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Philosophie du déchet...

Interdiction de fouiller dans les poubelles !

Mercredi 30 novembre 2011, par Luc de Goustine // La France

M. le Maire de Nogent-sur-Marne a publié le 16 septembre dernier un arrêté dont l’article 1er s’énonce : « Afin de préserver la santé publique, il est interdit de fouiller dans les poubelles et containers déposés sur la voie publique pour la collecte des déchets ou d’objets de recyclage. »

Devant la levée de boucliers de son opposition, l’accusant de manquer de respect aux pauvres et d’attenter au droit de glanage inscrit au Code Napoléon, il s’explique avec candeur : « La fouille dans les poubelles constitue la première étape d’un processus de dégradation de l’espace public. En outre, se nourrir dans les poubelles met en cause sa santé personnelle. J’ai pris cet arrêté de salubrité et d’hygiène publique pour permettre à la police d’intervenir, de prendre l’identité des personnes et de leur présenter les différentes solutions qui existent dans la ville pour les aider. »

M. le Maire de Nogent-sur-Marne veut une ville propre et des habitants en bonne santé - tous, même les plus pauvres - et souhaite que les citoyens dans le besoin recourent aux services sociaux de la commune... M. le Maire parle d’or et c’est un méchant procès politique qu’on lui fait,sauf à nous l’intenter à tous après l’avoir relu attentivement.

Fouiller dans les poubelles est subversif. C’est porter atteinte à l’irréversibilité du cycle qui gouverne le métabolisme social. Enfreindre la loi qui veut que les denrées non consommées tombent catégoriquement - même si c’est temporaire en cas de recyclage - dans la classe des déchets. Chose que les marxistes ont théorisé mieux que tout en vouant leurs ennemis aux poubelles de l’histoire... Rien ni personne ne doit revenir de la poubelle car cela « dégrade l’espace public », dit M. le Maire. Lazare est en infraction.

Évidence naturelle pour ceux qui ont les moyens de consommer hardiment, même si le traitement des déchets pèse de plus en plus sur leur budget : après tout, l’ultime digestion des ordures est encore un acte de consommation. Mais le pauvre, privé des biens et denrées nécessaires à sa survie, pour le peu qu’il en acquiert, ne sous-produit guère. Encore ses déjections sont-elles exsangues, faméliques, sans matière à récupération Et cependant le pauvre doit bien, à sa manière, se brancher sur le réseau, et le fait de deux manières :

  • Le glanage, droit ancestral dès le Moyen Age : après la récolte, les indigents grappillent les restes non ramassés dans les champs et nul ne peut le leur interdire. Cette pratique introduit une faille dans le droit de propriété : nul n’est absolument maître de son bien, ne peut se prévaloir d’une appropriation totalitaire : la part du pauvre a force de loi. D’où son avatar actuel, la collecte en fin de marché des invendus devenus non-marchands, déchets transitoires qui n’en auront le statut qu’une fois déversés dans la poubelle. Entre-temps, profitant de cette trêve de Dieu, le pauvre en ramasse, d’autant plus proprement que le maire de Nogent aura donné consigne de les laisser en cagettes...si rien n’est à glaner, le pauvre n’a plus de recours que de fouiller les poubelles et subvertir ainsi le cycle sacro-saint de la consommation. Alors, certes, il est punissable. A Nogent, 38 euros d’amende, 1er catégorie. Un bon avocat pourrait plaider que les pauvres contribuent à résorber la masse de déchets, assument bénévolement une part du processus de traitement et allègent ainsi le budget municipal. Certes, quand la fonction occupe tout un quartier d’une ville comme Le Caire ou chez nous, sous les formes inventées par l’abbé Pierre, il a une valeur économique reconnue.
  • Mais même et surtout dans ce cas, l’arrêté de M. le Maire de Nogent force à décider si pauvres et déchets ne sont pas finalement justiciables du même traitement. Pris dans la même entropie, voués à la même décharge du corps social, ils ont cessé de nous servir, n’excitent plus notre appétit. Qu’on les jette ! Ou si on les recycle, que ce soit transformés, méconnaissables : qu’on ne puisse se douter qu’ils sont passés par là.

M. le Maire est un grand pédagogue. Il enseigne qu’il est radicalement impossible de respecter ceux que notre commun credo politique, économique, philosophique, a radicalement exclus. Quitte à finir lui-même, et nous... à la poubelle.

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