Islam et identité nationale.

Soyons sage et prudent.

Lundi 18 janvier 2010, par Gérard BRAZON // Le Monde

Parmi les sujets qui continueront à agiter l’opinion publique en cette année 2010, il faut compter la question de la place de l’islam dans nos sociétés. Le débat sur l’identité nationale y contribue, ainsi que les suites de la votation suisse contre la construction de minarets. Au-delà des récupérations politiciennes, il convient d’admettre qu’il est normal que les peuples s’interrogent sur leur identité. Il n’est pas vrai que la seule pratique de « la laïcité publique » suffise à régler les problèmes de culture, de mœurs et de cohabitation. La fragilisation de l’identité peut conduire à des révoltes et, parfois, à des conduites de ressentiment. On ne peut condamner celles-ci unilatéralement, en ne prenant la défense que des seuls immigrants qui auraient, en quelque sorte, le droit exclusif de se poser en victimes. De ce point de vue, l’inconscience de certaines élites face à un phénomène comme celui du Front national en France, et de formations analogues en Europe dépasse l’imagination.

Cela ne signifie pas qu’il faut encourager la crainte de l’islam, en confortant les discours de ceux qui parlent d’une conquête progressive et inéluctable. Même s’il est vrai que la présence d’une communauté musulmane nombreuse représente un défi pour nos pays d’Europe, il serait irresponsable de traiter cette communauté en adversaire, en la stigmatisant de toutes les manières possibles et en refusant, par principe, la perspective d’une intégration progressive.

Le souvenir du 11 septembre new-yorkais ne saurait donner crédit à une menace omniprésente du terrorisme sur nos territoires. L’organisation Al Quaïda n’a réussi aucun des objectifs qu’elle s’était donnés et son échec global aboutit à des tentatives isolées, telle la dernière, qui a provoqué un émoi légitime aux États-Unis, et dans le monde, mais en infirmant la thèse d’une montée en puissance du terrorisme.

Il faut aussi souligner que les organisations porteuses d’un projet politique comme les frères musulmans, se sont trouvé, elles aussi, en échec faute d’une stratégie crédible. La « notabilisation » des représentants les plus radicaux aboutit à un affaissement des prétentions idéologiques et à un « embourgeoisement » dénoncé par ceux qui rêvent d’un grand projet idéal. Par ailleurs, la menace démographique brandie par ceux qu’inquiète le vieillissement de nos populations est relativisée par la récente baisse spectaculaire des naissances dans le Maghreb, qui s’opère en une période ultra rapide.

Cela ne veut pas dire, encore une fois, que toutes les difficultés sont en voie de solution. Il est également incontestable que toute l’Europe ne peut être que déstabilisée par les modifications structurelles, culturelles, morales, religieuses qu’impose une immigration massive. La sagesse des politiques doit être au rendez-vous de pareils défis. Quant à l’attitude des chrétiens, elle ne peut être antiévangélique, d’autant que c’est la vitalité spirituelle, plus que la crispation idéologique, qui commande l’avenir du christianisme dans nos pays de très ancienne évangélisation.

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