans le politiquement correct, Ivan Rioufol est donc l’insolent de service. À sa plume est encore suspendue l’aile réactionnaire d’un lectorat traditionnellement conservateur. Lectorat aujourd’hui fréquemment irrité par le conformisme de plus en plus consensuel d’un journal dont la bourgeoisie a toujours porté le tirage. Ivan Rioufol est surtout courageux. Cela explique-t-il l’isolat de sa petite cage d’éditorialiste et chroniqueur, nichée dans les hauteurs de l’immeuble du boulevard Haussmann, loin de la rédaction, à l’étage des comptables et financiers de la maison ? Impossible de ne pas se poser la question, quand, en nous rendant au rendez-vous d’usage permettant de saisir le portraituré « dans son jus », nous y avons croisé le seul autre journaliste de l’étage et précisément voisin de bureau : Eric Zemmour. Étrange coïncidence qui éclaira l’entretien d’un humour discret et feutré très Figaro. Car, paradoxalement, ces deux signatures-là sont celles qui s’inscrivent le mieux dans la tradition du quotidien.

Ivan Rioufol n’a d’ailleurs pas couru trente-six rédactions et appartient encore à une génération qui sait rester fidèle à un titre de presse pour peu que sa liberté d’expression y soit protégée. Né dans une famille de province où les traditions nationales et libérales s’épanouissaient naturellement et sans complexe, après des études de droit maritime, il commence sa carrière à Presse Océan, quotidien régional nantais qui affichait un ton fort indépendant et, dans cet Ouest alors encore attaché à ses frondes de naguère, se positionnait en concurrent sérieux d’un Ouest-France, porte-parole d’une démocratie chrétienne qui mua vite en sociale-démocratie, tendance euro-fédéraliste. C’est au vrai sous l’influence de cet organe curieusement chrétien et assez peu catholique que la Bretagne, ses enclos paroissiaux étant désertés, s’est soudain révélée terre nourricière d’un parti socialiste longtemps improbable. L’hégémonie tentaculaire du quotidien rennais entraîna l’absorption du nantais, mais Ivan Rioufol n’avait pas attendu cela pour « monter à Paris et sefaire engager au Figaro ». Entré comme rédacteur au service de la vie des médias il y est vite chargé de la rubrique Confidentiel, puis il est nommé rédacteur en chef du service des informations générales. Désirant finalement retrouver sa plume en toute liberté, il opte pour une fonction d’éditorialiste, membre du comité éditorial. Enfin, il reprend la rédaction du Bloc-notes à la mort de Max Clos, dont il devient ainsi le successeur. Ce Bloc notes est aujourd’hui l’une des pages les plus fidèlement suivies par une frange de lecteur de plus en plus nombreuse, celle des Français que n’illusionne plus le discours mécanique et inaudible d’hommes politiques à bout de solutions à force de ne pas voir les vrais problèmes.

L’URGENCE DE DEVENIR RÉACTIONNAIRE

Dans un peuple aussi divers qu’est le peuple français, un courant longtemps étouffé se fait donc à nouveau entendre. Les politiques se trouvent ainsi confrontés à une « réaction » qu’ils n’attendaient pas, parce qu’ils ont oublié que la France est fondamentalement à droite depuis Louis-Philippe et que rien n’a changé depuis, surtout pas avec la République. La fracture qu’Ivan Rioufol constate quotidiennement et décrit chaque vendredi dans le Figaro, c’est celle d’une France de droite depuis trop longtemps continûment gouvernée à gauche, que ses majorités parlementaires soient conservatrices ou néomarxistes, que ses chefs d’États soient issus de la gauche ou de la droite. « Mais les choses bougent depuis quelques temps », nous confie Ivan Rioufol. « Aujourd’hui, lorsque je suis invité sur un plateau de télévision, je ne descends plus dans la fosse aux lions, je ne suis plus une cible. Je suis le représentant d’une opinion dont chacun sent lefrémissement sans en comprendre l’origine. ». Du coup, le rédacteur du Bloc-notes devient un consultant indispensable, comme l’irrespectueux Zemmour devient l’irremplaçable chroniqueur matinal de la première radio de France et le nécessaire poil à gratter d’une très populaire émission de télévision du samedi soir où les invités sont exclusivement des représentants de la pensée unique et de la réussite économique la plus insolente, qu’ils soient auteurs, acteurs, sportifs ou chanteurs.

« Oui, des déplacements de lignes culturelles se font sentir », répète Ivan Rioufol. Il le constate en suivant l’évolution du débat parlementaire sur la bioéthique. « Finalement on est revenu à la case départ, parce que les idées les plus liberticides en la matière se sont trouvées dénoncées par une opinion dont les réactions se sont largement exprimées sur Internet. » Les Français sont-ils en train de poser des limites à un progressisme idéologique devenu tyrannique ? L’inquiétude des plus humbles sinon des plus démunis, mais aussi de travailleurs modestes et de classes moyennes, cette inquiétude face à l’incapacité des politiques à maîtriser les flux migratoires et à assimiler les arrivants, fait plus que s’écrire sur des blogues, elle se lit aujourd’hui dans les urnes. Certes, les politiques savent compter les bulletins. Mais ce qu’ils n’ont peut-être pas compris encore, c’est que, loin de rêver fondre ses espérances dans le modèle global d’un bonheur planétaire, le Français reste un Gaulois récalcitrant à tout ordre moral. Chaque semaine, en faisant remonter dans son Bloc-notes, les réactions de milliers de gens qui s’expriment sur son site Internet, Ivan Rioufol fait entendre ce chant des Allobroges. Et se montrant ainsi résonateur avisé d’une réalité observée plutôt que donneur de leçons, Ivan Rioufol fait honneur à la profession de journaliste. Car, n’est-ce pas finalement d’abord cela, notre métier : décrire le réel avec la meilleure honnêteté possible ?

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