Islam et République.

Mercredi 13 avril 2011 // La Religion

LE PRÉSIDENT de la République a décidé de lancer un débat sur l’islam et la laïcité. Encore un débat ! Aussitôt, Jean-François Copé, le secrétaire général de l’UMP, emboîte le pas : il faut revenir aux fondamentaux de la République ! Et Thierry Mariani de déclarer que : « Le français doit être la langue employée dans les mosquées. » Parce que ce n’est pas le cas ? Il est dit clairement et Jean-François Copé s’en est expliqué lors de son meeting à Dreux, lieu symbolique, le 22 février dernier que cette nouvelle campagne de l’UMP est projetée pour reconquérir l’électorat populaire dont on s’aperçoit qu’il est passé au Front National. Marine Le Pen n’est-elle pas créditée aujourd’hui de 22% ? Elle talonne Nicolas Sarkozy qui ne cesse de baisser dans les sondages... Elle, de ce débat, elle rit et n’attend que ça pour continuer à pilonner. D’autant qu’elle est démocrate et laïque ! Et voilà comment est traitée la question de l’islam ! Réduite à une stratégie électorale... Les musulmans menés dans ce genre d’opérations ne peuvent qu’être dégoûtés. Surtout ceux qui se sentent et se savent français. Et qui voudraient comprendre encore plus intimement la France pour mieux s’identifier eux-mêmes.

NÉANMOINS, il est vrai qu’il y a un problème. Le multiculturalisme a échoué. Totalement. Cameron l’a dit pour l’Angleterre, Merkel pour l’Allemagne... Ce constat se fait partout dans la vieille Europe. Les experts « politologues » y discernent l’une des causes de ce qu’ils appellent « les populismes » et ils ont raison. Pas tout à fait, cependant. La réalité est plus profonde. Certes, ce n’est pas en juxtaposant des communautés aux moeurs différentes, voire opposées, que l’on forme une société plus riche... Illusion et qui coûte cher.

LE VRAI PROBLÈME, c’est que l’idéologie démocraticomoderniste a prétendu faire des peuples de déracinés, idéologiquement façonnables. Voilà l’erreur majeure. Et le premier déracinement opéré fut celui de nos peuples européens, de nos nations historiques, singulièrement des Français. Tout est fait pour donner au peuple français le mépris de la France. Il est coupé de son histoire, de sa vie, de sa civilisation. La République ne connaît dans ses lois que des individus juxtaposés, mêlés : pas de passé, pas de racines, pas de culture, surtout pas de religion ! Surtout pas celle de l’histoire de France, celle de la France même, celle qui la marque à tout jamais jusqu’au fin fond de ses villages.

Les peuples ne vivent pas d’abstraction. La laïcité dite républicaine n’est qu’un vide immense. La seule laïcité qui se conçoit est celle qui se vit dans le cadre d’une longue tradition où la religion tient toute sa place, et où la vie sociale et politique a toute la sienne.
La laïcité à « la républicaine » n’a pas été bonne pour les Français. Les voici réduits à l’état de machines, de consommateurs, d’électeurs interchangeables, inodores et sans saveur. Car cette laïcité s’étend à tout : jusqu’au goût, jusqu’à l’art de vivre, jusqu’à l’éducation, jusqu’à l’éthique et jusqu’aux manières. Le rien tient lieu de tout. C’est absurde.

Alors, imaginer que cette laïcité est la réponse à l’islam est une autre et plus formidable erreur. Il ne s’y rangera pas. Le vide conceptuel de la laïcité ainsi prônée comme formule juridique pour effacer le problème, ne fera qu’ajouter au déracinement des populations immigrées. Elles chercheront des compensations. Elles se ghettoïseront. Puis, dans la suite des ébranlements actuels du monde musulman qui ne feront qu’accroître les flux migratoires, elles submergeront une République qui se définit comme un Néant : le non-être, le non-culte, la non-histoire.

LA VRAIE RÉPONSE de la France n’est pas là. Les articles qui composent un numéro « de Politique magazine » montrent ce qu’elle pourrait être. D’abord garder sa religion à elle, la faire vivre ; maintenir, comme l’explique le dossier sur la bioéthique, sa grande tradition humaniste et chrétienne ; enfin mener une politique d’intelligente compréhension en face de tous ces pays dont l’agitation actuelle, n’est que la preuve d’un immense manque. Car ces peuples souffrent d’un manque. Et ce manque les rend effroyablement manipulisables. Terrible manque qui se retrouve aujourd’hui pareillement dans nos banlieues. Et dont nos politiques portent la responsabilité.

Ah ! Qu’il est vain d’opposer au manque le vide ! À quand un État plein de toute sa riche histoire dans une France démocratique et Royale, pleine de vitalité et de force puisées dans sa substance séculaire ? Elle pourra alors être elle-même et donc donner leur raison d’être à ses enfants, à ceux aussi qui peuvent lui venir d’ailleurs mais qui devront l’aimer telle qu’elle est et pour ce qu’elle est, et puis encore remplir de surcroît son rôle, pour reprendre l’expression de Jean-Paul II, « d’éducatrice des peuples ».

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