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SYMBOLISME

Initiation, Lumière et Connaissance.

Vendredi 21 septembre 2007, par Paul Vaurs // L’Histoire

Christian Huglo
Orateur de la loge « Villard de Honnecourt »

Initiation, Lumière et Connaissance : il faut reconnaître d’emblée que nous nous formons tous une idée plus ou moins claire, plus ou moins précise du sens premier de ces trois termes. Mais peut-être aussi nous contentons-nous, trop souvent, de vivre avec des notions approximatives. Heureusement, la pratique de notre art nous permet d’aller plus en profondeur.
Commençons par la prise de conscience qui nous unit, par l’initiation : nous avons reçu la lumière et cela, afin de nous emmener vers le chemin de la connaissance.

Ayant dit cela, nous n’avons pas dit l’essentiel ; quelle lumière peut produire cet effet ? Vers quel chemin de la connaissance devons-nous nous tourner ? Et surtout, comment l’initiation que nous avons reçue peut-elle opérer ?

Pour aborder ces questions, livrons-nous à un exercice proprement maçonnique qui consiste à retrouver l’ordre global des choses et, pour cela, commençons par placer ces trois notions dans trois ordres différents afin d’en évaluer la portée spécifique.
1 - Si nous plaçons l’initiation avant la lumière et la connaissance, dans l’ordre indiqué, nous affirmons implicitement mais nécessairement que l’initiation est fondamentale, fondatrice, et que la nature de la lumière reçue, dans et grâce à l’initiation, peut seule nous conduire à la connaissance.
2 - Si nous plaçons cette fois les termes dans l’ordre suivant : « lumière, initiation et connaissance », nous affirmons que le rite d’initiation n’a de sens que parce qu’il est éclairé par une force supérieure. À cet égard, la plupart des auteurs distinguent à juste titre l’initiation réelle de l’initiation symbolique, qui ne serait que son image. Et l’on relèvera encore qu’il existe bien une différence entre initiation réelle et initiation symbolique ; mais on s’accordera sur le fait que le but de l’initiation symbolique est bien de parvenir à une initiation réelle.
3 - Il existe encore une troisième approche du sujet qui met en avant la connaissance. Mais si nous écrivons : connaissance, lumière et initiation, nous ne sommes plus dans l’initiation symbolique mais dans une démarche que l’on peut appeler mystique. Et de fait, l’initiation semble s’inscrire ici dans une perspective tournée vers le Divin, relever d’une sorte de projet divin dont nous serions les agents.

Certains Maçons expriment cette idée lorsqu’ils affirment : « Nous croyons avoir agi délibérément pour entrer en Maçonnerie, mais c’est Dieu qui nous y a fait venir ». La tentation est forte – d’autant plus qu’elle est soutenue par la facilité – de faire une synthèse approximative en disant que ces trois présentations sont certainement différentes, mais qu’elles révèlent chacune quelque chose de vrai et qu’il conviendrait, en conséquence, de les traiter chacune à tour de rôle. En réalité, aucune ne peut être préférée à une autre, car nous voyons bien qu’elles se complètent.

Pour tenter de pénétrer le sens de ces trois notions, dans l’ordre où je me propose de les traiter et de déterminer quel rôle elles jouent dans l’initiation, nous aurons d’abord à les distinguer sans les dissocier, pour ensuite chercher à les unir sans pour autant les confondre. Il s’agit de deux approches successives du sujet : l’une est plus statique, l’autre plus dynamique.

Distinguer sans dissocier : l’approche statique.

Dans une conférence prononcée devant la Loge Nationale de Recherche « Villard de Honnecourt » en 1979 (et retransmise sur les ondes d’une radio nationale, le 18 novembre 1979), le grand historien des religions, le Professeur Mircea Eliade, a rappelé que l’histoire des religions comprenait généralement par initiation : « Un ensemble de rites et d’enseignements oraux au moyen desquels on obtient une modification radicale du statut religieux et du sujet à initier. » Plus philosophiquement, il estimait que l’initiation équivalait à une mutation ontologique du régime existentiel de l’initié et il écrivait : « À la fin des épreuves, le néophyte jouit donc d’une tout autre existence qu’avant l’initiation : il est devenu un autre. »

Après avoir décrit les différents types d’initiation pratiqués depuis l’origine des temps par les différentes civilisations dites primitives ou non, il rappelait que toute initiation comporte des épreuves rituelles interprétées comme la mort et la résurrection ou la renaissance du néophyte, et d’autre part : « Implique nécessairement un enseignement secret, ésotérique, qui doit accompagner et expliciter ce passage à une nouvelle modalité d’existence. »

La Franc-maçonnerie est sans doute la seule institution à être un Ordre initiatique. À ce titre, elle maintient sans faillir la tradition ésotérique venant du fond des âges dont elle est dépositaire. On insistera sur le fait que l’initiation pratiquée dans notre Ordre ne peut l’être qu’après de longs préliminaires visant à déterminer l’aspiration, la disposition et surtout la libre volonté du candidat. C’est bien ce que les enquêtes, les votes successifs, le parrainage ont pour mission de saisir.

L’initiation est un début et non une fin en soi ou une fin tout court

Mais nous savons aussi que l’initiation n’est jamais acquise à la seule issue de la cérémonie ou du rite d’initiation ; elle se poursuit, se reprend, se continue. À la vérité, elle n’est jamais terminée puisque le Maçon sait qu’il existe une "ultime initiation" et, qu’en conséquence, l’initiation, qui lui est donnée lors de la cérémonie, est un début et non une fin en soi ou une fin tout court. Le recours à l’étymologie latine et grecque conduit, à ce sujet, à des interprétations apparemment contradictoires. Initiare voulant dire commencer, tandis que teletos signifie fin. Cependant, à y regarder de plus près, ces deux approches ne sont pas contradictoires car le début de la marche vers la vie sacrée marque aussi la fin de la vie profane. Quoi qu’il en soit, la question essentielle est de savoir ce que doit rechercher le candidat dans l’initiation. La réponse se trouve dans le tuilage du 1er degré (que l’apprenti doit intégrer librement), dans lequel figurent la question et la réponse suivantes : -

 « Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Franc-Maçon ? »
« Parce que j’étais dans les ténèbres et que je désirais recevoir la lumière » .

La lumière est tout car elle révèle le monde qui nous entoure.

Rappelons-nous d’abord que la nature de la lumière est tout-à-fait singulière : elle paraît n’être rien ; en fait, elle est tout car elle révèle le monde qui nous entoure.
C’est bien par la lumière que les objets sont vus.

De même, et par symétrie au plan spirituel, c’est bien par la Lumière des choses de l’Esprit que peuvent être devinées les choses divines. Se pose alors la question de savoir quelle est la nature de la lumière reçue en Maçonnerie ? Il s’agit, clairement, de bien autre chose que ce que nos sens perçoivent.
S’agit-il de la Lumière divine ? Du reflet de la Lumière divine ? Est-il imaginable de chercher à percevoir directement la Lumière divine ? Comment est-il possible de recevoir le reflet de la Lumière divine ? Quel effort faut-il accomplir pour retrouver l’origine de la lumière ?
Toutes ces questions sont légitimes et fondamentales mais, à priori, pratiquement hors de notre portée. Tentons d’approcher l’obstacle : Si l’on s’en tient au tuilage du premier degré, l’Apprenti répond à la question posée :

« Qu’avez-vous vu en recevant la Lumière ? »
« Le soleil, la lune et le Maître de la Loge. »

L’apprenti n’a pu percevoir que des symboles et il apprendra que les symboles « révèlent en cachant », « cachent en révélant. » D’ailleurs les alchimistes voyaient, dans le mariage de la lune et du soleil, le passage de la matérialité à la spiritualité.

Il n’y a pas de différence sensible entre l’origine du monde et la création de l’initié.

S’agissant du Maître de la Loge, qui se tient notamment sous la lune et le soleil, disons simplement qu’il se tient à l’Orient et contentons-nous, pour l’instant, de dire que la Lumière reçue dans la Loge vient de l’Orient et qu’il s’agit de la lumière de l’origine : celle du premier matin de tous les matins ; nous pensons – et croyons – qu’il n’y a pas de différence sensible entre l’origine du monde et la création de l’initié. C’est le même acte qui se poursuit de toute éternité, la même puissance agissante ; le moment de ce qui est devient moment où l’essence et l’existence, la substance et la forme, finissent par s’unir. Dans quel but ? « Ce but, c’est la connaissance », nous dit le rituel ; mais quelle connaissance ?

À la fin du rituel d’initiation, le Vénérable Maître rappelle au nouveau Frère qu’il est sur "le chemin de la connaissance." Cette connaissance est-elle un savoir ? Savoir relatif ou savoir absolu, transmis ou instantané ? À moins qu’il ne s’agisse d’une illumination...

La connaissance est un chemin et une méthode.

On peut dire, à ce stade, que la connaissance, telle qu’envisagée ici ne peut se réduire au savoir qui repose sur la seule raison, ni s’assimiler à la foi qui repose sur la seule croyance. Le rituel d’initiation et ses douze phases révèle bien que la connaissance est un chemin... et une méthode. Car s’agissant d’une connaissance ésotérique, elle n’est pas possible sans la connaissance des signes et des symboles, sans la pratique du rituel. Car ce sont là les chemins qui y conduisent. Mais y a-t-il connaissance acquise au sens strict, au terme de l’initiation ? Pour le déterminer, poursuivons l’analyse du rite et des rituels.

Unir sans confondre : l’approche dynamique.

Il convient ici non seulement de rechercher les rapports entre les trois termes : initiation, lumière et connaissance, mais surtout d’aller à l’intérieur du sujet car la lumière en Maçonnerie n’est pas extérieure et la connaissance, elle, est éprouvée au plus profond de soi-même grâce à l’initiation.
Il convient donc de bien définir ce que l’on dénomme « connaissance-réalisation », forme particulière de connaissance qui, à priori, semble se placer en-deçà et au-delà de la connaissance profane. Pour tenter d’y parvenir, il nous faut d’abord chercher à déterminer, dans la cérémonie ou le rituel d’initiation, à la fois le rôle du message contenu dans le rituel d’initiation et celui de l’amour spirituel dans l’éveil du sujet car ces deux éléments, unis et mis ensemble, permettront à l’initié d’être placé sur le chemin d’une forme de connaissance que l’on dénommera ici « connaissance, partage et réalisation ». Tels seront les trois points essentiels des développements qui vont suivre.

Mais, rappelons encore, avant de les aborder, que traiter de l’initiation maçonnique, en se référant au seul premier degré, limite forcément la portée de notre sujet. En effet, l’initiation est progressive ; elle s’effectue, comme le rappelle à juste titre Oswald Wirth, en trois grades et non pas en un seul temps et, comme on l’a dit, elle ne se finit jamais. Pour rester au premier grade, nous poserons comme postulat que la lumière spirituelle, celle que nous appelons de l’intérieur de nous-mêmes (pensons à VITRIOL), n’apparaît pas de face lors de l’initiation pas plus que l’initiation n’apporte un savoir particulier, comparable à un savoir culturel ou scientifique. Toute « l’opération initiatique » reste mystérieuse, mais elle l’est moins si l’on relie entre elles les deux forces auxquelles elle fait appel : la tradition et l’amour spirituel. Nous examinerons à cet égard la part créatrice et régénératrice de ces deux forces.

La tradition force initiatrice du message de lumière.

L’appel aux anciens mystères comme aux enseignements alchimiques est sans doute la part la moins visible (mais aussi la plus fondamentale) de notre rituel ; c’est en tout cas la plus ancienne base d’inspiration. L’attention portée à la façon dont ces sources traditionnelles affleurent dans celui-ci permet de comprendre comment l’initié peut aller en-deçà et au-delà de la lumière matérielle pour pouvoir quérir la lumière spirituelle. La transformation du profane est opérée à la fois par la réalisation de l’œuvre et par des voyages symboliques.

Rappelons donc à cet égard que l’alchimie, ou plutôt la transmission des secrets de l’alchimie se faisait, dans la tradition hermétiste, d’abord par oral et avec l’aide d’un maître, car l’alchimie ne cherchait pas, à titre principal, un résultat matériel mais visait parallèlement à la transformation spirituelle du sujet. Les mystères, eux, se déroulaient en collectivité. Quoi qu’il en en soit, l’initiation maçonnique intègre cette idée fondamentale que la remontée vers le spirituel ou vers le ciel n’est possible qu’à la suite d’une descente vers le matériel symbolisé ici par la terre ; dans cette perspective, la lumière extérieure, celle qui nous parvient à travers la seule raison, ne nous est d’aucune aide ; ceci est dit clairement par le tuilage et le rituel lors du premier regard que le néophyte porte vers le lieu où rayonne symboliquement la lumière spirituelle à laquelle il aspire.

La question est celle-ci : « Qu’avez-vous aperçu en entrant en Loge ? »

Et la réponse est  : « Rien que l’esprit humain puisse comprendre, un voile épais me couvrait les yeux. »
Aussi, la lumière matérielle rend-elle aveugle à la lumière spirituelle. Telle est évidemment l’une des significations du bandeau qui va accompagner le futur initié dans son périple, car l’initié doit s’accoutumer à s’écarter de la fausse lumière. Sur ce thème, l’un des moments les plus forts de l’initiation est sans doute la scène du parjure. Cette scène représente en réalité un drame lié au sort du profane qui a osé regarder la lumière de face et qui en a été frappé à mort. La symbolique alchimique utilisée ici est forte et évidente. Le voile noir illustre l’œuvre au noir, le linge blanc taché de sang illustre la défaillance de l’œuvre au blanc parce que l’œuvre au rouge n’a pas pu se réaliser. De cette scène, l’initié retiendra principalement la présence des épées qui, lui dira-t-on, « volent à son secours » ; mais il reçoit, à titre principal, un double avertissement :

Le premier peut se résumer ainsi : celui qui veut s’exposer orgueilleusement et inconsidérément à la lumière sans faire le chemin nécessaire en meurt.

 Le second, plus subtil, est un message plus fondamental que l’on peut formuler de la façon suivante  : il faut rechercher non pas la spiritualité en elle-même mais rechercher celle qui est au fond de soi ; elle y est cachée sans doute, mais néanmoins accessible et, surtout, elle nécessite une intense préparation qui permettra seule une régénération.

Néanmoins, le cheminement vers la vraie lumière va passer par une autre voie grâce à l’action de trois principes ou facteurs symboliques d’initiation qui opèrent mystérieusement pour préparer le profane à la lumière. On se rappellera que les trois principes alchimiques : soufre, mercure et sel sont placés symboliquement dans le Cabinet de réflexion. Le soufre correspond à l’énergie expansive qui part du centre de tout être ; son action s’oppose à celle du mercure qui pénètre toute chose par une influence venant de l’extérieur ; ces deux forces antagonistes s’équilibrent dans le sel, principe de cristallisation qui représente la partie stable de l’être.

Notre rituel dispos que le sel doit être placé entre le soufre et le mercure ; ceci semble signifier que le soufre, principe d’initiative et d’action personnelle doit agir sur le sel, symbole de tout ce qui constitue l’essence de la personnalité, face au monde extérieur. L’action de ces trois principes permet le retour à la materia prima, la matière première ou, mieux, primordiale, puis le cheminement vers le haut, c’est-à-dire vers la lumière grâce à des voyages purificateurs.

2 - Les voyages (ou la part des mystères initiatiques)

Le cheminement du profane vers la lumière passe, en fait, par quatre voyages. Car il y a, en réalité, dans l’initiation non pas trois voyages (purification par l’air, purification par l’eau, purification par le feu), mais bien quatre voyages, le plus important étant celui qui commence dans le cabinet de réflexion qui figure, comme on le sait, le centre de la terre.
Or, au centre de la terre, dans la materia prima, on ne trouve naturellement pas la lumière mais son contraire : les ténèbres. Pourtant, même dans ces ténèbres, l’initié, qui est en désir de lumière, n’est pas sans recours car il reçoit cette indication et ce conseil : « Visite l’intérieur de la terre, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée. »
Ce message signifie : « Recherche d’abord en toi ce que tu as cru pouvoir ou savoir chercher ailleurs. »
Et, de fait, l’homme doit œuvrer sur soi, en soi ; dans les ténèbres et au cœur de celles-ci, il se heurte souvent à un mur, mais une porte peut s’ouvrir, une lueur d’espoir peut apparaître. Le futur initié va constater que, somme toute, le noyau de son être, c’est le noyau même de l’être du monde. Il constate que c’est seulement en cessant de se considérer comme le centre des choses, en acceptant d’être « en projection d’une essence suprême et infinie » qu’il pourra peut-être un jour se situer dans l’être.

Ainsi, à la suite d’opérations qui se succèdent et se complètent, le Grand Œuvre peut agir : l’œuvre au noir a lieu dans la caverne ou le cabinet de réflexion ; l’œuvre au rouge s’opère au troisième voyage pour parvenir à un début d’œuvre au blanc - symbolisée par la remise d’un tablier et de gants blancs, à partir de laquelle la vraie quête de lumière pourra commencer pour l’initié. Le futur initié que le rituel va appeler successivement « profane », « récipiendaire » après les trois premiers voyages, puis « néophyte » après le serment du secret, de fidélité et d’amour de ses futurs Frères, est donc invité, dès le début de son parcours, à capter une première lueur qui doit être son premier guide. Si la lecture attentive de notre rituel nous conduit au-delà de ce savant mélange entre Alchimie et Mystères, c’est qu’il nous faut aussi considérer une autre force qui conférera au néophyte l’énergie suffisante pour aller au terme du processus initiatique.

L’amour spirituel, facteur d’éveil de la conscience maçonnique.

L’homme n’est pas constitué que de matière, même d’essence divine : il est aussi mû par des sentiments qui peuvent le conduire ou à sa perte ou à son salut, et cela, le rituel nous le rappelle à chaque étape. Mais à la fin du quatrième voyage, l’on y parle pour la première fois d’amour et de spiritualité. C’est l’un des moments clefs de la cérémonie d’initiation. De tous les voyages, le quatrième, qui est celui, non plus de la purification –par l’eau ou par l’air, la vie et le souffle – s’il est bien le dernier, est aussi le plus important. Relisons les paroles du Vénérable Maître au néophyte, à l’issue de l’épreuve du feu :

« Les flammes que vous avez traversées heureusement ont complété votre purification. Puissent celles de l’amour embraser votre cœur ; puisse à l’avenir la charité inspirer vos paroles et guider vos actions. »

Le feu a toujours été, en alchimie, le symbole de la spiritualité ; mais la spiritualité ne saurait être une abstraction, c’est ici aussi le feu de l’amour. C’est pourquoi le degré d’initiation se mesure, finalement, à la capacité d’amour pour autrui : pour aimer, il faut avoir été réchauffé, voire brûlé par le feu de l’amour divin. La lumière spirituelle reçue participe de l’amour divin et celle-ci ne peut avoir d’effet si elle n’est pas échangée.

L’amour est don et partage

Sans doute, la place de l’amour spirituel dans l’initiation présente-t-elle une dimension évidemment humaine, trop humaine, certes, mais aussi profondément et nécessairement humaine : le profane n’est-il pas ce qu’il est, un homme libre mais faible ? Un homme ? Plutôt un homme en devenir d’Homme et qui aspire à l’être dans sa plénitude, afin d’en avoir toute la dignité. C’est en tout cas par la force de l’amour spirituel que le profane initié est appelé à une véritable déconstruction régénératrice, pour être porté vers une autre forme de connaissance spécifique à la Maçonnerie, que l’on peut désigner sous le terme de « connaissance, partage et réalisation ».

Connaissance, partage et réalisation.

Comme on a pu le constater – en partie au moins – dans les développements qui précèdent, le rituel d’initiation fait appel à un mode de connaissance originelle qui n’a pas de parenté réelle avec le mode habituel de la connaissance intellectuelle. Or, cette transformation, recherchée et désirée délibérément, comme on l’a déjà dit, nous ne pouvons l’opérer seul et par nous-mêmes ; l’appel à l’autre est constant. Seuls, nous ne sommes rien ; seuls, nous ne pouvons parvenir à rien, ou à presque rien. La Bible dit : « Malheur à l’homme seul ! « 

Aussi, la part la plus forte de l’initiation, destinée non pas à être vue ou aperçue mais à être ressentie et surtout vécue par le profane, est-elle fondée sur la relation à l’autre et donc doit être partagée. Une telle indication lui est d’ailleurs donnée, au début de la cérémonie, de quatre façons différentes.

Insistons tout d’abord sur l’invocation au Grand Architecte De L’Univers qui domine toute la cérémonie initiatique et qui est effectivement la seule référence à « l’infini de l’autre » ou à « l’autre infini ». Lui seul est notre recours absolu : « Rien ne peut nous arriver, dit le rituel, si nous plaçons notre confiance en Dieu, car Dieu n’est pas un étranger ; il est à la fois en nous et hors de nous. »

Mais l’autre immédiat, plus perceptible et accessible de prime abord à nos sens, est celui qui nous guide lors de l’initiation. Dès le départ de la cérémonie, lorsque le profane est placé entre les mains de l’Expert, le Vénérable Maître invite celui-ci à s’en remettre « à la main qui vous guide ». Si la main du maître est un guide, elle est aussi un secours dans les épreuves. À cet égard, la scène du parjure – déjà évoquée –annonce enfin que les Frères voleront au secours de leur Frère en péril pour lui éviter de se fourvoyer. Sous un autre angle, cette scène souligne clairement que le profane ne s’initie pas lui-même, que l’action des autres est ici déterminante pour son progrès. Ainsi, ce qui était vrai pour éviter la recherche immédiate de la fausse lumière l’est donc également pour le maintien sur le chemin de la connaissance.

Enfin et surtout, il faut insister ici sur la portée du moment où l’initié est introduit dans la chaîne d’union.
Avant de l’y placer, le Vénérable Maître demande au premier Surveillant : « Que demandez-vous pour lui ? »
Et la réponse est  : « La lumière ! » 

Cela veut dire clairement que la lumière initiatique ne peut être que reçue, que parce qu’elle a fait l’objet d’une demande formulée par un maître pour le compte de l’initié, ne peut être reçue par ce dernier qu’en fraternité. De fait, ainsi, la révélation de la lumière permettant l’approche de la vraie connaissance ne peut se faire que par médiation des Maîtres. Le nouvel enfant qu’est l’initié ne pourra vivre, que s’il a été « adopté spirituellement et en fraternité ». C’est bien en ce sens que l’initiation apporte une connaissance-réalisation et non pas une connaissance rationnelle ou définitive. Dans l’initiation, on n’apprend rien au sens commun mais, comme disait Aristote : « On éprouve. « 

Nous pouvons penser, nous Maçons que, lors de chaque initiation que nous revivons, nous éprouvons à nouveau le goût d’une vie nouvelle au-delà du monde profane. Platon disait (République, II’ P. § 377 a) : « Le commencement est, en toute chose, ce qu’il y a de plus grand ». Il l’est aussi pour nous, mais il n’est pas, au sens propre du terme, l’essentiel car la démarche de l’initiation consiste, non seulement à recevoir la lumière, mais à la ressentir, et donc à l’éprouver au sens propre du terme. Par sa substance même, elle irradie et elle seule peut opérer la transformation ontologique dont parlait Mircea Eliade. Certes, la connaissance est la résultante de l’initiation et de la lumière, mais uniquement en tant que chemin. « Le chemin, comme dit le poète, ce sont nos pas et rien d’autre ; marcheur, il n’y a pas de chemin, on fait son chemin en marchant » (Antonio Machado).

Mais, sur un chemin, il y a des traces et quelquefois aussi des empreintes ; des traces ou des empreintes dont nous ne pouvons pas toujours mesurer la portée. À nous de les découvrir sur notre chemin et de les interpréter. La vigilance est le propre du Maçon. Voici comment, à propos de cette découverte, à la fois humaine, universelle et millénaire, un poète brésilien s’est exprimé :

« Un jour, un homme arriva au Paradis et demanda à Dieu s’il pouvait revoir toute sa vie, les joies aussi bien que les moments difficiles... Et Dieu le lui accorda. Il lui fit alors voir toute sa vie comme si elle se trouvait projetée le long d’une plage de sable alors que lui, l’homme, se promenait le long de cette plage. L’homme vit que, tout le long du chemin, il y avait quatre empreintes de pas sur le sable, les siennes et celles de Dieu. Mais, dans les moments difficiles, il n’y en avait plus que deux !
Très surpris, et même peiné, il dit à Dieu :
- Je vois que c’est justement dans les moments difficiles que Tu m’as laissé seul.
- Mais non ! lui répondit Dieu, dans les moments difficiles, il y avait seulement les traces de Mes pas à Moi parce qu’alors... je te portais dans mes bras ».

Christian Huglo
Orateur de la loge « Villard de Honnecourt ».

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