Italie : l’ascension de la Ligue.

Jeudi 3 juin 2010 // L’Europe

Silvio Berlusconi et Umberto Bossi

Treize régions sur vingt étaient en feu lors des élections régionales italiennes.

Comme souvent, les Cassandre lui avaient prédit un désastre. Or, malgré un taux de participation de seulement 64,2%, le plus bas depuis quinze ans, le Peuple de la liberté (PDL) de Silvi Berlusconi est l’incontestable vainqueur des élections régionales italiennes. Incapable d’analyser autrement les succès de la droite que par le mythe d’une Italie médiatique entièrement acquis au Cavalière, la gauche (Parti démocrate : 25,9% et démocrates-chrétiens : 5,8%) n’a plus que se yeux pour pleurer.

Le Peuple de la liberté (26,7%) et son allié de la Ligue du Nord (12,7%) lui on raflé quatre régions et conservent les deux qu’ils dirigeaient déjà. Si l’opposition préserve sept de onze régions qu’elle administrait dont la Toscane, la Ligurie et les Pouilles quatre des régions désormais gouvernées par la droite représentent près de 40% de la population et 50% du produit intérieur brut (PIB) du pays.

Silvio Berlusconi qui s’est dépensé sans compter pendant la campagne peut revendiquer une victoire personnelle. Malgré ses déboires récents, il a remobilisé son électorat, organisant notamment une manifestation monstre à Rome. Mieux encore, il a su conserver la confiance de ses électeurs en remettant les fonctionnaires au travail et en réussissant à réduire les dépenses publiques. Une amnistie fiscale a ainsi fait rentrer 80 milliards d’euros dans les caisses de l’État. Et si la gauche a été battue dans le sud, c’est que le nettoyage de Naples et les opérations réussies de la police contre la Mafia sont portés au crédit du gouvernement.

Une nuance s’impose cependant, tant les résultats du scrutin ont mis en évidence, une tendance qui s’accentue d’élections en élections. Car s’il y a d’un côté l’Italie berlusconienne du Latium, de la Campanie de Calabre et, de plus en plus, de la région de Milan, il y a désormais l’Italie nordiste, celle de la Ligue du Nord, qui s’est imposée au Piémont et a triomphé en Vénétie où elle s’est adjugé 37% des voix, doublant de douze points le PDL de Berlusconi. La Ligue monte également en puissance en Lombardie et fait une percée en Émilie-Romagne, terre de tradition communiste. Elle est la seule formation à progresser dans une consultation qui a vu tous les partis régresser par rapport aux européennes de 2009. L’addition de ses voix a ainsi placé la coalition de droite à 40%, alors que le PDL, seul, n’aurait pas fait mieux que le Parti démocrate (26%).

Les succès de la Ligue épousent ceux des partis « populistes » un peu partout en Europe da les régions où, proportionnellement, la gauche s’effondre. Une gauche qui « devrait se demander pourquoi les ouvriers ne votent plus pour elle » a résumé Umberto Bossi, son dirigeant et fondateur. Ligue a gonflé ses effectifs, composés majoritairement d’ouvriers et de petits patrons, en dénonçant l’immigration, l’insécurité et les déficits sociaux de l’Italie méridionale. Autant de sujets sur lesquels le discours moralisateur de la social-démocratie semble de plus en plus inadapté. Avec sa soixantaine de députés, ses 350 municipalités et ses 14 provinces ce qui lui a déjà valu quatre ministres lors de la formation du gouvernement, en 2008 la Ligue renforce encore sa position au sein de la majorité gouvernementale. Et si Umberto Bossi a une fois de plus affirmé sa « loyauté » à I’égard de Silvio Berlusconi, il a d’ores et déjà posé ses jalons pour présenter un candidat de sa formation à la mairie de Milan en 2011, et entend désormais dicter l’agenda du gouvernement.

Empêtré dans les polémiques provoquées par la guerre qu’il livre aux« juges de gauche », et a qualifiée, dans une allégorie toute berlusconienne, de combat entre « l’amour » et « la haine », le président du Conseil devra tenir compte de ce nouveau rapport de force. S’il dispose maintenant de trois ans sans nouvelles élections pour mettre en œuvre les réformes qu’il a différées pendant les deux premières années de son quinquennat, la Ligue ne goûte guère ses projets de révision « présidentielle » constitution. De son côté, elle compte sur son succès pour atteindre les deux objectifs qu’elle s’est fixés : Un le « fédéralisme fiscal » et l’autonomie des régions les plus industrialisées où elle est solidement im tee. Succès paradoxal pour Berlusconi.

Au moment où la victoire de sa coalition lui permettrait selon ses vœux de renforcer la puissance de l’exécutif et le rôle de l’État, ses indispensables alliés de la Ligue ont fait campagne sur des positions inverses..

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