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Italie, une révolution silencieuse.

Politique Magazine

Vendredi 8 août 2008 // L’Europe

Depuis, quelques années, une multitude de scandales n’avaient cessé de révéler aux yeux des Italiens, les privilèges exorbitants d’une nomenclatura (de droite comme de gauche) : Salaires au moins trois fois plus élevées qu’ailleurs en Europe, népotisme éhonté, absentéisme chronique, affairisme exacerbé et passe-droits en tout genre.

Enfin, cette classe politique corrompue, divisée en une myriade de chapelles clientélistes, s’est largement révélée incapable de gouverner. D’où cet « antipolitisme » rampant qui explique comment une espèce de « clown populiste » comme Beppe Grillo a pu rassembler plusieurs millions de citoyens en septembre 2006 sur un thème particulièrement explicite le (allez vous faire..)

Un véritable triomphe.

L’attitude responsable, tout à la fois du Peuple de la liberté de Silvio Berlusconi et du Parti démocrate de Walter Veltroni, a permis d’endiguer les effets dévastateurs et redoutés de cet antipolitisme » diffus et le dégoût des électeurs à l’égard de la politique traditionnelle.

L’abstention de masse qui était à craindre n’a pas eu lieu puisque 80% des électeurs sont allés voté. Moqué en Europe, brocardé à satiété par la plupart des médias hexagonaux, mais toujours aussi populaire en Italie, Silvio Berlusconi, dépassant toutes les prévisions, a remporté plus qu’une victoire, un véritable triomphe.

Son succès est d’autant plus remarquable qu’il revient au pouvoir débarrassé des démocrates-chrétiens de l’union du centre (UDC), alliés récalcitrants responsables de ses déboires passés. Le grand vent du 14 avril a également balayé les communistes qui ne seront pas représentés au Parlement pour la première fois depuis 1945, les socialistes et les verts. Sans compter que le centre gauche est débarrassé de la gauche radicale. Si bien que, contrairement à ce que l’un avait pu voir dans un passé pas si lointain, la Chambre des députés et le Sénat n’accueilleront durant la nouvelle législature, la 62° depuis l’instauration de la République, la troisième après 1994 et 2001, de l’ère Berlusconi, que quatre ou tout au plus cinq groupes parlementaires. On en comptait respectivement quatorze et onze dans la Chambre et le Sénat sortants

Le bipartisme « de facto » impose par Walter Veltroni et Silvio Berlusconi qui ont décidé de concourir seuls aux élections, en dépit d’une loi électorale strictement proportionnelle, a fonctionné efficacement et produit un véritable tremblement de terre salutaire dans la géo graphie parlementaire de la Botte. À l’évidence une simplification qui devrait normaliser la vie parlementaire, rapprocher l’Italie de ses partenaires européens et qui pourrait permettre une plus grande rapidité dans la prise de décision politique dans le débat parlementaire.

Pourquoi cette aura ?

Jamais avant le Cavaliere un homme politique n’avait occupé un tel espace médiatico-politique si ce n’est le démocrate chrétien Alcide De Gaspeti qui gouverna l’Italie de 1945 à 1954. Inoxydable président du Conseil, sept fois nommé à cette charge, Giulio Andreotti n’a jamais bénéficié de cette aura. C’est peu t’être le socialiste Bettino Craxi, tout à la fois chef de parti et président du Conseil (de 1983 à 1986) qui pourrait relever de ce cas de figure.

Entré en politique en 1994 pour la défense des libertés face à un Parti communiste bénéficiant d’un boulevard en raison du vide laissé par la disparition de la Démocratie chrétienne et du Parti socialiste emportés par les enquêtes sur la corruption, Silvio Berlusconi n’était pas un inconnu. Déjà, en 1980, il avait libéré l’Italie du monopole prégnant de la RAI en créant le premier réseau de télévision privé et libre.

Très admiré par des Italiens de couches sociales et économiques très diverses pour sa stature d’entrepreneur indépendant, sans rapport particulier avec l’establihment patronal, n’a-t-il pas défié nombre de barons de la finance et de la presse. ? Silvio Berlusconi, important créateur d’emplois au travers de ses nombreuses entreprises, apparaît comme un sauveur potentiel pour un pays mal en point, socialement et économiquement en détresse. Enfin, si les intellectuels et les petits marquis de l’information se gaussent, le peuple est reconnaissant à Silvio Berlusconi d’avoir sorti la politique du discours abscons des convenances et d’utiliser des concepts simples, de parler un langage clair et direct compréhensible de tous.

De bons alliés.

Si Sua Amittenza et son parti le Peuple de la liberté sont les grands vainqueurs du scrutin ses deux alliés de la Ligue du Nord et de l’Alliance nationale ne le sont pas moins...Fondé il y a presque un quart de siècle par un petit technicien en électronique médicale, Umberto Bossi, La Ligue du Nord a prospéré sur la déconfiture des communistes, en séduisant notamment ouvriers, commerçants et patrons de PME, désorientés par la mondialisation, l’insécurité et la bureaucratie romaine. Second parti d’Italie, elle est le premier en Vénétie. La Ligue exige des lois plus restrictives sur l’immigration clandestine et la fermeture des campements de tziganes. Elle demande également une répression contre la criminalité d’origine étrangère qui submerge le Nord.

Il serait cependant réducteur de ne voir la percée de ce mouvement que sur les seuls thèmes de l’insécurité et de l’immigration. La fibre populaire de la Ligue est une réalité concrète, le signe d’une nouvelle alliance sociale dépassant le mythe éculé de la « lutte des classes », qui unit concrètement petit patronat et salariés dans la défense des entreprises face à la désindustrialisation et à la compétition internationale. L’autre grand vainqueur du scrutin, c’est l’Alliance nationale dont le patron Gianfranco Fini vient d’être élu à la présidence de la Chambre des Députés. Après cinquante ans d’ostracisme vigilant — et intéressé — de la part de la gauche, ce parti, qui représente le flanc droit de la coalition du Peuple des libertés prend une éclatante revanche historique. D’autant que son candidat Gianni Alemanno a remporté une victoire très large pour la première fois depuis la chute de Mussolini sur la gauche aux municipales dans la Ville éternelle.

Devenu Alliance nationale en 1995, le mouvement de Fini est rapidement devenu la troisième force politique du pays. Adhérent du Parti populaire européen, c’est celui qui a le vent en poupe, son chef étant le plus à même de succéder le moment venu à Silvio Berlusconi. Il est question d’une fusion à l’automne, dans une formation unique, d’Alliance nationale et de Forza Italia. En tout cas ce mouvement ne manque pas de personnalités intéressantes, outre Fini, dont le nouveau maire de Rome, Gianni Alemanno, sans oublier le député de Milan, Ignazio La Russa, réputé pour sa fermeté.

Une tâche herculéenne.

Après deux mandats (1994-1995 et 2001-2006) plutôt décevants surtout parce qu’il n’avait pas les mains libres, le Cavaliere va tenter de sortir son pays de la crise. Avec la majorité à la Chambre et au Sénat, il va pouvoir gouverner en ayant les coudées franches.

Sans illusion, au lendemain de sa victoire, il a déclaré que cinq années difficiles I’attendaient et n’a promis ni baisse d’impôts spectaculaires ni dépenses inconsidérées. La tâche qui l’attend est proprement herculéenne. Troisième économie de la zone euro, l’Italie est depuis vingt ans la grande malade de l’Europe, celle qui connaît la croissance (la plus faible + 0,3% pour 2008 et 2009 selon le FMI) avec un endettement public considérable. Si la dette publique a diminué, elle atteint toujours le niveau record de 104,3 % du PIB. Le déficit public s’élevait à 1,9% du PIB en 2007, mais les prévisions pour 2008 sont plus sombres, autour de 2,3 % du PIB. Pour la première fois, le revenu par habitant est tombé en dessous de la moyenne de l’Union et sera inférieur à celui de la Grèce en 2009.

Des institutions politiques qui fonctionnent mal, un secteur public hyper-trophié, des infrastructures souvent obsolètes, une inflation préoccupante, un environnement défavorable aux investisseurs, une démographie atone, une très faible croissance de la productivité, des systèmes de santé et d’éducation en déshérence, des secteurs publics coûteux, inefficaces et corrompus, une Italie du Nord qui réussit face à un Mezzogiorno qui aggrave son retard, proie idéale de la mafia, le tableau n’est guère réjouissant et le moment peu favorable pour redresser la barre du vaisseau italien, avec la crise financière qui vient des États-Unis.

Et pourtant l’Italie ne manque pas d’atouts. En dépit d’un secteur public trop lourd, coûteux et inefficace, puisque l’État contrôle ou protège encore trop de secteurs-clés, l’énergie, les transports ou les services aux collectivités locales, le secteur privé, notamment l’industrie, reste en revanche compétitif et exporte. Enfin, les PME italiennes sont dynamiques, innovantes et efficaces. Elles s’adaptent très vite à le demande, savent trouver des « niches » et exportent dans le monde entier. Et le nouveau pouvoir, très propos, relance le nucléaire.

Cent jours pour convaincre.

Avec une rapidité inhabituelle pour l’Italie, Silvio Berlusconi a annoncé la composition de son exécutif. Il s’agit d’une équipe restreinte de vingt et un membres avec quatre femmes, douze nouveaux venus et cinq ministres de moins de 40 ans. Un pied de nez bien venu à la gérontocratie traditionnelle et Italie. Forza ltalia se taille la part du lion avec dix postes clés. Affaires étrangères, Justice, Economie, Industrie, Santé, Régions, Rapports avec le Parlement. La Ligue du Nord et l’Alliance nationale obtiennent chacun quatre portefeuilles tandis que le maroquin des Affaires sociales récompense le démocrate-chrétien fidèle Gianfranco Rotondi.

Enfin, le nouveau chef de l’exécutif italien qui a déclaré qu’il avait « cent jours pour ne pas décevoir les Italiens et cinq ans pour changer le pays, » a conservé près de lui, ce qui n’est pas une surprise — comme secrétaire d’État à la Présidence, son plus précieux conseiller, Gianni Letta auquel a été confié le dossier institutionnel. Reste maintenant remettre l’Italie sur les rails. Ce n’est pas une mince affaire. Tant les habitudes prises de pagaille « démocratique » ont mis ce magnifique pays dans un état de délabrement politique, civil et social aux limites du tolérable. Naples en est un exemple. Avec cette curiosité d’un « secrétariat d’État aux ordures ». Qui commande Naples ? La question peut être posée en beaucoup d’endroits d’Italie.

Ce sera la première épreuve de force du gouvernement Berlusconi. S’il rétablit l’ordre et du coup la propreté, l’un avec l’autre, il confirmera par le fait même sa victoire politique. Tout Italien un peu conséquent et qui connaît son histoire, sait que le plus difficile sera alors d’installer dans la durée le retournement politique moral souhaité depuis longtemps par les meilleurs.

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